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    * Survivant de Bir-Hakeim, par Domingo LOPEZ - 5 - Déplacements, boxe et repos, jusqu'à la Tunisie (1943)

    DE NOUVEAU AU REPOS

    Dans les premiers jours de Décembre 1942, nous quittâmes cet endroit pour gagner El Daba sur la côte de la Méditerranée, où la température est assez fraîche.

    On voyait qu'il y avait eu un camp d'aviation allemand à cet endroit, dont les installations avalent été détruites par la R.A.F.

    Plusieurs marques d'avions étaient représentées depuis le Junker jusqu'au petit Messerschmidt 109. Nous cherchions des fameux Stukas, mais nous n'en vîmes aucun.

    Il y avait déjà plusieurs jours que nous étions là et un après-midi, nous sortîmes avec un camion pour faire nous ne savons plus quoi, quand nous nous ensablâmes ; lorsque nous pûmes en sortir avec beaucoup d'efforts, il faisait nuit. Nous marchâmes jusqu'à ce que nous entendions des chants et des rires. Nous descendîmes du camion et nous dirigeâmes jusqu'à l'endroit d'où venait le bruit. C’était une véritable saoulerie...

    Nous demandâmes notre chemin pour retrouver notre pièce, car nous étions désorientés et savions que nous nous trouvions dans la partie du camp qu'occupait notre compagnie, mais que nous ne serions pas capables de retrouver notre chemin. Ceux à qui nous nous adressâmes occupaient une tente à côté de la nôtre, de sorte qu'il leur fût facile de nous dire quelle direction il nous fallait prendre. Le camion remis en marche, une autre fois nous nous ensablâmes ; nous continuâmes à pied et rendîmes compte au caporal-chef DECOK de ce qui se passait.

    Il nous ordonna d'emporter une couverture et de nous coucher dans le camion qui serait tiré le lendemain. Nous fîmes ainsi, mais par malchance, les cris et les rires ne s'arrêtèrent pas, aussi nous y allâmes. Ils nous invitèrent à boire un verre puis un autre, jusqu'au moment où le français CODART nous dit « j'ai 80 livres à dépenser à Alexandrie, mais il faut un camion pour y aller, et deux ou trois copains pour m'accompagner ». « Vous venez ? », demanda RODRIGUEZ.

    Lorsque quelqu'un a l'esprit embué par l'alcool il ne réfléchit pas plus :" ceci est un bon programme". Je répondis affirmativement ; ensuite GALLAR acquiesça et nous nous mimes en route.

    Sans lumière, et esquivant par miracle les puits parsemant le terrain, nous gagnâmes le chemin et filâmes à Alexandrie. Il était 9 heures du soir et nous avions près de 200 km à parcourir. Le froid, nous le combattions avec les deux bouteilles de whisky que nous emportions. Nous parcourûmes pas mal de kilomètres à l'aveuglette parce que la lumière du camion marchait mal ; pendant que l'un d'entre nous conduisait, les autres installés sur les garde-boue lui indiquaient le chemin. Enfin, après quatre ou cinq essais, RODRIGUEZ régla la lumière. Les choses maintenant allaient mieux et, à 3 heures du matin, nous arrivions à destination.

    Dans un hôtel nous primes un bain chaud, mangeâmes quelque chose et au lieu de dormir, nous nous mîmes à plaisanter avec la patronne qui avait environ 50 ans et était très gentille avec les clients. Nous l'invitâmes à prendre un whisky et elle s e retrouva dans le même état que celui où nous étions.

    De bon matin nous sortîmes dans la rue et essayâmes de trouver un endroit pour garer le camion. Il y avait un parc militaire, mais nous ne pouvions pas l'y mettre car nous n'avions pas le laissez-passer correspondant.

    Enfin, après plusieurs tours, nous trouvâmes un garage, qui, en payant la moitié de suite,  accepta de le garder. Tout le jour, nous le passâmes à boire et à parcourir certains endroits. Quand la nuit vint nous allâmes à notre cabaret favori, le Monte-Carlo, sur la Rambla, où nous retrouvâmes ZERPA qui avait une permission. Nous demandâmes du whisky dans des grands verres, et lorsque les femmes le virent, elles vinrent rôder autour de nous, sûrement pas pour nous, mais pour l'argent qu'elles sentaient.

    A 10 heures du soir nous allâmes chercher le camion pour regagner le camp. Nous sortîmes d'Alexandrie et à 4h.30 du matin nous nous réveillâmes à El Daba. Le bataillon était prêt à partir, les camions chargés et alignés. A quelques heures près nous serions passés devant un tribunal militaire.

    A 7 heures du matin nous partîmes. Nous marchions sur la route sous un soleil de feu ;  les yeux nous faisaient mal de la réverbération du sable, et de tout le jour nous ne vîmes rien d'autre que du sable.

    GAMBUT, NOEL 1942

    La nuit nous fîmes halte pour manger un peu et dormir. A l'aube, nous nous remîmes en marche. Tout le jour les camions ronronnèrent et à la nuit, sous la pluie, nous arrivâmes à Gambut. C'est un de ces endroits dans le désert de Lybie qui porte un nom, on se demande bien pourquoi, car rien ne le différencie de ces énormes sablières. De bon matin nous commençâmes à planter le camp, chacun choisissait un endroit et plantait sa tente.

    A 500 mètres il y avait un camp d'aviation américain d'où partaient tous les après-midi, plus ou moins à la tombée du soleil, des quadrimoteurs qui allaient bombarder l’Italie.

    Le temps était mauvais, froid, pluvieux. Près du nôtre, il y avait des camps anglais et nous commençâmes à jouer au foot-ball pour passer le temps.

    Noël arriva et tous les sud-américains le fêtèrent ensemble. Ce ne fut pas une fête bien gaie bien sûr, elle était continuellement assombrie par les souvenirs de notre petite Patrie et de nos familles que nous ne reverrions pas cette fois. Chacun imaginait ce qu'il serait en train de faire s’il avait été dans son foyer, et cela augmentait la tristesse que nous ne pouvions dissimuler, car elle se montrait dans chacune de nos paroles. Les chants cessèrent, la conversation languit, et les un assis, les autres allongés par terre, nous restâmes perdus dans nos pensées. Nous nous séparâmes à la nuit et nous étions surs qu'une fois seuls, il serait difficile à chacun de retenir ses larmes.

    La nouvelle année ne fut pas meilleure que Noël. Dans la nuit les Allemands nous surprirent avec un bref bombardement sur le camp d'aviation, qui ne fit ni dommage ni victimes. La vie que nous menions ici était la plus abrutissante que nous ayons pu avoir. Exercices, instruction,  quelques parties de foot-ball ; nous attendions le soir avec impatience pour nous réunir dans la tente de BOLANI et ZERPA, qui était la plus  grande, et qu'ils avaient obtenue grâce à une négligence des Américains.

    Ici, en joyeux camarades et pour ne pas perdre les bonnes habitudes, pour un oui ou pour un non éclataient des discussions si violentes qu'on aurait pu croire qu'elles allaient se terminer en bagarres ; mais ZERPA arrivait avec la bassine de chocolat et les biscuits qui venaient, selon toute probabilité, de la cuisine de la compagnie, et le différend se tassait.

    Un matin nous rencontrâmes me Lieutenant BOURGOIN qui nous demanda si nous voulions bien disputer le championnat de boxe pour les débutants de l'exercice VIII. Après un instant de réflexion, nous répondîmes oui.

    Immédiatement il parla au capitaine SIMON pour nous faire muter dans sa section et nous fûmes, à partir de ce moment, exempts de tout service afin de pouvoir nous entraîner suffisamment. Le responsable de ceci était le champion des Poids lourds français, Francis JACQUE.

    * Survivant de Bir-Hakeim, par Domingo LOPEZ - 5 - Repos, jusqu'à la Tunisie (1943)

    Francis Jaques

     

    LE TOURNOI DE BOXE

    Le 10 janvier 1943, nous partîmes en camion jusqu'à Tobrouk où nous devions prendre le train pour le Caire. Il est difficile de s'imaginer ce que peut être un voyage par chemin de fer dans le désert, la chaleur, la monotonie désespérante du voyage, deux jours à ne voir que du sable et un seul arrêt pendant tout le voyage.

    A cet arrêt montèrent dans le compartiment des Anglais qui se rendaient à Alexandrie en mission ; en voyant les gants sur le siège, ils nous demandèrent si nous allions boxer et nous répondîmes affirmativement.

    Vous n'avez pas voyagé sur le Mooltan ? nous répondîmes que si. L'Anglais nous tendit la main en se nommant, il était un de ceux qui avaient fait le voyage avec nous d'Angleterre en Afrique, et il nous avait reconnus. Il commença à parler avec les autres et aux gestes nous comprîmes qu'il était en train de leur expliquer de quelle façon nous nous étions connus.

    Comme il faisait nuit et que nous étions fatigués, nous nous endormîmes et lorsque nous nous réveillâmes nous étions dans la gare du Caire.

    Nous allâmes directement dans un hôtel déposer nos affaires, et après avoir pris un bain, nous nous dirigeâmes vers le quartier général de la R.A.F, où allaient se discuter les détails des rencontres, et où nous devions être pesés, etc..

    Après avoir réglé tous les détails nécessaires,le lendemain nous prîmes le train pour Alexandrie afin de commencer sérieusement l’entraînement. 

    Sous la surveillance du lieutenant BOURGOIN et de JACQUES qui s'entrainait aussi, nous allions au gymnase deux fois par jour, le matin et l'après-midi ; le coucher était à 10h. du soir.

    Notre entrainement se poursuivit jusqu’au 21 et le 22 nous prîmes le train pour le Caire où devaient avoir lieu les rencontres. Nos partenaires étaient anglais, et un peu avant de nous diriger vers la tente où devaient se dérouler les combats, ils vinrent à notre rencontre et nous dirent qu'ils connaissaient fort bien mon adversaire qui était faible de l’estomac et que par conséquent, c'était la qu'il fallait frapper.

    Quand vint le moment de monter sur le ring, Francis me donna les dernières instructions :  « Attaque avec ton gauche au front, et frappe avec ta droite au menton ». Déjà dans le coin, tout prêt à commencer, je n'oubliais pas les conseils des Anglais. La cloche retentit et nous sautâmes au milieu du ring. Mon adversaire était plus grand, mais pas plus fort. Nous feintâmes sans nous frapper, ce qui donna naissance à quelques protestations, mais malgré cela, nous ne nous lançâmes pas à fond.

    Pendant la seconde reprise nous nous enthousiasmâmes et commençâmes à attaquer avec décision, mais je reçus un coup sur la tête qui me donna à penser que l'adversaire reprenait des forces et que les précautions n'étaient pas de trop.

    Nous nous séparâmes et j'ouvris délibérément ma garde. L'Anglais attaqua, mais je l'attendais, et je lui envoyais une droite à l'estomac qui le coucha au tapis jusqu'à six.

    Les cris du public m'encouragèrent, et avant qu' il ait eu le temps de réagir, un gauche à la poitrine et une droite au menton, et le combat était terminé au milieu du second round.

    Les deux combats suivants étaient gagnés de la même façon et nous reçûmes une coupe comme trophée.

    Le lendemain, comme nous avions de l'argent nous invitâmes ARTOLA à aller se promener ; cela se termina par une saoulerie, car lui aussi devait regagner le désert.

    Approximativement à 23h 30, nous primes le train qui nous laisserait à Alexandrie. Par chance les militaires ne payaient pas, car autrement nous aurions voyagé en contrebande, ne possédant plus d'argent.

    ALEXANDRIE

    A 6h 30 le matin nous descendîmes du train à Alexandrie. Du fait de l'heure matinale, la ville dormait. Nous nous assîmes sous un porche attendant l'ouverture de quelque café, et nous demandant comment nous réglerions sans argent.

    Nous nous rappelâmes que nous connaissions le gérant d'un restaurant qui, pendant que nous étions dans cette ville nous faisait crédit, et que nous payions tous, les quatre ou cinq jours.

    La ville se réveillait, les vendeurs ambulants commencèrent leurs cris, et les portes de quelques maisons s’ouvrirent.

    Nous chargeâmes nos bagages sur l'épaule et, à quelques pas, nous trouvâmes un café qui commençait à ouvrir ;  il fut question de prendre quelque chose et ensuite de payer ou se battre...

    Nous entrâmes et commandâmes deux cafés à l'arabe qui nous attendait. Quelques minutes après nous étions en train de déguster un bon moka.

    Lorsque nous eûmes terminé, avec le sourcil froncé et le geste dur pour impressionner, nous dîmes à l'arabe dans sa langue "mafi flus". A peine entendit-il ceci, qui en bon espagnol voulait dire « je n'ai pas d'argent", qu'il commença a pousser des cris perçants et pour qu'il se taise, ARTOLA le menaça avec un tabouret.

    Devant un geste si éloquent, il opta de fermer sa bouche et nous sortîmes du local ;  mais lorsque nous fûmes dans la rue, l'énergumène continua son scandale, ce qui nous fit presser le pas et nous évanouir au premier tournant.

    Quelques heures plus tard nous nous rendîmes au restaurant que nous connaissions, disant au patron que nous étions en mission pour quelques jours de manière qu'il nous fallait une chambre d’hôtel. Il nous donna une carte pour un de ses amis qui avait une chambre disponible.

    Nous nous y rendîmes et il nous donna une chambre où nous laissâmes les sacs que nous portions. A midi nous déjeunâmes et demandâmes à tout régler au moment de partir et l'innocent accepta.

    Pour tranquilliser les consciences, ce que nous devions au restaurateur et à l'hôtelier était très modique, à peine quelques piastres.

    Cette même après-midi, nous rencontrâmes quelques camarades partant le lendemain pour leur bataillon qui campait près du nôtre et nous leur demandâmes de nous donner l'hospitalité dans leur camion. 

    Nous attendîmes le camion qui passa à 8 heures du matin, et nous nous mîmes en route jusqu'à notre campement dans le désert. Le camion roula tout le jour et toujours le même paysage : du sable, du sable ... à perte de vue, et la route qui semblait mener a l'éternité s'allongeait, s'allongeait interminable; elle nous donnait l'impression de poursuivre quelque chose d'infatiguable, que nous croyions tenir tout prêt, mais à la faveur d'un tournant s'échappait de nouveau pour se perdre dans le lointain.

    Ainsi voyageait-on dans le désert, des centaines et des centaines de kilomètres sans rien rencontrer où le regard puisse se poser. A la tombée de la nuit nous nous arrêtâmes dans une cantine anglaise pour prendre quelque chose de chaud et passer la nuit dans les environs. Le froid était aigu et nous ne pûmes pas dormir ; un blouson et la capote n'étaient pas suffisants pour s'abriter et nous nous promenâmes en claquant des dents jusqu'à ce que le jour se lève. Alors, nous repartîmes, arrivant à destination dans la matinée.

    Le capitaine SIMON nous fit appeler pour nous féliciter du triomphe que nous avions obtenu dans le tournoi de boxe.

    Quelques jours plus tard nous eûmes l'honneur de recevoir les compliments du Général KOENIG, chef de notre division, maintenant connu dans le monde entier comme le héros de Bir-Hakeim.

    Nous restâmes quelque temps à cet endroit, à mener la vie routinière du soldat en repos ou en paix ; exercices, tir avec les différentes armes pour ne pas perdre la main et autres choses non moins abrutissantes. Notre unique divertissement était de jouer au foot-ball entre nous ou contre les Anglais qui étaient tout près.

    Depuis quelques mois que nous étions dans les parages nous avions construit avec des lattes de cageots vides, une quantité de petites maisonnettes, quelques-unes avec salle de bains même.

    Tout le monde connaît grâce à l'infinité des romans qui ont été écrits sur elle et aussi par le cinéma, la fameuse Légion Etrangère, et par là même, les légionnaires. On sait aussi que ce sont de gros buveurs et que la plus grande partie du temps, ils la passent en état d'ébriété ; peut-être, mais dans le désert il était difficile de se procurer des boissons alcoolisées.

    Aussi un caporal de nationalité allemande, nommé BART, s'ingénia-t-il à en fabriquer. Peu avant avait eu lieu l'essai d'un autre aspirant à la fabrication qui avait eu des conséquences désastreuses; il distillait de l'huile de frein de canon qui, selon lui ,contenait une partie d'alcool et en fit boire. Comme je l'ai dit, les conséquences auraient pu être pires, c'était un poison violent, et deux furent   transportés à l'hôpital dans un état grave. Les autres pensèrent que ce n'était pas buvable car c'était un poison assez actif ; donc il était nécessaire de découvrir une autre formule qui, bien que mortelle, agirait moins rapidement.

    BART fit alors une grande découverte : il mit à bouillir ensemble dans un récipient, des pelures de pommes de terre et d'oranges ;  au moyen d'un tube, il relia le récipient à un autre pour recueillir ce qui était distillé. De cette façon et goutte à goutte, il arriva à en avoir assez pour prendre quelques bonnes « cuites ». Un jour passa par là le chef du bataillon qui lui demanda ce qu'il faisait. BART le lui expliqua et le commandant lui demanda une gorgée pour goûter ; pour tout commentaire, il lui en commanda un peu pour lui.  

    Je veux dire que la distillerie ne marchait pas mal du tout…

     

    NOUVEAU DEPLACEMENT

    Les armées modernes en guerre sont comme les gitans ; elles ne sont pas bien longtemps au môme endroit, de telle sorte qu'arriva pour nous le moment de partir pour Gambut. Un matin nous chargeâmes les camions, les alignant au bord de la route, et le lendemain la caravane de plus de 2 300 camions qui composaient notre division se mit en marche. En tenant compte d'une distance d'une centaine de mètres observée entre les véhicules en prévision d'une attaque aérienne, cette énorme colonne motorisée occupait un grand nombre de kilomètres.

    Comme dans un film défilèrent devant nos yeux plus de deux mille kilomètres de désert que nous parcourûmes en plusieurs étapes, marchant à une moyenne de 150 kilomètres par jour.

    Dans ce long trajet, très rares sont les endroits intéressants dans cette désolée et inhospitalière région du monde ; les centres habités sont à de grandes distances les uns des autres et se trouvent plus ou moins dans les ex-colonies italiennes, la Cyrénaïque et la Tripolitaine, où ils ne peuvent pas se vanter d'avoir fait une bonne oeuvre.

    Dans la première étape de notre voyage nous passâmes par Berna, petite ville sur la côte de la Méditerranée et séparée du reste du désert par une chaine montagneuse. Pour y arriver, on descend une route en zig-zag et après quelques kilomètres dans la vallée, on monte de la même façon.

    Le paysage change aussi rapidement qu'au théâtre on change les décors. Derrière ces montagnes, le vert de la végétation réjouit et repose nos yeux fatigués. Les petits villages mettent leur note de couleur et de civilisation. Berta, Littoria, Luiggi Razza, sont les noms de quelques-uns d'entre eux.

    Femmes et enfants, arrêtés au bord de la route, nous criaient leur faim et nous demandaient quelque chose à manger Nous ne pouvions pas refuser. Pourquoi seraient-ils nos ennemis ces pauvres êtres dont les propres soldats les ont laissés dans la plus profonde misère, emportant dans leur fuite tout ce qui était comestible, sans leur laisser une bouchée pour calmer l'exigence de leurs estomacs.

    Sur les façades des maisons s'éclairaient des inscriptions telles que « Nous tirerons droit - Vive le Duce ! le Duce a toujours raison ! Mort à l'ennemi ! » et d'autres non moins agressives.

    Pauvres gens, et ce fut nous, leurs ennemis, pour qui ils demandaient la mort dans les inscriptions de leurs maisons, qui nous dépouillèrent de nos rations et de nos cigarettes et les leur jetèrent au passage. Qu’avions-nous pour être ennemis ? ils n'étaient rien d'autre que de pauvres gens engagés bêtement par un fou saisi du délirium tremens.

    Peu avant ils acclamaient bruyamment, saluant avec des drapeaux, à ses exercices victorieux ; aujourd'hui ils tendaient des mains implorantes jusqu'à nous. Peut-être le sort nous serait-il contraire et serions-nous obligés de passer par là en retraite, et notre geste généreux serait payé de jets de pierres et de cris hostiles..

    Pourtant … ah ! va, et tombaient un paquet de biscuits, une boite de conserves ou de cigarettes. Nous le faisions, heureux de faire le bien, pour le bien même, sans penser un instant que les frères de ceux à qui nous donnions nos rations étaient ceux là même contre qui nous avions engagé une lutte mortelle. Nous continuâmes à marcher et partout ou nous voyions un groupe qui demandait, la scène se répétait allez va… après nous restâmes presque sans rations ni cigarettes.

    Notre voyage devenait long, interminable et nous étions fatigués aussi bien physiquement que moralement.

    Les étapes se terminaient toujours plus ou moins à la même heure, entre 16 et 17 heures.

    Parfois nous avions tout un jour de repos qui servait à réparer les avaries qui pouvaient s'être produites sur les camions, et à nettoyer les moteurs qui s'emplissaient de sable, et en marche de nouveau.

    Séparés par de grandes distances, quelques villages arabes où les êtres humains vivaient dans les pires conditions qu'on puisse supporter, occupaient notre regard pendant les brefs instants que nous mettions à les traverser.

    Parfois c'était une ville plus ou moins importante, comme Ohms ou Bengazi, qui nous apparaissait dans une vision fugace.

    A l'intérieur de la Tripolitaine nous pûmes voir de nouveau l'oeuvre des colons : des grands terrains de culturE et quelques oasis assez étendus qui mettaient une note gaie de verdure et de fraîcheur dans l'aridité du paysage. Ceci fut l'un des seuls, sinon le seul endroit, où nous passâmes, auquel la nature avait donné un peu de beauté, un peu... pas plus.

    Au cours de l'un des repos, près du village de Castel Bénito, une rumeur circula selon laquelle le commandant de la division avait reçu un message dans lequel on lui ordonnait d'accélérer l'allure pour arriver au front de Tunis dans les plus brefs délais.

    Il est probable que c'était vrai, car la vitesse augmenta, et que les étapes que nous fîmes ensuite furent de 300 kilomètres et plus, reliant la ville de Sfax à 600 kilomètres de Castel Bénito, et dernière étape avant d'arriver au front, en deux jours de marche seulement.

     

    ENTREE EN TUNISIE

    Il est à noter qu'une fois passée la frontière de la Tripolitaine pour entrer en Tunisie, les centres habités se faisaient de plus en plus nombreux à mesure que nous avancions en territoire français.

    Villages et villes se succédaient Ben-Garden, Medenine, et une ville importante, Gabès, ensuite d'autres villages et la ville de Sfax.

    * Survivant de Bir-Hakeim, par Domingo LOPEZ - 5 - Déplacements, boxe et repos, jusqu'à la Tunisie (1943)

    Immédiatement nous reçûmes l'ordre de tenir le matériel en bon état, ce que nous fîmes le plus rapidement possible pour pouvoir aller en ville.

    Nous y allâmes, mais n'y rencontrâmes rien ; par rien, j’entends des femmes et de l'alcool ;  car dans notre conception d'un réalisme brutal, les villes se jugeaient selon la quantité, le qualité importait peu, de ses débits et d ses prostituées, et à ce sujet, à Sfax assez maltraitée par la guerre, et abandonnée par la majeure partie de ses habitants, nous intéressa pas ; nous revînmes le jour suivant avec plus de chance et nous trouvâmes du vin à des prix exorbitants, mais enfin de l'alcool qui nous fit oublier pendant quelques heures que nous allions au front.

    Nous quittâmes Sfax et campâmes à une trentaine de kilomètres du front où nous  passâmes le jour à réviser le matériel, et la nuit à faire un exercice.

    L'après-midi du lendemain, à 17 heures, nous partîmes pour les lignes, le terrain était accidenté, il n'y avait pas de routes et nous allions sur des chemins de terre qui rendaient l'avance lente, et encore plus du fait qu'il commençait à pleuvoir, une  pluie fine et persistante qui nous traversait peu à peu. Le chemin mouillé devenait glissant, les camions patinaient, se mettant en travers et nous n'avancions pas.

    La nuit arriva et avec elle l'ordre que nous redoutions depuis un long moment : descendre des camions et les pousser.

    La pluie continuait et nous étions trempés et grelottants de froid. Nous décrochâmes le canon et poussâmes le camion sur 100 mètres. Le sol était comme du savon et à chaque instant nous étions par terre, pestant et jurant comme des condamnés. Nous revînmes pour traîner le canon jusqu'au camion et cette opération se répéta nous ne savons combien de fois.

    Enfin nous arrivâmes à trois heures du matin, mouillés, couverts de boue et complètement épuisés. Cette nuit-là, nous connûmes une autre phase intéressante de la guerre : la faire sous la pluie. Après cette veillée divertissante, nous nous mîmes en marche à 4h 30 du matin pour occuper notre poste en première ligne.

     


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  • Entretien avec M. Henri Dominique SEGRETAIN, Français Libre

    Publié le samedi 24 avril 2004 sur le site de la VRID
    Cet entretien a été réalisé à partir d’un questionnaire établi en coordination avec l’Université de Montpellier. Il est organisé en 6 thèmes : la personnalité, la perception de Pétain et De Gaulle/Vichy et Londres, l’engagement dans les FFL, la vie militaire, le retour à la vie civile, la Mémoire de la Résistance.
    I- PERSONNALITE 
    -Ses origines géographiques et familiales : Henri-Dominique SEGRETAIN est né à SAUMUR dans le Maine et Loire le 14 mai 1918 où il passe une partie de son enfance. Il vit ensuite à Blois, de 9 à 16 ans. Le dernier de 6 enfants, il est issu d’un milieu aisé : son père était directeur de la Banque de France d’une vieille famille poitevine (installée à Champdeniers en 1703-1704, puis à Niort) ; son grand-père maternel était professeur de philosophie au clèbre lycée parisien Louis-Le-Grand. Il qualifie son milieu de "patriote, sans engagement politique, proche des catholiques et plus particulièrement des Dominicains".

    - Sa formation : En 1940, il est licencié en Droit, diplômé de Sciences Politiques, et titulaire de deux certificats de Lettres obtenus à Paris.

    - Sa situation en 1940 : Il est jeune célibataire ( 22 ans), réside à Paris, et a une sensibilité politique de droite : il a fait partie des volontaires nationaux avec le colonel De la Rocque du P.S.F ( Parti Social Français). Mais, n’adhérant pas à la position de De La Rocque par rapport aux accords de Munich en septembre 1938, il donne sa démission et prend ses distances avec les partis politiques.

    II- REGARD SUR PETAIN et DE GAULLE, VICHY et LONDRES 
    - Perception de la défaite de 1940 : J’ai entendu, à la popote des officiers, à Auray, le discours du Maréchal PETAIN le 17 juin. Le 17 au soir, j’ai appris par la BBC que l’Angleterre continuait la guerre. Il n’y avait donc plus qu’une solution pour moi : passer en Angleterre. J’étais chef de section aspirant depuis 1 mois dans un régiment de chars à Auray pour former les nouveaux. Le 18 juin, j’avais été chargé de m’occuper des voitures belges et de les cacher sous les arbres. En principe, on devait défendre Auray avec des chars de la guerre 14-18. Il n’y avait que cela. IL y avait deux chars modernes, mais démontés ! J’ai été informé par le capitaine-adjoint qu’on devait quitter et former une colonne avec les voitures belges pour passer la Loire à Nantes. Ce jour-là, j’ai pris conscience que j’étais un homme et j’ai décidé de partir. J’ai invité mes soldats à venir avec moi. J’ai essayé de trouver un bateau à la Trinité-sur-mer. Le capitaine m’a dit : " Si je comprends bien, vous désertez ? Oui, incontestablement, je n’obéis plus aux ordres. Et vous invitez vos soldats à déserter avec vous ? Oui, je ne veux pas être prisonnier des Allemands. " On nous a emmené au sud de la Loire, jusqu’à St-Jean de Luz. De là des Polonais embarquaient...

    -A propos de la Révolution Nationale : Je n’en savais rien. J’ai appris beaucoup de choses par la suite, par exemple grâce au livre de M. Paxton. "Pétain a pêché à l’ombre de la Croix Gammée". Je ne m’en suis pas préoccupé à l’époque. Il n’y avait que la France Libre qui comptait.

    -A Propos des lois antisémites : Nous avions été informés et nous avons tous réagi au mois d’octobre 1940 en les trouvant ignobles.

    - Mers-El-Kébir : cela m’a été très pénible mais on ne pouvait faire autrement que de rester.

    -L’échec du débarquement à Dakar : J’ai réussi à partir sur le MESSALIA avec le Général De Gaulle. On le voyait tous les jours. Le soir du 23 Septembre 1940, on n’était pas fiers. Pendant quelques jours, on s’est posé des questions. Le 28 septembre, tous les officiers ont été convoqués et nos chefs nous ont expliqué pourquoi ils avaient agi ainsi. Quand le général De Gaulle a su qu’on avait été obligés de tirer , il a ordonné le repli. Nous avons perdu 3 hommes et nous avons tué 1 sous-officier français et 9 Sénégalais.

    III-LE FRANCAIS LIBRE 
    Avant mon engagement dans les Forces Françaises Libres, je n’ai pas eu connaissance de tracts, ni de journaux clandestins. Ma réaction a été immédiate, dès le 17 juin 1940. Ma famille n’était pas présente à ce moment là. J’ai pris cet engagement pour une raison patriotique. 

    Mon départ : de St Jean de Luz, j’embarque pour l’Angleterre avec des Polonais le 25 juin 1940. L’armistice était signé. Accueilli par les Britanniques avec une bonne tasse de thé, je prends un train pour Liverpool où je retrouve des Français qui reviennent de Norvège. Je ne suis pas passé par " Patriotic school" car j’avais mes papiers militaires donc on m’a cru. 

    Les dissidences au sein de la France Libre : Je n’étais pas au courant des combats politiques que livrait le Général De Gaulle. Quant à la tentative de l’Amiral Muselier, je n’ai jamais compris son cas. C’était une affaire de marin. 

    La vie politique à Alger en 1943-44 : Je n’y étais pas. Par la suite, j’ai su qu’il y avait des difficultés énormes. J’avais le sentiment de me battre : - pour le Général de Gaulle en priorité puis pour l’indépendance de la France pour laver la défaite de 1940 et enfin par goût de l’aventure par devoir contre l’Allemagne et contre le Fascisme et le Nazisme. 
    Le personnel politique et administratif de la France Libre : je les considérais comme des combattants au même titre que moi. 

    Sentiments à l’égard de : 
    - Général GIRAUD : au début, j’étais très content qu’un général français continue la guerre. Après, j’ai compris qu’il voulait le pouvoir. On n’était plus d’accord, mais sans trop s’opposer. 
    - Les Anglais : des rapports excellents. J’ai vécu 4 ans au Moyen-Orient et je les ai vus sous différents jours. 
    - Les Américains : on ne les aimait pas tellement, surtout après l’affaire de Dakar où ils se sont opposés au Général De Gaulle. Cependant, on avait un Américain avec nous dans la France Libre et il était remarquable. 
    - Les Soviétiques : on était plutôt d’accord, à partir du moment où ils nous aidaient. 
    Par rapport au régime Nazi : qu’il soit détruit. 
    Par rapport aux soldats allemands : j’en ai peu cotoyé ; j’ai davantage eu à faire avec des Italiens. 
    Par rapport aux prisonniers allemands : leur sort n’était pas mauvais. 
    La Résistance intérieure : On était 100 % d’accord mais on en a peu entendu parler. Nous ne doutions pas qu’il y avait des oppositions entre les gens. 
    Le C.F.L.N (Comité Français de Libération Nationale) : j’en ai eu connaissance et je considère que c’était une bonne chose , mais ce n’était ni une victoire politique de la France Libre, ni un compromis. Jean MOULIN : j’en ai entendu parler peu de temps avant son arrestation. Mais j’étais peu informé du C.N.R (Conseil National de la Résistance) car on n’avait pas le temps.

    IV- LA VIE MILITAIRE 
    Mes unités : J’ai d’abord appartenu à la 342 ° compagnie de chars qui s’est battue en Norvège, la 1° compagnie de chars de la France Libre. Puis, je me suis engagé dans la compagnie de transport auto pour Dakar dans les derniers jours d’août 1940, à la fin de la campagne d’Erythrée. Puis, j’ai intégré le BM 3, un bataillon colonial comme Sous-Lieutenant en novembre 1943. Ensuite, j’ai été transféré à Suez. Mais blessé dans un accident de moto, je n’ai pas fait la campagne de Syrie. 

    Ma formation : Je n’avais pas de formation militaire. Je comptais faire le commissariat de la marine. J’ai été recruté en septembre 1940 à l’Ecole de chars de combat avec mes diplômes. J’ai été nommé au 507° régiment de chars comme assimilé sous-Officier.

    L’armement : Je ne manipulais pas les canons. J’étais dans les chars. L’armement reçu des Anglais était bon, d’origine française. Les chars étaient en partie français, en partie américains ; les camions étaient des Bedford anglais.

    Conditions de vie : La nourriture était convenable, mais, en Erythrée on avait les rations anglaises et ce n’était pas fameux -du singe anglais- des cigarettes anglaises...

    Côté santé : les services étaient corrects. A la suite de mon accident de moto, j’ai été bien soigné à l’hôpital français puis dans un hôpital anglais très important. La solde était suffisante, car on ne dépensait pas beaucoup. J’ai pu m’acheter une moto avec 2 mois de solde.

    Relations avec les compagnons d’armes : Bonnes, en dépit de quelques passages difficiles. 
    A la Justice Militaire, j’ai côtoyé des Officiers de Vichy qui n’étaient pas tous faciles. 
    Au sein des FFL, il existait un "esprit" FFL, une fratrie. On avait à peine 20 ans et on était coupé de tout. On avait donc de l’affection les uns pour les autres. Nous étions de grands copains. Comme l’a dit le général SIMON, on a appris très vite qu’on était peu nombreux et nous en avons été très fiers, même avec des idées politiques différentes.

    Relations avec les soldats indigènes : Bonnes mais je les ai cotoyés peu de temps.

    Relations avec les FFI : en 1944 je n’étais pas sur le sol métropolitain mais j’ai été très content d’apprendre qu’ils existaient.

    Liens avec la famille : Nous avions seulement les messages de la Croix - Rouge deux fois par an. J’ai bien supporté l’éloignement en raison de la fratrie que nous avions constituée. Nous n’étions pas au courant de l’évolution de la situation en France.

    Les distractions : J’ai vécu plus de 3 ans au Moyen-Orient. On allait de temps en temps au cinéma, aux courses, le dimanche. Nos distractions étaient surtout nos soirées ensemble.

    V-LE RETOUR A LA VIE CIVILE
    La démobilisation : j’ai été démobilisé seulement en juin 1946 car j’avais une pleurésie depuis octobre 1945.

    La carrière militaire : je ne suis pas resté dans l’armée après ma démobilisation.

    Le retour en France : J’ai été bien accueilli à mon retour. Mon père a compris ma démarche en apprenant l’entrevue de Montoire. Mon frère aîné a fait de la Résistance en Normandie, à Evreux. 
    J’ai été surpris par la France retrouvée en 1944-45 : Ma famille se plaignait d’avoir très peu mangé.

    L’épuration : à l’époque, je n’avais pas d’opinion précise. Mais, avec les lectures, je me rends compte qu’on est allé trop loin.

    L’extermination des Juifs : Des camps existaient avant la guerre, en Allemagne, mais on n’imaginait pas que les Juifs seraient tués en série. J’ai heureusement appris en 1941 que certains avaient pu être hébergés et sauvés.

    Opinion à propos du parcours politique du général De Gaulle : au départ, je n’étais pas partisan de son entrée en politique et en 1946, j’ai hésité à voter en faveur du projet de constitution. Pourtant, je me définis comme "Gaulliste" mais un Gaulliste historique. Je ne pouvais pas ne pas être "gaulliste".

    Ma profession après la guerre : J’en ai exercé plusieurs : 
    - professeur au Brésil -à Rio-, à l’Alliance Française pendant 3 ans (250 élèves) 
    - en France, chargé de relations publiques à la filiale française d’une marque pétrolière.

    Effets de l’engagement dans la France Libre : J’ai le sentiment que mon engagement dans la France Libre a changé le cours de ma vie. Je peux dire aujourd’hui que le 18 juin, je suis devenu un homme. Je suis devenu conscient de mes responsabilités à 22 ans.

    VI-LA MEMOIRE DE LA RESISTANCE 
    Distinctions : la Croix de Guerre, la Médaille des Anciens de De Gaulle, la médaille des Combattants Volontaires .

    Les responsabilités associatives : j’ai été président des Anciens combattants à Ligugé.

    La place des Français Libres : nous sommes peu nombreux, on parle donc peu de notre action.

    La date commémorative la plus marquante : le 18 juin 1940, parce que le Général De Gaulle a dit ce jour-là : "Quoiqu’il arrive, la Résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas".

    Trois mots pour résumer mon engagement : 
    - Honneur 
    - Patriotisme 
    - Camaraderie

    Les livres les plus fidèles à l’esprit de la Résistance : 
    - Les Mémoires du Général De Gaulle 
    - Les ouvrages du Père Froissard 
    - la biographie du Général par Alain Peyrefitte.

    Opinion sur l’Allemagne et la construction européenne : J’ai mis lontemps à comprendre la position du Général. Je reste très ami des Anglais. J’adhère à l’évolution des relations européennes .

    CONCLUSION 
    Cette aventure m’a fait revivre. Il ne faudrait pas qu’on oublie que quelques hommes ont été capables de représenter un pays car nous étions en terre étrangère et le général De Gaulle n’y était pas connu.

    M. Henri-Dominique SEGRETAIN a écrit ses mémoires et évoqué le témoignage de 167 Français Libres dans son ouvrage " DE GAULLE EN ECHEC ? DAKAR 1940 , Editeur Michel FONTAINE, Collection du Cinquantenaire, 1992 .

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  • * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - La Sortie de Bir Hakeim et El Alamein (1942)

     

    Le 9 Juin, bien que l'ennemi ne soit pas parvenu à réaliser ses desseins étroits, l'anneau de fer menaçait encore plus de nous étouffer. Une section de notre infanterie avait été faite prisonnière, laissant échapper bien peu d'hommes. De ce fait, le combat commença dans les limites de notre terrain, avec des grenades et des mitrailleuses, mais notre pavillon flottait encore gaillardement.

    Le 10, une troisième attaque allemande eut lieu au même endroit que le 8 et le 9, les surhommes subirent une autre déroute par ceux qui furent appelés plus tard « les aventuriers qui se défendaient avec l'énergie du désespoir ». Eux, les aryens purs, la race supérieure, avec toute la force de leur potentiel de guerre ne purent faire reculer le pavillon français avec la croix de Lorraine, qui jusqu'au coucher du soleil le 10 juin 1942, projeta son ombre glorieuse et gigantesque sur la tête de ses soldats.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

     

    Dans l'après-midi de ce 10 juin, après 16 jours d’enfer, avec une joie indescriptible, nous reçûmes l'ordre de nous préparer pour sortir cette nuit ; ne pas se charger d'armes lourdes, seulement des grenades, des mitrailleuses à main ou des pistolets, prendre l'indispensable et détruire les canons. Plus tard, l'eau de réserve de la compagnie serait distribuée.

    Personne ne pensait au danger que présentait cette retraite empressée, nous pensions seulement que cette nuit nous serions enfin libres, morts ou vifs, mais libres de toute façon. Nos visages épuisés après tant de jours de souffrance s'illuminèrent d'espérance. S'échapper, s'échapper coûte que coûte. Avec cette idée fixe nous fîmes les préparatifs, et nous espérions que les ombres de la nuit s'étendraient sur l'immensité désertique, pour nous aider dans la manœuvre. La nuit arrivée... obscure…noire…, quelques heures plus tard, seules les étoiles seraient les témoins muets du dernier acte de la grande tragédie qui s'était déroulée à Bir-Hakeim.

    Les citernes parcoururent les lignes pour distribuer le précieux liquide ; les chauffeurs mirent les moteurs de leurs véhicules en route et commencèrent à former une colonne sur trois rangs, les tanks (brenn carriers) devant, les camions avec les blessés au milieu, les prisonniers allemands et italiens enchaînés et gardés montèrent dans deux des camions.

    Les commandements secs et à voix basse se firent entendre partout. Les ombres coururent dans tous les sens, silencieusement ; chacun essayait d'occuper la place qui lui avait été assignée.

    Les compagnies d'infanterie commencèrent à se former en colonne de six ; la sixième, dans notre bataillon, marcherait en tête et immédiatement après la colonne motorisée.

     

     NOUS ARRIVONS A NOUS ECHAPPER

    Le colonel AMILAKVARI avec son automobile, rompit la marche en sautant sur une mine. Il prit un autre véhicule qui sauta sur une autre mine, sans être blessé aucune de ces deux fois.

    Il se résolut à continuer à pied. Les tanks et les camions s'étaient déjà heurtés à l'ennemi avec une force destructrice.

    Le cercle était brisé et les premiers véhicules, comme un torrent, s'élancèrent en avant, aplatissant tout sur leur passage, et se perdirent ensuite dans l'immensité noire des ombres du désert. Mais l’ennemi commençait à réagir, il se ressaisit de sa surprise et les mitrailleuses commencèrent à se faire entendre, des cris de rage et de douleur fendirent la nuit… parfois la voix de notre Colonel et celle du Capitaine de SAIRIGNE s'élevaient dans le tumulte. En avant la Légion ! En avant la Légion ! Suivant l'exemple d'hommes de cette trempe, la Légion étrangère se lança aveuglément, furieusement, contre ceux qui prétendaient lui barrer le passage.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Le lieutenant DEWEY avec son tank, aplatit deux mitrailleuses italiennes, succombant héroïquement avec quatre de ses légionnaires, un nommé DEBRIK se sauvant devant la troisième.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Pendant que cette lutte se déroulait dans la nuit qui était seulement illuminée par les flammes d'un camion incendié, répandant alentour une lumière rougeoyante qui rendait encore plus sinistre la dernière scène de l'épopée de Bir-Hakeim, un groupe de dix ou douze hommes attendait la décision d'ARTOLA, à l'expérience de qui nous avions confié nos vies. « Ne bougez pas d'ici, je vais voir ce qui se passe », nous dit-il.

    Nous attendions sans bouger. Combien de temps avons-nous attendu dans l'angoisse qui nous serrait la gorge, et une main de fer nous broyant le coeur ? Nous ne pourrions pas le dire ; une minute, vingt, une heure peut-être. Les balles traçantes se croisaient dans toutes les directions, les armes automatiques claquaient dans l'éclatement sec d'un coup de fusil et l'explosion des grenades à main... Si nous avions pu sortir ... Si nous avions la chance d'en sortir ... nous triturions nerveusement la mitraillette et portions la main à notre ceinture pour nous assurer que les grenades y étaient bien. Où peut bien être ARTOLA, nous demandions-nous. Après, nous commençâmes à imaginer des tas de choses. Il ne vient pas ... et s'il était parti ... mais non, c'est impossible, il ne peut plus tarder. Ah, il vient, mais non... l'ombre continue ; ce n'est pas lui. Quand va-t-il revenir ? Il doit être tard et si le jour arrive et que nous soyons encore là… il vient. Serait-ce lui ? Oui, ça l'est.

    Quelle chance ! Pourquoi avons-nous été laissés seuls. Bon, il est là maintenant. Toutes ces questions et ces réponses, nous les faisions pendant que nous attendions ARTOLA jusqu'à ce que son arrivée coupât notre soliloque. « Messieurs, la chose par-là est très mauvaise, on se bat et on meurt beaucoup ; celui qui veut me suivre ... je vais dans cette direction qui est plus tranquille ».

    Sans répliquer, nous nous levâmes, lui s'agenouilla, posa sa boussole lumineuse sur le sol et murmura « direction sud ». Il se redressa et se dirigeant vers notre groupe dit « que personne ne parle, marchez sans bruit, et n'usez de vos armes que si l'on tire sur nous parce que l'on nous a découvert, auquel cas chacun agit et se sauve comme.il peut.  En avant ! »

    Nous avançâmes comme des fantômes, en silence, pliés en deux... notre chef leva la main et nous dit très bas « maintenant, rampons, nous allons entrer dans un champ de mines ».

    Nous commençâmes à marcher sur les coudes et les genoux, lentement, très lentement, tâtant l'endroit où nous allons appuyer notre corps : un mouvement sans prendre cette précaution serait fatal,

    Nous continuâmes, continuâmes. Silence ! un feu de Bengale illumina le champ… la figure contre le sable ... les mains crispées, nous attendions. Éteins-toi maintenant, maudite chose. A quelques mètres, des soldats couraient. Nous nous collâmes davantage contre la terre ; nous les reconnaissions à leurs casques… des Boches… le doigt sur la gâchette… ils s'approchaient…et le feu de Bengale nous éclairait ; quelle chance qu'ils ne nous aient pas vus, et pourtant ils nous avaient presque marché dessus.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Quelles minutes terribles. Visages et corps étaient baignés de sueur. Nous levâmes le bidon jusqu'à nos lèvres et avalâmes une gorgée d'eau. Quel soulagement ! Nous avançâmes de quelques mètres de plus et une autre fusée ! Tout près de nous, nous entendîmes FLORES dire « si je pouvais lui tordre le cou, à celui qui fait de la lumière ».

    Nous pensions qu'il serait agréable de lui arracher une oreille d'un coup de dent et de lui faire avaler ses sales fusées. Enfin, elle s'éteignit. Notre espoir était d'arriver à la limite du champ de mines sans avoir été vus. De nouveau, nous fûmes éclairés, alors que nous arrivions presque. Etre découverts à ce moment aurait vraiment été une grande malchance. Sur le chemin que nous suivions il y avait des soldats et nous nous demandions qui ils étaient. Nos nerfs ne résistèrent pas plus, et à notre désespoir nous proposâmes à ARTOLA de leur envoyer une grenade et ensuite de les abattre à la mitraillette. « Tu es fou, si nous en tuons, nous resterons ici. Que personne ne tire ! »

    A d'autres moments nous étions dans les ténèbres, mais ne pouvions pas avancer sans risquer de rencontrer les Allemands. Lorsque le camp fut illuminé de nouveau ils étaient encore là. Ah, ils ne pouvaient pas trouver un autre endroit pour s’arrêter... nous nous déportâmes à gauche pour les éviter. Nous tirions une fusée pour voir ce qui était devant nous. Ce souhait fut exaucé et nous vîmes qu'il n'y avait personne. ARTOLA fit signe de la main. En avant ! Nous devions être presque dehors… les coudes et les genoux que nous avions à vif nous faisaient mal, mais ... qu'importait ; si nous parvenions à passer. Un autre signe d'ARTOLA... il nous laissa. Avec précaution, il se traîna en zig-zag. Que faisait-il ? Il disparut dans l’obscurité et quelques minutes après revint en marchant et nous dit avec agitation « Courez, nous sommes libres ». D'un bond, nous nous mîmes debout et commençâmes une course pour la vie, pour la liberté. Nous sentîmes d'énormes envies de rire et de crier aux allemands « Imbéciles, vous ne voyez pas que nous nous échappons ! ». La première fois notre rire fut mêlé de larmes, la seconde, nous n'osâmes pas le mener à bonne fin. Nous courûmes ... courûmes… devenus fous, nous ne savons pas combien de temps ni sur quelle distance, nous arrêtant seulement lorsque ARTOLA le fit pour consulter la boussole.

    Derrière nous, le bruit du combat qui se prolongerait jusqu'à l'aube, se perdait. Avec la lumière du jour, seraient inutiles tous les efforts de ceux à qui nous avions échappé.

    La lumière de ce nouveau jour, de cet inoubliable aube du 11 juin 1942 nous paraissait plus diaphane, plus belle que jamais.

    Avec les premières lueurs du matin un camion anglais vint jusqu'à nous, maintenant complètement desséchés. Les occupants nous regardèrent tristement. « Bir-Hakeim « nous demandèrent-ils. « Oui, répondîmes-nous, de l'eau…de l'eau… de l'eau…"

    Nous nous jetâmes tous en même temps sur l'eau contenue dans le camion.

    Les Anglais ne voulaient pas nous laisser boire, et pendant que l'un d'eux essayait de nous convaincre, les deux autres ouvrirent des bouteilles de lait, que nous bûmes avidemment.

    Nous demandâmes à combien de kilomètres de Bir-Hakeim nous étions. « A plus de 12 » nous répondirent-ils. Nous pensâmes que c'était trop près, nous n'étions pas tranquilles du tout. Ils nous expliquèrent qu'il y avait beaucoup de camions anglais en patrouille dans le voisinage pour recueillir les survivants qui étaient dispersés dans le désert.

    Enfin nous nous mîmes en marche jusqu'au lieu où se formait le convoi, tout près d'ici.

    Notre joie fut grande lorsque nous vîmes nos amis d’Amérique du Sud. Nous nous embrassâmes en riant et en pleurant. « Quelle chance ! comment t'es-tu enfui ? Et toi ? " Nous nous accablions de questions, parlant tous en même temps, nous n'en avions par perdu l'habitude malgré les frayeurs. Le convoi en marche transportait les épaves fatiguées, rompues, défaites, de ceux qui furent la force qui défendait Bir-Hakeim. On dit que notre résistance sauva le canal de Suez. La confirmation ou le démenti de cette affirmation était loin de notre pouvoir. Nous pouvions seulement dire qu'en 16 jours d'enfer nous avions souffert, souffert et encore souffert… Devant cette résistance qui n'avait pas cédé à un ennemi plusieurs fois supérieur, le général de Gaulle dit dans un ordre général « Quand à Bir-Hakeim un rayon de gloire vint éclairer le front sanglant de ses soldats, le monde a reconnu la France ».

     

    ELOIGNONS-NOUS DU PERIL

    Notre convoi arriva à MARSA MARTRUH, où nous nous reposâmes quelques jours, mais ici aussi se répercutait l'écho des canons allemands, ce qui précipita nôtre départ jusqu'à la ville d'Alexandrie.

    Nous nous rendîmes compte alors du prix payé pour cette victoire, qui pour nous était la plus brillante obtenue dans la guerre du désert de Libye.

    Nous nous sentions orgueilleux de notre geste tous au même titre, troupes et officiers, mais il nous avait coûté cher. 50 % des camarades étaient restés dans cet enfer, la plupart en essayant de s'échapper.

    Des deux bataillons de Légion, il ne demeurait que des restes, et on comptait parmi les disparus le chef du nôtre et de nombreux officiers.

    Sur la plage d'Alexandrie nous dressâmes le camp pour prendre un repos qui serait bref mais complet.

    L'endroit ne pouvait être mieux choisi pour reposer notre corps et notre esprit. Au bord de la mer à l'ombre des palmeraies, tout invitait au repos, à l'abandon, et à l'oubli des heures passées.

    La première chose qui nous occupa à l'arrivée fut de dormir, dormir beaucoup pour prendre notre revanche. Souvent j’avais des cauchemars et me réveillais en sursaut. Ce n'était pas seulement à moi que cela arrivait, mais à tous ; nos nerfs n’étaient pas encore dans leur état normal, et nous allions beaucoup tarder à nous remettre du coup dont nous avions souffert.

    Nous sortions à 10 heures du matin avec une permission et nous nous présentions le jour suivant à la même heure pour prendre les ordres.

    Tout allait à la perfection. Des divertissements, des boissons, des femmes, enfin tout ce dont a besoin un soldat n revenant du front où il s'est battu. Faire beaucoup de bruit, baragouiner arabe et se saouler à ne plus tenir debout. Mais cela ne pouvait durer longtemps ainsi.

    Accostés dans le port, il y avait quelques navires de guerre français dont les équipages se rallièrent au gouvernement de Vichy, aux livreurs de la France.

    Un matin, à l'heure de la présentation, plusieurs légionnaires apparurent le visage endommagé. Ce qui leur était arrivé se sut rapidement dans tout le bataillon.

    Plusieurs marins de Vichy (Vichymen) comme les appelaient les Anglais, les avaient provoqués, leur crachant au visage des paroles de trahison, les attaquant immédiatement et leur administrant une souveraine volée de coups.

    Notre indignation ne connut pas de limite en entendant cela. Etait-il possible qu’ils soient français ces hommes qui appelaient traîtres ceux qui défendaient la France ? Pour des gens aussi vils il n'y avait de qualificatif dans aucune langue, pour les traîtres a la Patrie aucune punition n'était trop dure. A ce moment nous nous mîmes d’accord pour ne sortir qu'en groupes et armés. De ce qui suivit je ne relaterai que quelques incidents comme celui-ci :  un après-midi sur le boulevard promenade de la Reine Nazli eut lieu une rencontre comme il s'en faisait quotidiennement entre les Français libres et les vendus ; nous restions maîtres du terrain, et un marin n'ayant d'autre issue que la mer, poursuivi, il s'y jeta. L'Espagnol SAN MARTIN, un garçon de plus de 1 m. 85, se lança derrière lui et le rattrapa ; il le prit par les cheveux et le submergea ; il le remontait à la surface et quand il avait repris sa respiration, il le replongeait. Il le sortit en le traînant et lui ordonna de se dévêtir sous la menace d'un revolver, et quand il se trouva en chemise et caleçon, courant derrière lui, il le ramena jusqu'au bateau.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    La Force X, les marins de Vichy source : http://envelopmer.blogspot.fr

    Ces messieurs allaient de bon matin faire des exercices dans un champ aux environs d'Alexandrie. Un matin le lieutenant BOURGOIN invita 50 à 60 légionnaires et quand les marins, en formation, revinrent de leurs exercices au commandement d'un capitaine, il les intercepta au passage.

    A la tête des légionnaires le lieutenant se jeta à la charge et ceci dégénéra en une véritable bataille rangée à coups de poings et de gourdin. Il y eut plusieurs blessés, tant des nôtres que des leurs, mais nous pensâmes que ce serait la dernière fois qu'ils sortiraient du bateau. Après le départ de ces traîtres, la cité renaquit au calme et nous continuâmes de nous divertir à qui mieux mieux.

    Nous apprenions avec la facilité la leçon qui dit qu’il est nécessaire pendant la guerre de profiter au mieux du temps où nous sommes en arrière.

    Nous passâmes huit jours magnifiques dans la villa de Cléopâtre.

    Ensuite nous allâmes dans un camp près du Caire, laissant derrière nous un peuple tout près de la panique. Ceci se justifiait si on pensait que les Allemands n'étaient qu'à 80 kilomètres de la ville, et que dans celle-ci il y avait une grande quantité de juifs qui se préoccupaient seulement de faire leurs valises.

    Nous partîmes dans la soirée sous les acclamations de la population qui nous saluait de la rue, des portes et des fenêtres.

    N0us devons confesser que ces manifestations ne nous laissèrent pas indifférents, nous sentions au plus profond de nous-mêmes une grande satisfaction qui nous rendait presque heureux des terribles moments de Bir-Hakeim.

    La route jusqu'au Caire était couverte de véhicules. Nous n'avancions que de quelques kilomètres à l'heure. Le pire était qu'il n'y avait aucun ordre dans la circulation, chacun désirant aller en avant et à chaque instant il se produisait des collisions qui retardaient encore l'avance. Tant que la nuit ne fut pas tombée, nos yeux scrutaient le ciel continuellement, de peur des avions allemands qui, s'ils avaient profité de la confusion qui régnait parmi les troupes en exode, auraient fait un véritable massacre.

    Pour notre soulagement la nuit tomba et la progression se fit de plus en plus difficile à cause d'un convoi qui venait en direction contraire et à qui nous dûmes laisser la priorité car il montait au front.

    C'était une division australienne, celle qui, avec admirable courage, contribua à empêcher l'avance nazi jusqu'à Suez. Ces hommes qui connaissaient la situation du front y allaient en chantant allègrement. Ils savaient de plus que nous essayions de mettre du terrain entre nous et les Allemands. Ils savaient enfin que nous étions sur le point d'être battus complètement et, malgré tout, ils chantaient, riaient et faisaient des plaisanteries sur cette retraite qui menaçait de se transformer en catastrophe pour les troupes alliées.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Capitaine australien dans un cimetière allié de la région d'El Alamein

    Ceci et d'autres choses vues à diverses occasions nous fit juger les australiens comme les meilleurs soldats qu'il nous fut donné de voir combattre. En les voyant, l’espérance renaissait. Avec des troupes de cette trempe on ne perdait pas la guerre, même si on perdait des batailles.

    Bien que notre voyage ait duré déjà plusieurs heures nous n'étions pas très loin de notre point de départ. Quand nous nous arrêtâmes en un point quelconque du désert pour passer la nuit, nous montâmes le camp et après avoir mangé quelques conserves chaudes, nous nous réunîmes, les Sud-américains et quelques Espagnols, pour chanter et bavarder.

    A Alexandrie nous avions obtenu une herbe, qui bien que très mauvaise, c'était un véritable bâton, et délavée après quelques (…), nous nous en servîmes pour nous en rappeler le goût. Les Espagnols demandèrent à goûter, mais à la première gorgée ils se mirent à cracher et à maudire cette amertume. Nous allâmes dormir et le lendemain, de bonne heure, nous étions en route. Le trafic était intense et la route encombrée.

    Nous ne marchions pas à tant de kilomètres à l'heure, mais à tant de mètres.

    Nous pensions de nouveau aux avions ; mais ils étaient occupés à autre chose et n'avaient pas le temps de se rappeler de nous. Nous voyageâmes tout le jour pour parcourir les 200 kilomètres qui séparent Alexandrie du Caire.

    Dans l'après-midi nous arrivâmes dans cette ville et nous allâmes nous installer au sud dans un camp anglais, en plein désert, bien qu'à peu de distance de la station de chemin de fer qui va au Caire. Ici aussi nous étions au repos, et les nouveaux arrivèrent, dont l'instruction commença aussitôt sous la direction des gradés.

    Noua restâmes peu de temps dans ce camp, ensuite nous fûmes emmenés dans un autre identique à celui-ci, mais nous jouîmes d'une permission qui était donnée à la compagnie pour se rendre à Ismaïlia, au bord de la mer, dans un grand parc où nous mangeâmes bien, dormîmes et prîmes des bains de soleil. Mais ceci se termina par le commencement des exercices de toutes sortes. Les nouveaux maniements d'armes, et nous devions apprendre à conduire toutes sortes de véhicules.

    Après 24 heures nous terminâmes notre service avec joie.

    On annonçait la visite du général de GAULLE, et nous préparâmes un défilé. Dans cette revue militaire, le général KOENIG, le Colonel AMILAKVARI, le Capitaine SIMON, commandant de notre compagnie, et d'autres, furent décorés de la Croix de Guerre ainsi que de nombreux soldats, pour leur vaillance au combat.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Le même jour, dans une cérémonie émouvante, notre bataillon reçut le drapeau de la 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère, que gardait le premier.

    Quelques jours après nous quittâmes Ismaïlia et campâmes au kilomètre 13 de la route d’Héliopolis, une ville moderne unie au Caire. Dans cet endroit nous trouvâmes tout le matériel de guerre vieux, sauf quelques canons anti-tanks de 75 neufs. Vinrent quelques camions énormes de marque Bedford qui ne nous plurent pas du tout ; ces mastodontes étaient visibles à cinq kilomètres de distance avec leur plate-forme à canon pour tirer.

    Les canons anti-tanks étaient de 6 livres, calibre équivalent à 47 mm. A partir du moment où nous eûmes reçu le nouvel armement, l'entraînement se fit intensif pour bien savoir le manier.

    Avant de quitter ce camp nous fûmes passés en revue par le roi George d'Angleterre qui était accompagné des Généraux de l'armée britannique Montgomery et Alexander.

    Peu après commencèrent les préparatifs de départ, ça sentait la poudre, les sections se formèrent de nouveau pour bien mélanger ceux qui déjà connaissaient les délices du front et ceux qui ne l'avaient jamais vu ; les deux bataillons se formèrent en un seul ; le dernier composé d'une compagnie lourde avec des canons anti-tanks et des mortiers de 81 mm, trois d’infanterie légère et la compagnie blindée formée de tanks. Ainsi organisés avec un matériel neuf et un moral élevé bien que nous sentions la peur monter du fond de nous-mêmes et à peine réveillés, un matin, nous nous mimes en marche et nous allions à la recherche de la revanche.

     

    LA CONTRE-OFFENSIVE SE PREPARE

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Le 15 Octobre nous occupâmes les positions desquelles nous partirions à l'attaque qui deviendra la grande contre-offensive d'El-Alamein et qui donnera lieu à l’échec des troupes de l'Axe sur le continent africain.

    Nous abandonnâmes ces positions pour en occuper d'autres plus proches de l'ennemi, ou les obus de l'artillerie nous faisaient plonger sans cesse, et où les avions nous visitaient 4 à 6 fois par jour.

    Plusieurs jours nous avons attendu le moment où il nous serait ordonné d'aller à l'attaque. Cet ordre nous fut donné le 23 Octobre. En face de nous s'élevaient des montagnes très escarpées qui servaient de magnifique observatoire aux forces de l'Axe.

    De cet endroit on dominait une grande surface de désert, de manière que tous nos mouvements étaient découverts, à peine esquissés. De ces montagnes nous aurions à nous approcher. A la fin de la nuit commença la marche d'approche jusqu'à l’Himeimat, ainsi se nommait le lieu montagneux.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Nous nous séparâmes de RAUL et de DIAZ deux Espagnols avec lesquels nous parlions lorsqu'arriva l'heure du départ. Eux étaient de l'infanterie et partaient avec nous.

    Nous nous souhaitâmes bonne chance et nous nous donnâmes une poignée de main.

    DIAZ avait 29 ans. Personne ne devait le revoir jamais ; il est resté ici pour toujours et RAUL devint boiteux pour le restant de ses jours. Une balle explosive lui avait détruit un pied.

    Après l'Infanterie nous sortîmes avec nos anti- tanks. Avec beaucoup de mal car il y avait des endroits où le sable était mou et où notre déplacement était difficile. Les moteurs ronflaient, calaient et nous avancions très peu, mais enfin nous arrivâmes.

    En silence chaque pièce se trouva occuper l’endroit qui lui était assigné. Devant nous les fantassins essaient de traverser les champs de mines pour pouvoir sauter sur l’ennemi de très près.

    Tout était enveloppé d'un silence seulement interrompu par le bruit de quelque moteur. Le capitaine SIMON arriva ; il était content et riait en se frottant les mains ;     il nous dit : « C'est le moment de prendre notre revanche, nous allons les surprendre car nous n'attaquerons pas en face, mais par le flanc. Vous verrez que tout va marcher à merveille. Attention, bonne chance et à bientôt ».

    A 22 heures nous entendîmes la voix de bronze d'un canon de gros calibre. Ce fut le signal. Le coup de feu qui scellait le sort des armées de l'Axe en Afrique. Le fracas de tonnerre gigantesque produit par plus de 900 pièces d'artillerie tirant en même temps sur un front de 80 kilomètres répondit et, pendant des heures, une pluie de mitraille arrosa les positions s ennemies.

    Ceci fut un cataclysme ; le ciel rougissait aux lueurs d'incendie comme un éclair ininterrompu et le désert tremblait et vibrait, comme secoué par un mouvement sismique.

    Couchés dans les trous que nous avions creusé rapidement dans le sable, nous attendions, et notre tension nerveuse augmentait. Quand l'artillerie cesserait, ce serait notre tour, et ensuite selon le résultat qu'elle obtiendrait, le nôtre.

    Dans sa jeep nous vîmes passer le colonel avec son képi et sa cape gris perle. IL avait la coutume de se rendre compte par ses propres yeux si ses ordres, en ce qui concernait la disposition des divers éléments de combat, avaient été suivis avec exactitude. Il parcourait toute la ligne avec le plus grand mépris du péril, se préoccupant toujours de ses légionnaires qu'il aimait profondément.

    Pour nous il était comme un père.

    Les canons se turent et immédiatement des milliers d'hommes se lancèrent à l'attaque. Notre premier bataillon monta la montagne avec bravoure, mais malgré son courage, fut repoussé car, en plus des difficultés de l'ascension, ils étaient attendus avec des mitrailleuses cachées dans des grottes qui leur firent subir des pertes importantes.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    Notre bataillon attendait le signal indiquant que Premier avait atteint son objectif qui devait être donne au moyen d'une fusée de couleur convenue auparavant.

    Voyant que le signal ne venait pas, ce qui nous faisait perdre un temps précieux car il serait bientôt jour, le colonel donna l'ordre d'attaquer.

    Les Italiens étaient sûrs que nos fantassins étaient au sommet du pic pour les balayer avec leurs mitrailleuses qu'ils abandonnaient.

    Eux devaient avoir jugé nos troupes comme eux-mêmes, c'est-à-dire qu'aux premiers coups de feu ils reculeraient dans leur dessein - grande erreur - Avec les premières rafales de mitraillettes, les légionnaires comme des lions sautèrent sur eux, entrant au corps à corps, et leur faisant céder du terrain par leur pression. L'objectif était pris, c'était notre tour. Nous devions placer les canons pour, en cas de contre-attaque, appuyés par les tanks ou les blindés, pouvoir les attendre pour « leur rendre les honneurs dûs ».

    Le terrain ne nous permettait pas de nous déplacer avec l'agilité nécessaire, et la contre-attaque redoutée, de tanks et de chars d'assaut, arriva avec une rapidité fulgurante.

    Sans notre aide, l'infanterie ne pouvait rien faire, et elle reçut l'ordre de reculer.

    Maintenant il faisait jour et un repli à 11 heure et en terrain plat serait sûrement dangereux. Poursuivis par un tir de mortier les nôtres se retirèrent en ordre, sans abandonner de blessés et emmenant les prisonniers.

    Avec nos anti-tanks, nous ne pouvions rien faire maintenant pour éviter la retraite si bien qu'on nous ordonna aussi, après avoir couvert l'infanterie, de retourner à notre point de départ. Avec l'ennemi au-dessus et nous parfaitement visibles, ce mouvement ne nous parut pas facile à exécuter.

    En effet, laissant de côté l'infanterie, ils concentrèrent leur feu sur nous. Entre les obus qui éclataient de tous les côtés, nous nous mîmes en devoir d'accrocher les canons dans les camions. Le canon était très lourd et de ce fait très difficile à manier. Tellement pris par notre travail nous ne vîmes pas un groupe d'italiens qui, plus hardis que leurs compagnons, venait dans notre direction, animés des intentions les plus mauvaises.

    Un de nos compagnons donna l'alarme en nous criant d’essayer de les arrêter. Dans un grand effort nous arrivâmes à dominer nos nerfs et nous mettant à genoux derrière le blindage de notre canon pour nous protéger, nous commençâmes à tirer au pistolet. Les italiens étaient à une cinquantaine de mètres de nous. Nous tirions... nous tirions. Un des attaquants s'arrêta et leva les deux mains vers son ventre, les autres s'allongèrent sur le sol et lancèrent des grenades à main. Nous changeâmes le chargeur du pistolet et continuâmes à tirer.

    S'enhardissant en voyant qu'ils nous stoppaient les autres empoignèrent le canon et nous, toujours abrités derrière le blindage, continuâmes à tirer sans cesse. Il s'en fallait de peu, encore un effort et nous étions sauvés, mais les ennemis croyaient nous tenir et ils continuaient à avancer. Un coup de feu adroit envoya rouler un autre italien, nous arrivâmes au camion et un camarade prit sa mitraillette et la déchargea sur les « macaronis » qui essayèrent de se sauver.

    Nous n'avions pas encore fini de monter lorsque le camion démarra, quelques-uns le prirent à la course et le chauffeur semblait avoir une certaine hâte. « Vous êtes blessé » me dit quelqu’un. Qui ? moi ! demandais-je un peu surpris ET JE SENTAIS REFROIDIR L'ENTHOUSIASME qu'avait éveillé en moi les paroles de louange prononcées par mes camarades pour notre attitude. « Il est clair que tu l'es ». Devant cette affirmation je sentis une sueur froide m'inonder le visage et mes jambes devinrent de coton. « Mais je ne sens rien », m'exclamai-je. « Appuie-toi au fond du camion, nous allons voir ce que c'est », me conseillèrent-ils.

    Je fis ainsi, mon pantalon fut coupé avec un canif pendant que l'on m'expliquait qu'une blessure ne se sent qu'un moment après avoir été reçue. A voir la blessure, il me parut que c'était quelque chose d'horrible ; mon pantalon était maculé du sang qui coulait abondamment d'une plaie ouverte dans le mollet droit, occasionnée par un éclat de grenade.

    Je sentis un vertige et se rendant compte que j'étais sur le point de perdre connaissance, un camarade me donna une gorgée d'une boisson forte qui me remit. Ils me bandèrent et lorsque nous arrivâmes à destination, je fus transporté à l'infirmerie pour être soigné dans les formes, et je me donnai l'illusion que j'allais à l'hôpital où je serais chouchouté, par de jolies infirmières, où je dormirais dans un lit confortable, toutes choses auxquelles aspiraient ceux qui avaient la chance de recevoir une petite blessure. Quand l'infirmier termina de me soigner (j'avais pu espérer un bon moment parce qu'il v avait beaucoup de blessés, et de graves) mes illusions se dissipèrent.

    « Je vais à l'ambulance ». L’infirmier me regarda et dit « P0ur ça ? Tu peux retourner à ton poste ».

    J'étais un peu honteux et avait peur qu'il ne me fasse quelque réflexion désagréable. Réellement, ma prétention d’aller à l'hôpital était injustifiée par cette petite blessure, quand il y avait des camarades qui n'y arriveraient pas vivants.

    Quelques heures plus tard, quand je fus retourné à la compagnie, la tristesse peinte sur ces visages boucanés nous fit pressentir que le bilan du combat devait être douloureux. En effet, notre bataillon pour la seconde fois en peu de mois, avait été démembré.

    Plus de 50 morts et de 100 blessés tel était le tribut que nous avions payé. Le Colonel AMILAKVARI que nous aimions et admirions était mort ; morts ou blessés une grande quantité d'officiers d'infanterie et ainsi se succédaient les sous-officiers et les hommes.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - de la Sortie de Bir Hakeim à El Alamein (1942)

    1ère tombe d'Amilakvari dans le désert

    Notre compatriote SEQUEIRA ne répondit pas, comme beaucoup d'autres, lorsqu'il fut nommé, lors de l'appel.

    Plus tard nous commençâmes à évoquer quelques faits intéressants qui s'étaient déroulés pendant le combat.

    L'argentin PARDO fut gratifié, conjointement avec son chef de tank, le Lieutenant LATES, italien nationalisé argentin, qui comme nous était volontaire, de la Croix de guerre pour récompenser sa valeur. Voici le fait dont ils avalent été les acteurs ; ils virent qu'un obus avait incendié un camion, chargé de munitions, tuant le chauffeur, et voyant que le canon restait abandonné, au péril de leurs vies, ils se lancèrent avec leur tank pour le récupérer afin de ne pas le laisser dans des mains ennemies.

    La manoeuvre était osée car le camion brûlait et pouvait exploser d'un moment à l'autre. Par bonheur ils arrivèrent, sains et saufs, à le récupérer.

    Pendant l'attaque, un légionnaire allemand, conducteur d'un blindé, arriva à faire plusieurs prisonniers italiens, et quand nous nous vîmes obligés de reculer, il les remit en liberté. Mais les « Macaronis», bien décidés à ne pas continuer la guerre de toute manière, coururent derrière le véhicule, jusqu'à nos lignes. Un lieutenant et quelques soldats sauvèrent un sergent blessé de notre bataillon en le conduisant jusqu'à nos lignes et se constituèrent ensuite prisonniers.

    Après deux jours où il avait figuré sur la liste des disparus, notre ami SEQUEIRA se présenta très tranquillement avec trois allemands qu'il poussait devant lui.

    Notez pour ajouter au mérite de sa prouesse que les Allemands ne se rendaient facilement, et moins encore dans ces moments. Après s'être présenté au Capitaine et avoir livré ses prisonniers, il nous fit le récit suivant l’après la destruction du camion qui transportait sa pièce - nous devons dire que depuis peu il était dans notre compagnie — lui et deux de ses compagnons, après avoir attendu plusieurs heures que quelqu'un les voit et vienne à leur aide, comme cela ne se produisit pas, ils se résolurent à démonter la culasse du canon, à la cacher en quelque endroit pour pouvoir venir plus tard la rechercher, et à l'abandonner.

    Ils firent ainsi et commencèrent à marcher en direction de nos positions quand devant eux ils virent trois allemands qui étaient occupés à regarder un camion. Ils se jetèrent au sol et commencèrent à ramper dans cette direction, si précautionneusement que lorsqu'ils les virent, les canons de trois mitrailleuses étaient posés sur leurs côtés sans leur donner le temps de réagir. Ils continuèrent avec leurs trois prisonniers, arrivant aux lignes des espions français avec lesquels ils restèrent jusqu'au moment où ils furent conduits à notre bataillon avec leurs trois allemands que SEQUEIRA n'avait pas voulu donner, alléguant qu'ils lui appartenaient et qu'il ne les remettrait qu'au commandant de notre compagnie.

    Un "colombiano" du premier bataillon mourut comme un brave, percé de balles, et demandant son fusil pour continuer la lutte.

    Nous pouvons dire avec orgueil que le nom des américains latins monta bien haut à cette occasion.

    Notre tâche, aussi mal en point que nous fussions, n'était pas terminée encore, aussi poursuivîmes-nous le combat dans un autre secteur où nous assiégions la division italienne Folgore, aidés par quelques bataillons coloniaux français.

    Le siège dura plusieurs jours. Nous ne risquâmes pas de notre côté une attaque qui aurait pu coûter de précieuses vies. La soif, nous le savions par expérience, leur ferait abandonner leurs fortifications. Eux aussi, comme nous, savaient qu'ils étaient cernés dans le désert. Les Italiens ne supportèrent ce siège que cinq jours et ils commencèrent à se rendre, prononçant la phrase que nous savions désormais par coeur « finie la guerre », et sans peine ni gloire nous les expédiâmes tenir compagnie aux milliers qui déjà emplissaient les camps alliés de prisonniers.

    Le front était rompu, le plus difficile maintenant fait.

    Il semblait que nous les avions eus comme le général MONTGOMERY le désirait, fort et dans le nez, pour les faire saigner. Depuis ce moment commença le plus grand désastre tune armée ait infligé à une autre dans l'histoire militaire monde.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ  - 4 - La Sortie de Bir Hakeim et El Alamein (1942)

    Montgomery

    Les troupes essentiellement motorisées ouvrirent la route ; pour le moment nous restâmes où nous étions.

    Pendant que nous étions ici et que nous n'avions rien à faire, nous parcourûmes les positions abandonnées par l'ennemi. En camion nous nous rendîmes vers le pic d'El Himeimat. Alors nous vîmes les fortifications que nous avions attaquées, elles étaient très escarpées et tous les quelques mètres il y avait un emplacement de mitrailleuses, et beaucoup de refuges où ni l'artillerie ni l'aviation ne pouvaient atteindre ceux qui y étaient cachés.

    Nous explorâmes ces caves pour chercher quelques provisions et nos recherches eurent de bons résultats : nous trouvâmes des bouteilles de Chianti qui, selon l'opinion de quelques-uns, devaient être empoisonnées, et nous pensions que la meilleure manière de s'en assurer était de les boire. En tous les cas le poison était exquis. Il y avait aussi une caisse pleine de pistolets automatiques que nous nous repartîmes.

    Sur le trajet du retour nous rencontrâmes un Allemand mort qui possédait encore ses jumelles et son pistolet et, sautant du camion, nous courûmes à qui serait le plus rapide pour le dépouiller de ces objets qui représentaient du bon a ragent une fois vendus. Celui qui arrivé le premier tira sur le bras qui tenait la courroie qui ajustait les jumelles, et comme il le fit très brusquement, il l'arracha du corps ce qui répandit une odeur si forte que nous reculâmes à une certaine distance en nous bouchant le nez. Celui qui faisait l’inventaire continua tranquillement son macabre travail.

    Le jour suivant nous sortîmes de nouveau, mais dans une autre direction, ayant de la chance de rencontrer de l'eau qui, si elle n'était pas bonne à boire, nous servit à prendre un bain, dont nous avions bien besoin car il y avait un mois que nous n'avions pas eu la possibilité de nous laver.

    Au cours de l'une de ces reconnaissances que nous effectuions chaque jour avec un espagnol appelé BELTRAN, il s'en fallut de peu que nous ne laissions notre peau sur une mine.

     

    De tranchée en tranchée et de refuge en refuge, nous nous rendions compte que nous étions dans un camp de mines anti-personnel. Quelque peu nerveux, nous commençâmes à prendre des précautions pour cheminer rapidement. « Ne bouge pas, ne bouge pas ! » cria BELTRAN en me saisissant par un bras. Je restai un pied en l’air et juste à l'endroit où j'allais le poser, une mine montait ses trois petites cornes diaboliques. Si je les avais piétinées, et je l'aurais fait, sans l'intervention à temps de BELTRAN, j'aurais été déchiqueté.

     


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