• Proposé par Laurent Laloup : article de Thierry Termont  du Figaro Magazine, publié le 22 novembre 2017 LIEN

     

    Prix Interallié : Van der Plaetsen «tellement attendu», selon Tesson

     

    NOUS Y ÉTIONS - Après le prix Jean-Giono et le prix Erwan-Bergot, notre confrère du Figaro Magazine a été une nouvelle fois récompensé mercredi pour La Nostalgie de l'honneur, récit où il brosse le portrait de son grand-père, gaulliste de la première heure et grande figure de la France Libre.

    «Je suis bouleversé par l'émotion.» C'est par ces mots que notre confrère et collègue Jean-René Van der Plaetsen a réagi, l'œil humide et la voix tremblotante, à l'attribution du prix Interallié 2017 pour son récit La Nostalgie de l'honneur (Grasset), dont il était donné favori. La proclamation a eu lieu mercredi, un peu avant 13 heures, dans un des salons chics du restaurant Lasserre, à deux pas des Champs-Élysées, face aux caméras et à la presse écrite, après le traditionnel lever de rideau, comme au théâtre. Jean-René Van der Plaetsen l'a emporté au troisième tour de scrutin, avec 7 voix sur 11. Il succède au palmarès à Philippe Jaenada.

    » LIRE AUSSI - La Nostalgie de l'honneur, de Jean-René Van der Plaetsen: la figure du Commandeur

    Quelques minutes avant le verdict, le président du jury Philippe Tesson a fait une brève apparition aussi inattendue que remarquée, face à une vingtaine de journalistes impatients, pour évoquer l'écriture inclusive et déclarer, sur un ton goguenard: «C'était tellement attendu!», avant de retourner dans le salon réservé aux jurés. Les plus aguerris - ils étaient peu nombreux - avaient compris le message et tapotaient fébrilement sur leur smartphone le nom du nouvel élu, à l'attention de leur rédaction.

    Salué dès sa sortie par la presse, La Nostalgie de l'honneur est le portrait du grand-père de l'auteur, le général Jean Crépin, gaulliste de la première heure, Compagnon de la Libération, héros de Bir-Hakeim** et Grand-Croix de la Légion d'honneur. Dans les colonnes du Figaro Magazine, l'académicienne Dominique Bona avait salué le livre en ces termes: «A chaque page, la bravoure et le panache, le goût du défi, viennent pailleter d'autres valeurs plus austères - le sens du devoir, l'esprit du sacrifice - que ce Soldat de France avait chevillées au corps». Répondant en cela aux mots de Jean-René Van der Plaetsen: «C'est un fait: notre époque n'a plus le sens de l'honneur. Et c'est pourquoi, ayant perdu le goût de l'audace et du panache, elle est parfois si ennuyeuse. Alors que le cynisme et le scepticisme progressent chaque jour dans les esprits, il m'a semblé nécessaire d'évoquer les hautes figures de quelques hommes que j'ai eu la chance de connaître et de côtoyer.»

    Passionnant autant qu'émouvant

    Pour sa part, Étienne de Montety avait dit toute son admiration pour son confrère à la une du Figaro littéraire : «Aujourd'hui, le silence a pris fin. Van der Plaetsen a enfin consigné ses souvenirs, assortis des réflexions qui ont guidé toute sa vie: autant qu'un portrait du général Crépin, c'est le journal de marche de son cœur. Il est passionnant autant qu'émouvant. La Somme et ses betteraves, la guerre au Katanga qui chassa sa famille paternelle, son service militaire au Liban, le fil ne varie pas ; Crépin est au centre, magnifique figure du Commandeur, à la fois sévère et bienveillante, qui raconte ses faits d'armes comme personne, mais sait aussi décrire à son petit-fils le déroulement de l'antique bataille de Cannes, moins connue pour ses mouvements d'enveloppement que par les vers de Heredia.»

    Entré au Figaro littéraire il y a près de trente ans, avant de rejoindre le service politique, Jean-René Van der Plaetsen est depuis 2009 directeur délégué de la rédaction du Figaro Magazine. Pendant toutes ces années, il a porté et «ruminé» son livre, enfin publié et couronné. Et avec quel panache! La Nostalgie de l'honneur a été couronné par le prix Jean-Giono, le prix littéraire de l'armée de Terre Erwan-Bergot, le prix littéraire du Nouveau Cercle de l'Union et aujourd'hui le prestigieux Interallié. «Avec cette enfilade de succès, nous a confié son éditeur, Jean-Paul Enthoven, Jean-René van der Plaetsen fait à la fois figure de Macron et de Moïse, la Mer Rouge s'ouvrant à son passage.» Propos accueilli avec le sourire par Olivier Nora, patron de Grasset et par l'académicien Jean-Marie Rouart, juré de l'Interallié, lequel avait défendu dans Paris Match ce «livre à contre-courant» de l'air du temps, un temps qui ne veut plus rien savoir de la gloire passée de la France, voire qui le dénigre et l'insulte.

    * un 3e prix pour "La nostalgie de l'honneur" de Van der Plaetsen

    Jean Crépin. Copyright Ordre de la Libération

    ** Commentaire  du Blog DFL : Jean CREPIN n'était pas à la 1ère Division Française Libre mais à la Colonne Leclerc et à la 2e DB. Il n'a donc pas participé à la bataille de Bir Hakeim.

    BIOGRAPHIE DE JEAN CREPIN


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    * 12 novembre 2017 : Remembrance à Greenock

    Tandis que la consule adjointe participait à la cérémonie d’Edimbourg et déposait une gerbe aux couleurs du consulat au monument aux morts des City Chambers, je me suis rendu comme chaque année au monument français de Greenock, sur le site magnifique de Lyle Hill dominant l’estuaire de la Clyde. Après l’office à l’église centrale et une première cérémonie au monument municipal, nous avons, avec le provost d’Inverclyde, le député, le député au parlement écossais et les représentants de la Royal Navy, de la police et de l’administration pénitentiaire, déposé des gerbes au pied de la croix de Lorraine qui est devenue le symbole de toute la région. Je remercie le capitaine de corvette Brice Lagniel, officier de la marine nationale affecté au sein de la Royal Navy, ainsi que les enseignes de vaisseau Vincent Bonnet et François Levaltier (porte-drapeau), de l’Ecole navale, en fin de stage à Edimbourg, de leur présence et de leur actif soutien.

    Il s’est agi de la première sortie du drapeau des Français libres d’Ecosse à Greenock, battu par un vent frais venu de la mer et illuminé par un vif soleil d’automne.

     

    * 12 novembre 2017 : Remembrance à Greenock

     

    * 12 novembre 2017 : Remembrance à Greenock

    Source : Consulat général de France à Edimbourg en Ecosse. LIEN

     

    Retrouvez l'historique de la base FNFL de la Clyde ICI


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  • Nota : à de rares exceptions près, le texte de Domingo Lopez (non daté) est transcrit littéralement. Les illustrations ont pour source internet, excepté les clichés de old Dean Camp (J-M. Boris). 

     * Suvivant de Bir Hakeim par

     Cher Lecteur

                      Ayant de commencer la lecture de ce livre, pense que celui qui l'a écrit n'est pas un homme de lettres et qu'il n'a pas la prétention de l'être.

    J'ai acquiescé à la demande de quelques amis et pour donner à ma mè­re et à mes frères un peu de bonheur, qui les a quittés durant le temps que j'ai passé loin de la patrie, et aussi en souvenir de ceux qui furent mes compagnons, pour ceux qui vivent et pour ceux qui, comme Aguado SEQUIERA, laissèrent glo­rieusement leur vie sur les champs de bataille.

    Je ne me perds pas dans de belles phrases, ni formes académiques, car je ne les connais pas.  Mon seul but est de relater en la forme la plus réelle qu'il me soit possible, les misères et les douleurs de la guer­re, les angoisses, la crainte et l'incertitude que nous avons vécue durant quatre années ... et dire "vivre" c'est mal dire, parce que la guerre ne se vit pas, c'est une agonie.

    Lis ce livre, mais avant, prédispose ton esprit à la bienveillance, pour pardonner les erreurs qui peuvent se glisser dans ces simples lignes et qui vont jusqu' à une certaine rusticité créole.

    Si cela te fait passer quelques heures distrayantes, cela me se­ra agréable, afin d'alléger le poids de tes journées préoccupées et je serai heureux de cela.

    S'il ne t'est pas agréable, crois que je saurai m'excuser, parce que j'ai fait du mieux que j'ai pu.

     

    L’AUTEUR.

     

         Personne ne peut avoir oublié quelles émotions, depuis 1937, commencèrent à faire trembler la paix.

    Il y a des faits qui demeurent indélébilement gravés dans l'esprit des peuples et des personnes.

    En cette année de 1937 un sombre sinistre commença à planer sur le monde, les coeurs se contractèrent et les gorges se serrèrent d'angoisse ; cette ombre se projettera par les ailes noires des aigles germains planant sur l’Autriche et celle-ci sera sa première victime.

    Quelques mois après, les vautours s'abattirent sur la Tchécoslovaquie. Les conversations et les conférences s’organisèrent pour éviter ce nouvel accident. Farce et comédie ! la chance de la petite République était perdue.

    Les chanceliers européens montèrent au repaire de Berchtesgaden. Quelques-uns avaient le regret de leur âge avancé et de leur faiblesse alarmante ; ceux-ci montaient sur les genoux avec un parapluie sous le bras : magnifique modèle pour un peintre qui chercherait à graver une toile Intitulée « l'Humiliation ».

    Hais cela ne satisfit pas l'appétit des hyènes grises qui se jetèrent sur la Pologne, faisant éclater un incendie effrayant.

    Pour défendre leur honneur et leur sécurité, l'Angleterre et la France prirent les armes, mais il était trop tard et nous, jeunes libres de l'Amérique, pouvions-nous rester impassibles et indifférents devant tant de crimes perpétrés contre l'humanité ?  Etait-il possible que notre sang ne s’enflamme avec la même intensité que le feu qui dévorait le vieux continent ? Ne rien faire pour le bien-être commun que discuter avec les stratèges de café et coller des bandes de couleur sur les cartes pour marquer l'avance des armées en lutte ?

    Etait-ce le moment de prendre les armes ? Entreprise folle ? Peut-être ! Cela faisait rire beaucoup de personnes.

    Qu'est un homme dans ce chaos de-fer et de feu ? Rien. Et J'affirme que si tous les hommes épris de liberté avaient pensé ainsi, la France n'aurait pas compris dans ses rangs 150.000 volontaires.

    Et pour terminer, j'ai fait la guerre, emporté par mon amour de la France, mère de la civilisation.

    J'ai fait la guerre pour pouvoir crier bien haut J'ai défendu avec mes bras les idéaux de la démocratie et j'ai le droit d'être un homme libre". C'est pourquoi j'ai fait la guerre.

     

    ***

     

    Dans le courant de Septembre 1941 nous nous informons, en lisant un journal, que plusieurs courageux jeunes uruguayens étaient partis s’enrôler en Angleterre, dans l'armée de la France libre pour combattre la bête nazie.

    Nous aussi allions l'atteindre, après avoir cherché inutilement des moyens, embarquer vers la vieille Angleterre, pour une fois pouvoir être utile à la noble cause de la démocratie, avec les armes à la main.

    Depuis le triste moment où éclata la guerre, nous faisions la promesse formelle d'y participer à la première occasion qui se présenterait.

    Nous étions allés à l'Ambassade Française en 1939, où l'on nous remercia de nous présenter volontaires. Mais, à ce moment, il était nécessaire pour s'enrôler d'être français ou fils de français, résolution qui ne nous contentait pas, car nous pensions depuis le premier moment que ce serait une guerre universelle qui enrôlerait tous les hommes libres contre la tyrannie et l'oppression ; mais en attendant, ne devaient être sélectionnés que les nations non volontaires pour la lutte à mort contre l'arrogante Allemagne.

    Nous nous devions d'accomplir nôtre désir par un autre moyen. Nous nous dirigeâmes au consulat belge pour nous enrôler comme marins sur un vapeur battant pavillon belge avec, comme but, de déserter en arrivant en Angleterre et nous enrôler dans l'armée des démocrates.

    Le consulat belge, dans une entrevue, nous promit que quand il y aurait un bateau avec des places libres il nous appellerait. Le temps passait… et rien. Déjà nous perdions l'espoir d'accomplir la promesse que nous avions faite.

    Quand arriva le jour heureux où notre regard parcourut la lettre nous appelant, nous lançâmes loin le journal et courûmes dans la rue pour aller directement à l'ambassade anglaise où l'on nous indiqua que l'on enrôlait les volontaires dans les Forces Françaises Libres. Nous arrivions à nos fins.

    Nous fûmes reçus par M. LALOUR qui remplit nos fiches avec nos renseignements personnels, demandant dans quelle arme nous désirions servit nous répondîmes dans n'importe laquelle et que notre seul désir était de lutter, l'arme et le climat nous seraient à tous indifférents.

    Ils firent un certificat médical, lequel mentionnait que notre organisme pouvait supporter un quelconque climat et je m'en fus faire rédiger ce certificat par un ami médecin, le Dr BONIFACIO URIOSTE LOPEZ, qui était à ce moment Interne dans un hôpital militaire.

    Après toutes ces démarches, nous reçûmes du Comité de France libre un bref communiqué. Notre émotion ne peut se décrire. Avant de l'ouvrir (nous avions pris un verre d'alcool) nous ressentions dans notre poitrine quelque chose que jamais nous n'avions ressenti avant, nous pressentions que cette enveloppe contenait notre joie… : pouvoir accomplir notre devoir avec nous-mêmes et apporter notre enthousiasme et notre jeunesse à la cause sacrée de la liberté |

    Lentement, nous refrénions l'extraordinaire émotion qui s'était emparée de tout notre être. Nous déchirions l'enveloppe et lisions « Avons reçu lettres de Londres qui intéressent beaucoup, passez à notre bureau le plus rapidement possible ». Peu de paroles, mais quelle signification pour nous autres.

    A deux heures de l'après-midi, nous nous présentions au Comité.  Nous avons reçu, nous dit LALOUR, réponse de Londres, (petite pause pour étudier notre réaction), vous êtes acceptés comme volontaires dans les Forces Françaises Libres, maintenant vous devez attendre un bateau, lequel vous conduira en Angleterre.

    Que ressentions-nous à ce moment ? joie, peur, ne pas pouvoir prendre ce bateau, nous ne savions définir tant d'extraordinaires sensations, telle confusion de sentiments.

    Dominant nos émotions comme nous le pouvions nous demandâmes ce que nous devions emporter pour le voyage. On nous recommanda de nous charger le moins possible.

    Nouvelles démarches pour l’obtention du passeport et autres papiers, que nous devions heureusement avoi r sans difficultés

    La première partie de notre demande était terminée pour obtenir l'acceptation de notre offre comme volontaires de guerre pour défendre l'idéal démocratique. A partir de cet instant, nous nous imaginions intégrés dans les Forces DE LA LIBERTE et notre pensée et nos inquiétudes se concrétisaient en un seul point : "PARTIR". Nous arrivâmes ainsi le 11 Novembre 1941, ce furent nos derniers moments dans la patrie que nous abandonnions.

     

    ****

    Un après-midi gris un peu froid, comme s’il voulait se mettre dans la note, comme l'état d'esprit qui nous animait. Quelques minutes avant de lever l'ancre, nous remîmes une lettre à une jeune fille ici présente, pour qu’elle la posta quand le bateau larguerait les amarres. Par cette lettre, nous faisions comprendre à nos familles que nous allions bien.

     

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    La manœuvre de lever l'ancre commença vers 17h.30. Dans le port, beaucoup de personnes et beaucoup d'émotion, larmes dans les yeux de ceux qui partaient et larmes aussi dans les yeux de ceux qui restaient. Sans nous vanter de dureté de cœur, nous demeurions presque indifférents devant ces démonstrations de douleur, avant cette séparation qui pouvait être éternelle. Nous croyions que c'était un manque de sensibilité, il devait battre en nous une espèce d'esprit fataliste, une conviction très Intime que nous jouions l'-ultime carte face au destin et étions absolument disposés à perdre.

    Le "NORTHUMBERLAND'', c'est ainsi que s'appelait le bateau qui nous conduisait à notre destin, commença à se mouvoir lentement, nonchalamment. Les gens courraient aux remparts comme pour nous accompagner une minute de plus. Quelques larmes rebelles mouillèrent les joues de quelques-uns de nos futurs soldats de la démocratie. Les mouchoirs s'agitaient et sur le fleuve le bateau s'éloignait… s'éloignait ...

    Un long moment nous demeurâmes sur le pont, quelques minutes, quelques heures peut-être, en contemplation ; nous tentions de graver dans nos yeux ce morceau de terre que nous aimions tant. Les ombres de la nuit et la distance de plus en plus grande qui nous séparait des côtes de Montevideo, les faisaient s'estomper. Nous distinguions ses lumières. Les reverrions-nous quelque jour ? reposerions-nous le pied sur cette terre que nous sentions battre dans nos propres entrailles ? Mère, frères, patrie, tout abandonner et dans le cœur et la pensée une lumière rayonnante qui guide nos pas, notre idéal de démocratie et de liberté.

    A tous nous offrions l'unique chose que nous possédions : notre sang et nos bras.

    Cette lumière répond de la tristesse momentanée qui commence à envahir nos esprits, dangereuse ennemie, ressemblant à un péril.

    Les lumières se perdaient complètement, l'eau et le ciel nous entouraient… le ciel et l'eau… la nuit tombait ; alors nous restions à contempler distraitement et à écouter le murmure des vagues se heurtant contre la coque du bateau. Nous aurions voulu ne pas penser, pourquoi ? Il commença à souffler une brise fraîche et nous descendîmes nous réunir avec les compagnons de voyage avec lesquels nous fîmes connaissance. Parmi nous se trouvaient des Chiliens, des Argentins, des Anglais, et quelques Uruguayens. Il y avait aussi un contingent de Polonais voyageant en troisième classe, dont le passage était payé par leur gouvernement.

    Pendant que nous espérions l'heure du dîner, nous buvions les apéritifs que nous vendait le barman du bateau à si bas prix, que nous prenions plaisir à les con -sommer.

    Après le dîner, nous jouions à un petit jeu anglais, pour passer le temps ; des dollars que l'on nous avait donné avant d'embarquer il ne nous restait pas un centime, parce que BOLANI, un des Uruguayens, nous laissait sans argent pour le reste du voyage.

    Les jours suivants nous commençâmes à faire des exercices de saut. L'on nous désigna les locaux que nous devions occuper en cas de naufrage et, quand sonneraient les sonnettes d'alarme, tout le monde devrait courir occuper le sien. Mais après, ce fut une chose de tous les jours et à chaque moment, de sorte que quelques-uns choisirent de rester dormir ; les timbres sonnaient jusqu'à se rompre .

    Le voyage continuait et chaque jour qui passait nous était plus monotone et plus insupportable. Nous avions tout relu de ce que nous possédions comme lecture.

     

    Pour empirer la situation, la chaleur de l'Equateur nous écrasait et, à cause de l'ennui, notre caractère commençait à s'aigrir, il y avait des débuts de querelles entre nous qui furent lamentables et il semblait que nous ne pouvions être plusieurs sud-américains, ensemble sans que naissent des disputes.

    Les Polonais, de leur côté non plus n'étaient pas tranquilles et même il se produisit ce que nous espérions, c'est-à-dire l'incident que j'avais promis de raconter et qui fut le suivant : les Polonais voulurent se mutiner, alors ils furent enfermés et gardés par des sentinelles, ils firent la grève de la faim. L'affaire se solutionna et quelques jours plus tard, un membre de l'équipage s'affola, jetant des objets contre tout ce qui se présentait devant lui, il fut, par chance, réduit à l'impuissance et enfermé. Pensez que seules ces choses rompaient la monotonie de cette symphonie d'azur de l'eau et du ciel.

    Le bateau continuait sa route en zig-zag pour dépister les probables dangereux sous-marins allemands et le soleil tombait sur nous comme du plomb en fusion. Nous naviguions dans les Caraïbes et nous semblions être près de Trinidad nous disions "sembler", parce que jamais on ne nous avait dit par où nous irions, ni môme vers où ; mais nous étions confiants de voir bientôt la terre.  Cela fit une nuit de plus. Nous étions de garde au canon de la poupe, sans pouvoir fumer, parce que c'était défendu de le faire sur le pont.

    Nous étions un peu endormis quand vinrent les premiers rayons de soleil ; nous apercevions devant nous une cote de contour imprécis et nous le signalions à l'artilleur anglais avec qui nous montions la garde et qui dormait aussi. Nous lui demandâmes ce que c'était. L'île de la Trinité nous répondit-il, et il continua tranquillement à dormir comme s'il avait vu la terre hier. Nous le poussâmes du pied pour le réveiller complètement, voir la terre en ce moment était pour nous une joie si grande que nous nous sentions comme Colomb lorsqu'il découvrit l'Amérique.

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    Les lumières du soleil levant commencèrent à teinter l'horizon, la mer et l'île d'un rouge sang, c'est un spectacle difficile à oublier cette aube radieuse !

    La matinée était très avancée, le vieux Northumberland jetait l'ancre. Alors commença un véritable défilé de petits bateaux conduits par des Indigènes qui s'approchaient du navire pour que nous leur jetions des pièces de monnaie dans l'eau, qu'ils recueillaient en plongeant avec une adresse admirable et sans faire cas des requins qui infestaient ces eaux.

    En ce lieu, nous restâmes pour 4 à 5 jours et embarquâmes ici quelques jeunes qui venaient de terminer leurs cours de pilotage au Canada et allaient s'enrôler dans la glorieuse R.A.F. Enfin, nous levâmes l'ancre de La Trinité et continuâmes l'éternelle navigation en zig-zag de ce voyage qui nous donnait l'impression de ne jamais devoir se terminer. Il est intéressant de faire remarquer que notre compatriote BOLANI reçut une lettre de La Trinité, parce que ceci nous donna plus tard la portée de l'efficacité du service secret anglais.

    Le voyage continua et nous arrivâmes au Canada, débarquant dans le port de Halifax ou devait se former le convoi afin d'arriver tous ensemble en Angleterre. Ayant, nous nous plaignions de la chaleur et maintenant nous nous plaignions du froid qui était terrible, et en plus de cela, un brouillard gelé nous pénétrait jusqu'aux poumons.

    Nous partîmes du Canada en un convoi d'environ cinquante navires, escortés par de nombreux destroyers. Ce furent les petits bateaux de guerre qui furent la sauvegarde du commerce de l'Angleterre durant le plus terrible de la campagne sous-marine nazie, ils prêtèrent escorte à tous les convois alliés dans toutes les mers et par tous les temps.

     

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    Immédiatement après avoir abandonné le port d'Halifax, le lieutenant Hanna, de la marine de guerre anglaise et le chef du personnel de bord nous réunirent pour nous prévenir que, désormais, nous ne devrions abandonner les bouées de sauvetage pour dormir, car à n'importe quel moment nous pourrions être torpillés.

    Ceci tourna au préjudice de la cuisine du bateau ; évidemment nous avions peur et, comme la nuit nous ne dormions guère, quand les cuisiniers s'éloignaient nous faisions passer PEREZ, un autre des Uruguayens, le plus petit, par une petite fenêtre qui de la salle à manger communiquait avec la cuisine et la saccagions matériellement. Ceci nous ne le faisions que pour passer un moment, occupés à quelque chose.

    Nous dûmes supporter une tempête qui dura deux jours, sans une accalmie d'un instant. Ce vieux bateau de 20.000 Tonnes était secoué par les immenses vagues, comme une coquille de noix. Des montagnes d’eau jaillissaient sur le pont, atteignant la salle à manger des officiers, qui fut inondée, détruisant une grande quantité d'assiettes et bouteilles du bar ; le contenu de ces dernières se répandit sur le plancher à notre grand regret car nous ne pouvions les approcher ; le piano dansait une sarabande folle et il fut nécessaire de l’attacher pour éviter un incident.

    La seconde nuit de cette tempête déchaînée nous étions dans nos cabines-, quelques-uns couchés, les autres    se couchaient, quand retentit sur nos têtes une terrible explosion. SANS perdre une seconde, nous arrangions nos bouées de sauvetage parce que nous pensions la même chose :  une torpille. Nous sortîmes dans le couloir et l'eau nous arriva jusqu'aux genoux, nous frôlions la panique. Par chance, à ce moment arriva un marin qui nous dit que c'était une vague un peu plus forte que les autres qui avait submergé le pont. Nous nous tranquillisâmes.

    Peu de jours plus tard nous croisions sur notre route une formation de bateaux de guerre qui, selon les commentaires, escortaient Churchill dans son voyage aux Etats-Unis. On ne nous l'affirma pas, mais ne le nia pas non plus ; puis nous continuons notre voyage sans rien réellement digne de mention spéciale, et enfin nous arrivâmes.

    Comme tout a une fin, ainsi se termina notre traversée, sans peine ni gloire, sans voir après avoir navigué par tout l'Atlantique, ni un sous-marin, ni un avion allemand. Jamais, jusqu'à ce moment, aucun convoi anglais n'était arrivé intact à destination.

    Nous commencions bien et nous ne nous plaignions pas de notre chance.

    Nous débarquâmes en Irlande du Nord, à Belfast, sa capitale. La première chose qui retint notre attention à l'entrée de la baie fut le contraste des couleurs de ses plages, avec l'azur foncé de la mer et le vert vif de la côte, paysage d'une grande beauté.

     

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    L'après-midi s'achevait et nous devions débarquer à vive allure ; non sans une certaine émotion nous abandonnions le vieux bateau et nous vîmes le garçon qui nous servait, appelé Johny, verser quelques larmes à notre départ.

    Alors nous dispersâmes pour partir chacun par des routes différentes et des destins également incertains (ainsi Johny continuait sur la mer où il attendait la mort à chaque pas, et nous, avions les champs de bataille ; nous ne savions en quel endroit, mais nous savions que quelque part la mort nous guettait).

    En ces circonstances naquit en nous un amour pour le prochain dont la vie, comme la nôtre, tenait à un fil. Amour qu'avant nous ne ressentions pas pour un ami intime.

    Avec ces quarante-deux jours de voyage, nous étions bien près de clore le premier chapitre de l'entreprise que nous avions commencée à Montevideo.

    Notre séjour à Belfast fut très bref, à peine 36 heures, nous   goûtions le temps qui passait avec rapidité.

    Nous étions logés dans un bel hôtel où s'offraient à nous toutes les commodités, avec l'inconvénient d'être gardés avec zèle et vigilance par des détectives anglais, surement parce  que nous étions étrangers.

    Comme vous l'imaginez, nous n'étions pas d'accord avec ces moyens, malgré toute leur logique, et nous essayâmes de nous échapper de l'hôtel ; pour cela nous demandâmes l'aide de nos compagnons de voyage britanniques qui se char gèrent de converser avec les policiers ; pendant ce temps, nous nous glissâmes jusqu'à la rue. Heureusement, ils prirent la chose à la légère, quand ils s'aperçurent qu'il ne restait dans l'hôtel personne d'autre que ceux qui conversaient avec eux, ils les laissèrent sortir aussi.

    Le jour suivant nous avions le champ libre et nous pûmes nous promener en toute tranquillité. Il fallait voir la curiosité des gens devant notre présence dans les rues de la ville ; ils nous regardaient réellement comme des oiseaux rares, chose due sans doute à la couleur de notre peau et à nos moustaches noires.

    Si nous nous arrêtions à la porte de l'hôtel, on nous interrogeait sur notre nationalité, la raison pour laquelle nous nous trouvions ici et beaucoup d'autres choses qu'ils montraient du geste pour nous faire comprendre, mais nous réussissions à la fin à nous comprendre, à force de gestes de toutes sortes qui étaient très comiques. Ils ne pouvaient comprendre que nous avions laissé notre pays pour venir faire la guerre pour eux, ils ne se doutaient pas que cette lutte était aussi notre lutte, celle de l'humanité entière. Ce fut un point que très peu d'européens comprirent et même parmi nos compatriotes, il y en avait qui ne le comprenait pas encore.

    Nous quittions Belfast la nuit, pour voyager dans un bateau petit mais luxueux qui, si ma mémoire ne se trompe pas, s'appelait "Prince Albert ».

     

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

     

    ***

    VERS LONDRES

          La traversée dura toute la nuit et nous amena en Angleterre, dans un petit port où nous primes le train qui nous conduisit à Londres. Brouillard épais et très froid : ainsi nous apparut la Grande-Bretagne.

    Nous montions dans le train et nous nous installâmes tant bien que mal. Un monsieur répétait plusieurs fois "I am sorry", en fermant les portes des wagons ainsi continuait les précautions.

    Le train dans lequel nous voyagions Jusqu'à Londres était suffisamment confortable, des compartiments pour six personnes, avec sièges pullman.

    Avec les premières lueurs du jour, le train se mit en marche ; nous commencions à traverser la campagne anglaise très différente de la nôtre, entièrement divisée en petits lopins et le long de la voie ferrée tous les 4 ou 5 kilo­mètres, une gare.

    Loin des sud-américains, nous ne savons quoi d'autre venait parce que, comme je l'ai déjà dit, nous étions enfermés, nous pouvions voir seulement le paysage, par les fenêtres.

    A chaque halte que faisait le train, des femmes s'approchaient de nous et nous invitaient à prendre café et sandwichs, que nous acceptions enchantés.

    Tout le jour, le train se traînait à travers vil­les et villages, jusqu'à ce que l'on nous annonce que nous étions dans les faubourgs de Londres.

    Nous étions à la gare Victoria, qu'à travers les vitres tout le monde (re)connaissait. Il faisait presque nuit et nous vîmes seulement de la gare, un énorme hall fermé, avec une immense fenêtre.

    Des camions français nous attendaient pour nous conduire. Nous traversâmes une grande ville arrivant de l'autre côté de la Tamise, et quand nous descendîmes des camions, nous nous trouvâmes face à face avec une construction que nous avions vu seulement dans les cinémas ;  celui-ci était un énorme château donné, selon nos informations, par la reine Victoria ; nous ne nous rappelions plus à qui et à quelle fin, mais pour nous c'était une maison lugubre et encore était-elle joyeuse, surgissant avec son énorme masse des ombres de la nuit si nous la comparions à son intérieur "élégant", corridors interminables obscurs, d'une obscurité terrifiante où l'écho multipliait tous les bruits et les voix.

    * Suvivant de Bir Hakeim par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

     

    Patriotic School

    Il fallait voir le pire de tout, les gens qui l'habitaient. Hommes de toutes races, presque tous rébarbatifs, inabordables, et nous devions confesser qu'une angoisse atroce oppressait notre cœur et faisait un nœud dans notre gorge. Avec les camarades, nous nous consultions du regard sans qu'aucun se décide à dire aux autres ce qu'il pensait au fond de lui-même.

    Ils nous appelèrent pour le dîner et personne n'avait d’appétit ; notre situation confuse ne nous avait pas quitté et qu’il n'en avait pas été ainsi, le dîner se serait chargé de le faire.

    Quand nous allâmes dormir, nous le fîmes avec tous nos vêtements sous l'oreiller, parce que, en regardant les visages de nos autres voisins, nous avions l'impression qu'en les laissant à portée de leurs mains, le lendemain nous nous serions levés tout nus. Les lits étant comme les couchettes de navire, très propres, nous dormîmes bien, passant la nuit sans nouveauté. Mais au lever nous retrouvâmes cette angoisse de ne pas savoir dans quelles conditions nous étions ici ; nous supposions seulement que cette maison devait être un hôtel d'immigrants, mais... et la garde armée qui ne nous perdait pas de vue, nous étions fatigués de tant de vigilance. Ne connaissait-il pas suffisamment notre entité ?

    Peut-être parce que nous avions perdu nos papiers d'identité de Montevideo à Belfast la nuit avant d'entrer dans cette sombre caserne ? Ah… ce lieu maudit était la faute de toute notre dépression morale, ses salons mal éclairés, ses corridors. En sortant nous nous sentions mieux malgré le froid, mais nous réfléchissions :   il devait y avoir une raison impérieuse pour nous garder ici. Enfin, nous verrions !

    Vint la nuit. Ce fut l'heure du dîner. Dîner toujours aussi mauvais, et pour finir un peu de musique.

    Quelqu'un arriva avec une note annonçant que, d'ici peu d'heures, d'autres volontaires arriveraient. Nous ne nous couchâmes pas jusqu'à leur arrivée.

    A dix heures du soir, ils entrèrent dans la salle à manger mais quels militaires venaient là ! halte…droite .... Ils auraient le temps d'être militaires, qu'ils n'aient pas peur !

    Plus tard nous fûmes informés par SALAVERRI, un Uruguayen qui arrivait dans ce groupe, que le chef du contingent auquel il appartenait venait avec l'intention d'être officier. Plus tard sa bonne humeur baissa quand il commença à laver les W.C. et les marmites.

    Après on nous informa que nous devions être interrogés par les services secrets anglais avant d'être envoyés à l'exercice.

    Nous passâmes la Nativité comme on passe une bonne nuit. Maintenant nous croyions que ces dates familières ont perdu pour nous toute leur signification et sont seulement de douloureux souvenirs de nos meilleurs moments.

    Tous ne pensent pas qu'ils deviennent peureux et qu'ici on ne peut pas flancher ; ils sont venus comme volontaires, maintenant ils supportent sans plainte ce qui vient. Ceci n'était que le début, un aperçu de ce qui viendrait après.

    Un à un ou par petits groupes, nous commencions à sortir de l'Ecole patriotique - parce que cet endroit s'appelait ainsi - avant d'être interrogés, scrutés jusqu'à l'âme par les agents anglais. L'interrogatoire se faisait de la manière suivante :  ils nous faisaient passer un à un dans une petite pièce et l'agent en question nous demandait, avec la plus grande amabilité du monde, que nous lui fassions un récit de notre vie depuis l'âge de six ans ; il s'asseyait en face de nous avec tous nos documents d'identité devant lui et nous laissait parler en nous fixant dans les yeux, il était difficile de ne pas être nerveux.

    Quand sonna le tour d'interrogatoire de BOLANI, la première question qu'il lui posa fut : "que disait la lettre de votre épouse que vous avez reçue à La trinité ? " Sûrement le savait-il, aussi bien que Bolani lui-même.

    Nous ne revîmes jamais un jeune argentin qui restait le dernier ; ils dirent qu'il n'était parti d'ici que pour s'embarquer dans son pays. Cela nous ne pouvons l'assurer ni ne savons les faits qui motivèrent un tel fait.

    Enfin, nous quittâmes l'Ecole patriotique. Nous partîmes de nuit comme nous étions arrivés, la laissant comme nous l'avions rencontrée, émergeant des ombres de la nuit avec sa masse imposante de château médiéval. 

    LONDRES ET LA LIBERTE

           Nous arrivâmes dans la "Maison d'accueil française », où nous fûmes envoyés au "Morton Hôtel", rue Racer Squer.

    Il semblait que nous étions poursuivis par la nuit, car ici aussi, lorsque nous arrivâmes, il faisait déjà noir. Comme nous désirions voir la capitale anglaise et que nous étions trop fatiguée pour le faire, cette même nuit, nous n'organisâmes qu'une petite excursion. Partant seuls nous nous perdîmes parce que entre le brouillard, le black-out et l'obscurité de la nuit, nous marchions comme si nous avions les yeux fermés, à peine si on voyait les lumières de signal vertes et rouges, extraordinaires pupilles vigilantes.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    Le plus animé fut MARTINEZ, que nous avions surnommé "sergent York Uruguayen" et qui, selon lui, possédait un sens infaillible de l'orientation (question de nous donner du courage pour que nous le suivions), parce que nous ne voyions pas très bien à quoi il pouvait servir dans cette impénétrable obscurité. Nous réussîmes à marcher sans nous perdre » jusqu'à un souterrain ou se présenta à nous le premier obstacle.

    Nous ne savions comment obtenir les billets de l'appareil automatique?  nous commençâmes à descendre les escaliers, mais nous renonçâmes parce que nous n'arrivions jamais au fond.

    Tout à coup quelqu'un nous adressa la parole en espagnol. Nous nous retournâmes et vîmes des visages sympathiques qui nous regardaient avec une légère expression moqueuse. C'était des réfugiés de Gibraltar, plus andalous qu'anglais, à qui nous exposâmes notre situation.

    Nous les priâmes de nous accompagner pour faire un tour, mais ils s'excusèrent, disant qu'il était très tard et qu'un autre jour ils viendraient à l'hôtel nous chercher pour nous montrer Londres à la lumière du jour ; nous insistâmes et finalement ils acceptèrent. Nous prîmes le souterrain nous dirigeant vers Piccadilly en plein centre de la ville.

    Pour pouvoir trouver un café il était nécessaire de le deviner, ou de connaître la ville comme sa poche parce que les portes étaient fermées avec des rideaux noirs et ne laissaient filtrer aucun rayon de lumière. Par cette fameuse avenue passait une multitude de soldats cherchant des femmes et des femmes à la recherche de soldats, c'était un véritable marché.

    Nous comprîmes que nous ne verrions rien durant la nuit et qu'il était inutile de continuer d'aller à l'aveuglette. Nous retournâmes à l'hôtel et quand nous nous levâmes nos nouveaux amis et ciceronnes étaient présents pour nous emmener faire une promenade.

    Ville grise, énorme   et dont les édifices   se ressemblaient, et le tout noyé dans un brouillard épais qui donnait l'impression de pouvoir se couper au couteau.

    ****

     VERS LE CAMP D' ENTRAINEMENT 

    Notre étape à Londres fut de courte durée, parce que nous étions envoyés au camp militaire de Camberley, appelé "Old Dean Camp", ou nous devions commencer notre instruction militaire.

    A notre arrivée ici nous dûmes subir un interrogatoire concernant père, mère, nationalité, etc ... dire que la guerre arriverait à sa fin et que l'on nous demanderait encore qui nous étions et ce que nous pensions… Nous ne soupçonnions pas que pour se faire tuer, il était nécessaire de nous poser tant de questions.

    Nous étions en plein mois de janvier et la neige commençait à tomber abondamment, couvrant tout d'un blanc manteau, comme le disent les poètes.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    Camberley - fonds Jean-Mathieu Boris

    D'abord, nous fûmes enchantés ; mais quand nous commençâmes à nous enrhumer et à sentir les méfaits de la bronchite qui nous faisait souffrir, nous la regardions avec déplaisir sans  penser à sa beauté.

    Nous eûmes des gros vêtements et nous ne perdîmes pas de temps à les mettre en usage, pouvant dire que nous les portions de façon permanente»

    L'uniforme était de gros drap, de plus, nous mettions par-dessus un gilet de laine, une écharpe, et ce fut peu pour nous abriter. Pour nous coucher nous enlevions capote et souliers et dormions avec tout le reste.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo Lopez - 1 - De Montevideo à Londres

    Old Dean Camp - Fonds Jean-Mathieu Boris

    Le bain était obligatoire une fois par semaine, nous avions envie de nous échapper d'ici le plus tôt possible.

    Malheureusement le froid continua et nous passâmes plus d'un mois dans la blonde "Albion » , jusqu'au jour où nous la laissâmes pour toujours.

    Comme nous nous souvenons des moindres moments passés là-bas !!

    Les premiers jours de février on nous donna un équipement colonial, mais sans nous dire pour cela où nous allions. Ensuite on nous conduisit à l'hôpital de Aldershot où l'on nous vaccina, nous ne savions contre quoi, certains disant contre la fièvre jaune, un vaccin contre la peste et un autre contre la peste jaune.

    Nous pressentions l'approche de ce que nous avions tant désiré la rencontre avec l'ennemi que nous venions chercher si loin.  Nous avons l'esprit heureux. Oh, joie de ne pas connaître la terrible réalité.

    Nous nous approchions du monstre insatiable de la guerre, affamé de jeune chair et nous riions et poursuivions heureux, désirant prendre contact avec l'ennemi le plus rapidement possible.

    Nous nous souvenions toujours des derniers conseils que nous donna notre instructeur, le sergent CASTEIN, la gorge serrée par l'émotion, les yeux noyés de pleurs : " jeunes gens, à votre arrivée au front, n'oubliez jamais de faire un trou, ne vous montrez pas inutilement à l'ennemi, guettez-le toujours, au tir, visez le bas du ventre". C'était un jeune vétéran de 39.

    Nous montâmes dans les camions qui nous transportaient pour prendre le chemin de fer qui nous laisserait à Liverpool, pour nous embarquer sur le vapeur qui raccourcirait la distance entre nous, jeunes qui nous offrions en holocauste à la démocratie et au front de la lutte.

    Ce fût avec des larmes que nous nous séparâmes les uns des autres, nous qui avions voyagé ensemble depuis Montevideo Les uns demeuraient en Angleterre, nous allions en Afrique.

    Qui sait si nous nous reverrions ? le destin le dirait.


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  • Le saviez-vous ?

    L’Uruguay fut le premier pays latino-américain à reconnaître la France libre et le gouvernement légitime du Général de Gaulle.

    " À l’annonce de l’entrée des nazis à Paris, le 14 Juin 1940, les étudiants de Montevideo exprimèrent leur douleur par une manifestation particulièrement émouvante.
    Les cours cessèrent sur-le-champ, les étudiants, d’ordinaire si bruyants, se répandirent dans les rues en groupes compacts et silencieux. Mais soudain, de cette masse mouvante qui avançait sans bruit, un cri jaillit : « Francia… Francia… », cri inlassablement répété durant toute la traversée de la ville, comme un cri de douleur, mais aussi de foi et d’espérance, en cette France, à laquelle de tout temps le peuple uruguayen s’est senti attaché.
     
    Aussi, dès l'Appel du général de Gaulle, quelques jours plus tard, un vaste mouvement d’opinion se développa, qui aboutit, le 15 août 1940,  à la constitution du « Comité franco-uruguayen pour la France Libre » sous la présidence du docteur Maxime Halty, né en Uruguay de père français et de mère uruguayenne. Professeur à la faculté de médecine de Montevideo, il avait fait un stage à Paris, à l’hôpital Saint-Louis.
    Ce Comité était plein de vitalité et, dès le 16 octobre 1940, il adressait à Londres, au général de Gaulle, un premier versement de 100 livres sterling. En 1942, le docteur Halty était remplacé à la présidence du Comité par M. Maurice Demolin.
    L’action du Comité se manifesta dans l’ensemble du pays, au travers des comités locaux, créés petit à petit et qui s’élevèrent à 32, la plupart étant présidés par des Uruguayens.
    De nombreuses sociétés franco-uruguayennes existant antérieurement apportèrent leur soutien au Comité central et complétèrent son action dans le domaine qui leur était propre : Comité des Dames, Anciens Combattants, Amigos de Francia, etc.
    L’équivalent de 42.500 dollars fut envoyé à Londres de 1940 à 1944, tandis que des collectes spéciales recueillirent des fonds importants pour venir en aide aux prisonniers de guerre ; acheter des couvertures de laine pour les hôpitaux de France après la Libération.
    Comme la plupart des Comités de l’étranger, celui de Montevideo assura ses frais de propagande, la mise en route de ses volontaires, le versement des allocations à leurs familles, les envois de vêtements et de chaussures aux réfugiés, et également les frais d’un cours de français à la radio : ce qui dans l’ensemble représente un effort financier de plus de 120.000 dollars.
    Mais ce qu’aucune statistique ne peut rendre, c’est la force de l’affection que l’Uruguay a gardée pour la France dans ses heures d’épreuve. Elle trouva son expression la plus grandiose dans les manifestations qui accompagnèrent à Montevideo la nouvelle de la libération de Paris, sur l’initiative de nombreuses sociétés amies de la France Libre, dont Amigos de Francia.
    Alors que le représentant de la France était porté en triomphe, un immense cortège, exultant de joie parcourait les artères de la ville aux cris de « Vive la France… ». En tête du cortège, et entouré de plusieurs membres du gouvernement, marchait le président de la République : Son Excellence M. Juan J. Amezaga".
    (Extrait de la Revue de la France Libre, n° 126, juin 1960)
     

    Voyage en Uruguay du général de Gaulle en 1964

    Au cours de ce voyage, le général de Gaulle eut l'occasion de remercier les étudiants uruguayens qui avaient été les premiers dans le monde, le 14 juin 1940, à manifester contre l’occupation de Paris.

    Il rendit également hommage aux combattants et aux résistants uruguayens s’étant battus pour la France au cours de la Seconde guerre mondiale :  Quatre-vingt-huit volontaires s’engagèrent pour servir dans les F.F.L. et plusieurs d’entre eux combattirent à Bir-Hakeim dans les bataillons de la Légion étrangère.

    Parmi  les "orientales", se trouvait Domingo LOPEZ, né le 9 octobre 1917, caporal de la 13 DBLE, Ancien de Bir Hakeim.

    * Le saviez-vous ? La solidarité des Uruguayens avec la France Libre

    Domingo LOPEZ (CP : Laurent Laloup)

    En septembre 1941, il quitte l'Uruguay à bord du Northumberland pour gagner l'Angleterre... Il ne rentrera dans son pays qu'en septembre 1945.

    Il est cité dans cet article de journal consacré au retour des Uruguayens dans leur pays  : 

    * Trésor d'Archives : les mémoires d'un uruguayen de la 13 DBLE dans la France Libre

    Source : Laurent Laloup

    Blandine Bongrand Saint Hillier a pu se procurer voici quelques années les mémoires dactylographiées de Domingo LOPEZ,  intitulées "Survivant de Bir Hakeim".

    Nous en avions publié quelques extraits dans les  articles-étapes  sur  la Libération de la France .

    A partir de la semaine prochaine, en hommage aux "Orientales", nous diffuserons en plusieurs épisodes l'intégralité de ce  récit inédit (125 pages) qui constitue par ailleurs un inestimable témoignage d'un soldat de la "13".

     

    * Le saviez-vous ? La solidarité des Uruguayens avec la France Libre

     Couverture des Mémoires de Domingo LOPEZ

     Alors, à très bientôt !


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