• Inauguration 'une stèle en l'honneur du capitaine JOURDIER, compagnon de la Libération (1er Spahis marocains)

    Le mardi 30 juin, un détachement de spahis, déployés en opération au Sud-Liban, a commémoré le 80e anniversaire du ralliement des spahis marocains à la France Libre.
    Sur les hauteurs du Jourdain (appelée « Hasbani » au Liban), au niveau de l’ex- frontière libano-palestinienne, le 1er régiment de spahis, unité Compagnon de la Libération, a inauguré une stèle commémorative en l’honneur du capitaine Jourdier, Compagnon de la Libération.
    Ils étaient une cinquantaine de spahis à se réunir autour de cette stèle commémorative pour rendre hommage, avec admiration, à l’acte fondateur du capitaine Jourdier en 1940. (Facebook Ordre de la Libération)
     
     
     
    Article du Dauphiné Lien
    Dans le cadre de l’opération Daman, près de 700 militaires français et une compagnie d’infanterie finlandaise contribuent à la force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) en armant une partie de son état-major et la Force Commander réserve de l’opération. Cette unité de réserve et d’intervention réalise ses missions sur l’ensemble de la zone du Sud-Liban en étroite coopération avec les forces armées libanaises.  (Photos Armée de terre)

    La cérémonie a commencé par l’évocation du choix du capitaine Jourdier. En juin 1940, la France signait l’armistice avec l’Allemagne. À cette même date au Liban, le capitaine Jourdier, à la tête du 1er escadron du 1er régiment de spahis marocains, a refusé d’accepter cette défaite et a décidé, avec 72 de ses hommes, de rejoindre les troupes britanniques en Palestine.

    Inauguration 'une stèle en l'honneur du capitaine JOURDIER, compagnon de la Libération (1er Spahis marocains)

    Comment les spahis prirent-ils leur décision ?

    80 ans plus tard, après avoir remis quatre médailles de la défense nationale à des spahis méritants, le colonel Charles-Emmanuel Daviet, chef de corps, s’est interrogé : « Aujourd’hui encore, on est saisi d’admiration devant l’audace et la clairvoyance de ce geste fondateur. Comment les spahis prirent-ils leur décision ? Est-ce l’instinct, l’éducation ou l’inconscience qui les poussèrent à refuser la défaite ? L’essentiel est que demeure vivace l’élan qui jaillit du plus profond d’eux-mêmes. » En 1940, à la suite du capitaine Jourdier, les spahis ont reconstitué le 1er régiment de marche des spahis marocains et participé à toutes les campagnes de la France libre, du Soudan à l’Érythrée, de la Libye à la Tunisie, avant de débarquer en Normandie en 1944…

    Le 1er régiment de marche de spahis marocains recevra la croix de la Libération le 23 août 1945 à Fontainebleau.

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    • Histoire de l'Escadron Jourdier (Blog DFL) Lien
    • Biographie de Paul Jourdier Ordre de la Libération
    • Paul Jourdier a été honoré en 2016 à Nevers (Blog DFL) Lien
    • Parcours de Michel Abalan, Compagnon de la Libération des Spahis (Blog DFL) Lien
     

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  •     A l'occasion du 76e Anniversaire du Débarquement de Normandie, la Délégation Le Havre de la Fondation de la France Libre vous propose de découvrir les mémoires du Commando Marcel RAULIN (88 p.), issues des archives familiales de sa fille, Madame Monique Joly.

    Ce document est téléchargable sur le site de la Délégation 

    * 6 jui 2020 : parution des Mémoires inédites du Commando Marcel Raulin  

    Marcel Raulin, marin marchand en  juin 1940, raconte les circonstances de son évasion de Panama pour rejoindre l'Angleterre après avoir entendu l'Appel du général de Gaulle.

    Versé d'abord aux fusiliers marins et servant successivement en 1941 à bord de deux navires de Guerre, la corvette Alysse puis le contre-torpilleur Léopard, il relate ensuite son entrainement en Ecosse en 1942 pour intégrer le Commando de Philippe Kieffer. Son parcours dans le n°4 commando franco-britannique évoque les premières missions des raids au cours de l'année 1943, le Débarquement avec ses camarades du n° 4 Commando à Colleville-sur Orne le 6 juin 1944, la Libération d'Ouistreham et la campagne de Normandie. Il poursuit et termine la guerre dans la Campagne des Pays-Bas à l'hiver 1944-1945, dans laquelle les Commandos débarquent et investissent Flessingue sur l'ile de Walcheren, dans le cadre de l'Opération Infatuate.

    Médaillé de la Résistance, Marcel Raulin est titulaire de nombreuses distinctions.

     

    * 6 jui 2020 : parution des Mémoires inédites du Commando Marcel Raulin

    Décorations : Médaille Militaire - Ordre National du Mérite - Croix de Guerre 39/45 avec étoile - Médaille de la Résistance - Croix du Combattant Volontaire de la Résistance - Croix du Combattant Volontaire avec agrafe 39/45 - Médaille commémorative de la Guerre 39/45 avec agrafes Engagé Volontaire, Allemagne, Manche, Libération - Croix du Combattant - Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre - Médaille du Débarquement (Britannique) avec clasp campagne de Normandie : "Blessent mon cœur d'une langueur monotone" - Blason "combined operations command" (D-Day et Walcheren). 

    Plaques d'identité en carton de Marcel Raulin. La plaque verte restait sur le corps en cas de décès.


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  •  Voir l'article original

    Forgotten Fights: The Free French at Bir Hacheim, May 1942

    The courageous Free French defense of the remote desert fortress of Bir Hacheim in May 1942 helped turn the tide of the war in North Africa.

    May 25, 2020

     

    Top Image: French Legionnaires in action, June 1942. Courtesy of the Imperial War Museums, E 13313.

     

    One of WWII’s most stirring “Forgotten Fights” took place in May 1942 at the North African desert outpost of Bir Hacheim (also Bir Hakeim.) In this encounter, German and Italian forces under the command of Germany’s “Desert Fox,” General Erwin Rommel, faced off against Free French forces, including African colonial troops, under Brigadier General Marie-Pierre Koenig. The French fought hard for two weeks before finally giving way, allowing Rommel’s forces to continue their advance toward the Suez Canal. Even in tactical defeat, however, the French had won a significant strategic victory.

     

    As May began, approximately 90,000 German and Italian troops, including 560 tanks, faced about 110,000 British, British imperial and allied troops and 840 tanks along the Gazala Line in Libya south and west of the important port of Tobruk. Lieutenant General Neil Ritchie, commanding the British Eighth Army, deployed Koenig’s 4,000-man 1st Free French Brigade at the Gazala Line’s southern end, some forty miles deep in the Sahara Desert, at a desolate, crumbling old fort at Bir Hacheim.

     

     

    French African veterans of Bir Hacheim. Courtesy of the Library of Congress.

     

    Koening’s command was a hodgepodge, consisting of French Marines, Foreign Legionnaires, and soldiers from French African colonies such as Senegal, Madagascar, and what is now Central Africa. Though lacking tanks and much heavy equipment, Koenig’s men were tough warriors determined to prove their worth against a foe that had rolled triumphantly across mainland France just two years earlier. The Foreign Legionnaires included many refugees from Nazi-occupied Eastern Europe, equally determined to avenge the loss of their homelands.

     

     

    A Foreign Legionary takes a swig of precious water. Courtesy of the Library of Congress.

     

    On May 26, Rommel sent Italian forces in a frontal attack against the Gazala Line. But this was merely a feint. While the Italians demonstrated, the Desert Fox led the 15th and 21st Panzer divisions and the Italian Ariete armored division south into the desert, defeating British armored units and arriving before Bir Hacheim on May 27. Surmising that the French would be pushovers, Rommel continued onward with his German divisions and left the Italians to deal with Bir Hacheim. That, as it turned out, was a costly mistake.

     

    Italian tankers, brave but operating flimsy, obsolete equipment, immediately assaulted the French positions. Although they penetrated the wire in some spots, however, Koenig’s well-dug in forces knocked out 32 tanks and drove off the attackers. Rommel meanwhile continued north, destroying other British outposts and completing the encirclement of Bir Hacheim.

     

     

    A French African Mortar Crew. Courtesy of the Library of Congress.

     

    Victorious in small unit actions but unable to entirely unhinge the Gazala Line, Rommel fumed at Koenig’s continued grim resistance at Bir Hacheim. When the Free French commander brushed off a surrender demand, Luftwaffe fighters and bombers began mercilessly bombing and strafing the tumbledown fortress. Rommel also ordered his artillery to pound the French positions, and, pulling back his German troops from their advanced posts further north, sent them and Italian infantry and tanks to attack Bir Hacheim day and night. Koenig’s Legionnaires had constructed their positions well, however, and despite growing shortages of ammunition, and especially water, the French held on.

    By the end of the first week of June, Koening knew that his men were near the end of their tether and radioed for permission to break out of the encirclement and withdraw. That permission was denied, for the British, anticipating the final destruction of the Gazala Line, were preparing fall-back positions at El Alamein in Egypt. Koenig dutifully returned to the fight as his men, under constant bombardment in blazing heat and subsisting on thimblefuls of water, beat back one attack after another.

     

    French artillery in action at Bir Hacheim. Courtesy of the National Museum of the US Navy.

     

    On the night of June 10-11, knowing that Bir Hacheim’s fall was imminent, Koenig ordered a breakout under cover of darkness. At first the French tried to withdraw in formation, but as the Germans discovered the movement the retreating garrison broke up into groups of a few men and individuals. Over the next couple of hours, they grappled the Germans and Italians in hand to hand combat. Incredibly, the majority of the surviving garrison broke out to safety. Just as incredibly, General Koenig was driven out of the fortress by Susan Travers, an Englishwoman assigned to the French medical detail as an ambulance driver. “It is a delightful feeling, going as fast as you can in the dark,” she later remembered. “My main concern was that the engine would stall.” Her bullet-riddled Ford safely carried the duo back into British lines. Travers would later be formally admitted to the Foreign Legion.

     

    Rommel said of Bir Hacheim that, “seldom in Africa was I given such a hard fought struggle.” The courageous defense of the desert outpost seriously upset Rommel’s plans for victory in North Africa. Although he would shatter the Gazala Line and capture Tobruk, the British gained valuable time to prepare their defenses at El Alamein where, several months later, the tide of the war in Africa would finally turn.


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  • OPERATION DYNAMO, DUNKERQUE, 3 JUIN 1940 

    La tragédie du Dragueur Emile DESCHAMPS 

    Témoignage de l’EV Jean DEMARTRES (1914-2008)

         En 2017, sur la suggestion d’un ami, j’ai acquis en ligne une lettre saisissante par laquelle l’EV de 1ère classe Jean DEMARTRES (1) racontait à sa sœur son évacuation de Dunkerque à destination de l’Angleterre au cours de l’opération Dynamo du 19 mai au 4 juin 1940 (2).

    Suite à mes recherches, j’ai appris que Jean DEMARTRES avait été président de l'association Marine-Dunkerque 39/40.

    Voici ce poignant témoignage, enrichi de précisions retrouvées sur la tragédie du vapeur Havrais l’Emile Deschamps.

    Southport, 10 Août 1940

    Ma chère Mirette,

    (…) « Le 2 juin, vers 9 heures du soir, le commandant de BOUILLANE (3) est venu me trouver alors que, en pyjama, je m’apprêtais à me coucher et à dormir du sommeil du juste, confortablement installé dans ma casemate, à l’abri de n’importe quel bombardement. Il m’a communiqué l’ordre de quitter Dunkerque pour gagner Douvres.

    Au dehors, les avions continuaient à nous déverser des tonnes de bombes, tandis que les 77 allemands arrosaient Dunkerque qui flambait depuis 14 jours.

    Je me suis donc habillé rapidement et aussitôt mis en devoir de rassembler tous les hommes, au total de 90, aidé de MONAQUE et GUERINEAU (4).

    Nous devions embarquer dans la nuit sur un torpilleur indéterminé qui devait arriver dans la nuit. Au fur et à mesure que les hommes étaient prêts, nous les expédions à travers la ville pour gagner le port, en longeant les murs pour se garer des éclats.

    C’est ainsi que j’ai rencontré le Commandant qui, me prenant ma valise des mains, m’a réexpédié en arrière pour faire presser les retardataires. J’ai donc pris la direction de l’arrière-garde et n’ai pu rejoindre le Commandant qu’environ une heure après, sur le port, au milieu d’une salve d’obus dont je me suis sorti que grâce à mon casque.

    Après avoir constaté qu’il ne nous manquait qu’un tué et rapidement soigné notre unique blessé, nous avons attendu toute la nuit, sous les obus, le torpilleur annoncé qui n’est jamais venu.

    Et c’est ainsi que nous avons atteint le jour, le 3 Juin.

    Vers 9 heures du matin, sous un soleil de plomb, devant le spectacle de 150 000 tonnes de mazout en feu à 1 kilomètre de nous, nous avons reçu l’ordre de nous embarquer sur un dragueur qui appareillait à 21 heures pour Douvres, avec environ 350 hommes de divers services de la marine  (5).

    Notre personnel était au complet, sans pertes nouvelles".

     

    * OPERATION DYNAMO, DUNKERQUE, 3 JUIN 1940 - La tragédie du Dragueur Emile DESCHAMPS - Témoignage de l’EV Jean DEMARTRES (1914-2008)

    LE DRAGUEUR EMILE DESCHAMPS (1922-1940) : avant-guerre, c’était un petit paquebot affecté à la ligne bien tranquille Caen-Le Havre, armé par la Compagnie Normande de Navigation à Vapeur au Havre. Il avait été réquisitionné par la Marine nationale, en septembre 1939 et armé comme dragueur auxiliaire.

    Jean DEMARTRES : « Nous avons ainsi navigué jusque vers minuit sous une protection considérable d’avions et de torpilleurs anglais. A ce moment, la brume s’est levée, et ayant faim, je suis descendu au carré. Peu après, le Commandant décidait de mouiller pour attendre le jour. Je me suis alors allongé pour faire un somme ( …) ».

     

    En effet, par une mer calme mais dans une brume épaisse, l’armada « Dynamo » voguait prudemment vers la Grande-Bretagne.

    Les hommes embarqués sur « l’Emile Deschamps » somnolaient, certains enveloppés dans de vastes couvertures car la bise était fraîche. De tous côtés des mugissements de sirènes indiquaient le voisinage d’autres navires. C’était un peu rassurant.

    Le 4 juin, le jour commençait à se lever ; à quelques encablures, l’Anne-Marguerite et la Ste Elisabeth naviguaient, elles aussi, un peu à l’aveuglette. Puis les côtes de Margate apparurent. Il était 5 h. du matin.

    Les soldats contemplaient avec soulagement cette terre promise baignée de brume.

    Jean DEMARTRES : « A 6 heures du matin le bruit des hélices m’a réveillé et je suis monté sur le pont pour voir où nous en étions. J’avais abandonné ma ceinture de sauvetage pour dormir et oublié de la remettre. En arrivant sur le pont, le froid particulièrement vif m’a forcé à rentrer et j’ai engagé la conversation avec MONAQUE qui m’avait suivi ».

    L’Emile Deschamps arrive à 6 milles de North Foreland, à l'embouchure de la Tamise, et prend la ligne de file derrière le dragueur de mines anglais Albury, lorsqu'à 06 h 20 …

    Jean DEMARTRES : « A 6 heures 20, une mine explosait à tribord, à la hauteur de la passerelle. Ici, les souvenirs me manquent et je me retrouve sur le pont, allongé sous un amas de bois provenant des superstructures alors que notre bateau coulait. A côté de moi, MONAQUE  (6) râlait, la figure en sang ».

    L’Emile Deschamps » venait de toucher une mine magnétique et coulait rapidement.

    La panique qui s’empara alors des malheureux donna lieu à des scènes terribles. En une minute le dragueur, la quille en l’air, s’enfonça dans la mer…

    * OPERATION DYNAMO, DUNKERQUE, 3 JUIN 1940 - La tragédie du Dragueur Emile DESCHAMPS - Témoignage de l’EV Jean DEMARTRES (1914-2008)

     

    Jean DEMARTRES : « Un rapide examen de la situation m’a montré que j’étais déjà à moitié dans l’eau, et le pied gauche serré comme dans un étau et impossible à dégager malgré tous mes efforts. Je ne peux apprécier ce que dura cette situation. Brutalement, le bateau sombrait et mon pied, toujours coincé, m’entraînait avec lui. Je me suis cru perdu, définitivement noyé et ne songeait plus à me sauver, cela étant impossible.

    En un instant j’ai vu le chagrin que vous causerait ma disparition. C’est alors qu’une violente secousse, l’arrivée sur le fond je crois, a disloqué à nouveau le bateau.

    Mon pied s’est trouvé libre. Bien qu’ayant bu de nombreuses tasses, je me suis mis à nager dans un dernier espoir. Je commençais à remonter quand ma tête a violemment heurté quelque chose. Je me suis enfermé dans quelque compartiment du bord et incapable de m’en échapper étant donné l’obscurité totale.

    A ce moment, brutalement, je vis de la lumière regagner la surface ; en suivant le mouvement, j’arrivais enfin à l’air libre. Le problème était alors de se maintenir à la surface, empêtré dans mon manteau sur lequel j’avais mon révolver avec un baudrier et ceinturon, un pied qui me faisait horriblement mal, et à bout de souffle.

    Apercevant deux madriers, et en nageant tant bien que mal, j’arrivai à en glisser un sous chaque bras. La mer était couverte de mazout, quelques chalutiers, un cargo anglais et un torpilleur anglais formaient déjà un cercle autour de nous. Au milieu, quelques débris, quelques hommes essayant de nager et beaucoup de cadavres.

    Certains camarades chantaient la Marseillaise.

    Très rapidement, un chalutier français me ramassait et aussitôt sur le pont, étant donné que je ne pouvais rien bouger, pas même une main, un second maître me coupait mon uniforme, et me frictionnait violemment au cognac. Il me rhabillait ensuite de vêtements secs.

    C’est pourquoi, pas une minute, je n’ai eu froid.

    Arrivé très rapidement à l’hôpital de Margate, presque aussitôt, j’étais dirigé sur la salle d’opération et endormi.

    A 5 heures du soir je me réveillais, la jambe gauche dans le plâtre, sans y avoir rien compris. Je pensais qu’un mois de patience arrangerait tout. La nuit a été fort mauvaise.

    Violemment secoué par l’explosion, je commençais à dérailler et à avoir des cauchemars, alors que mon plâtre me faisait horriblement mal.

    Je ne me suis endormi que grâce à une piqure de morphine. Le lendemain, départ pour Maidstone où nous devions rester du 5 au 8 Juin. Ma jambe me faisait de plus en plus souffrir et je ne dormais qu’à coups de morphine. Pendant ce temps une douleur à la hanche droite accompagnait chaque mouvement. J’ai cru longtemps qu’il s’agissait de rhumatismes.

    Le 8 Juin, départ pour Arlesey où nous devions tomber dans l’hôpital rêvé. Construit dans un immense parc, en pleine campagne, au milieu des bois, nous avons été idéalement soignés.

    Le 17 Juin, une radio m’apprenait qu’en plus de mon pied gauche, j’avais deux fractures au bassin, côté droit, presque dans l’articulation de la hanche. J’avais donc les deux jambes cassées, l’une au pied, l’autre à la hanche, avec de plus la jambe droite paralysée. Je suis ainsi resté couché sur le dos avec défense de bouger jusqu’au 21 juillet où j’ai été autorisé à faire une première sortie sur un fauteuil roulant.

    Entre temps, le 15 juillet, lorsqu’on m’a enlevé le plâtre, j’ai eu la mauvaise surprise de voir mon pied presqu’aussi gros que le genou. Cela m’a expliqué pourquoi ce plâtre m’avait fait tant de mal. Avant-hier, on nous a à nouveau changé d’hôpital et nous sommes maintenant aux environs de Liverpool à l’adresse suivante : Jean Demartres, Emergency Hospital Southport – Lancashire". (…)

    L’EMILE DESCHAMPS fut le 243e navire coulé au cours de l'Opération Dynamo…

    Il n'y eut que 72 ou 85 rescapés (selon les sources), dont Hervé CRAS, médecin de marine et écrivain français, plus connu sous le pseudonyme de Jacques MORDAL (1910-1980), auteur d’une trentaine d’ouvrages sur la 2e Guerre Mondiale, dont La Bataille de Dunkerque (1948) et Bir Hakeim (1951).

    Ceci explique la photographie de la dédicace, qui se passe de commentaires…

    * OPERATION DYNAMO, DUNKERQUE, 3 JUIN 1940 - La tragédie du Dragueur Emile DESCHAMPS - Témoignage de l’EV Jean DEMARTRES (1914-2008)

     

    Au terme de son récit, Jean DEMARTRES s’ouvrit à sa sœur de ses questionnements sur l’avenir :

    « … quand je serai guéri, que vais-je faire. Si tu lis les journaux, tu connais le nom du général de Gaules (sic) et tu connais les buts qu’il se propose. Tu connais aussi la situation en France ainsi que l’attitude de Pétain. C’est donc pour nous l’alternative Pétain-De Gaules (sic).

    Que devons-nous faire ? Après de mures réflexions et avoir envisagé ce que Maman pourrait en penser, je crois de mon devoir de ne pas chercher à gagner la France.

    Notre seul espoir est dans une Victoire de l’Angleterre. C’est notre seule chance de retrouver une vie heureuse. Nous devons donc l’aider si nous le pouvons. Je crois donc devoir rester ici dans une usine comme ingénieur, cela dut-il m’en coûter plusieurs années de séparation. Je pense que tu m’approuveras et Maman aussi, le jour où elle sera en mesure de bien juger ma conduite. Notre père n’est pas mort (7) pour ce que nous voyons maintenant.

    Suivons son exemple, même s’il est pénible et dangereux. Je ne peux malheureusement pas l’écrire à Maman, de peur de lui attirer des ennuis (…) ».

    Il semble que Jean DEMARTRES n’ait pas poursuivi dans cette voie.

    Nous ignorons les suites de son parcours même si nous savons qu’il survécut à la Guerre.

    Notes

    1 Jean Georges Édouard DEMARTRES né le 16 août 1914, à Toulon (Var), enseigne de vaisseau de 1ère classe. Il est décédé le 8 janvier 2008 à Paris 14e.
    2 L’Opération Dynamo permit à quelques 338 682 hommes, dont 123 095 Français, de quitter la poche de Dunkerque.
    3 Capitaine de frégate Charles Marie Camille BOYER DE BOUILLANE né le 03-02-1885 à Valence (26)) Mort pour la France le 04-06-1940 (Dunkerque, 59)
    4 Pierre Auguste GUERINEAU, né le 05-06-1903 à Saumur (49) enseigne de vaisseau, service des transmissions de Dunkerque. Mort pour la France le 04-06-1940 (Margate - hôpital général de Saint Peters Road, Angleterre)
    5 En fait : le personnel du Bastion 32, 350 marins et officiers de l’armée de terre, plus une trentaine de civils et de nombreux prisonniers allemands débarqués du Saint Octave.
    6 Jean, Léonce, Marie, Joseph MONAQUE Dernier grade : Enseigne de vaisseau de 1ère classe Mort pour la France le 4 juin 1940 à bord du Emile Deschamps
    7 Edouard Jean DEMARTRES (1883-1917), Lieutenant de vaisseau, disparu à bord de l’aviso-torpilleur Cassini, qui saute sur une mine le 28 avril 1917 devant les gorges de Bonifacio.
     

    Archives Florence Roumeguère, mai 2020


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  • 8 Mai 1945 - 75e Anniversaire de la Victoire.. dans le ressenti d'Alexis LE GALL (BM5)

     
    « Le 7 Mai, la fin s'annonce... Je pars à Paris chez les Masselot, de façon à être dans la capitale le jour de la Victoire, qui devrait être officielle le lendemain.
    On annonce un grand discours de de Gaulle le 8 à 15 h et je me retrouve avec ma cousine Renée Masselot sur les Champs-Elysées pour y entendre cette annonce, attendue depuis 40 et qui va enfin annuler l'horrible discours de Pétain du 17 Juin 40.
    C'est noir de monde et, à 15 heures, s'élève des haut-parleurs la voix du Grand Charles, bientôt couverte par les hourras et les bravos. Des groupes se forment, chantent, dansent, hurlent, s'embrassent et je me trouve subitement loin, si loin d'eux.
    Je m'étais fait une fête de ce moment mais je ne participerai pas à la liesse générale.
    Je ne veux pas me mêler à tous ces jeunes en folie.
    Je les regarde tristement et mes pensées vont vers les autres, mes amis, les vrais vainqueurs.
    Cela aussi je l'aurai manqué : notre victoire au milieu d'eux.
    Et repasse alors devant mes yeux tout ce chemin que nous avons parcouru ensemble: l'Angleterre, le Cameroun, le Western Désert, l'Italie, la Provence, les Vosges, l'Alsace.
    Et viennent s'y superposer les visages de tous les copains disparus, tous ceux qui ont été ma famille durant ces années : P'tit Jean Jestin, Franch Arzel, Jaffret « la coterie », Robin l'ami juif, le petit Seité, Le Bastard notre « moujik » du Camp d'Ornano, Jaillet le « cureton », Delrieu notre capitaine de football, Javanaud à la mèche blanche, mais aussi Antoni, le petit corse qui est mort à ma place, Douard le Marseillais tué à Takrouna et Dupin et mes deux petits gars morts et gelés à leur mitrailleuse dans l'Illwald et tous les autres, tous les autres...
    J'en ai assez des braillards qui nous entourent et dont la plupart n'ont rien fait, se sont laissés vivre ou même ont profité ? Je n'ai rien de commun avec eux, on n'est pas du même monde. Je dis à ma cousine : « J'en ai assez, on rentre.. ».
    L'aventure est finie, cette merveilleuse et tragique aventure que nous avons vécue et dont les images sont ancrées pour longtemps dans mon cerveau.
    Il faut maintenant tourner la page mais ne pas oublier ».
    Alexis LE GALL

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