•  

    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres


    Récemment la télévision a diffusée un documentaire dont le thème faisait mention aux résistants et aux actes de sabotages envers  les forces allemandes d'occupation, il est juste de rendre honneur 
    à tous ces hommes et femmes des Forces Françaises Libres dont beaucoup ont perdu la vie pendant cette période dure et barbare de la Seconde Guerre Mondiale.

     

    CRÉATION DE LA SECTION ACTION/MISSION DU BCRA
    1940-1941   *


    Le 26 juin 1940, revenant de Narvik via Glasgow, Brest et Trentham Park près de Manchester, je finis par arriver à Londres. Jeune lieutenant de réserve de Chasseurs Alpins, j'avais jusqu'au 8 juin fait campagne en Norvège du Nord comme "officier de liaison" à l'état-major de la lère Division légère de chasseurs, sous les ordres du général Béthouard *. J'étais en compagnie de quatre autres officiers de notre division : le colonel Magrin-Vernerey, commandant la 13e demi-brigade de Légion étrangère *, son adjoint le capitaine Kœnig *, le capitaine de réserve de chasseurs alpins Tissier *, chef du 2e Bureau, et le capitaine intendant Bouton *. Nous eûmes quelque peine à trouver le général de Gaulle qui venait de s'installer à Saint-Stephen's House, sur les quais de la Tamise.

    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres

    (Photo Ordre de la Libération)

    Au premier étage, dans quelques petites pièces à peine meublées, s'affairaient son aide de camp, le lieutenant de réserve de cavalerie de Courcel, mademoiselle de Miribel, secrétaire bénévole, le lieutenant de réserve de cavalerie Hettier de Boislambert, et quelques français de Londres. Après un bref entretien seul avec lui, le colonel Magrin-Vernerey nous fit entrer dans le modeste bureau du général pour nous présenter. Quelques minutes suffirent et le général nous déclara simplement : "Messieurs, le colonel Magrin-Vernerey m'a dit que vous aviez l'intention de vous joindre à moi. Est-ce vrai ?" Sur notre réponse affirmative il enchaîna : "Bien. Messieurs vous ne faites que votre devoir ; je vous remercie".

    En quittant Saint-Stephen's House, j'étais à cent lieues d'imaginer que quelques jours plus tard je ferais partie de la petite équipe qui allait créer de toutes pièces le SR puis le BCRA des Forces françaises libres * . Mais, à cette époque quelques centaines seulement de volontaires s'engagèrent au côté du général de Gaulle pour poursuivre la lutte contre l'ennemi et, lorsque, début juillet, fut constitué son premier état-major, avec pour chef le capitaine Tissier, les 2e et 3e Bureaux furent confiés au jeune capitaine du Génie André Dewavrin (Passy), également de la lre DLC. Je fus placé sous ses ordres ainsi que deux autres camarades de la campagne de Norvège, les lieutenants de réserve d'artillerie Maurice Duclos (Saint Jacques) et Béresnikoff (Corvisart) ainsi que trois sous-officiers, Lecot (Drouot), Martin et Barnett. N'étant que des amateurs en la matière, sans aucun moyen matériel, totalement coupés de notre pays, comment allions-nous pouvoir recueillir des renseignements sur l'ennemi et soutenir ceux de nos compatriotes qui, nous n'en doutions pas, essaieraient bientôt de le combattre en France même ? En l'absence des "professionnels" du SR français restés fidèles au maréchal Pétain et qui ne réapparurent qu'en 1943 à Alger, il a bien fallu que, soutenus par notre foi, peut-être un peu naïve mais inébranlable en la victoire alliée, nous fassions preuve d'une certaine imagination face à une situation jamais rencontrée et jugée désespérée par les augures de notre pays.

    En juin 1940, après la défection de la France entraînant celle de son empire, la Grande-Bretagne, même avec la présence à Londres des gouvernements alliés forcés à l'exil par la vague hitlérienne, se retrouva pratiquement seule face à l'ennemi. Le gouvernement britannique manquait alors presque totalement d'informations sur des préparatifs pour une éventuelle invasion des îles britanniques et harcelait l'Intelligence Service qui, surprise par la débâcle, n'avait plus aucun agent dans la zone occupée par les Allemands. Avec l'accord du général de Gaulle, son service compétent, la Military Intelligence 6 (MI 6) prit donc contact, quelques jours après sa nomination à la tête du 2e Bureau, avec le capitaine Passy * pour obtenir l'aide des Forces françaises libres naissantes et en priorité, l'envoi sur le territoire français de volontaires en missions clandestines pour recueillir les renseignements tant désirés. Ce furent les missions confiées à Mansion, Saint-Jacques et Corvisart, Fourcaud, Rémy, puis d'Estienne d'Orves * .


    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres

    d'Estienne d'Orves

    (Photo Ordre de la Libération)

    Ainsi débuta notre étroite, amicale et de plus en plus importante, mais souvent épineuse, collaboration avec MI 6 *. Maintenir l'indépendance jalousement et justement défendue par le général de Gaulle ne fut pas une mince affaire, tous les moyens matériels étant fournis par nos partenaires britanniques. Ceux-ci ne manquaient d'ailleurs pas, quand ils le pouvaient, de recruter directement nos compatriotes pour organiser leurs propres réseaux de renseignements. Ils gardaient aussi certains contacts avec le SR du gouvernement de Vichy.

    Malgré le manque total de liaisons radio à cette époque, les contacts établis par les quelques volontaires de la France Libre qui partirent avant fin 1940 en missions de renseignements en France, nous confirmèrent rapidement l'existence, encore bien faible et dispersée, de petits groupes de "Résistants" désireux d'entreprendre des actions militaires contre l'occupant. La sacro-sainte règle des Services de renseignements britanniques, placés sous l'autorité du Foreign Office, de se tenir strictement à l'écart de toute autre activité, contrecarrait notre désir de venir sans tarder et concrètement en aide à ces groupes. De plus, le Special Operations Executive (SOE) récemment créé et placé sous l'autorité du Ministry of Economic Warfare, entendait mener directement dans chaque pays occupé ses éventuelles opérations de sabotage, etc. SOE, dont les cadres étaient presque tous issus des milieux bancaires et d'affaires, avait créé une "Section française" (F Section) qui s'efforçait d'organiser en France ses propres réseaux, utilisant des agents britanniques et français * .

    Mi-juillet 1940, nous abandonnâmes Saint-Stephen's House pour le petit immeuble du 4, Carlton Gardens, qui restera le Quartier général de la France Libre jusqu'en 1943, mais que le 2e Bureau quittera en janvier 1941 pour s'installer dans un modeste local plus discret au 3, Saint-James Square. La pénurie de cadres et de personnel de la France Libre nous obligea souvent à nous acquitter d'autres tâches que celles qui étaient normalement les nôtres. C'est ainsi que pendant la première absence de Londres du général de Gaulle, de fin août à fin novembre 1940, le capitaine Passy remplit les fonctions de chef d'état-major par intérim et que moi-même servis d'aide de camp au général Catroux * pendant les quelques semaines qu'après son arrivée d'Indochine fin septembre 1940, il passa à Londres avant de partir pour Le Caire. Heureusement que le 2e Bureau avait reçu le précieux renfort du lieutenant de réserve aérostier, André Manuel *, arrivé de France sur le même bateau que le capitaine de réserve de Chasseurs alpins Pierre Fourcaud * qui l'avait présenté fin juillet au capitaine Passy. Manuel devint rapidement le fidèle et dévoué "second" de notre patron.

    Quoiqu'il en fut, les résultats encourageants obtenus par le 2e Bureau et l'obstination de Passy, dont nos partenaires britanniques reconnurent rapidement les qualités, finirent par nous permettre vers la fin de l'année 1940 d'être mis en rapport avec SOE, plus exactement avec le major Barry de sa Section Operations. En effet SOE demanda de lui "prêter" une équipe composée de cinq volontaires de la lère compagnie de parachutistes des FFL, formée et à l'entraînement en Angleterre : son chef, le capitaine Bergé *, et quatre sous-lieutenant, Forman *, Joël Le Tac *, Petit Laurent * et Renault * . Cette mission baptisée "Savanna" * est relatée dans un chapitre suivant. Parachutée dans la nuit du 15 mars 1941, cette équipe, à l'exception de Le Tac que le mauvais temps empêcha de réembarquer, fut ramenée par sous-marin le 14 avril. Le capitaine Bergé et ses équipiers profitèrent de leur court séjour en France pour voyager chacun dans des régions différentes et nous rapportèrent de précieuses informations et quelques utiles contacts. Bien qu'ayant échoué, cette mission permit à SOE de prouver au Haut commandement britannique que de telles actions paramilitaires en France occupée étaient possibles * .

    Mi-avril le major Barry nous demanda de lui "prêter" de nouveau et d'urgence trois volontaires pour une opération de sabotage de la station de transformateurs électriques de Pessac, près de Bordeaux *. Cette opération, baptisée "Joséphine B" est également relatée dans un chapitre suivant.

    Le 15 avril 1941, le 2e Bureau devint officiellement le "Service de renseignements" des Forces françaises libres. Le commandant Passy qui, bien entendu, en était le chef, poursuivait ses démarches opiniâtres pour obtenir que le SR puisse également s'occuper effectivement de l' "Action". Finalement désireux, comme d'ailleurs nous-mêmes de séparer au maximum sur le terrain les activités "Renseignements" et "Action" qui s'entremêlaient dangereusement, Sir Claude Dansey, l'adjoint du chef de l'Intelligence Service, présenta début juin Passy au chef de SOE, Sir Franck Nelson, qui le mit en rapport avec son adjoint et futur successeur, le général Gubbins, ainsi qu'avec M. Sporborg, alors en charge de la Belgique, de la France, de la Hollande et des pays scandinaves, et avec le major Buckmaster, chef de la F Section. C'est avec Sporborg que Passy étudia les modalités de notre future coopération avec SOE. Tenant à tout prix à garder ses coudées franches pour les activités de sa F Section en France, SOE décida de créer une autre section, la RF Section chargée uniquement de la liaison avec nous. Il faut noter que ce ne sera qu'en 1944, à l'époque du débarquement allié en France, que les réseaux de la F Section seront avec les nôtres placés sous les ordres du général Kœnig et de son état-major des Forces françaises de l'intérieur. La RF Section fut d'ailleurs installée au 1, Dorset Square, et non à Baker Street, comme ses autres éléments. Son premier chef fut le jeune capitaine Eric Piquet-Wicks *, de mère française, et qui devint rapidement un fidèle et loyal ami.

    Je fus alors chargé par Passy de commencer à recruter des volontaires, de les faire entraîner dans les écoles de SOE, puis de les envoyer auprès des groupes de "Résistants" que nous avions repérés afin de les aider à se développer, à subvenir à leurs besoins, particulièrement en armes, à monter d'éventuelles opérations de sabotage et à s'organiser militairement pour appuyer le jour venu l'inévitable mais encore lointain débarquement des troupes alliées sur le continent occupé par l'ennemi.

    Vaste programme dont la mise en application se révélera particulièrement ardue en raison, non seulement de nos très faibles ressources en hommes, mais principalement des moyens matériels nettement insuffisants que SOE allait mettre à notre disposition. Ce dernier obstacle sera un très sérieux handicap pour la réalisation - seulement possible, rappelons-le, en période de lune - de nos opérations de parachutage (personnel, courrier, argent, armes, postes radio, etc.) et d'atterrissage (ces dernières indispensables pour assurer les liaisons de France vers l'Angleterre), il le sera aussi pour l'établissement de bonnes liaisons radio, non moins indispensables. Malgré les réticences de nos partenaires britanniques, nos volontaires venus de Londres formèrent en France opérateurs radio, spécialistes des opérations aériennes, etc.

    La "Section Action" ne sera créée officiellement qu'en octobre 1941 * à l'occasion de la réorganisation du SR mais je m'attelai immédiatement d'arrache-pied à ma nouvelle tâche, ayant heureusement acquis une certaine expérience pendant notre première année de travail avec MI 6.

    De nouveau, grâce à l'amicale compréhension du capitaine Bergé, la lère Compagnie d'infanterie de l'Air, en instance de départ pour le Moyen-Orient, nous fournit des volontaires pour effectuer des missions "Action" en France : une vingtaine d'officiers, sous-officiers et soldats. S'y ajoutèrent quelques autres, très jeunes et encore au centre d'instruction des FFL à Camberley (François Briant, Daniel Cordier, etc.). Suivant leurs aptitudes, grades et âges, nous les répartîmes en trois catégories : organisateurs (une dizaine), saboteurs (moins d'une demi-douzaine) et opérateurs radio (une quinzaine). Par l'intermédiaire du capitaine Piquet-Wicks nous pûmes les envoyer assez rapidement dans les "écoles" de SOE pour y commencer ou perfectionner leur entraînement.

    Nous aurions aimé garder pour nos "volontaires Action" le centre d'entraînement de la lère compagnie d'infanterie de l'Air, Inchmery à Beaulieu, près de Southampton, mais le manque de personnel pour ce faire nous obligea à l'abandonner quelques mois plus tard. La pénurie générale en cadres et personnels subalternes restera toujours une très sérieuse gêne pour nos services. Il fallut bien s'y habituer et tous ceux et celles qui servirent au BCRA travaillèrent comme des "dingues".

    En liaison avec le capitaine Piquet-Wicks j'avais à résoudre les nombreux problèmes posés par la préparation et l'exploitation de nos missions : stages techniques, consignes de sécurité, sauts en parachute, organisation des parachutages et atterrissages (caractéristiques des terrains, signaux de reconnaissance, phrases destinées à la BBC annonçant les opérations, etc.), radiotélégraphie, codage et décodage, utilisation des armes et des matériels de sabotage, fourniture des faux papiers, vêtements, etc., nécessaires à la vie clandestine en France, les procédures de départ en mission, les liaisons radio, aériennes, maritimes, les départs de France vers l'Angleterre, et mille autres questions.

    Il est, je crois, utile de rappeler que pour camoufler l'identité des agents à l'intérieur de ses services, SOE leur attribuait des noms de code qui, bien entendu, étaient des mots anglais. Ceux attribués à nos volontaires se révélant souvent peu traduisibles en français (par exemple : Overcloud = couvert, Plaice = carrelet, Mainmast = grand mât, Mackerel = maquereau, Cod = morue, etc.), nous décidâmes de donner à chacun de nos agents "Action" un nom de code composé de trois lettres, le plus souvent tiré de leur nom et prénoms (par exemple : Sif à Fassin, Joë à Joël le Tac, Tab à Labit, etc.). À Jean Moulin *, baptisé Robert par SOE, arrivé à Londres sous le nom de Mercier, nous attribuâmes d'abord le nom de code de Mer, transformé presque immédiatement en Ker, mais finalement Rex, étant donné l'importance de la mission que lui confia le général de Gaulle. Chaque opérateur radio avait le nom de code de l'agent auprès duquel il était affecté, plus la lettre W (Wireless), par exemple : Sif W à Monjaret, Bip W à Cordier, etc.

    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres

    Jean Moulin

    (
    photo Ordre de la Libération)

    Au sein de nos services, j'avais aussi la responsabilité de toutes les tâches administratives : recrutement et gestion des "volontaires Action", rédaction des télégrammes et courriers au départ, exploitation et diffusion des télégrammes et courriers reçus. Dès sa naissance la Section Action fut essentiellement opérationnelle, les directives, l'orientation et l'exploitation des missions m'étant données par le commandant Passy après leur mise au point avec le chef de l'état-major particulier du général de Gaulle auquel le SR fut directement rattaché après la constitution en septembre 1941 du "Comité national français" présidé par le général de Gaulle * .

    Au cours du mois d'octobre 1941, le Général, sur la demande de Passy, vint visiter le SR. Dans mon bureau où nous tenions tout juste tous les trois debout, le Général me demanda : "Que faites-vous ?" Je lui répondis qu'existant depuis à peine trois mois, la "Section Action" avait pu faire partir, parachutées dans la nature, trois équipes comprenant chacune un "organisateur" et un "radio", destinées à aider des groupes naissants de "Résistants" : la première en Normandie le 8 juillet ("Torture", sous-lieutenant Labit, Tab), la deuxième dans la région parisienne le 7 septembre ("Dastard", sergent-chef Laverdet, Red), la troisième dans la région de Bordeaux le 10 septembre ("Barter", lieutenant Donnadieu, Din). De plus, également parachutés dans la nature, un "organisateur" dans la région de Vichy le 10 septembre ("Trombone", M. Lancement, Cip, arrivé en Angleterre par l'Espagne le 30 août) et un "radio" dans la région de Toulouse le 10 septembre, Tab W, destiné à remplacer celui, disparu, du lieutenant Labit qui avait dû passer en zone libre. J'ajoutai que deux autres équipes étaient en instance de départ : la première ("Overcloud", sous-lieutenant Joël Le Tac, Joë) sera déposée par mer en Bretagne le 14 octobre et la seconde ("Mainmast B", sous-lieutenant Forman, Dok) sera parachutée, réceptionnée par Tab, le 13 octobre. Le général m'interrompit, me disant : "Alors, c'est tout !" et quitta mon bureau, le commandant Passy sur ses talons.

    Avec le recul du temps et me rappelant l'extrême importance que le Général de Gaulle attachait à la nécessité pour la France Libre de contribuer au maximum à l'effort de guerre allié, je pense qu'il avait raison de trouver bien maigres les premiers résultats de ma section. Mais, alors, abasourdi, découragé et furieux, je rédigeai immédiatement ma demande de mise à disposition d'une unité combattante. Elle ne dépassa pas le bureau du commandant Passy. Celui-ci et Manuel (avec lesquels Corvisart qui, finalement revenu de France par l'Espagne, était chargé de notre nouvelle "Section Évasion", et moi-même partageâmes, toute cette année 1941, une petite maison à Eaton Square Gardens), finirent par me convaincre de rester à mon poste. Passy et ses trois adjoints habitant ensemble, le SR pouvait faire front avec une parfaite cohésion à toutes les embûches qui se dressaient sur sa route, pratiquement de jour comme de nuit.

    Le général de Gaulle avait d'autant plus raison que ces premières missions "Action", du fait de nombreuses arrestations dans les groupes auprès desquels nos équipes avaient été placées, ne répondirent pas aux espoirs fondés sur elles.

    Avant la fin de l'année 1941 nous pûmes réaliser quatre autres opérations. Le 6 novembre, pour le compte du Commissariat national à l'Intérieur, fut parachuté, reçu par Dok, Yvon Morandat ("Outclass", Léo) ; en même temps Dok reçut quatre containers de matériels de sabotage. Le 26 novembre un "opérateur radio" fut parachuté dans la nature pour rejoindre Cip. Le 8 décembre, encore parachuté dans la nature, un "organisateur" ("Cod", sous-lieutenant Tupet, Tom) et un "radio", mis à la disposition de la branche Action du réseau organisé par le capitaine Fourcaud. Le 31 décembre une vedette déposa en Bretagne un "radio" pour l'équipe de Joë.

    Pendant les six premiers mois de notre coopération avec SOE, l'acheminement des missions "Action" souffrit de fréquents retards dus principalement au très petit nombre d'avions susceptibles d'effectuer les opérations de parachutage d'hommes et de matériels ou d'atterrissage (pick up), et également dus à des conditions atmosphériques défavorables obligeant de les reporter d'une lune sur l'autre, même deux ou trois fois. À cette époque l'escadrille (138 Squadron) mise à la disposition de SOE, n'était composée que d'une douzaine de bimoteurs Whitley pour les parachutages et de deux monomoteurs Lysander pour les atterrissages.

    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres
    Bimoteurs Whitley 

    * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres

                        Monomoteurs Lysander
                       

     (
    photos Ordre de la Libération)

     

    Cette escadrille était basée à Newmarket, près de Cambridge, jusqu'à fin 1941, ensuite à Tempsford, près de Bedford. Les Lysanders partaient du terrain de Tangmere, près de Chichester, et donc plus proche de la mer. Pour les opérations de pick up, il était nécessaire d'avoir en France des agents entraînés et agréés dans la recherche des terrains éventuels. Ceux-ci devaient être homologués par l'escadrille suivant des normes bien définies. Le montage de ces opérations, comme d'ailleurs de celles de parachutage avec réception au sol, exigeait donc de bonnes liaisons radio.

    En outre plusieurs de nos volontaires furent malheureusement victimes d'accidents, soit à l'entraînement, soit à leur arrivée en France. Ce fut d'ailleurs à la suite de l'accident mortel de l'un d'entre eux au cours du stage de parachutage, que nos partenaires britanniques finirent par accepter que les "sédentaires" du SR puissent eux aussi l'effectuer. En septembre, Passy et moi-même fîmes donc nos sauts réglementaires à Ringway.

    Par contre, le dernier trimestre de 1941 se révéla d'une importance capitale pour notre "Action" en France, car ce fut l'époque du premier séjour à Londres de Jean Moulin. Courant septembre, le capitaine Piquet-Wicks m'informa de la présence à Lisbonne d'un monsieur Mercier, de son vrai nom Jean Moulin, ancien préfet, qui demandait à venir à Londres pour établir la liaison entre certains mouvements de résistance naissants et la France Libre. Au SR nous ne le connaissions nullement mais je demandai à Piquet-Wicks de le faire venir d'urgence. Après d'ailleurs plusieurs rappels de ma part, Piquet-Wicks m'annonça le 20 Octobre son arrivée en Angleterre. Ce ne fut toutefois qu'après ses inter-rogatoires à Patriotic School, centre de triage des étrangers, que nous fîmes la connaissance de Jean Moulin, accompagné à nos bureaux par Piquet-Wicks.

    Ne m'étant occupé de sa mission que sur le plan opérationnel je ne parlerai pas ici des directives qui furent données à Rex, tant sur le plan civil que militaire et qui d'ailleurs évoluèrent au cours des dix semaines qu'il resta bloqué en Angleterre. Je peux toutefois affirmer que, dès leur premier entretien, le courant passa entre de Gaulle et Jean Moulin. Ces deux indomptables patriotes, bien que de milieux et de formations différents, se comprirent et se complétèrent dans le combat pour la libération de la France. J'ajouterai que, personnellement, j'ai toujours apprécié les indéniables qualités de Rex, son autorité, son amabilité et sa courtoisie.

    Rex devait être parachuté le 8 novembre, reçu par Dok. Passy l'accompagna à Ringway pour son entraînement. Par suite du mauvais temps cette opération fut annulée et dut être reportée à la période de lune suivante. De graves ennuis empêchant Dok d'assurer la réception prévue, il fut décidé que Rex partirait par la même opération, réceptionnée par Tab, que l'équipe Sif/Sif W (Fassin et Monjaret). De nouveau le mauvais temps retarda cette opération et Tab, obligé de se mettre au vert, ne put plus les recevoir. La longue absence de Rex, parti de France en juillet, devenait dangereuse. La seule solution restait un parachutage dans la nature. Rex choisit une région des Alpilles qu'il connaissait parfaitement. Encore du mauvais temps et, finalement, Rex, Sif et Sif W furent parachutés dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1942. Sans parler des autres péripéties, le poste de radio fut endommagé lors du parachutage et il faudra attendre le mois de mars 1942 pour recevoir des nouvelles directes de Rex.

    La suite de ce bref historique de la "Section A/M" du BCRA sera traitée dans un chapitre suivant.

    Raymond Lagier (Capitaine Bienvenüe)
    Médaillé de la Résistance

     

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim      

             * Les soldats de l'ombre des Forces Françaises Libres

     

     

     

     


    votre commentaire
  • (FranceInfo Normandie )

    * Une des dernière voix de la résistance s'éteint : Décès de Clémence-Annick Burgard

    L'ordre de la Libération nous fait part du décès de 
    Clémence-Annick Burgard ce mercredi 16 janvier 2019
    à l'âge de 96 ans dans sa maison à Notre-Dame-de-Courson
    près de Livarot (Calvados)

    Elle était officier de l’ordre national du mérite.

     Les funérailles de Clémence auront lieu mardi 22 janvier à 14 heures en la cathédrale Saint Pierre de Lisieux ; les représentants et les drapeaux UNADIF-FNDIR seront présents.

    * Une des dernière voix de la résistance s'éteint : Décès de Clémence-Annick Burgard

    (Photo : journal actu.fr)  

    Elle s'appelait Clémence Jayet. En 1940, elle était étudiante à la fac de Droit de Lyon quand elle est devenue "Annick", agent de liaison de la résistance. En 1944, elle est arrêtée et interrogée par la Gestapo. Autrement dit, torturée. "Annick" est emprisonnée à la prison de Montluc. La libération d'août 1944 lui sauve probablement la vie. Après la guerre, elle décide de conserver son nom de guerre. Elle s'appellera Clémence-Annick, pour la vie.

     "Ce que l'on apprend dans les livres, c'est l'histoire. Ce qui intéresse les jeunes, ce sont les parcours individuels. Dans la France Libre, dans la résistance, nous avions tous des parcours différents", disait-elle. Alors, inlassablement, elle racontait sa propre expérience de la résistance à des collégiens, des lycéens, avec un sens du devoir, par fidélité à la mémoire de ses compagnons d'armes disparus.

     

    * Une des dernière voix de la résistance s'éteint : Décès de Clémence-Annick Burgard   

    (Photo Ordre de la Libération)

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim
    présente ses sincères condoléances à sa famille.

     

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim   

    * Une des dernière voix de la résistance s'éteint : Décès de Clémence-Annick Burgard

     

     

     

     


    votre commentaire
  • (Publication de Rudolph de Patureaux Ecrivain)

     

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises Libres


    Un couple dans la guerre, Janine Hoctin * et Bernard Boulanger  

    Janine a 17 ans en juin 1940, elle est en Angleterre suite à un échange scolaire et par prudence, elle est restée là-bas. Elle va d'abord entrer dans la croix rouge puis, en mentant sur son age, devenir volontaire FFL et être affecté (5 décembre 1940) comme conductrice et secrétaire de l'état-major des FNFL. Au camp de Camberley, elle rencontre un instructeur nommé Bernard Boulanger, ancien chasseur alpin à Narvik. Bernard partira avec le 501ème RCC et Leclerc, comme adjudant, mais n'oubliera pas Janine. Ils se marieront le 5 avril 1945. Certaines histoires d'amour finissent bien. Bernard est mort en 2002 et Janine en 2016. Ils ont reçu la légion d’honneur en 2010.

     

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises LIBRES

    (Photo Forces Française Libres)

     

    Unis par l’appel du 18 juin 

    (Texte De Wikimanche)

     

    C’est une belle et vraie histoire que la vie de Bernard et Janine Boulanger, une de ces histoires provoquées par les grands bouleversements que les guerres imposent, entre conte de fée et scénario de film.

    Né en 1918 à Montivilliers dans la banlieue du Havre, Bernard Boulanger rejoint en 1939, le 13e Bataillon de chasseurs alpins comme engagé volontaire * . Cet engagement sera suivi de bien d’autres…

    En 1940, il participe à la bataille de Namsos, près de Narvik (Sommaire) en Norvège et est rapatrié en Écosse. Là, avec deux de ses camarades, il rejoint Londres et s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) où il sera instructeur. On notera à ce moment une première et brève rencontre avec Janine Hoctin.

    En 1943, il part pour l’Egypte avec son bataillon et retrouve, à Sabrathos en Lybie, la colonne Leclerc qui remonte de Koufra. La 2e DB est en marche et Bernard Boulanger est affecté au 501e Régiment de chars de combat.

    De retour en Angleterre en avril 1944, il retrouve Janine Hoctin mais le débarquement approche : ce sera le 31 juillet à Saint-Martin-de-Varreville. Daniel Boulanger suit le parcours victorieux de la 2e DB Avranches, Alençon, Paris, « son grand souvenir quand il rentre dans Paris sur son half-track », Strasbourg et l’Allemagne jusqu’au nid d’aigle d’Hitler de Berchtesgaden le 8 mai 1945.

    Mais qui est cette Janine Hoctin qu’il a rencontrée au camp de Camberley ? Parisienne depuis sa naissance, le 4 septembre 1923, elle est en Angleterre en juillet 1939 avec son collège. À la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, la veille de ses 16 ans, elle décide de rester avec l’autorisation de ses parents jusqu’à Noël 1939, puis jusqu’à mai 1940… mais les évènements s’accélèrent en juin 40, les nazis sont à Paris.

    Quittant sa pension, elle s’engage à la Croix Rouge à Londres où les bombardements sont intenses. De là, elle sait qu’un général appelle les Français au combat. Elle écrit pour s’engager et sera convoquée en décembre 1940. Elle s’intègre aux Volontaires féminines et est envoyée au camp d’instruction comme élève conductrice.

    Elle pose sa candidature pour « aller chez de Gaulle » en se vieillissant de deux ans, donnant comme prétexte d’avoir perdu son passeport… Elle est affectée à l’état-major de la Marine. va devenir chauffeur et côtoyer aussi les chefs de la France libre : Schumann, d’Argenlieu, Muselier et bien sûr le général de Gaulle dont elle garde le souvenir d’un homme « distant mais totalement investi de sa mission, avec une autorité naturelle »

    Pendant toute la guerre, elle appréciera le civisme des Anglais et parviendra à faire passer de ses nouvelles à sa mère qui, à cette occasion, entrera dans la Résistance (Réseau Rémy – CND).

    En avril 1944, Bernard Boulanger de retour en Angleterre avec la 2e DB, se rappelle, au téléphone, à son bon souvenir.

    L’idylle se noue mais attendra encore un peu… jusqu’à la fin de la guerre quand Bernard reviendra d’Allemagne et que Janine sera de retour à Paris où elle continue son service à l’état-major de la Marine. Une permission leur permettra de se marier le 5 avril 1945.

    En 1946, Bernard Boulanger devient instructeur à Coëtquidan. Au fil des mutations, est nommé en 1958 à Saint-Lô, délégué militaire départemental pour recruter des parachutistes jusqu’en 1961 où il prend sa retraite et crée avec son épouse, à Bréhal, une école de conduite et une société de transport scolaire . Il fonde le Para-club de la Manche et préside de nombreuses associations départementales jusqu’au terme de sa vie, le 25 septembre 2002.

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises Libres

    Janine et Bernard Boulanger

    (Photo Forces Française Libres)

     

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises Libres

     Janine Boulanger

    * 4 septembre 1923

    + 20 février 2016
    À l'âge de 92 ans à Bréhal (50)

    (Photo Forces Française Libres)

     

    Elle élèvera ensuite leurs six enfants et continuera à être également très présente dans les associations patriotiques, ne manquant pas une occasion de témoigner, notamment en milieu scolaire.

    Avec son mari, elle crée, à Bréhal, une école de conduite et une société de transport scolaire. Elle élèvera ensuite leurs six enfants et continuera à être également très présente dans les associations patriotiques, ne manquant pas une occasion de témoigner, notamment en milieu scolaire. Bréhalaise, elle n’avait rien perdu de sa vigueur d’esprit et de son caractère bien trempé, par exemple lorsqu’elle insiste pour dire ‘‘nous n’avons été que 58 000 engagés aux FFL de juin 40 à juillet 43 ’’. 
    On n’emprunte pas un tel chemin de vie tout à fait par hasard : comme les automobilistes qui vont de Granville à Coutances et empruntent le rond-point de la déviation de Bréhal que ‘‘les Boulanger’’ ont fait baptiser ‘‘Rondpoint des Français libres’’. Inutile de préciser qu’ils ont mis beaucoup de conviction pour y parvenir 

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises Libres

      ‘‘Rondpoint des Français libres’’.

    De Granville à Coutances,  rond-point de la déviation de Bréhal.

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim   

    * Janine Hoctin et Bernard  Boulanger, une histoire d'amour qui commence à Londres au sein des Force Françaises Libres

     

     

     

     

     


    votre commentaire

  • * Communiqué de l'Ordre de la Libération - Avis de messe du souvenir


    Dimanche aura lieu une messe du souvenir en la mémoire du professeur Guy Charmot,
    Compagnon de la Libération.

     

     

    * Communiqué de l'Ordre de la Libération - Avis de messe du souvenir



    La messe sera célébrée par monseigneur Romanet, évêque aux armées françaises, en la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides le dimanche 20 janvier à 11h. Cette messe sera aussi en la mémoire du maréchal de Lattre de Tassigny,
    Compagnon de la Libération.

     

    * Communiqué de l'Ordre de la Libération - Avis de messe du souvenir

     

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim     

    * Communiqué de l'Ordre de la Libération - Avis de messe du souvenir

     

     

     


    votre commentaire

  •  Eloge funèbre 

     

    Les honneurs funèbres militaires lui ont été rendus sur le parvis de l’Église Paroissiale Saint-Giniez à l'issue de la cérémonie religieuse.



    * Funérailles de Mr le professeur Guy Charmot - Compagnon de la Libération

     (photo ordre de la Libération) 

    Eloge funèbre prononcé par le Délégué national de l’Ordre de la libération à l’occasion des honneurs funèbres militaires rendus au professeur Guy Charmot, Compagnon de la Libération. *


    A Marseille le 11 janvier 2019

     

    *Honneurs funèbres militaires rendus au professeur Guy Charmot   Compagnon de la Libération

    (photo ordre de la Libération) 

     

    Madame Dominique CHARMOT-BENSIMON

    Monsieur le préfet,

    Mesdames et messieurs les élus,

    Mon général,

    Mesdames et messieurs en vos rangs, grades et qualités,

    Mesdames et messieurs,

     

    Les Compagnons de la Libération du dernier carré Daniel Cordier, Hubert Germain et Pierre Simonet m’ont chargé de vous dire qu’ils sont en ce moment avec nous par la pensée. J’ai également informé le Compagnon Edgar Tupët-Thomé, qui ne s’exprime plus, de cette cérémonie d’honneurs funèbres militaires.

     

    Dans ses Mémoires de Guerre, le général de Gaulle évoque par les mots suivants sa situation au mois de juin 1940 : "Quant à moi, qui prétendais gravir une pareille pente, je n'étais rien, au départ. A mes côtés, pas l'ombre d'une force, ni d'une organisation. En France, aucun répondant et aucune notoriété. A l'étranger, ni crédit, ni justification. Mais ce dénuement même me traçait ma ligne de conduite."

    Seul ? ...Il ne l’était pas tout à fait, car quelques français, une poignée, trop peu à l’évidence, le ralliaient à Londres dès juin depuis la métropole, tandis que d’autres, comme le médecin-lieutenant Guy Charmot, éparpillés de par le monde, refusant également cet armistice, allaient également se démener pour rejoindre le plus rapidement possible les Français Libres, après des périples très divers.

    Ces braves de la première heure, qu’ils l’aient ou non entendus, adhéraient tous, en fait, à l’appel du 18 juin du général, en particulier à l’extrait suivant : « Mais le dernier mot est-il dit? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! […] Quoi qu'il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ».

    Et Guy Charmot, jeune médecin-lieutenant d’active, à qui nous disons aujourd’hui au revoir, refusant viscéralement la défaite et l’écroulement de sa patrie, a fait partie de ces quelques « volontaires de l’Aube », de ceux qui, instantanément et sans jamais calculer, ont pris le risque de tout quitter et de tout perdre, sauf l’honneur, à un moment où était tombée sur la France l’obscurité froide et sinistre de l’Occupation.

    Oui, il fallait en juin 40 un patriotisme chevillé au corps et une foi transcendante dans l’avenir des peuples tombés sous le joug de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, pour s’engager auprès du général de Gaulle, général à titre temporaire, en rupture de ban, quasi inconnu et de plus pratiquement sans troupe, et lier son destin à celui de la France Libre, qui n’était alors qu’une abstraction.

    Mais Guy Charmot est porté par son refus de se soumettre.  Né le 9 octobre 1914 à Toulon, au début de la première guerre mondiale, il reçoit une solide éducation civique et patriotique de la part de ses parents.

    Il entre en 1934 à l'École du service de santé militaire de Lyon. Très jeune, il est attiré par une carrière dans le service de santé des troupes coloniales, en particulier par l’activité d’assistance médicale indigène, car les colonies sont à l'époque synonymes d'aventures. En octobre 1937, il devient docteur en médecine. En 1939, à la fin de ses études, il rejoint l’École d’application du service de santé des troupes coloniales à Marseille, au Pharo. En juin 1940, il est en poste en Afrique.

    N’ayant pas entendu l’appel du général de gaulle mais submergé par la honte de l’armistice, il décide de continuer le combat comme il le raconte : « J’étais dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, quand nous avons appris la déroute française, notre premier sentiment a été la stupéfaction puis l’indignation et la honte pour l’armée et la France !

    J’ai traversé la Volta sur une pirogue avec mon vélo dessus car notre but était de continuer le combat au côté des anglais. On était une dizaine à vouloir former un groupe avec une cinquantaine de jeunes tirailleurs. Deux mois plus tard nous avons rejoint le Cameroun qui, sous l’impulsion décisive de Leclerc, venait de se rallier à de Gaulle ».

    Guy Charmot est affecté comme médecin au Bataillon de Marche n°4 (BM 4) dès sa formation, et il recevra son baptême du feu rapidement. Je lui laisse la parole : « Notre premier combat a eu lieu en novembre 40, pour rallier le Gabon à notre cause. Leclerc et Koenig ont décidé d’intervenir au Gabon par la terre. On a été mitraillé, et un officier a été tué dans mes bras. J’ai opéré toute la nuit. Un bruit a couru qu’un médecin de l’hôpital n’a pas voulu opérer un de nos hommes. Leclerc a demandé qu’on le fusille immédiatement mais je suis allé plaider sa cause et je lui ai ainsi sauvé la vie. Nous sommes revenus à Douala d’où nous sommes partis pour rejoindre le Liban ».

    Il participera par la suite, avec son cher BM4, et jusqu’à la victoire finale, à toute l’épopée de la 1ère division Française Libre que ce soit dans les combats de Syrie ou ceux en Ethiopie ou encore en Libye

    Ce seront, par la suite, les combats de Tunisie, où Guy Charmot fera preuve de beaucoup d'activité, de courage et de dévouement. Puis viendront les durs combats de la campagne d’Italie où le médecin Charmot se distingue particulièrement au cours des combats des 17 au 20 mai 1944. Je le cite : « Nous sommes arrivés en Italie après le gros du corps expéditionnaire français. On a combattu de nuit contre les Allemands. Les Italiens nous ont accueillis en libérateurs. On a perdu 400 de nos hommes soit plus de la moitié. J’étais le plus près possible du front pour les traitements d’urgence comme les piqûres de morphine. Pendant les trois premiers jours, j’ai passé deux nuits sans dormir. Jusqu’à la fin, la campagne d’Italie a été très dure. J’ai failli mourir juste après la bataille de Monte Cassino ».

    Son comportement admirable lui vaudra de recevoir la croix de la Libération des mains mêmes du général de Gaulle le 30 juin 1944 à Marcianise.

     

    ***

     

    Le général de Gaulle, en créant l’Ordre de la Libération par l’Ordonnance du 16 novembre 1940, a voulu récompenser, je cite : « les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de la libération de la France et de son Empire ».

    Pour être nommé Compagnon de la Libération, il fallait satisfaire à des critères très stricts qui prenaient en compte : l’engagement précoce dans la France libre ou dans la Résistance, des conditions de ralliement difficiles, la prise de risque et une somme d’actions marquantes et répétées souvent sanctionnées par la mort. En effet, un tiers des Compagnons tomberont au combat ou dans l’action clandestine, et la plupart seront meurtris dans leur chair.

    Ils ne seront, du fait de cette sélection drastique, que 1038 à être faits « Compagnon » et à faire partie, selon les mots du général, de cette « chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l'histoire de France ».

    Guy Charmot relate ainsi la fin de son aventure de Français Libre : « La libération de Paris, on l’a apprise en Italie. Puis ce fut le débarquement à Cavalaire, dans la soirée du 16 août 1944, et la campagne de France, avec de durs combats dans les Vosges et en Alsace, pour terminer sur la frontière italienne. J’avais été légèrement blessé devant Toulon.

    Pour moi, deux souvenirs restent particulièrement marquants : cette matinée ensoleillée de juin 1944 en Italie où, sur le front des troupes, seul du BM4, j’ai reçu la Croix de la Libération des mains du général de Gaulle, et le soir du Débarquement où j’ai retrouvé l’odeur des pins de mon enfance. Le but de mon engagement pour la libération de la France était atteint. Le jour même de l’armistice, j’ai signé ma demande de départ colonial, impatient de retrouver ma vocation de servir dans le cadre de l’assistance médicale indigène, tout d’abord en brousse. Puis ce fut la voie des concours, une autre vie ».

    ***

     

    Monsieur le professeur Charmot, vous avez fait partie de cette « aristocratie de la première heure », et vous êtes parmi les rares à avoir participé à l’ensemble de l’épopée de la France Libre. 

    Guy Charmot, aujourd’hui devant vous, devant votre famille et devant ceux qui sont venus vous dire au revoir, il est important de rappeler, que les Compagnons de la Libération symbolisent le fait, que des françaises et des français, et souvent très jeunes, aux heures les plus sombres de notre histoire, guidés par le sens de l'honneur et du devoir, ont fait preuve d’abnégation, d'héroïsme et de sacrifice dans la lutte qu'ils menèrent pour redonner à notre Patrie sa liberté, son indépendance et son honneur.

    Ils ne furent pas évidemment pas les seuls, et la présence en ce jour de votre frère d’Armes le colonel Robedat, qui nous relaté des moments émouvants communs le rappelle. D’ailleurs, André Malraux, lui-même Compagnon, précise : "Il faut proclamer, répéter que l'Ordre de la Libération n'est pas formé d'hommes qui se sont séparés des autres par leur courage, mais bien d'hommes à qui leur courage a donné la chance de représenter tous ceux qui, le cas échéant, n'avaient pas été moins courageux qu’eux. L’Ordre n'est pas une hiérarchie dans la Libération. Il est le symbole de la Libération".

     

    Guy Charmot après avoir bravement servi les armes de la France, vous continuerez à servir la cause de l’humanité en la soignant, comme médecin des Hôpitaux d'Outre-mer puis professeur agrégé du Service de Santé des Armées, effectuant de nombreux séjours en Afrique jusqu'en 1965, puis en vous spécialisant dans la recherche en médecine tropicale, ce qui vous vaudra d’être élu, en 1994, membre de l'Académie des Sciences d'Outremer.

    Guy CHARMOT vous nous avez quitté le sept janvier 2019 au petit matin, dans votre 105ème année, nous disons à votre famille, et à vos proches qui vous entourent et vous pleurent en ce jour, et à qui nous adressons toutes nos condoléances, qu’ils peuvent être légitimement fiers de posséder un véritable héros dans leur patrimoine familial ou amical.

    Monsieur le professeur Guy Charmot, Grand Officier de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération, vous avez mérité de la France et vous pouvez dormir du juste sommeil du brave. 

    Nous nous inclinons avec respect devant vous en ce jour d’au revoir, et votre trace ne s’effacera pas, car une nation se nourrissant de vies exemplaires, conformément aux vœux des Compagnons et à la volonté des autorités, l’Ordre est devenu un lieu de sensibilisation civique, une boussole de citoyenneté, afin que vos engagements immédiats, désintéressés et sans concessions pour combattre l’inacceptable, soit une source d’inspiration pour chacun d’entre nous à un moment où de nouveau l’inacceptable frappe notre pays.

     

    Général Christian Baptiste

    Délégué national de l’Ordre de la Libération.

     

    * Funérailles de Mr le professeur Guy Charmot  Compagnon de la Libération

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique