• * Trésor d'archives...annotation par le colonel Pierre Granier - Ancien du B.M.24 et d'Obenheim

     Evasion de trois officiers français, en service en Indochine

    (Avec l'aimable transmission de Patrice Armspach)

    Dans la nuit du 13 au 14 mars 1943, trois officiers français, en service en Indochine, franchirent la frontière sino-tonkinoise pour rejoindre les FORCES FRANCAISES LIBRES. Il s’agissait du capitaine Jacquemaire (Lien vers sa page des "Français Libres"), chef du poste de Trun Kanh Phu, dans le 2ème territoire militaire (Cao Bang), du capitaine Fournier (Lien vers sa page "Ordre de la Libération"), et de moi-même, sous-lieutenant Granier (4è Brigade - BM 24 : à OBENHEIM)

    Le capitaine Jacmaire venait d’être relevé de son commandement en raison de ses opinions gaullistes, et allait être remplacé par le capitaine Michel.

    Le Capitaine Fournier, qui avait d’abord servi dans le 2ème Territoire Militaire, avait été muté quelques mois plus tôt près d’Hanoi par mesure disciplinaire : il avait lacéré, dans une rue de Cao Bang, une affiche publicitaire invitant d’improbables touristes à visiter le Japon. Le commandement de l’armée d’occupation Nippone en Indochine n’avait pas apprécié, et le colonel français commandant le 2ème T.M. avait aussitôt déplacé cet officier, avec trente jours d’arrêts de rigueur.

    J’étais arrivé en Indochine à bord du S.S. Cap TownTourane, en août 1941, et étais l’adjoint du capitaine Jacmaire au poste de Trung KanhPhU.

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           Brevet militaire parachutiste du                               Capitaine Fournier
              commandant Jacmaire

    Version pdf original du récit annoté par
    le colonel Pierre Granier  - 
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    A CHEVAL, EN SAMPAN, EN TRAIN, EN AVION…

    Le 14 mars au matin, après avoir passé la frontière sans difficulté, des militaires chinois nous gardent dans leur baraquement rudimentaire en attendant l’arrivée de leur chef, le capitaine Lim, commandant le poste frontière de Yo Hu, dans la province du Kouang Si.

    Cet officier arrive peu après, et nous dit avoir reçu des ordres de l’Etat-Major de la Chine nationaliste, situé dans la ville de Tieng Si, et relevant du Généralissime Tchang Kai Sheik : nous sommes désormais, nous le capitaine Lim, des officiers français libres, donc alliés de la Chine Nationaliste. Comme tels, nous avons droit à tous les égards…

    En fait, nous rencontrerons certaines difficultés dans notre traversée de la Chine : retards dans la transmission d’ordres nous concernant, tracasseries administratives, manque de place dans un avion, etc…

    De Yo Hu à Long Tchéou, il nous faut près d’une semaine de marche à pied ou à cheval, sur des pistes escarpées, longeant souvent la frontière. Un détachement de soldats chinois nous escorte jusqu’à la Mission 8, premier poste officiel de la France Libre, à Long Tchéou, où nous sommes chaleureusement accueillis par le chef d’escadron Coudrais et son adjoint, le sous-lieutenant Herbel.

    Par l’intermédiaire de ces officiers, un sampan est affrété à notre intention, pour la suite de de notre voyage, qui se déroulera sur le fleuve Si Kiang.

    Après une semaine de navigations fluviale avec nos sampaniers chinois – deux hommes et une femme qui rame, fait la cuisine et allaite un marmot attaché sur son dos, nous arrivons dans la ville importante de Nanning, où nous somme aimablement reçus par Monsieur le Général commandant le secteur.

    De Nanning à Kwellin, nous avons la chance de voyager en wagon-lit, ce qui nous change agréablement des pistes rocailleuses de la vieille Chine.

    Dans cette ville importante de Kouang Si, nous resterons trois longues semaines, dans l’attente d’un problématique départ en avion à destination de Tchung King. C’est alors que nous voyons arriver un quatrième officier français, le capitaine artilleur Milon, qui nous dit être parti de la ville frontière de Langson, dans le Haut-Tonkin.

    Nous tuons le temps comme nous le pouvons, en visitant la ville, et en passant nos soirées dans une pittoresque boite de nuit, le « Blue Bird », principalement fréquentée par des américains, pilotes dans l’aviation chinoise.

    LA CHINE, LES INDES, LE MOYEN ORIENT…

    Un vieux « Junker » trimoteur de l’ancienne compagnie allemande « Lufthansa », piloté par un chinois, nous conduit enfin de Kwellin à Tchung King, capitale de guerre de Tchang Kai Sheik, où nous avons le plaisir de faire viser notre ordre de mission par un militaire français.

    Il y a en effet à Tchung King, en ce printemps 1943, une importante mission F.F.L., commandée par le Colonel Tuttenges, et dont les principaux adjoints sont le chef d’escadron Vidal et le capitaine Bonnet.

    Le colonel Tuttenges me charge de rédiger des compte-rendu chiffrés, destinés à Alter ou à Londres, sur la situation en Indochine, et il insiste par que j’accepte de rester sous ses ordres. Mais je décline sa proposition, préférant rejoindre au plus tôt une unité combattante.

    Trois semaines après notre arrivée à Tchung King, un « Dakota » américain nous dépose sur le terrain d’aviation de Kuoming, capitale de Yunnao, et ville frontière avec les Indes. Il y a encore dans cette ville une mission F.F.L., commandée par le lieutenant léonard : « Pour quitter la Chine, nous dit cet officier, vous n’avez qu’à vous pointer demain matin sur le terrain d’aviation de Kun Ming, et monter dans une des nombreux avions qui repartent à vide vers les Indes ».

    Nous suivons son conseil en empruntant un des appareils du pont aérien chargé de ravitailler la Chine Nationaliste dont tous les ports sont tenus par les Japonais.

    Après un glacial survol des contreforts de l’Himalaya notre 3Dakota » atterrit à Chabua, au nord de l’Assam, d’où un autre avion nous conduit à Calcutta.

    Dès lors, le voyage sera sans problème : quatre jours en trainde Calcutta à Bombay, dix jours en mer dans l’océan Indien de Bombay à Suez, puis voyage en train de Suez au Caire, du Caire à Beyrouth, via la Palestine.

    A Beyrouth, où je suis arrivé seul avec le capitaine Fournier, les capitaines Jacmaire et Milon ayant pris un autre avion, je suis affecté à la 1ère D.F.L. tandis que Fournier sera envoyé à Londres, pour être incorporé dans les parachutistes S.A.S.

    Après quelques jours de repos à Beyrouth, je repars en trains pour le Caire, d’où un nouveau « Dakota » me conduit enfin sur le terrain de Tripoli, par un matin de juillet 1943.

    Quand je me présente au Général Brosset, commandant la 1ère D.F.L., dans la chaleureuse ambiance de la popote de son état-major, installée sous une tente à Zuara, il y a quatre mois que j’ai quitté l’Indochine.


    Pierre GRANIER
     
    Lt-colonel Honoraire



    Fondation B.M 24 - Obenheim

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