• * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

    SUSAN TRAVERS (1909-2003)

    UNE MISS  A LA 13 DEMI BRIGADE DE LEGION ETRANGERE

    * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

    Née au Royaume-Uni le 23 septembre 1909, décédée le 18 décembre 2003 à Paris, Susan TRAVERS était citoyenne britannique, fille d'un amiral de la marine de guerre. Seule femme immatriculée à la Légion étrangère (matricule 22.166) elle fut le chauffeur du général KOENIG au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pour sa conduite à Bir Hakeim, elle reçut la Croix de guerre 1939-1945, mais elle fut également décorée de la Médaille commémorative 1939-1945 avec agrafes Afrique, Italie et Libération, de la médaille coloniale, du mérite syrien de 4e classe, de la Croix de libération finlandaise. Elle est aussi Officier de l'Ordre du Nichan Iftikhar... Le 22 mai 1996, à Savigny-sur-Orge, où elle s’était retirée, Suzan Travers, « La Miss » comme la surnommaient les Légionnaires, reçut à 86 ans la croix de chevalier de la Légion d’honneur des mains de son camarade de combat le général H. Geoffrey.

    * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

    Crédit photo : Association Bir Hakeim

    Hommage de Madame Simone VEIL à Miss TRAVERS :

    VIDEO Ecpad Portrait de Susan Travers Lien

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    DE TOUTES LES CAMPAGNES

    Ainsi que le souligne Didier SENECAL (association Bir Hakeim.org ), « Les états de service de Susan Travers sont proprement ahurissants : Dakar avec le général de Gaulle, l'Afrique équatoriale, Bir Hakeim et toute la campagne d'Afrique du Nord, l'Italie, le débarquement en Provence, l'Alsace. Souvent en première ligne, elle échappe cent fois à la mort et estomaque des camarades de combat nommés SAIRIGNE, MESSMER ou SIMON. Pourtant, la baroudeuse demeure une frêle créature. (...) Mascotte du régiment, petite sœur, grande sœur, maîtresse, infirmière, chauffeur, confidente, substitut maternel pour les soldats à l'agonie : Susan TRAVERS joua tous ces rôles à la fois. D'abord condescendants, ses compagnons ne tardèrent pas à la considérer comme une égale - puis comme une légende vivante. A la fin de la guerre, les jeunes officiers interrogeaient la combattante de Bir Hakeim avec un mélange d'irrépressible sympathie et d'admiration ».

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    Quand la guerre éclate en 1939, elle se trouve en France auprès d’amis de sa famille. En un tournemain, sa décision est prise : elle sera infirmière bénévole. « Parce qu’elle s’ennuyait », prétend le général Geoffrey, compagnon d’armes et compatriote. Nantie d’un diplôme de la Croix Rouge, voici Suzan TRAVERS  expédiée en Finlande. L’avancée des troupes allemandes à travers la Norvège la pousse peu à peu à retrouver le fog londonien. Avec une adresse en poche, Covent Garden, et un but : rejoindre ce général de Gaulle qui n’abdique pas. « Quelqu’un m’avait dit qu’il existait des Français Libres. J’ai été voir quelle tête ils avaient », confie-t-elle avec l’accent adéquat.

    « Elle ne voulait pas faire comme ces filles de bonne famille, les Spearettes, ambulancières à Londres. Elle voulait combattre », explique le général Geoffrey. Ce sera l’Afrique, en long et en large, et une fidélité sans faille à la 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère.

    LA MISS, CHAUFFEUR DU COLONEL KOENIG

    Suzan s’engage le 28 août 1940, et embarque trois jours plus tard direction Dakar. (...) Le Sénégal, le Congo, le Soudan, l’Éthiopie : pas de répit pour la jeune infirmière, nommée chauffeur de médecin. Prémonition ? Cette place la conduit droit au volant de la Ford du général KOENIG, leader charismatique des Français Libres.

     

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    1942... EN ROUTE POUR LES SABLES DU DESERT LIBYEN

    « Chez nous elle était mieux gardée par les légionnaires qu’une jeune fille dans un couvent. Tous voulaient briller à ses yeux. « Elle se comportait comme n’importe quel homme. Elle était gonflée ! » soutient le général GEOFFREY.

    Au début de l'année 1942, la guerre continue à faire rage dans le monde entier. Pour contrer l'avancée en Lybie, vers l'Egypte, des troupes du Maréchal Rommel, la 1ère brigade française libre, est mobilisée et rejoint le Désert occidental, rattachée à la 8ème armée britannique.  Bien que les anglais souhaitent que le général soit conduit par un homme, Susan reste son chauffeur. Leur Ford Utility prend place dans l'impressionnant convoi qui s'ébranle vers l'ouest pour rejoindre Bir Hakeim. Seule femme parmi plus de 5 000 soldats… Sous les bombardements allemands de Bir-Hakeim, ses vieux baroudeurs de compagnons légionnaires disaient d’elle avec respect : « Suzan, c’est un vrai mec ! »

    LA SORTIE DE BIR HAKEIM

    Le 3 juin 1942, Rommel somme les troupes de Bir Hakeim de se rendre ; exaspéré par leur résistance, il décide d'en venir à bout en les bombardant pendant plusieurs jours avant de prendre le poste. L'eau et les munitions y sont presque épuisées. Le général KOENIG vient voir Susan dans son abri, pour la troisième fois en trois mois, et lui annonce la sortie à travers les lignes ennemies, prévue dans la nuit du lendemain, le 10 juin.

    Susan TRAVERS raconte dans son livre "TANT QUE DURE LE JOUR..." leur sortie de Bir Hakeim dans la nuit du 10 au 11 juin 1942  :

    « Par cette nuit sans lune, il faisait un froid terrible, et on était fin prêts. Le général s'assit sur le siège passager, regarda droit devant lui et me dit d'une voix très calme : - Pour notre sauvegarde à tous les deux, vous ferez très exactement ce que je vous dirai quand je vous le dirai. Je serai sur le siège arrière juste derrière vous et surveillerai les opérations par l'ouverture du toit. On suivra la route F, que nous avons prise un nombre incalculable de fois pendant les colonnes Jock. « j’aurai un pied sur votre épaule droite et un pied sur votre épaule gauche. Un coup sur votre épaule droite et vous ralentissez. Un coup sur votre épaule gauche et vous vous arrêtez. Si j'appuie plus fort sur l'une ou l'autre épaule, vous devrez accélérer".

    Puis il se tourna vers moi pour la première fois et me dit très posément : - Vous avez compris ? Incapable de parler tellement j'avais la gorge nouée, j’acquiesçai vigoureusement de la tête, manquant faire valser mon béret. - Et au nom du ciel, mettez votre casque, ajouta-t-il en feignant la colère. J'essayai de lui rendre son sourire, pris mon casque posé sur mes genoux et me l'enfonçai jusqu'aux oreilles . (...)

    Je passai la première de la Ford qui démarra en douceur tandis que les chenillettes porte fusils mitrailleurs devant moi avançaient lentement dans l'obscurité vers le champ de mines. La tension était palpable, on n'entendait que le sourd ronflement des moteurs tandis que nous tentions d'échapper à l'encerclement au coeur de la nuit. Le 2e bataillon était le premier à descendre la pente raide qui menait au champ de mines et à prendre place devant l'étroit corridor qui se découpait juste en face de lui. La colonne s’arrêta tandis que nous attendions notre tour. Le général ordonna pour des raisons de sécurité que tout le monde sorte des voitures tandis que lui et ses officiers les plus gradés s’asseyaient un peu plus loin. Je m'accroupis près d'une des roues de la Ford, m'imaginant stupidement qu'elle me protégerait si nous étions attaqués. Le silence était vital. Le général et ses officiers nous avaient expliqué que si nous demeurions silencieux et gardions notre calme, nous avions une bonne chance de nous échapper pendant le sommeil des Allemands et des Italiens qui se préparaient à l'assaut final pour le lendemain. Le silence me tapait sur les nerfs. Mes yeux s'étaient habitués à l'obscurité mais j'avais peur de commettre un impair, de paniquer. Dans l'état où j'étais, je risquais de n'être même pas capable de faire redémarrer la voiture si elle calait.

    Je fus très reconnaissante au capitaine SIMON, que je reconnus tout de suite grâce à son bandeau sur l'oeil, de venir me rejoindre. Il surgit brusquement à mes côtés et s'assit sur le marchepied de la voiture, tout près de moi. En Syrie, j'avais eu raison de le rassurer. Il avait beaucoup d'allure. - Hello, que faites-vous ici ? murmura-t-il, comme si nous avions choisi de venir nous promener dans un champ de mines. Je me sens assez idiote, lui répondis-je d'une voix étranglée par la peur. On bavarda aimablement pendant quelques minutes, parlant de ce que nous ferions quand nous serions sortis de là.

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    La Miss et Jean SIMON - Mémoires de Jean Simon

    Il avait presque réussi à me faire oublier ce qui nous attendait. Mais le général se chargea de me le rappeler. - Taisez-vous, là-bas! lança-t-il à mi-voix. Durement réprimandés, on resta côte à côte, attendant l'ordre de repartir. Il arriva une demi-heure plus tard. De retour dans nos voitures sachant que la voie était libre, on remit les moteurs en route et on attendit. Les chenillettes porte fusils-mitrailleurs étaient les premiers véhicules à descendre la pente. On suivit aussi silencieusement que possible, en file indienne à cause de l'étroitesse du chemin, les autres derrière nous s'étirant en une ligne interminable. Sans doute à cause du silence étrange qui avait dominé au cours des heures précédentes, quand une violente explosion retentit, on resta cloués sur place. Je sursautai si violemment que ma tête heurta le toit de la voiture.

    À quelques mètres de nous, la première chenillette s'était écartée de quelques mètres du chemin indiqué et avait sauté sur une mine. La déflagration illumina le champ de mines, et on comprit aussitôt que nous aussi nous nous étions écartés de la route indiquée par les mineurs. Bien évidemment, le bruit avait alerté l'ennemi posté sur la première ligne puissamment défendue que nous devions traverser. Il se mit aussitôt en position et ouvrit le feu. Pétrifiée devant le branle-bas que nous avions déclenché, je crus sincèrement que c'était la fin. Suspectant que quelqu'un de Bir Hakeim essayait de s'échapper, les Allemands envoyèrent une douzaine de fusées éclairantes vertes et rouges et on se retrouva piégés sous un feu nourri dans le corridor parfaitement éclairé. Maintenant, des balles traçantes montaient au ciel, formant un arceau croisé devant nous.

    Avant qu’on puisse intervenir, une deuxième chenillette explosait dans une pluie d’étincelles et prenait feu, puis une troisième sauta tandis que les chauffeurs essayaient de se remettre dans le droit chemin. Les légionnaires au début de la file se précipitèrent en direction des armes lourdes à quelques centaines de mètres devant eux, sacrifiant leurs vies pour nous, leurs camarades, tandis que nous essayions de reculer. Mais plusieurs camions en rebroussant chemin et en tentant d'éviter les chenillettes détruites furent touchés en rejoignant le corridor. Maintenant, ils brûlaient au beau milieu de la piste sûre, ce qui nous la rendait inaccessible et faisait de nous des cibles de choix. Certains chauffeurs, perdant la tête, bondirent hors de leur véhicule et sautèrent sur nos propres mines antipersonnel. Les obus pleuvaient et de violentes explosions déchiraient la nuit, nous arrosant de métal brûlant. Les canons allemands étaient pointés sur nous et tous les véhicules s'arrêtèrent, complètement perdus. On ordonna aux blessés qui pouvaient marcher de sortir et d'avancer à pied, afin d'alléger le poids des véhicules qui se lançaient sur le champ de mines.

    Cela avait commencé comme un plan d'évacuation raisonnablement pensé et se transformait en une fuite désordonnée. Le visage du général exprimait une colère et une détresse insoutenables. La tête passée par l'ouverture du toit, le visage illuminé par les flammes phosphorescentes, il se pencha vers moi, les sourcils froncés : - Qu'est-ce que vous attendez? Tournez le volant à droite et contournez cette voiture! hurla-t-il, m'indiquant le chemin en utilisant ses pieds. Il aboyait des ordres à ses hommes pour qu'ils poursuivent leur course désespérée, et tentait vainement de regagner le contrôle d'une situation chaotique qui lui échappait rapidement. Le général toujours hurlant et m'enfonçant ses talons dans les épaules, j'essayai de voir si je pouvais négocier une façon sûre de contourner les véhicules. Alors que je scrutais les ténèbres devant moi, il y eut une violente explosion et je crus un instant que j'avais heurté une mine. Mais j'avais tort. Il s'agissait de la voiture juste devant moi, celle d’Amilak. Horrifiés, on la vit tous les deux sauter en l'air comme un jouet. Le nom de Dimitri s'étrangla dans ma gorge, n'ayant plus de pare-brise je vis très bien la fumée s'éclaircir et un Amilak légèrement noirci trotter vers nous dans son manteau parfaitement reconnaissable, un revolver dans une main et une grenade dans l'autre. Il se détachait très clairement sur son véhicule en flammes, ne semblait pas du tout affecté par l'explosion et continuait de crier des ordres à ses hommes. Son chauffeur, qui s'appelait Van der Wachler, émergea à son tour, sain et sauf.

    Impressionné par la témérité d'Amilak et désireux de se débarrasser des canons pointés sur nous, un de ses capitaines ordonna aux hommes de l'infanterie qui étaient à pied de tourner à gauche dans le champ de mines et de s'engager avec les Allemands dans un combat au corps à corps. À sa grande colère, les hommes n'obéirent pas immédiatement. Certains d'entre eux s'abritaient encore derrière les camionnettes pour se protéger du tir de barrage. Ils étaient complètement terrifiés. Tandis que les balles continuaient de nous tomber dessus, le capitaine courut vers Amilak pour lui demander son aide. Sans une seule pensée pour sa sécurité, Dimitri évita habilement la course bleue d'un obus traçant, courut vers les troupes et dit aux hommes de prendre des baïonnettes. Il leur donna l'ordre d'avancer en criant « Baïonnette au canon! À moi la Légion! En avant! ». Le bras levé et son manteau flottant .derrière lui, il était extraordinairement impressionnant. Après cela, il n'y eut plus d'hésitation. Les hommes auraient suivi Amilak en enfer. Fouettés par l'esprit de corps, déterminés à restaurer l'honneur de la France libre, ils se regroupèrent du mieux qu'il purent, en rangs serrés, et ils chargèrent dans le rideau de feu. Voyant ce qu'il avait fait, le général hurla le nom d'Amilak et lui fit signe de nous rejoindre. Toujours debout sur le siège arrière au milieu des sacs de sable, le général ordonna à Dimitri de monter à côté de moi. Nous étions une fois de plus la voiture de tête et j'étais responsable de leurs deux vies. J'avalai ma salive en essayant de ne pas trop penser à ma responsabilité. - Foncez droit devant et aussi vite que vous pourrez! hurla le général, son pied écrasant mon épaule gauche. Vite! Vite! Je me tournai vers Amilak. Je n’en croyais pas mes yeux. Il avait survécu à l'explosion sans une seule égratignure. Son visage s'épanouit en un large sourire et il tapota la mitrailleuse Thompson posée sur ses genoux.

    - Allez-y ! lança-t-il. C'est alors que je décidai que, quoi qu'il arrive, je sortirais ces deux cinglés de cet asile de fous. Le général me donna un énième coup de pied dans l'épaule gauche et cria : - Si on avance, le reste suivra! Tandis qu’Amilak s'accroupissait dans la voiture, attendant que je démarre, je passai la première, contournai du mieux que je pus son véhicule qui brûlait toujours dans l'obscurité, et essayai de ne pas penser à quel point mes pieds étaient vulnérables. J'avais vu ce dont une mine était capable. J'avais pansé le moignon ensanglanté du Dr Lotte et cette évocation m effrayait plus que tout.

    Je parvins, sans sauter sur une mine ni renverser un seul des soldats qui couraient dans tous les sens devant moi, à me frayer un chemin le long des véhicules arrêtés. À la tête du convoi, des véhicules médicaux s'étaient avancés dans le champ de mines avant de stopper net. Évitant une voiture qui brûlait, je m'élançai à mon tour, sans avoir le temps de penser ou d'avoir peur, droit sur le feu traçant. En réalité, arrivée à ce stade, je ressentis une euphorie grandissante. C'était une sensation insensée. Dans la nuit, je filais aussi vite que possible vers un somptueux déploiement de feux d'artifices qui dansaient à ma rencontre pour m'apporter une mort quasi certaine. Voilà ce que j'étais venue chercher ici - les sensations qu'éprouvaient les hommes quand ils se trouvaient au coeur de la bataille.

    En réalité, ma conduite désastreuse avait tout autant de chances de nous tuer que les balles. Incapable d’évaluer les irrégularités du terrain caillouteux, je fonçais dans tous les trous du désert. Le sol était au mieux inégal, au pire creusé de cratères car les récents bombardements n'avaient pas arrangé les choses. Sur ce sol lunaire, percé comme un gruyère, le général n'arrêtait de hurler:  - Attention! Vous allez réduire cette voiture en miettes! Tournez à gauche! À droite! Mais comme je roulais tous phares éteints et que je distinguais rien dans cette nuit d'encre, je n'avais pas d'autre choix que d'avancer, coûte que coûte, au petit bonheur la chance. Je ne pouvais plus m'arrêter, je ne craignais qu'une chose, que le moteur cale, car le général et AMILAKVARI seraient faits prisonniers et j’en porterais l'entière responsabilité.

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    Après Bir Hakeim : KOENIG, AMILAKVARI et DE SAIRIGNE

    Derrière nous, c'était un vrai carnage. Les explosions illuminaient le ciel nocturne et les véhicules étaient projetés en l'air. Les vagues de feux traçants se succédaient à travers le désert, montaient vers nous, les fusées à parachute tombaient du ciel, baignaient le champs de bataille d’une lumière surnaturelle. Tout autour de nous les hommes à pied se baissaient, plongeaient sous les arcs de lumières colorées et faisaient de leur mieux pour détruire - à la grenade - les canons ennemis. Le convoi immobilisé, en nous voyant foncer, se lança derrière nous, ranimant les moteurs. Je m'avançai vers le feu traçant devant nous comme si la voiture était la proue d'un grand navire fendant une mer de balles. Mais ce n'était pas une traversée de tout repos. Les roues dérapaient, on glissait d'un trou à l'autre tandis que j'atteignais la vitesse record de soixante-cinq kilomètres à l'heure.

    - Évitez les cratères ! continuait de hurler le général. Comme si j'avais le choix. Tellement de choses dépendaient de lui que je résistai à la tentation de lui répondre. Il se tenait debout ou assis derrière moi, un revolver à la main, hurlant ses instructions et essayant de voir si les autres parvenaient eux aussi à s'en sortir. Le vacarme à l'intérieur de la Ford était épouvantable. Le moteur s'emballait, les pierres sous la voiture ricochaient sur la tôle avec un bruit d'enfer, les deux hommes hurlaient et des explosions et des tirs se répondaient en écho. - Ralentissez ! hurla Amilak. Vous allez casser la voiture et nous perdre tous les trois! Je ralentis à peine, trop effrayée par ce que je laissais derrière moi. À l'arrière, le général me disait de ne pas trop m'égarer vers la gauche car on pourrait heurter une mine, puis il me disait d'aller à gauche, sinon on risquait de se renverser à cause d'une énorme pierre. J’obéissais aveuglément.

    A un moment donné, le général se pencha vers Amilakvari et hurla pour dominer le vacarme: - Arrêtez de tirer avec votre revolver, cela m'empêche de réfléchir et cela va nous faire repérer ! Amilak, accroupi sur le plancher, redressa la tête, son revolver à la main. - Je ne tire pas! C'est l'impact des balles sur la voiture!

    Le général se laissa tomber sur son siège et j'appuyai sur l'accélérateur, ma tête casquée rentrée dans les épaules. Ce fut un coup de chance incroyable que l'on réussisse à traverser le champ de mines et à percer les premières défenses de l'ennemi tout en entraînant à notre suite plusieurs véhicules intacts. Mais nos problèmes ne faisaient que commencer : les remparts de protection étaient au nombre de trois, séparés de huit cents mètres l'un de l'autre, le deuxième un peu moins défendu que le premier et le troisième un peu moins que le second. Il nous restait encore deux cercles à franchir. Inutile de dire que les soldats ennemis du premier cercle avaient prévenu leurs camarades et la chasse ne s'était pas plus tôt calmée qu’elle reprenait déjà. Là encore, la confusion régnait en maître. De nouvelles balles traçantes nous tombèrent dessus. Des étincelles jaillissaient de la voiture criblée de balles de mitrailleuses. Maintenant, Pierre et Dimitri hurlaient : - À gauche! Attention ! À droite ! Plus vite ! Leurs instructions contradictoires ne m'étaient pas d'une grande utilité et je me contentai de foncer aussi vite que je pouvais. Amilak, une boussole de poche à la main, me criait maintenant de nouvelles instructions. - À gauche! À gauche, à gauche ! Je tournai le volant de toutes mes forces, le menton tellement rentré dans la poitrine que je voyais à peine au-dessus du tableau de bord.....

    Bien que son véhicule fût touché par une vingtaine de balles et qu’à un moment elle déboucha dans un campement de chars allemands, elle parvint aux lignes britanniques.

    Quelques semaines après l'épique traversée des champs de mines le Général CATROUX remit à Susan la Croix de Guerre, elle fut citée à l’ordre du corps d’armée pour son courage.

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    Après Bir Hakeim... Mémoires du Compagnon Raoul-Dval, "Ciel de sable"

    1944 DIRECTION LA CAMPAGNE D'ITALIE

    En 1943, la carrière de KOENIG était en pleine ascension et il mit rapidement fin à sa liaison avec Susan Travers. Cependant, elle resta avec la Légion tout au long des combats en Italie et en France jusqu’à la fin de la guerre, agissant comme conductrice et infirmière auprès des blessés et des mourants.

    Les femmes ne sont pas autorisées par les américains, mais se cachant les cheveux et se dissimulant dans son uniforme américain, Susan qui accompagne la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère depuis le début de la guerre, s'embarque avec elle. Elle sera bientôt acceptée et employée comme "conductrice" d'un général, cette fois-ci américain, après avoir été le chauffeur d'un général français.

    Elle conduit ensuite une ambulance, transportant des blessés français et américains des champs de bataille jusqu'aux hôpitaux de campagne.

    Le 11 mai 1944, les français font une percée décisive dans une zone montagneuse (du Garigliano), sur des routes étroites et tortueuses, truffées de mines, où les chars américains ne passent pas. Susan passe ses journées à conduire une voiture Dodge, aménagée en ambulance, sur des routes rendues impraticables par la pluie et minées, au milieu des ruines. Seule et isolée, elle trouve difficilement le sommeil la nuit, recroquevillée à l'arrière de son véhicule. (...)

    Le Corps expéditionnaire français, continuant à marcher vers le nord, est bientôt envoyé dans un camp près de Naples. Les Légionnaires sont amers, après le débarquement en Normandie, de ne pas être les premiers soldats français à fouler le sol de notre pays. Un quart d'entre eux ont été tués ou blessés pendant la campagne de libération de l'Italie.

    Susan retrouve une habitation, une petite tente. On lui confie un nouveau véhicule à conduire, un énorme camion américain GMC. Elle s'embarque bientôt avec lui, sur un liberty ship, qui les transporte avec ses compagnons de la Légion à Cavalaire-sur-Mer près de Saint-Tropez. Après une nuit sur la plage, dans l'attente du déminage, les habitants de Hyères les accueillent avec joie. L'opération Anvil commence, les Légionnaires étant toujours rattachés à la 5ème armée américaine.

    Au volant de son gros camion, Susan suit le corps expéditionnaire français au cours de la bataille de Provence (prise du Mont des Oiseaux), puis de la libération des villes de Toulon, Avignon et Lyon. Après la bataille d'Autun, une ambulance anglaise, difficile à manier, lui est confiée. Elle conduit parfois également la Citroën du commandant de la compagnie.

    De septembre à novembre 1944, les Vosges puis les villes de Belfort et de Mulhouse sont atteintes. Les pertes humaines de la 13ème DBLE sont importantes, avec de nombreux cas de gelures. L'Alsace est ensuite reconquise. Alors qu'elle est autorisée à dormir dans une maisonnette des environs de Colmar, sa chambre se trouve transformée en morgue par deux brancardiers qui en ont reçu l'ordre ; ils ne manquent pas d'humour, en la quittant : "Cette nuit, ces hommes ne risquent pas de vous embêter."

    Les derniers mois de la campagne, dans un froid intense, sont parmi les plus durs. Son béret enfoncé sur les oreilles, Susan continue à conduire des ambulances ainsi que d'énormes engins transportant des obusiers entre les congères, sur des routes verglacées à 30 kilomètres de la ligne de front. (...)

    Elle est de nouveau citée à l’Ordre de l’Armée : « Sous-officier de qualité exceptionnelle, ayant fait preuve d'une abnégation et d'un dévouement émérites. Elle s'est ralliée à la cause des Français libres en 1940 et a pris part, depuis cette date, à toutes les campagnes. Toujours prête pour les missions les plus risquées sans jamais songer au danger encouru, elle a manifesté un sang-froid sous le feu qui a suscité l'admiration de ses camarades Légionnaires. En toutes circonstances, elle fut un exemple des plus belles qualités de la Légion. Toujours prête à se porter volontaire pour ramener les blessés des premières lignes, son courage fut une nouvelle fois salué par tous au cours des huit jours de combats très difficiles à Elsenheim, du 22 au 30 janvier 1945. Elle travailla nuit et jour dans la neige et la boue, sous le feu de l'artillerie, les mortiers et les attaques meurtrières de l'infanterie ».

    En mai 1945, « j’étais devenue la personne que j’avais voulue être depuis toujours », dit-elle, et, ne souhaitant aucune autre vie, elle demanda à s’engager officiellement dans la Légion Etrangère.

    Ayant pris soin d’omettre de préciser son genre sur son formulaire, sa demande fut acceptée. Elle fut affectée dans la logistique et depuis, elle devint l’unique femme, de tous les temps, à servir dans la Légion Etrangère. Elle y conduit une ambulance. « Nous étions sur les hauteurs de Nice quand la guerre s’est finie », confie miss Suzan, qui rempile aussitôt pour l’Indochine et la Tunisie.

    Adjudant-chef, elle y épouse l’adjudant-chef Schlegelmich. Dans ce monde d’hommes, l’annonce du mariage de deux adjudants-chefs fait sensation pour qui ignore l’ex-miss Travers.

    1947, l’aventure est bien finie. Madame la légionnaire s’est trouvé un autre combat : élever ses deux enfants...

    L'ULTIME RENCONTRE...

    Au début de l'année 1956, Susan reçoit à Paris la Médaille Militaire "pour sa bravoure face à l'ennemi à Bir Hakeim". 

    Tandis que retentit l'hymne de la Légion Etrangère (le Boudin) et qu'approche une ligne d'hommes au rythme très lent qui caractérise leur marche, elle découvre un général, en grand uniforme : Pierre KOENIG... Alors qu’(...) un général respecté félicite une ancienne subordonnée respectueuse, cet homme vieilli, à la taille épaissie et à la voix fatiguée mais au regard toujours vif, est aussi ému qu'elle. Il ne peut que lui déclarer : "J'espère que cela vous rappellera bien des choses".

    * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

    C'est leur dernière rencontre ; ils n'auront pas l'occasion de partager les souvenirs du chemin qu'ils ont parcouru côte à côte, des dangers et de l'amour qu'ils ont vécus ensemble au Moyen-Orient et en Afrique du Nord...

    * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

     CP: Site Histoire de Villennes

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    BIBLIOGRAPHIE

    Cet article nous a été suggéré par Mme Jocelyne MAS, fille de André FOUGERE (RFM, ancien de Bir Hakeim) qui nous a communiqué l'annonce d'une conférence à Cannes, en février 2016, autour du livre de Gérard BARDY"La Légionnaire héroîque et libertine".

    * Susan TRAVERS : une MISS à la 13 DBLE...

    Notre article  se compose de différents extraits empruntant à différentes sources :

    - Site de l'Assocation Bir Hakeim

    - Biographie très complète et illustrée à consulter  sur le site Histoire de Villennes

    - Article de Olivier Pelladeau, "Suzan était à Bir-Hakeim", publié sur le site de la Fondation de la France Libre 

     


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