• * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 - Vers l'Afrique et le front du Moyen-Orient (1942)

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 - Vers l'Afrique et le front du Moyen-Orient

       

    II VOYAGE VERS L'AFRIQUE

               Dans la nuit du 10 février, nous montâmes dans les camions, chantant, criant, plaisantant. Le lieutenant qui commandait notre compagnie nous félicita, disant que nous étions un des rares contingents où il ne manquait personne.

    Nous demandâmes si nous serions maintenant instruits d'une autre manière que par les lectures de ce qu'était la guerre, démontrant en ce moment cet enthousiasme pour partir vers la tuerie, avec l'esprit content de quelqu'un qui va à une fête. Nous partions. En quelle direction, cela ne nous intéressait pas ; quelles qu'elles fussent, plus ou moins loin, toutes les routes nous conduiraient au même lieu : le front de la bataille.

    Nous arrivâmes dans une gare de Londres et, hormis nous, nous pouvons dire qu'elle était complètement vide, seuls quelques employés dorment çà et là.

    Bruyamment nous fîmes irruption dans la salle d'attente, sautant et frappant des pieds transis pour les réchauffer et faire circuler le sang, car le froid était intense, la salle d'attente était grande. Mais à la fin le train arriva.  Nous prîmes notre équipement et formions les rangs ; des voix de commandement résonnaient nous ordonnant de monter dans les wagons qui nous étaient assignés. Nous nous serrions les uns contre les autres pour nous préserver de la rigueur du climat, essayant de nous arranger au mieux pour dormir. Nous nous réveillions, la lumière nous faisait clignoter les yeux. Il faisait jour et nous étions à Liverpool. Déjà nous avions pris l’habitude de nous endormir à un endroit et de nous réveiller très loin de ce dernier. Nous commençâmes à mettre nos sacs d'équipement sur notre dos et à descendre du train.

    Le sergent PINAUD possédant un terrible esprit militaire, on commença à crier et à donner une quantité d’ordres auxquels nous répondions intérieurement par des protestations irritées.

    En colonne ! couvrez !  poursuivait en criant PINAUD, et nous de lui dire de se mettre un sac de 30 à 40 kg sur le dos et ensuite de venir courir en colonne . Pour comble, il nous demanda de mettre le fusil sur l'épaule et de marcher au pas. Nous nous indignâmes et les 300 mètres qui nous restaient à parcourir pour arriver au quai, nous les fîmes chacun comme il pouvait et comme il lui plaisait, sans faire cas des ordres que continuait à donner l'énergumène.

    Sur le HMT MOOLTAN qui était le bateau que nous devions prendre, il y avait déjà des troupes anglaises à bord.  Nous montâmes 4.500 hommes sur un bateau, l'entassement était terrible et malgré la méthode que les anglais apportent à tout, éviter de nous étouffer ici était au-dessus de leur force.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 -

    Le premier soin fut de nous installer dans les lieux qui avaient été réservés d'avance, nous essayions de ranger nos équipements, chose qui nous coûta beaucoup de travail, car dans la cale il y avait approximativement 200 hommes.

    Après avoir beaucoup crié, protestant contre tout en accord avec notre caractère bruyant de latins, qui stupéfiait les anglais, nous arrivons enfin à caser notre paquetage, et nous aussi.

    Ensuite nous nous mimes à la recherche de la cantine qui sûrement existait en quelque endroit du bateau. Nous avions besoin d'acheter des cigarettes, mais c'était fermé et ne rouvrirait que lorsque le bateau se mettrait en marche.

    Pour la première fois nous allions connaître une restriction, car durant les trois Jours que nous passâmes dans le port nous fumâmes un cigare à trois ou quatre, pour les économiser au maximum ; les Anglais ne pouvant en obtenir se trouvaient dans la même situation.

    Pour manger, nous étions douze à chaque table ; nous nous répartissions un petit pain que nous devions diviser pour les quatre repas de la journée ; le pain donnait lieu à quelques incidents amusants, incidents qui se passaient entre les Uruguayens ZERPA et SALAVERRI.

    Profitant d'un moment fortuit, aucun de nous n’étant présent, ZERPA arriva à voir, à demi caché, la moitié du pain, qui le tenta immédiatement. Quand il l'eut en sa possession il fit demi-tour et vit derrière lui SALAVERRI qui le regardait avec hostilité. ZERPA clignota ses yeux malicieux et dit « chut ne dis rien… et nous le partagerons ». « Il ne faut pas le partager, le pain est à moi » dit SALAVERRI.

    Le Colombien GUTIERREZ, personne de mauvais caractère, se fâcha de manger sans pain parce que celui-ci avait été laissé innocemment à la vue de tous.  Il reçut sa ration, l'ouvrit en deux, cracha dedans et s'exclama « prenez-le maintenant », et le laissa sur la table.

    Les Anglais qui partageaient avec nous, sud-américains, devaient être très rapides pour ne pas rester sans manger, la vivacité créole ne perdait aucune raison de se manifester. Ainsi, par exemple, ils entendirent à notre table d'aigres protestations à cause de la disparition incroyablement rapide de la confiture. Allons, s’exclamèrent-ils, que l'on apporte la marmelade. L’auteur n'est sûrement pas anglais, s'écria un autre. Et, en effet, l'auteur n'était pas anglais. En faisant tourner les assiettes, elle apparut sous celle de l'Uruguayen RECARTE, qui se levant dans une attitude pleine de colère demanda « quel est le cochon qui l'a mise sous mon assiette ? » Nous ne trouvâmes rien d'autre à faire qu'à rire.

    Se coucher n'était pas, comme vous pouvez   le penser, chose facile et même au contraire constituait une véritable aventure. Comme personne n'avait de poste fixe pour le faire, il était nécessaire d'atteindre de bonne heure les deux crochets où pendre le hamac et d'avoir toujours l'œil dessus pour ne pas le trouver occupé au moment d'aller se coucher. Il est difficile d'imaginer 200 hommes dormant dans l'étroit espace d'une cale de bateau, dans des hamacs, sur les tables    et sous elles, serrés de telle façon qu'une épingle n'aurait pas tenu. Pour rendre ceci encore pire, une ventilation déficiente, car il était expressément défendu d'ouvrir les hublots pendant la nuit, mesure qui se justifiait si on tenait compte des fréquentes visites dans le port.

    Avant de dormir, nous prenions le temps d'écouter le ronronnement des avions allemands et de voir le feu d'artifice des batteries de défense contre avions. C'était autre chose de parler de notre nervosité avant ce premier contact direct avec la guerre.

    Nous nous demandions avec une anxiété mal dissimulée ce que nous aurions fait si une bombe avait fait mouche sur le bateau et il n'en était pas un qui ne pensait que e mieux était de la laisser tomber.

    Après ce désagréable séjour, nous quittâmes le port anglais et le matin suivant nous nous réveillâmes en pleine mer.

    Notre premier souci fut d'essayer de nous approvisionner en cigarettes, chose qui n'était pas facile non plus, parce que la queue à la cantine était énorme et qu'il fallait attendre très longtemps, parfois des heures, pour voir l'extrémité de la procession ; celui qui arrivait le plus rapidement à la cantine était RECARTE qui, sans faire cas des protestations des Anglais (il ne comprenait pas leur langue mais parfaitement leurs gestes), se plaçait tranquillement au premier rang.

    A mesure que nous avancions nous notions que chaque jour le nombre de bateaux augmentait dans le convoi, celui -ci se formant en cours de route. Quand il fut au complet nous pûmes compter plus de 30 grands transports de troupes, avec une puissante escorte de la flotte de guerre composée par les porte-avions EAGLE et GLORIUS, le cuirassé ILLUSTRIUS, un bateau marchand armé en croiseur auxiliaire et alentour une vingtaine de destroyers. Les appareils des porte-avions évoluaient sans cesse au-dessus du convoi, volant au ras de l'eau pour éviter les surprises des sous-marins allemands. Les destroyers pour leur part patrouillaient devant nous sans cesse.

     

    BOXE A BORD

    On nous invita à intervenir dans un championnat de boxe organisé à bord par les soldats de la R.A.F. Nous acceptâmes avec les Uruguayens ZERPA, SALAVERRI, SEQUEIRA, le mexicain HIMACO, le martiniquais LOOR, nous mettant immédiatement à l’entraînement sous la direction du champion poids lourd amateur anglais. Après un peu d'entraînement ZERPA et SALAVERRI abandonnèrent. Nous restâmes fermes dans notre engagement.

    Le premier qui fut appelé à combattre fut le Mexicain, qui perdit la rencontre aux points et se vit éliminé. Ensuite, ce fut le tour de LOOR et ensuite de SEQUEIRA qui, malgré toute la vaillance qu'il montra tomba en face de la supériorité de son adversaire. A nous, nous échut un jeune de la R.A.F. que nous mimes en déroute par k.o.  au premier round. Un autre jour LOOR élimina son second adversaire dans la catégorie des poids légers, et nous le nôtre dans les poids welter. En finale, nous gagnâmes de nouveau, LOOR par k.o. technique, et nous de nouveau par k.o.

    Les officiers français qui voyageaient avec nous étaient enchantés de voir que sur 23 sud-américains qui représentaient le France Libre, il y avait eu le champion de deux catégories. Nous fûmes récompensés par 5 £ chacun. Nous nous rappelons qu'en abattant notre premier adversaire dans les toutes premières secondes du combat nous reçûmes de la part des anglais une bruyante huée ; nous nous indignâmes et en rencontrant le lidutenant BOURGOIN, un de nos officiers, nous lui dîmes que nous ne livrerions pas un combat de plus à cause de l'évidente partialité des Anglais qui paraissaient furieux de la défaite de leurs représentants. Il nous répondit par un énorme éclat de rire "cela ne vous a pas fait plaisir », mais à moi, si, répondit-il parce que les Britanniques, quand un spectacle leur a plu, au lieu d'applaudir, ils sifflent". Cette explication nous rasséréna, et nous fit bien plaisir.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 -

    Sans autre incident nous arrivâmes à Cape Town. Dans cette ville, nous restâmes au mouillage quelques jours, supportant une chaleur terrible d'un effet désastreux sur les britanniques. Quant à nous, nous résistions beaucoup mieux que lors de notre premier passage de l'équateur.

    Nous levâmes l'ancre de Cape Town, mettant cap sur Durban (Afrique du Sud) et entrâmes dans ce port le 21 mars 1942 après 41 jours de navigation. Le jour suivant nous débarquâmes pour être transportés par chemin de fer au camp militaire de Clairwood à 30 minutes de la ville. Après 24 heure de présence dans ce camp, le commandant décida que toutes les troupes cantonnées ici pouvaient faire un usage quotidien d'une permission qui commençait à 13 heures et se terminait à 21 heures.

    Pour obtenir une place dans le train qui transportait exclusivement les militaires du camp à la ville, il fallait se dépêcher, parce qu'il y avait plusieurs milliers de soldats qui sortaient en permission tous les jours.

    Durban est une ville pas très grande, mais très propre et jolie, avec plusieurs plages et une quantité de parcs arrangés avec le meilleur goût. Nous nous rassemblions souvent à la Maison de la France Libre où nous fûmes reçus par les résidents français avec mille gentillesses et amabilités, nous faisant croire que nous étions chez nous. Ceux qui passèrent par-là se rappelleront toujours avec gratitude ces gens qui contribuèrent grandement à rendre agréable notre séjour dans cette ville et à élever encore plus, si c'était possible, notre moral pour la lutte qui allait bientôt commencer.

    Ce furent ces mêmes résidents français qui mirent à notre disposition un autobus dans lequel nous fîmes une excursion merveilleuse dans les alentours de Durban, où se trouve la vallée nommée "Les mille Pics », d'une beauté incomparable.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 - Vers l'Afrique et le front du Moyen-Orient

    Après 17 jours de présence, à 10 h 25 du matin, le 9 avril 1942, l'ïle de France, un grand paquebot français de 43.000 tonnes commença pesamment à s'éloigner du quai, emportant dans son ventre gigantesque 7.500 hommes qui marchaient vers les champs de bataille pour offrir leurs vies et leur idéal de liberté à l'autel de la patrie, et la petite poignée des 23 sud-américains qui l'offraient, purs et avec désintéressement pour leur ardent idéal d'hommes libres.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 -

     

    EN ROUTE POUR SUEZ

    L'Ile de France naviguait seul, sans escorte aucune, glissant nous pourrions dire, à cause de son énorme masse, à une vitesse horaire avoisinant les 25 milles.

    Notre voyage, dont le point final fut le Canal de Suez, durerait probablement 10 jours.  Cette fois nous voyagions avec un certain confort, car le commandant ROUMANCIOF, sous les ordres de qui étaient tous les sud-américains, avait dit au Commandant du navire que nous étions des aspirants officiers, ce qui nous valut l'installation dans de commodes cabines avec salle de bains et un personnel qui les nettoyait quotidiennement.

    Nous naviguions pour la troisième fois dans la zone équatoriale et le 15 avril au matin nous étions en vue de la Côte des Somalies italiennes ; un peu plus tard nous entrions dans le golfe d'Aden et traversions le lendemain le détroit de Eab el Mandai.

    La côte qui devenait plus proche, tant à bâbord qu’à tribord, donnait une impression indescriptible de   désolation et d'aridité. Pas un arbuste, par une tache verte de végétation. La chaleur était suffocante. Dans la mer, des nuées de requins maraudaient autour du bateau.  Le 18 nous recevions l'ordre de retirer les équipages de la cale et le 19 dans l'après-midi on nous transborda à bord d'une grande barcasse qui nous conduisait à terre. Nous pouvions distinguer le monument à De Lesseps.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 -

    La population de Suez, si tant est qu'on puisse appeler ainsi un amas de maisons des plus hétéroclites qui se puisse trouver et une série de ruelles qui ressemblaient davantage à des dépotoirs qu'à des rues, par la quantité des immondices qui y étaient accumulés, était très loin d'être ce que nous avions imaginé.

    On nous conduisit en camions au camp des troupes en transit. De jour, la chaleur était intense avec des nuées de mouches qui ne nous laissaient pas un instant de tranquillité, et la nuit était très froide.

    Plus tard nous nous adapterions à ces caractéristiques du désert. Nous ne restâmes que 24 heures à cet endroit, jusqu'à ce qu'arrive le train qui devait nous emmener à Beyrouth.

    A Ismaïlia nous primes un autre train qui nous transporta jusqu'à El Cantara, un village arabe près du Canal de Suez, dans les pires conditions d'hygiène que nous ayons jamais vues. Nous traversâmes le canal pour prendre le train qui nous laisserait à Haïfa, Palestine. Le voyage fut fatiguant, du fait de l'incommodité des chemins de fer qui, comme tout ce que nous avions vu jusqu'alors manquaient de propreté.

    La première chose que nous fîmes en arrivant à Haïfa fut de prendre un bon bain, car nous supposions et non, sans raison, que nous transportions en contrebande des poux et plus d'un dût faite bouillir son linge.

    Quand on nous le permit, nous allâmes à la ville, qui était près du camp, chargés de nos vêtements civils pour essayer de les troquer contre du bon argent qui nous permettrait de nous dédommager des vicissitudes du voyage. Quand nous y fûmes arrivés, nous parcourûmes tous les bars de telle façon que lorsque la nuit tomba, nous étions dans un état d'euphorie que nous terminâmes en organisant un combat de tous les diables.

    Dans les premières heures de l'après-midi du 23, des camions vinrent nous chercher pour nous conduire à Beyrouth.

    Après un voyage qui dura plus de quatre heures par une route qui bordait la Méditerranée, nous arrivâmes à une caserne, le Dépôt des troupes du Levant.

    A peine avions-nous terminé d'arranger les équipements que nous fûmes mis en présence d'un lieutenant qui nous interrogea sur nos occupations respectives dans le pays d'où nous venions ! d'où venez-vous ? D'Argentine. Que faisiez-vous ? J'étais employé. Et vous ? D'Uruguay. J'étais étudiant. Et ainsi se succédaient les demandes et les réponses. Etudiants, militaires, employés. Et pourquoi tout cet interrogatoire ?  C'était ce que nous ne nous expliquions pas, car immédiatement en nous dirigeant vers un sous-officier il lui dit : « C'est bien, ils sont tous affectés à la Légion Etrangère ». Nous sentîmes un froid le long de la colonne vertébrale. A la Légion Etrangère.  Nous nous regardâmes tous les uns les autres et avions la certitude que nous pensions la même chose. Nous nous dirigeâmes vers nôtre logement et nous préparâmes à aller manger.

    Le sergent PINAUD qui était le chef de notre groupe, car les officiers étaient allés en ville pour se loger dans les hôtels, ordonna à deux d'entre nous d'aller à la cuisine chercher le dîner pour tous. Il aurait mieux valu ne l'avoir pas fait.

    PREMIER INCIDENT

    Deux légionnaires à mine patibulaire et un sergent nous firent une allocution à laquelle nous ne comprîmes pas grand-chose et nous y répondîmes par des insultes en espagnol, qu'ils ne comprirent pas non plus. Il fut nécessaire que le lieutenant accourût pour ordonner à ces individus de nous donner à manger.

    Ainsi commençait une situation tendue entre les légionnaires brûlés au soleil des colonies françaises, ceux qui arrivaient tout récemment, sûrement jugés par eux comme trop ternes ou trop peu nombreux pour avoir place dans glorieuse Légion Etrangère de laquelle ils se montraient si fiers.

    On nous mit dans un dortoir à part et nous fûmes désignés pour remplir les fonctions de caporal. Faire valoir l'autorité qui nous avait été donnée fut ce qui déclencha la  crise de tension ambiante.

    Le caporal DE LESE, un belge surnommé "Néné le Terrible", qui comptait beaucoup d'années de service dans la Légion et avait participé à toutes les campagnes de la guerre depuis 1939, ne perdait pas une occasion de nous montrer son antipathie et de prétendre nous assujettir à sa prépondérance. Cette attitude commençait à nous exaspérer et nous n'aurions pas aimé l'affronter de peur que tous les autres ne nous tombent dessus. Jusque ce qu'un jour pendant les heures de repos :  « en formation »,  rugit-il , plutôt qu'il n'ordonna, à la porte du dortoir. Nous nous consultâmes du regard sans bouger. Ceci était un acte arbitraire que nous n'étions pas disposés à supporter, car il interrompait notre repos sans aucune raison pour le justifier.

    Si lorsque les autres viendront vous m'aidez, nous allons l'avoir dîmes-nous aux compagnons. Tous furent d'accord. L'homme continuait à crier à la porte. Dans un français hésitant nous lui demandâmes « en formation .... par ordre de qui ? ». « Par ordre de moi. C'est moi qui fait la loi ici ». Il dépassait la limite, et avec la force que donne la rage contenue pendant plusieurs jours, nous sautâmes sur l'individu le frappant au visage et l'adossant contre le mur comme un amas de linge sale. Surpris il sortit en courant et en criant : "Les nouveaux m'attaquent les nouveaux m'attaquent". Comme nous l'avions prévu ils nous tombèrent dessus à une vingtaine, mais nous étions plus ou moins le même nombre avec l'avantage de savoir ruser, et comme ils ne se servaient que de leurs poings, ce furent eux qui eurent la mauvaise part.

    Le jour suivant on nous mit tous dans le même dortoir, et nous fûmes étonnés, après ce qui s'était passé, de voir ces hommes rudes devenir de bons compagnons.

    Notre vie ici fut assez ennuyeuse, se limitant aux exercices tous les matins et l'après-midi à la théorie de tir et autres choses du même style. Nous avions la permission de sortir de 18 à 23 heures, heure à laquelle il y avait un appel, celui qui n'était pas présent ayant 8 jours de prison.

    Une nuit comme toutes les autres, lorsque nous fumes couchés un bruit de voitures et de cris dans la cour de la caserne nous alarma. Nous sortîmes rapidement pour voir ce qui se passait, restant consternés devant la nouvelle :  le colonel GUTIERREZ avait été grièvement blessé d'un coup de baïonnette par le soldat annamite qui montait la garde.

    Voici comment cela s'était passé, lorsqu'on avait fait l'appel nous étions tous présents, mais, tout étant tranquille, GUITIERREZ voulut éluder la garde pour retourner dans la rue. Comme il voulait passer un grillage, la sentinelle tout en donnant de la voix, le traversa de part en part avec son arme. Il fut immédiatement transporté à l'hôpital où il décéda trois jours plus tard.

    Le résultat fut qu'immédiatement nous et les autres soldats européens commençâmes à chercher querelle aux annamites. Redoutant une rencontre qui aurait eu de désagréables conséquences, ils furent retirés de la caserne.

    Nous sortîmes de Beyrouth et fîmes le même chemin de retour avec les mêmes incommodités que nous avions connues pour venir.

    Nous nous arrêtâmes à MENA CAMP, au Caire et dans le voisinage des historiques Pyramides que nous primes le temps de visiter. Là aussi on nous donna la permission de sortir et de connaître ainsi la capitale de l'Egypte, une ville qui aurait pu être jolie si elle n'avait pas été aussi sale.  

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 2 -

     

    En rentrant au camp après une de nos promenades nous apprîmes qu'on avait reçu l'ordre de se préparer à partir, ce que nous fîmes le 25 Mai 1942. 


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