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    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre compagnon de la Libération de Toulon à l'honneur....


    Témoignage posthume d'un fusilier-marin de Colmay

    Lien  

    Je suis le fils de Jean Candelot, engagé volontaire à 17 ans, blessé et fait prisonnier à Dunkerque à 18 ans, quartier-maître fusilier-marin rallié en 1943 en Tunisie où il fut affecté après un interrogatoire mené par Colmay (dont c'était sa première rencontre) au 1er peloton du 2ème escadron (escadron Savary) du 1er régiment de Fusiliers-marins de la 1ère DFL. Ce peloton commandé directement par Colmay en Italie, Toulon, Lyon et Alsace était de trente hommes à l'origine. Dans un manuscrit non-publié de mon père, dont il a tenu à laisser une copie à chacun de ses enfants "pour que ne disparaisse sa trace auprès de ses petits-enfants", il précise que ce peloton eût seize tués à l'ennemi, sept grièvement blessés, sept dont lui-même revinrent indemnes. Je sais que mon père et Colmay eurent quelques correspondances épisodiques et se sont revus en Indochine me semble-t-il. Toujours est-il que, dans mes souvenirs d'enfance où je l'entendais narrer ses campagnes, le nom de Colmay revenait souvent et que mon père paraissait porter une véritable vénération à cet homme. J'ai, depuis 1980, lu et relu son journal et le hasard des "zappings" sur Internet m'ayant amené à en connaître d'avantage sur la 1ère DFL (à ce sujet je précise avoir été élève de l'Ecole militaire technique d'Issoire de 1963 à 1966, et que jamais durant ces trois années je n'y ai entendu évoquer lors des cours d'histoire militaire le rôle, sinon l'existence de la 1ère DFL ; il n'y en avait que pour la 2ème DB) je suis tombé sur ce site où une petite-nièce de Colmay lui rend hommage ce qui est un bel acte de respect sinon de courage en cette époque où les valeurs patriotiques paraissent désuètes.

     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

    JEAN CANDELOT

    (Photo : Amicale de 1ere DFL)


    Toujours est-il que j'aimerais citer quelques extraits du journal de mon père qui éclaireront peut être, s'il est encore possible, la personnalité de l'officier des équipages et compagnon de la Libération Constant Colmay.

    "Quatre jours plus tard nous montions relever les Tabors sur les crêtes bordant le Garigliano... Étant du 1er peloton, notre commandant était l'officier des équipages Colmay, un dur et un baroudeur, il avait donc choisi le poste le plus dangereux tandis que les autres pelotons se trouvaient installés dans des bâtiments, nous, nous nous tenions en plein découvert, avec des tranchées en cercle. Chaque poste était livré à lui-même..."

    (Traversée du Tibre): " Nous traversâmes le Tibre avec huit heures d'avance sur les prévisions... Les chars allemands contre-attaquaient, Colmay nous désigne à trois avec une musette de grenades et nous donne pour mission de nous installer sur un talus boisé et de balancer nos musettes de grenades sur les chars. Après un quart d'heure d'attente, le bruit des chenilles se fait entendre, le coeur monte dans la gorge, il est difficile de déglutir, trois chars Tigre s'amènent, le premier s'arrête juste à notre hauteur. Le chef de char a le buste qui sort de la tourelle, il inspecte aux jumelles... Nous nous regardons : il y a environ 10 mètres entre nous et le char, impossible de balancer une musette : elles sont trop lourdes. On a l'impression d'être repérés, le canon se tourne vers nous. La guerre, c'est bien, mais il ne s'agit pas de se faire tuer pour rien : on recule un peu... Nous trouvons une dénivellation de terrain et... à toutes jambes direction le peloton alors que le char tire là où nous étions auparavant. Il m'arrivera deux autres fois d'être en face d'un char Tigre. La première fois...
    La seconde fois, les chars contre attaquant sur notre reconnaissance, le peloton s'arrêta avant un virage, Colmay me fit prendre un bazooka et m'emmena à cent cinquante mètres de là, dans un fossé en bordure de la route dans un second virage et me dit : "Tu as la médaille militaire à la main, tâche de t'en tirer". J'étais sacrifié. Le bruit des chenilles se fit entendre, les chars montaient, au bruit ils se trouvaient environ à 60 mètres et ils s'arrêtent... Quelle attente, j'entends les battements de mon coeur dans les oreilles, dix minutes, dix siècles passent, rien... Un bruit de moteur, des grincements, les chars font demi-tour. J'ai loupé la médaille militaire mais j'ai sauvé ma peau, j'en suis aussi content.

    Dix-huit juin 1944, attaque de Radicofoni.

    ...Le peloton qui est engagé subi un feu meurtrier de mortiers, mitrailleuses et artillerie, certains camarades ont pu se replier avec plusieurs morts mais des véhicules sont atteints, il y a des blessés, l'ordre vient de Colmay de foncer. Notre scout-car et une jeep tentent de passer : c'est un feu d'enfer, nous faisons demi-tour. Colmay rapporte que c'est terrible et au moment où il transmet, on voit des larmes qui coulent sur ses joues... Nous y retournons et cette fois passons.

    Débarquement de Cavalaire le 16 aout 1944 au matin.

    Cette fois nous sommes sur la terre de France et si auparavant nous n'avions pas trop peur d'être tués, cette fois nous le craignons tous. La reconnaissance commence, c'est le peloton de Durand qui est devant ; on nous appelle au secours, près d'un pont, une vigne, une maisonnette, une autre maison à cinquante mètres sur la gauche. Un marin a été blessé au coude par balle explosive. Colmay tente de parvenir à la maisonnette à travers vigne, nous avons avec nous des tirailleurs noirs... Colmay demande du secours par signes, j'ai le fusil-mitrailleur et j'accours auprès de lui, il est repéré et les Allemands lui tirent dessus à chaque mouvement qu'il commence. Je lâche quelques rafales et j'arrive en rampant au pied d'une murette surmontée de treillage ; avec le poignard je descelle un piquet, couche le tout et passe par-dessus. Colmay suit ainsi que trois tirailleurs. Nous trouverons dans cette maison qui se révèle être une boulangerie un homme et sa femme, ainsi qu'un enfant qui s'étaient camouflés dans le four.

    J'ai cité ici quelques extraits du journal de mon père, il y en a bien d'autres qui concernent son commandant Colmay qui attestent combien il fut constamment un exemple à la pointe et à l'écoute de ses fusiliers-marins.

    Jean-Louis Candelot

    D'une famille de marins pêcheurs de Saint-Pierre-et-Miquelon, il est élevé à Pleurthuis, près de Saint-Malo. Il s'engage tout jeune dans la Marine Nationale, comme matelot, grand amateur de football et de courses de vélo le dimanche, il devient radio et quitte la Royale pour embarquer sur les chalutiers qui font la pêche à la morue sur l'Atlantique Nord. Ils séjournent sur les bancs de Terre-Neuve, puis reviennent à Saint-Malo pour vendre le poisson.

    Colmay reste donc des mois entiers en mer, accroché à l'écoute par tous les temps. C'était le début et la période héroïque de la radio. Sa réputation commençait à grandir, et il fut choisi pour tenir le poste de radio d'une des premières traversées aériennes de l'Atlantique. Ce projet ne s'est pas réalisé par suite de circonstances adverses.

    Mobilisé en 1939, il embarque comme Second Maître radio; en juin 1940, il rallie l'Angleterre et s'engage aussitôt dans les Forces Françaises Libres, que le Général de Gaulle vient de créer, après l'Appel du 18 Juin. Il est affecté au camp de Camberley puis à Aldershot, où commencent à arriver les premiers volontaires. Eugène Jestin et Marcel Bernier, venus de Brest, rejoignent à leur tour, et forment avec Colmay un trio d'inséparables amis qui ne devaient plus se quitter au cours de toutes les campagnes des Fusiliers Marins.
    Après l'entraînement, en juillet 1940, le Batallion de Fusiliers Marins embarque à Liverpool sur le «Western-Land», en vue de rallier Dakar à la France Libre. Ils tentent un débarquement sur la plage de Rufisque, à quelques kilomètres de Dakar, sans succès, et font alors le tour de l'Afrique par Le Cap, pour participer à la campagne de Syrie.

    En effet, les Allemands ont commencé, avec l'accord du gouvernement de Vichy, à utiliser les bases et installations françaises de Syrie, pour soutenir l'aide qu'ils apportent à la révolte de l'Irak contre la Grande-Bretagne.
    Colmay raconte que, peu avant la prise de Damas, il se trouvait à côté du Capitaine de Corvette Détroyat, commandant des Fusiliers Marins - et cousin de l'as de la chasse aérienne française de 1938 :

    « Nous étions dans les jardins de Mezzé, qui dominent Damas, et nous faisons prisonnier un Commandant des troupes de Vichy. Détroyat lui laisse son arme, pour ne pas l'humilier et comptant sur sa parole, mais il est tué par cet officier quelques instants après.»

    Après Beyrouth, le Bataillon est transformé en unité de défense contre avions, et équipé de mitrailleuses et canons Bofors de 40 et 75 mm. Le convoi s'ébranle, depuis la Syrie jusqu'à l'Egypte, où Rommel attaque et Montgomery a besoin de renforts.

    La guerre du Désert commence pour les Fusiliers Marins, et les armées blindées s'affrontent, formées en «Joke Columns »t brusquement en contact, au détour d'une dune ou d'un nuage de sable. Colmay aimait à raconter les pièges, les fausses colonnes de camions en carton-pâte, sur lesquels les Stukas déversaient leurs bombes, et aussi ces joutes brutales, au canon, d'une colonne contre l'autre.

    Il évoquait aussi le thé, cette boisson qu'il avait découverte dans le Désert, au contact des Britanniques, ainsi que le Père Lacoin. Ce Trappiste, responsable des fromages à La Trappe, était devenu l'Aumônier du Bataillon et avait été chargé de la Coopérative, où l'équipage venait s'approvisionner en ravitaillement et articles divers; il y déployait des prodiges d'astuces pour maintenir ses provisions bien achalandées.

    Puis, c'est l'encerclement de Bir Hakeim, ce poste tenu pat la Brigade des Français Libres, envers et contre toutes les attaques allemandes et italiennes pilonnant le camp et bombardant les tranchées creusées dans le sable, pendant d'interminables jours et nuits (27 mai-ll juin 1942).

    Les Fusiliers Marins attaquent au canon Bofors les avions Stukas qui piquent sur leurs positions, et en descendent un grand nombre, car ils continuent à tirer lorsque les avions se rapprochent dangereusement.

    Enfin, à bout de vivres, d'eau et de munitions, le Général Kœnig décide ia sortie en masse de nuit; les Français Libres réussissent à rompre l'encerclement et rejoignent les lignes anglaises (nuit du 10-11 juin 1942).

    «Tous ceux qui ont participé à Bir Hakeim sont des amis intimes pour la vie, ajoutait Colmay, le Général Kœnig en tête.»

    Après Bir Hakeim et le repos bien mérité, la guerre du Désert reprend en Cyrénaïque et en Tripolitaine, pour atteindre enfin la Tunisie. La 8" Armée de Montgomery - dont les Français Libres font partie - porte en elle tout l'enthousiasme du succès et de la grande victoire chèrement acquise sur l'Axe. Le cran, l'organisation et le défi britanniques l'ont emporté sur les Nazis.

    C'est le grand tournant de la guerre.
                                                                              Andre Lafargue 

     

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    CONSTANT COLMAY

    (Photo Ordre de la Libération)

     

    Un peu d’histoire...

    Né le 14 octobre 1903 à Saint Pierre et Miquelon, Constant Colmay s'engage dans la marine en 1922.

    Il sert trois ans dans l'aéronautique navale et termine quartier-maître volant. Cette spécialité lui ouvre les portes de la marine marchande où il navigue comme radio jusqu'en 1939.

    Il est alors mobilisé comme officier marinier radio à bord du chalutier militarisé Tarana. Déjà à Londres le 18 juin 1940, il rallie la France libre dès les premières heures.

    Incorporé au groupe expéditionnaire envoyé devant Dakar fin septembre 1940, il assure les transmissions pour l'amiral commandant l'opération. Le groupe dispersé, Constant Colmay est débarqué au Cameroun, à Douala, avec son service. Il est ensuite affecté au 1er Bataillon de fusiliers marins (1er BFM) qu'il rejoint en plein désert de Libye au début de 1942.

    Le commandant Amyot d'Inville, qui décèle chez lui des qualités d'entraîneur d'hommes, lui confie le commandement d'une section de DCA puis, à Bir-Hakeim, en mai-juin 1942, d'une batterie.

    Après El-Alamein en octobre 1942, le Bataillon, qui est chargé de la protection aérienne de la 1ère Division française libre, prend part à la poursuite de l'ennemi jusqu'en Tunisie. Alors que le 1er BFM se transforme en 1er Régiment de fusiliers marins (1er RFM) en septembre 1943, Constant Colmay est promu officier en second du 2e escadron du Régiment, devenant l'adjoint du lieutenant de vaisseau Alain Savary.

    Pendant la campagne d'Italie de 1944, il se distingue dans les plaines marécageuses de Pontecorvo où, malgré les difficultés, il parvient à faire passer ses équipages. Après la bataille de San Andrea, il est nommé officier des équipages de deuxième classe. Lors du débarquement en Provence et de la libération de Toulon, Constant Colmay est chef d'une batterie de DCA et se montre d'un courage éprouvé.

    A l'automne et l'hiver 1944-1945, il est engagé dans les Vosges et enlève le pont de Marckolsheim, participant brillamment à la libération de Colmar.

    Promu officier des équipages de première classe à la fin de la guerre, il est nommé, après la dissolution du Régiment à la tête d'un escadron de tradition des fusiliers marins. Il est immédiatement envoyé en Indochine où il se distingue, le 26 janvier 1946, lors d'un combat contre les forces adverses qui dure onze heures, à Tan Uyen, en Cochinchine.

    De retour en Métropole, il est affecté à l'école des Fusiliers marins de Sirocco aux environs d'Alger. Il en profite pour passer le certificat de commando et de parachutiste.

    En 1954, il part à nouveau pour l'Indochine et rentre en France deux ans plus tard. Il reçoit alors le commandement de la compagnie de garde de Toulon où il reste jusqu'à sa mise à la retraite. Il est enfin conservateur du musée du Mont-Faron où il rassemble les souvenirs du débarquement de Provence.

    Constant Colmay est décédé le 25 novembre 1965 à Toulon où il est inhumé.

    • Commandeur de la Légion d'Honneur
    • Compagnon de la Libération - décret du 20 novembre 1944
    • Médaille Militaire
    • Croix de Guerre 39/45 (9 citations)
    • Croix de Guerre des TOE
    • Médaille de la Résistance avec rosette
    • Croix du Combattant 39/45
    • Croix du Combattant Volontaire 39/45
    • Médaille de l'Aéronautique

     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

    Le centre de préparation militaire marine de Toulon est baptisé "Officier en Chef des Equipages Constant Colmay"

     

    Fondation B.M.24 Obenheim     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

     

     

     

     


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  • Mme Blandine Bongrand Saint Hillier, nous fait part du décès de 

     

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

    Madame Arlette CHANFREAU

    épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL.

     

    Les obsèques religieuses ont eu lieu le vendredi 20 septembre 2019, à 14 heures, en l'église Sainte-Bernadette, suivies de l'inhumation au cimetière d'Anan, Haute-Garonne.

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim
    présente ses très sincères condoléances à sa famille.

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim  

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

     

     


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  • Mme Blandine Bongrand Saint Hillier, nous fait part du décès de 

     

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

    Madame Arlette CHANFREAU

    épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL.

     

    Les obsèques religieuses ont eu lieu le vendredi 20 septembre 2019, à 14 heures, en l'église Sainte-Bernadette, suivies de l'inhumation au cimetière d'Anan, Haute-Garonne.

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim
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     * Les Mémoires d'Ulysse BRILLAUD

    PREDECENT ARTICLE SUR ULYSSE BRILLAUD 


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  • Merci à Laurent Laloup  qui a retrouvé la Fiche d'identité recto-verso  de Jean-Pierre Meville, remplie à Londres sous le nom de Jean-Pierre Grumbach-Cartier le 16 août 1943 ; son service effectif dans les FFL remontant à novembre 1942.  LIEN

    Et un dossier "Jean Pierre Melville, résistant et cinéaste", Lettre de  la Fondation de la Résistance n° 84 de mars  2016   LIEN

    Article de l'Express du  16 septembre 2019 LIEN

    Portrait de Jean-Pierre Melville, à l'occasion de la sortie de L'Armée des ombres.

    Claude Vieillot, 1969

     

     * 1969 -  Lorsque Jean-Pierre Melville réveillait ses ombres

    https://twitter.com/JePMelville

    " En ce temps-là, les Français avaient d'autres soucis que la dévaluation, d'autres angoisses que celles du tiercé. En ce temps-là, les automobiles fonctionnaient au charbon de bois, il fallait des tickets pour obtenir du pain à la sciure et l'on ne connaissait plus de la pomme de terre que sa caricature, nommée rutabaga. En ce temps-là, des Français s'abaissaient, se vendaient, s'accommodaient du malheur avec une veulerie morose, mais, en ce temps-là aussi, des Français refusaient. 

    C'est ce refus qui fait l'objet de L'Armée des ombres. Ce grand film, d'une pudique générosité, est la description à la fois réaliste et romantique d'un refus absolu, global, à l'oppression. C'est également, à ce jour, la seule oeuvre cinématographique de fiction qui rende compte sans fantaisie (mais non sans lyrisme) de la vie quotidienne des résistants pendant l'occupation allemande.  

     * 1969 -  Lorsque Jean-Pierre Melville réveillait ses ombres

     

    "La France, rappelle Joseph Kessel dans la préface du livre qui inspira le film, la France n'a plus de pain, de vin, de feu. Mais, surtout, elle n'a plus de loi. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs. Le héros national, c'est l'homme dans l'illégalité." Et il ajoute cette phrase terrible : "On meurt et on tue avec naturel."  

    Sans un mot

     

    C'est cet effrayant naturel que Jean-Pierre Melville a su retrouver, recréer, détourner au profit de son film. Un très jeune homme attend quelqu'un sur une place à Marseille. Enlevé par de faux policiers, il s'aperçoit bientôt qu'il est entre les mains de l'organisation secrète qu'il a trahie. Dans la pénombre d'une maison vide, des hommes à la voix sourde parlent posément de tuer. Mais les voisins risquent d'entendre le coup de feu. Il faudrait un couteau. Pas de couteau. On l'étranglera avec une serviette. Cette conversation atroce et banale qui règle son sort, le dénonciateur dénoncé, presque un adolescent, l'écoute sans un mot. Il mourra de même, sans un mot, dans une sorte d'horreur résignée, supplicié par trois assassins que leur crime bouleverse. 

    Jamais, en si peu d'images, de regards, on n'avait montré ce que l'héroïsme peut avoir d'ambigu, de paradoxal, de dégradant dans ses nécessités. Ainsi agissaient alors des pères de famille transformés en aventuriers, des ménagères circulant avec un revolver dans leur cabas, des centaines de citoyens précipités dans l'illégalisme. L'Armée des ombres n'est pas un récit d'aventures. C'est une tragédie à l'antique.  

    Quoique y apparaisse en personne André Dewavrin, alias colonel Passy, chef du B.c.r.a. à Londres en 1942, L'Armée des ombres ne prétend d'ailleurs pas être une évocation historique des véritables réseaux de la guerre secrète. Jean-Pierre Melville répète volontiers :  

    "C'est une rêverie rétrospective et nostalgique sur une période que j'ai connue et, j'ose le dire, aimée."  

    Melville ou les nostalgies. Nostalgie du grand cinéma américain dans Le Doulos ou Le Deuxième Souffle, nostalgie du journaliste qu'il eût aimé être dans Deux Hommes dans Manhattan, nostalgie (déjà) des ambiguïtés de la France occupée, de son oppressant climat dans Le Silence de la mer et dans Léon Morin, prêtre.  

    Une grosse valise

    Quand on lui demande le temps qu'il a passé à préparer L'Armée des ombres, il répond à la manière de Picasso : "Vingt-cinq ans et quinze jours." Il est en effet l'homme des longues entreprises. Il eut toutes les patiences, toutes les ruses pour convaincre Vercors de laisser porter à l'écran son Silence de la mer. Il se battit deux ans pour les droits du Deuxième Souffle, sans craindre de faire intervenir les hommes de loi. Quant à L'Armée des ombres, il a porté ce livre en tête depuis que Joseph Kessel le publia pour la première fois à Alger, en 1943. Et c'est en 1958, découvrant Lino Ventura dans Le gorille vous salue bien, qu'il décida : "Celui-là, un jour, sera Gerbier, 'l'homme au demi-sourire'." Voyance ou sûreté de jugement ? Ce rôle de solitaire est le plus élaboré, le plus subtil de Lino Ventura, riche nature devenue, sous contrôle, un très grand acteur.  

    Nostalgie d'une période, nostalgie de soi-même, c'est Melville tout entier qui s'est mis dans L'Armée des ombres. Melville, c'est-à-dire Cartier. Ainsi l'appelaient., en 1941, les membres d'un réseau de la zone sud.  

    "J'avais rencontré Daniel Mayer sur le boulevard Dugommier, à Marseille. Il portait une grosse valise. Je dis : 'Qu'est-ce que c'est ? Du marché noir ?' Il m'entraîne sous un porche, ouvre son bagage, sort une poignée de tracts ronéotypés : 'Tiens, mets ça dans les boîtes aux lettres.' Ce fut mon premier acte de résistance."  

    Il s'active jusqu'en 1942 pour un organisme dépendant du B.c.r.a. de Londres. Il est agent de liaison, transporte dans les trains bondés des postes de radio, des enveloppes dont il ignore le plus souvent le contenu.  

    Mémoire du coeur

    Après le débarquement allié en Afrique du Nord, Cartier-Melville prend nuitamment la mer avec vingt autres clandestins. Destination : Alger. Aujourd'hui, ce cinéphile impénitent explique dans un sourire : "Après l'occupation de la zone sud par les Allemands, on ne pouvait plus voir un seul film américain. Ça devenait intenable."  

    Leur bateau est arraisonné par une canonnière espagnole. Melville passe deux mois à fond de cale en rade de Barcelone. Ses compagnons de captivité s'appellent Paul Ducournau, futur général d'armée, Benno-Claude Vallières, aujourd'hui président-directeur général des usines Marcel-Dassault.  

    Puis c'est Londres. Puis c'est la 1ère division de France libre, dans les rangs de laquelle Jean-Pierre Grumbach (Cartier-Melville a repris son véritable nom) terminera la guerre.  

    Ce n'est pas sans réticences ni omissions qu'il raconte cette partie de sa vie. Arrogant par certains aspects, cultivant sa mythologie et sa silhouette, affichant son mauvais caractère, ses chapeaux Stetson gris clair à larges bords et ses lunettes noires, jouant de sa belle voix grave ou faisant ronfler sa Pontiac "Firebird", Jean-Pierre Melville est en réalité le plus secret de ses personnages. Ce misanthrope parle moins volontiers aux hommes qu'à ses chats. Ce n'est donc pas dans la conversation mais dans ses films qu'il dévoile ses émotions anciennes. 

     * 1969 -  Lorsque Jean-Pierre Melville réveillait ses ombres

    Simone Signoret est Mathilde CP : studio Canal

    Dans L'Armée des ombres, l'évocation du blitz londonien relève exactement de cette mémoire du coeur : des hommes et des femmes en uniforme, enlacés à l'ombre de la mort, la trompette de Glenn Miller sonnant dans un club de l'Y.m.c.a. ébranlé par les bombes, tout un monde de danger, de courage, de généreuse folie recréé en quatre plans. Et puis cette phrase drolatique et vraie, empruntée à Pierre Brossolette qui la prononça quelques mois avant sa mort : "Pour les Français, la guerre sera finie quand ils pourront lire Le Canard enchaîné et voir Autant en emporte le vent". 

    Fifres et tambours

    Chaque fois que sort un nouveau film de Jean-Pierre Melville, tous les cinéastes, y compris ceux qui le haïssent, prennent un fauteuil "pour voir comment c'est fait". Ils n'ont pas tort. Ils sont sûrs de recevoir chaque fois, de la part de celui qu'une légende caduque continue de qualifier d'amateur, une forte démonstration de professionnalisme. Un professionnalisme que d'autres peuvent évidemment acquérir, mais qui sert une personnalité, une sensibilité, des qualités et des défauts inimitables. Ce qu'il faut bien appeler le style melvillien.  

    Certains se demanderont si L'Armée des ombres est un film gaulliste ou non, s'il fait la part belle aux uns aux dépens des autres, s'il était ou non opportun de refaire défiler, au son des fifres et des tambours, la Wehrmacht du IIIe Reich sur les Champs-Elysées du Marché commun. La politique a-t-elle vraiment quelque chose à voir avec cette évocation individualiste d'une épopée collective 

    Individuel, individualiste, c'est le mot qui revient sans cesse à propos de Melville, l'homme qui vit seul avec ses propres ombres et que l'on retrouve en filigrane à l'intérieur de ses films. Quarante-huit heures avant la sortie de L'Armée des ombres, ce créateur au perfectionnisme pointilleux supervisait encore le mixage de ses enregistrements sonores, faisant aller et venir inlassablement les pistes magnétiques. Or, à l'occasion d'une de ces marches arrière où les personnages, déambulant à reculons, s'expriment en un surprenant volapük inversé, on perçut nettement, sur les 3 heures du matin, cette phrase troublante : "J'espère que Melville aimera." Le cinéma est un grand mystère". 

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