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    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

    Bernard Desnoyers, 6 Juin 2018

     

     

    Aux Forces Aériennes Françaises Libres

    Onze mille avions furent engagés dans l'opération Overlord. Noyés dans cette masse, une centaine d'appareils français participèrent pleinement à l'assaut initial.

    La mission fixée au groupe Lorraine était de tendre un immense écran de fumée (d’où le nom de code de l’opération : Screen Smoke) entre la flotte alliée et la côte française afin d’empêcher l’ennemi de prendre l’exacte mesure de l’invasion. Six autres groupes participèrent à Overlord : trois de chasse, équipés de Spitfire (Île-de-France, Alsace, Cigognes2), deux de bombardement lourd, équipés de quadrimoteurs Halifax (Tunisie, Guyenne), un de bombardement léger, équipé de bimoteurs Boston (Berry).

    Ils entrèrent en action dans la matinée du 6 juin contre les premiers éléments allemands qui tentaient de se regrouper en avant du gros des troupes. Les groupes de bombardement déversèrent leurs cargaisons, permettant ainsi aux troupes alliées débarquées de progresser à partir des plages ; les groupes de chasse assurèrent une mission de couverture, pour dissuader les avions ennemis d’intervenir. Les chasseurs n’aperçurent les premiers Junkers que le lendemain ; ils les forcèrent à rebrousser chemin après un bref engagement.

     

    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

    Claude Rosa -  Gusto ! Le groupe de chasse Ile-de-France, 1941-1945,340 Squadron de la RAF.

    Frédéric Bruyelle. Artpresse, 2010.

     

    Claude ROSA, Pilote du Groupe Ile-de-France :   « Ce matin-là, avant l’aube, certains d’entre nous ont commencé à faire des vols sur la Manche et sur la Normandie. Pour ma part, j’effectuai deux missions comme n°2 de notre « Wingco », Campton, qui emmenait tout le dispositif, soit 36 avions, et qui a trouvé le moyen d’abattre un chasseur allemand. De ce jour extraordinaire à tous points de vue, je conserve un souvenir personnel qui est celui de ma seconde mission en fin de soirée : nous étions tirés par des quadrimoteurs qui allaient être largués au-dessus de la Normandie et qui transportaient soit des hommes, des médicaments, de la nourriture ou des munitions. Il y avait aussi des parachutes de toutes couleurs en fonction de ce qu’ils transportaient. Il faisait un temps merveilleux. La Normandie était verte, le soleil n’était pas encore couché : « ça » pétait au sol, « ça » flambait dans tous les coins, y compris les bombardiers ou les planeurs abattus par la DCA, un certain nombre explosaient. C’est un souvenir extraordinaire. En dépit du drame qui se jouait au sol pour tant et tant de compagnons, les couleurs m’ont fait penser à Walt Disney ».

     

    Aux Forces Navales Françaises Libres 

     

    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

    Netmarine.net

     

    Une quinzaine de navires des FNFL furent au rendez-vous, chargés de missions d’escorte des convois de débarquement, dont certains connaîtront la fin d’un parcours glorieux sur les plages normandes : le torpilleur La Combattante par exemple, réduisit un blockhaus et une batterie sur la plage même de Courseulles.

    Quatre frégates sont engagées : L’Escarmouche et L’Aventure dans la zone d’Omaha, et La Découverte dans la zone Juno. La Surprise convoie Anglais et canadiens vers Sword, devant Courseulles et Franceville. Les corvettes Aconit et Renoncule font face à Utah Beach, le Commandant d’Estienne d’Orves à Juno, tandis que La Roselys assure vers Omaha, la protection des liberty-ships, cargos et bâtiments de débarquement. Sept des chasseurs français - Bayonne 10, Boulogne 11 - Bénodet 12, Calais 13, Dielette 14, Paimpol 15 et Audierne 41, sont engagés sur Omaha, Gold et Juno.

    Le vieux cuirassier Courbet, et trois bâtiments de commerce dont le Forbin et le SNA 8, furent volontairement sabordés pour former les digues artificielles au large des plages d’assaut et fournir un abri aux débarquements des premiers jours. 

     

    Les 177 Fusiliers Marins français du 1er BFMC (Commandant Philippe Kieffer) sont directement engagés dans le Débarquement de Normandie au sein du n° 4 Commando.  

    En mars 1944, l’arrivée de nouveaux volontaires français avait enfin permis au commandant Kieffer de créer son Bataillon, le  1er Bataillon de Fusiliers marins commandos – BFMC. Quelques semaines avant le Débarquement allié sur les côtes bas-normandes, le 1er BFMC est rattaché au n° 4 Commando du lieutenant-colonel Dawson appartenant lui-même à la 1st Special Service Brigade aux ordres de Lord Lovat.

    A la veille du débarquement, ce bataillon est composé de deux troupes, La Troop 1  commandée par Guy Vourc’h et la Troop 8 , par Alexandre Lofi.

    Le dispositif comporte également une section d’appui feu ou K-Gun et une section de commandement franco-britannique, dont une antenne médicale.

    C’est le 26 mai, au camp de Titchfield où ils sont arrivés la veille que les commandos prennent connaissance de leur objectif : leur débarquement se fera sur Queen Red dans le secteur Sword. Dans un premier temps, ils devront prendre à revers les points forts allemands de Riva-Bella à l’embouchure de l’Orne et libérer Ouistreham en prenant l’écluse du canal intacte. Dans un second temps, ils rejoindront les hommes de la 6e Airborne aux ponts sur le canal et l’Orne (Pegasus Bridge). Les noms des lieux ne leur sont pas dévoilés avant le 6 juin au matin, mais… des Normands du bataillon les ont reconnus.

     

    Marcel RAULIN, Fusilier marin commando Français :

    - « Nous appareillons vers 21h au son des cornemuses de Lord Lovat. On ne peut y croire. Quatre années pour vivre ce moment-là, c’est unique. Chacun s’installe dans son petit coin pour la nuit. Quelques bavards discutent encore puis c’est le grand silence. Les autres, comme moi, pensent à ceux qui restent derrière.

    - « C’est notre tour. Nous sautons derrière le grand Louis les armes à la main. L’endroit est assez profond et nous avançons en danseuse. Les mitraillettes crépitent, les balles ricochent sur l’eau et les mortiers pètent, faisant un carnage dans nos rangs. Pierre Tanniou se déleste de son lance-flammes portatif, encombrant et dangereux. Nous fonçons vers un pan de mur pour prendre abri. Derrière nous, Vourc’h, Pinelli et bien d’autres sont allongés sur la plage, blessés ou morts.  Je suis saisi de tremblements nerveux... Je veux parler, mais aucun son ne sort, ma gorge est nouée, la réaction sans doute... .
      

    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

    Le piper de Lord Lovat, Bill Millin débarque 

     

    « Munis de foulards de reconnaissance jaunes que nous agitons de temps à autre pour être reconnus par les nôtres, nous avançons par bons successifs comme à l’entraînement. Toujours en tête, Louis s’élance et saute dans un énorme trou de bombe.  Nous l’imitons, Autin, Allain puis Tanniou passent.
    Quant à moi, avec le bren gun et quatre chargeurs pleins, je trébuche et tombe au fond d’un trou dont le sol sablonneux et détrempé fait ventouse... aspiré à mi-corps et offrant une superbe cible aux Allemands, je n’ose appeler à l’aide. René
    Autin qui se rend subitement compte de mon absence, se retourne et m’aperçoit. Il fait signe à Allain et ensemble, réussissent à me tirer de cette fâcheuse position.
    Nous voici aspergés de partout. Nous reprenons le tir sur le
    pill-box
    . Soudain, à notre grande stupéfaction, les Allemands cessent le feu. Nous contournons le monticule pour les surprendre et les voilà qui descendent de leur abri, les mains en l’air. A l’affut derrière une voiture, Derrien et Nicot viennent en renfort pour réceptionner les prisonniers.
    La bataille du casino est maintenant terminée pour nous ».

    (Archives familiales - L'Odyssée 1940-1945 des 500 Français Libres du Havre)

     

    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

    Quelques jours plus tard dans un village de Normandie... Marcel Raulin, de profil

    col. Guy Vourc"h. Musée de l'Ordre de la Libération

     

     

    En replay quelques jours sur France 3, LES FRANCAIS DU JOUR J

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     Une référence....

    * 6 Juin 1944 -   "Le jour est long, le jour est long..." . Regard sur les Français Libres  du D-Day

     

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    Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     

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    Hubert Germain, 13ème Demi Brigade de Légion Etrangère -  EM

    Ancien de Bir Hakeim

    Hubert Germain est né dans les beaux quartiers de Paris, le 6 août 1920. Mais ses grand-parents étaient originaires de la Drôme et le petit citadin, comme le souligne Benoit Hopquin dans son livre « Nous n’étions pas des Héros », en gardait une âme rurale : « Ce n’était pas l’amour de la patrie, mot bien trop abstrait. Non, c’était vraiment l’amour de la France… Entendez-vous dans nos campagnes mugir ces féroces soldats…, Hubert Germain n’eut pas à se poser de questions pour prendre la décision en juin 1940 de rejoindre Londres, c’était le bon sens".

    Son père Maxime Germain, polytechnicien, officier général issu des troupes coloniales, avait poursuivi sa carrière dans les colonies. A 17 ans, Hubert avait déjà fait le tour du bassin méditerranéen, vécu à Damas et passé son bac à Hanoï. La carrière de son père le ramenait sporadiquement à Paris, milieu dans lequel se révèle son caractère révolté, affranchi des conventions. Son insolence le fait exclure des grandes écoles de Janson de Sailly et Louis le Grand.

    En 1934, son père appartenait au cabinet de Philippe Pétain, ministre de la guerre. Hubert apprend à connaître le personnage dans le sillage de son père et mesure le fossé qui sépare l’homme de sa légende… Maxime Germain s’installe à Bordeaux en 1937 et Hubert apprécie pour la première fois le retour en métropole. Il est désormais admis à la table où son père invite d’autres officiers :  il écoute les dissertations sur l’Anschluss en Autriche, le coup de force en Tchécoslovaquie, l’accord de Munich…. et il s’inquiète de la mollesse de ces officiers supérieurs qui n’ont aucune envie de se battre.

    En 1939, la guerre déclarée, le général Germain rejoint la frontière avec sa division. Hubert est inscrit au Lycée Montaigne et prépare les examens pour entrer à l’école navale de Bordeaux. Le jour des examens, il ne parvient pas à se concentrer sur ce devoir qui lui semble inepte : Paris venait de tomber, la France se noyait…  Devenir officier de marine d’un Etat qui sera aux ordres de l’Allemagne nazie ? Impensable. Il se lève, rend copie blanche et sort. Le 17 juin le discours du Maréchal achève de le dégoûter.

    Il songe alors à se rendre au Maroc pour poursuivre le combat et il soumet son projet au général Bührer, arrivé à Bordeaux avec le gouvernement. Celui-ci lui répond que l’Afrique du Nord va à son tour arrêter le combat. Et : « Tu serais prêt à abandonner le sol français ? Sors d’ici ! - Mon général je vais faire la guerre que vous avez abandonnée - Voyou ! », lui lança le général tandis qu’il s’éloignait. (1)

    Le Royaume-Uni se battait encore, c’est là qu’il fallait se rendre. Le 21 juin, il fait ses adieux à sa mère et à sa sœur et parvient à Saint-Jean-de-Luz le 23 en compagnie de quatre copains de promo. Là, l’Arandora Star embarque des troupes polonaises pour l’Angleterre.

    Hubert Germain prend les choses en main. Pourquoi s’entêter à chercher la faille dans le cordon des policiers ? Autant s’adresser directement aux officiers supérieurs. Germain a donc repéré un général polonais et l’a abordé simplement : « Mon général, je suis moi-même fils de général de l’armée française. Nous serions honorés, avec mes compagnons, de nous joindre à vos hommes ». Et ils obtiennent satisfaction ! des morceaux d’uniforme leur ont été distribués et les étudiants ont embarqué sur l’Arandora Star sous la bannière de l’aigle polonais, le 24 juin . (4)

     

    Hubert signe son engagement dans la France Libre à l’Olympia Hall, et se retrouve au milieu de 2000 hommes, pour beaucoup aussi jeunes et aussi perdus que lui. Ils se regroupent selon des affinités instinctives, dans un brassage à l’aveugle avec pour seuls points communs l’enthousiasme de se battre, et l’insensée certitude de vaincre. « Nous étions des braises, la flamme était en nous, elle a jailli ».

    En formation à la caserne d’Aldershot, il rencontre et se présente à de Gaulle venu en inspection, il est conquis. « Je vais vous envoyer dans une école d’officier militaire ».  Il est affecté sur le cuirassé Courbet où il suit les cours d'élève officier de marine. Alors qu'il étudie pendant la journée entre les alertes, Hubert Germain participe la nuit en tant que télémétreur à la défense antiaérienne contre les raids allemands. A bord, se trouvent des bretons venus de l’Ile de Sein, qui ont quitté leur bout de terre et rejoint l’Angleterre sur des bateaux de pêche. Le plus jeune a 14 ans, le plus vieux 60. Une éducation à la dure sous la direction des plus vieux…

    Mais la formation s’éternise et Hubert Germain se morfond dans l’attente de se battre. Fin 1940, il se rend au QG des FFL à Carlton Gardens et y croise un ami de son père, le général Paul Legentilhomme qui est aussi son parrain : il avait déclaré sa naissance à la mairie du 16e arrondissement avec son père !

    En 1939, Legentilhomme était commandant supérieur de la Côte française des Somalis. Il avait refusé l’armistice et tenté de convaincre le territoire, aidé du colonel de Larminat, de poursuivre la guerre aux côtés de l’Empire britannique. Sitôt installé, le gouvernement de Pétain avait envoyé un émissaire pour convaincre l’insurgé de se rallier au gouvernement de Vichy. Cet émissaire n’était autre que le général Germain ! On imagine, écrit Benoit Hopquin, le déchirement de l’homme et du militaire tenaillé entre l’obéissance aux ordres et la fidélité à l’amitié. La situation n’était pas mure, prêchait le général Germain, il fallait patienter avant de reprendre les armes. Finalement, Paul Legentilhomme fut destitué par Vichy en juillet et Maxime Germain le remplaça avec les plein pouvoirs… mais pour peu de temps. Jugé trop tiède, par le régime, il fut rapatrié et bientôt, deviendra suspect aux yeux des collaborationnistes. Legentilhomme, lui, le commandant déchu, avait alors fui le territoire et rejoint Londres fin octobre 1940.

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

    Koenig et Legentilhomme en Syrie

    Paul Legentilhomme ne pouvait oublier que c’est le propre père d’Hubert qui avait précipité sa chute à Djibouti, cependant, il est tout heureux de revoir Hubert Germain auquel il propose de l’intégrer à son état-major et de l’emmener avec lui au Moyen-Orient. Au printemps 1941, ils parviennent au camp de Qastina où le général Legentilhomme devient le commandant en Palestine de la 1ère Division légère française libre destinée à intervenir au Levant.

    Hubert Germain participe à la campagne de Syrie et devant Damas qu’il avait connu enfant, il sert de guide et renseigne sur les défenses que son père avait en partie mises en place. Puis il intègre l’école officier de Damas dont il sort, à sa grande fierté, promu aspirant en septembre 1941..

    En Syrie, il rencontre aussi Pierre Koenig, le chef d’état-major de Legentilhomme, d’origine modeste comme l’était le général Germain. L’apprenti soldat est conquis par son esprit à la fois sympathique et sarcastique : « Petit con, tu t’imagines que tu vas rentrer en France comme ça ? La guerre va durer longtemps. Tu finiras sur un champ de bataille. - Ça me va », répondit Hubert Germain.

    Alors Koenig l’affecta au 2e Bureau de son Etat-major, celui de la 1ère Brigade française libre et Hubert Germain le suivit au Caire. En février 1942, il rejoignait les rangs du 2e Bataillon à la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère (13e DBLE).

    « … il se trouve que, engagé dans la France Libre, soutenu par un de mes parrains qui était là, le général Legentilhomme, très proche de moi, j’ai pu, à la suite d’un cours d’officier, accéder à la Légion Etrangère. J’y tenais beaucoup. Ayant un père colonial, bien sûr, comme dirait l’autre, j’ai voulu rompre avec Papa (rire), j’aimais beaucoup la Légion, déjà, elle me fascinait.

    Enfin, comme jeune aspirant à l’époque, lorsque je me suis retrouvé en Libye, par un matin très grisâtre, il pleuvait en début de février (1942), il faisait froid – on peut parler du désert de cette façon-là, j’étais au bord d’une piste parce qu’un officier devait venir me prendre et m’emmener, et je me suis dit pendant quelques instants : « mais qu’est-ce que tu es venu foutre là ? ». Et puis, cet officier est arrivé, le Capitaine de Sairigné, il m’a embarqué, ça y est, c’était un commencement…»

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

    Le général, de Sairigné, Hubert Germain

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     Gabriel de Sairigné

    Hubert Germain participe dès lors à la campagne de Libye au sein de la 1ère Brigade.

    « A la Légion, j’avais des chefs comme le capitaine de Sairigné qui a été un cerveau dans la bataille…, le capitaine Arnaud, Simon, Messmer, Baudenom de Lamaze tué dans les prémices de la bataille. Quand vous êtes là vous vous sentez fort, quand vous avez des hommes déterminés, vous formez un bloc, et ce bloc-là était impénétrable. » (2)

    Aux côtés du Capitaine de Sairigné, Hubert fait l’apprentissage des patrouilles solitaires, des Jocks colonnes ensablées de la Légion.

    « Nous sommes en Libye. On s’imagine -  le public, qu’il y a une ligne de part et d'autre, et puis on joue un mauvais tennis si vous voulez, à se détruire, mais on s’imagine que l’on est face à face. Dans le désert, on n’est pas face à face, dans le désert on est comme sur un océan. La conception même de la bataille n’est pas du tout la même. Oui, il y a le sable, il y a de vagues repères, c’est une affaire entendue, mais quant à l’ennemi, il est partout. Il est devant vous, il est à gauche, il est à droite, il est derrière vous, et en l’air dans la mesure où des bombardiers viennent (perturber ?) votre propre évolution. Il était aussi au sol même… il y avait une profusion d’installation de mines, qui fait que malgré tout, il fallait regarder partout où on mettait les pieds.

    Quand vous êtes dans le désert, vous avez des valeurs essentielles qui reviennent : la valeur de l’eau, la valeur de l’ombre, la valeur de vos armements qu’il fallait toujours, chaque jour, nettoyer, de façon à ce que le sable ne s’incorpore pas dans l’élément de frottement des armes. Avoir conscience de la valeur des choses… vous ne savez pas ce que c’est après le désert que de prendre votre première douche, vous avez honte… vous avez honte parce que vous gâchez de l’eau.  

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     

    La nécessité de naviguer au soleil, au compas solaire… il fallait aussi la nuit pouvoir connaître certaines constellations, car les cieux là-bas étaient sensationnels, il y avait des millions d’étoiles, un ciel d’une pureté extraordinaire. A une heure donnée, on pouvait en déduire le lendemain, sans regarder nos montres :  telle constellation est à tel endroit, il doit être telle heure à ce moment… » (2)

     ***

    Mais saurait-il se battre se demandait Hubert ? Le 27 mai 1942, lorsque pendant deux heures, les vagues de chars de la division Ariete se brisent sur les défenses de Bir Hakeim, ses derniers doutes s’estompent : il reçoit l’ordre de se rendre vers une pièce d’artillerie située à 400 mètres de son trou et se force à marcher à pas lents sous la mitraille. « Est-ce que vous allez vous décider à courir, bon sang ! ». Il se mit alors à filer à toutes jambes et arriva à la batterie vivant et heureux : il avait gagné le respect des autres et de soi-même. (1) « Je dois dire que les officiers de Légion n’avaient aucune morgue. Quand je suis arrivé à la Légion, j’ai été très bien reçu, mais à partir du moment où j’ai fait mes preuves, c’était fini, je faisais partie du clan ». (2)

    Le 27 mai, il est détaché de la compagnie de Sairigné en appui de la compagnie d’Arnaud, comme chef d’une section antichars d’une trentaine d’hommes, à la compagnie lourde de la Légion (la seule compagnie équipée de d’antichars et de mortiers).

     

    « Quelle était l’importance des français de métropole dans cette affaire ? elle était relativement réduite. Vous aviez deux bataillons de Légion étrangère, vous aviez le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique, les gratteurs de guitare… quand ils lâchaient leurs guitares, vous n’aviez pas intérêt à vous trouver en face d’eux !   Il y avait des éléments nord-africains, un bataillon d’Oubangui-Chari…

    Les fusiliers marins, qui étaient un rassemblement d’hommes courageux, déterminés, gueulards comme il n’est pas permis, ont été fantastiques, on les aimait vraiment bien !  Au point de vue antiaérien, ils ont été absolument remarquables. Pour eux, ça a été très très dur.  J’ai vu devant moi un des stukas foncer et les fusiliers marins arriver à stopper le stuka dans sa descente et éclater presque sous mes yeux, il ne restait plus rien et le pilote était en morceaux.

    La mission était pour nous de tenir huit jours en cas d’opération. Donc si l’on veut regarder les évènements de Bir Hakeim dans le cadre de l’opération d’offensive menée par les Allemands, il faut bien considérer que la mission dévolue aux Français : huit jours, on en a fait quinze… » (2)

    Au cours de la Sortie de vive force de Bir Hakeim le 11 juin, apprécié pour ses dons d’orientation, il avait été inclus dans les tous premiers groupes. Quand le couloir s’est embrasé, il a eu l’immédiat sentiment que sa vie était finie… Et il fonça. Si vite et si efficacement que ses hommes, maintenant sauvés, lui témoignent : « C’était pas difficile. A la lueur des fusées, comme vous êtes grand, on n’a eu qu’à vous suivre ! ».

    La borne B. 837 atteinte, sa section défile sous les yeux du chef de la brigade. « Merci Germain ! » lui lance Koenig sous les yeux des hommes ébahis. (4)

    « Quand nous sommes sortis de Bir Hakeim, nous avons vu les journaux… tous les journaux du Caire d’Alexandrie étaient remplis jour par jour des combats que nous menions : -  Ah ils sont là, ils se battent, ils tiennent, ils tiennent encore, ils tiennent toujours !  Nous avons vu des spectacles étonnants avec nos véhicules -  il ne nous en restait pas beaucoup, criblés d’éclats d’obus, je l’ai vu devant moi parce que nous avons été obligés de freiner : la colonie grecque française ou libanaise qui était là, dans une démarche quelque peu ostentatoire mais propre à l’Orient – embrassait la trace de nos pneus…

    Nous nous sommes retrouvés ensuite quelques jours près du Caire, et le général de gaulle est venu nous voir… c’était le jour où il a remis la croix de la libération au général Koenig, à Amilakvari et au capitaine de Sairigné …  il est venu et il s’imaginait trouver des gens traumatisés… il s’est retrouvé alors sous une tente où nous étions. Les jeunes sous-lieutenants, c’est à dire nous autres… dans un réflexe de gamins, on avait préparé un coup et on s’est dit on va dire au général : « Bir Hakeim, c’est pas une mince affaire,  il faut qu’il y ait quelque chose de commémoratif de la bataille, une médaille, un titre… on voudrait bien qu’il y ait quand même quelque chose qui nous distingue des autres… » « oui, je vais y penser, faire un arrêté… « , et il s’attendrissait le général… « C’est tout vu : voilà le texte de l’arrêté ! il a été surpris : « J’ai pas de stylo… » « en voilà un mon général », il était de plus en plus coincé (rires) - « où voulez-vous que je me mette ? » un sous-lieutenant s’est penché : « tenez mon général, vous pouvez signer ». A ce moment-là, on n’avait pas le général en face de nous, on avait un père. Il a signé. Il y fait allusion dans ses mémoires, il avait passé une journée sympathique, épatante à la Légion.  Quand il est reparti, il a été salué par le grand salut de la Légion, le salut au Caïd.. Si je vous ai dit ça, c’est pour vous montrer dans quel état d’esprit nous étions… pas des vaincus, mais des demandeurs, nous voulions retourner à la Bataille. C’est pour ça que quand il a fallu repartir à El Alamein, on était très très contents d’y retourner… ». (2)

    Hubert Germain est cité à l’ordre de l’armée pour les combats de Bir-Hakeim et promu sous-lieutenant en septembre 1942. Il prend part ensuite aux combats de la 1ère Division française libre (1ère DFL) à l'Himeimat (El Alamein) en Egypte en octobre 1942 puis en Tunisie jusqu'en mai 1943.

    « Il n’y avait pas que la bataille, il y avait aussi la grandeur des hommes, et un combat spirituel pour certains d’entre nous. Lorsque le colonel Amilakvari a été tué à El Alamein, ça a été un choc à travers la Légion. Nous l’avons enterré, et sous les ridelles d’un camion, la messe a été dite, et le Père Malec, Yougoslave a célébré la messe, et au moment de l’homélie, il s’est adressé à Dieu : « Mais comment peux-tu nous laisser comme ça ? Nous sommes dans un combat pour la Paix, rétablir la Liberté, et tu prends les meilleurs de nous-mêmes ! » C’était un cri de révolte et qui n’était possible de la part du Père Malec - c’était mon opinion personnelle, que parce que nous avions fait tout ce qu’il fallait faire, nous n’avions rien à nous reprocher… Mais ce qui nous a fait mal au cœur, c’est de voir qu’à Alexandrie, il y avait une flotte française qui était là et qui ne participait pas aux combats… cela nous a fait mal, cela nous a fait très mal et je dirais, un peu honte pour eux ». (2)

    En Italie, le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, alors qu’il commande une section antichars en appui du 1er BLE, le lieutenant Germain dirige le tir des mitrailleuses lourdes de sa section pour continuer à appuyer le bataillon qui attaque le long du Liri. Avançant trop vite, il se retrouve isolé et à découvert. Il est cueilli par un obus de char qui le blesse à la hanche et doit être évacué sur Naples.

    Un mois après sa blessure, fin juin 1944, Hubert Germain retrouvait sa division et la guerre. La fatigue l‘accabla aussitôt. Un ami venait d’être tué. Il avait le moral à zéro, remâchait des idées noires, quand un motard est arrivé. « Lieutenant Germain ? – Oui, c’est moi. – Message de la division. Il lut : « Ordre est donné au Lieutenant Germain de se présenter au terrain d’aviation à Caserta, demain à onze heures. Le général de Gaulle le recevra dans l’ordre de la Libération » Jour dit, heure dite, le général s’approcha et prononça la formule rituelle : « Nous vous reconnaissons comme notre Compagnon dans la Libération de la France dans l’honneur et par la victoire ». (1)

    Hubert participe ensuite au débarquement de Provence en août 1944, qui lui inspira en 2012 ce souvenir et cette réflexion :

    « Si vous demandez une définition de la Patrie, personne ne vous la donnera. Nous avons chacun une définition de la Patrie. Je suis allé il y a deux ans à une promotion à Saint Cyr de Pierre Messmer, les jeunes étaient là ainsi que leurs parents. On sentait bien qu’ils ne savaient plus ce que c’était. J’ai été amené à intervenir et je leur ai dit  : " je vais vous donner ce qu’est ma définition de la Patrie :  lorsque nous avons débarqué sur les côtes de Provence, j’étais là en attente sur un bateau hollandais … au moment de débarquer, nous avons plongé dans les landing-craft, et nous nous sommes dirigés vers la côte, moi-même j’étais en tête du bateau. La trappe s’abaisse, l’officier de marine qui commandait le landing-craft nous dit « Go ! », nous nous sommes précipités et tout d’un coup je me suis dit mais qu’est ce qui se passe ? Mes jambes ont fléchi, je suis tombé à genoux. Il y avait l’odeur des pins, le bruit des cigales… un peu affolées les cigales, quand même, et j’ai pleuré. La Patrie, c’était une odeur retrouvée, la Patrie à ce moment-là, c’était aussi une chanson, le chant des cigales ». (2)

    Hubert Germain participe ensuite à la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon. Il prend part ensuite aux campagnes des Vosges, d'Alsace et termine la guerre en avril 1945 dans les Alpes Maritimes.

     « Le 30 avril 1945, j’ai reçu un télégramme, mon père serait le lendemain à la gare de Cannes. Il avait servi pour Pétain à Djibouti, puis avait quitté le Maréchal, avait été arrêté par la Gestapo et déporté. Quand il est descendu du train, je l’ai à peine reconnu. Nous avons fait quelques pas, puis je me suis tourné vers lui : « mon général, la compagnie de légionnaires est là pour vous rendre les honneurs ». (3)

    Appelé comme aide de camp auprès du général Koenig commandant les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Hubert Germain est démobilisé en 1946.

    « Début 1946, deux gendarmes ont sonné à ma porte. Devenu l’aide de camp du général Koenig, j’étais en uniforme et ils m’ont salué. « On cherche Hubert Germain. – Qu’est-ce qu’il a fait ? – Il était de la classe 40, second semestre. Il a déserté. » Je leur ai expliqué mes états de service et je les ai sentis gênés. Les républiques ont beau passer, l’administration reste, avec toute sa connerie ». (3)

    En 1946, Hubert Germain avait 25 ans, venait de se marier et avait la vie devant lui. Que faire désormais ? Continuer une carrière militaire ? Il aurait pu. Mais il fallait se colleter avec les officiers qui rentraient de captivité et les capitulards qui sortaient de leur trou. Ils n’avaient pas perdu de leur morgue, bien au contraire, elle était augmentée de leurs jalousies et de leurs rancoeurs. Le Français libre savait qu’il ne pourrait les supporter. Il quitta donc l’Armée.

    Hubert Germain a fait de la politique… Il est devenu marie de Saint-Chéron en Essonne puis député de Paris, gaulliste bien sur… Premier Ministre, Pierre Messmer qui l’avait déjà fait entrer dans son cabinet quand il était ministre des Armées lui proposa les PTT puis les relations avec le Parlement.

    Malgré tout cela, les honneurs, les distinctions, les combinaisons politiques, il ne parvenait pas à y prendre réellement goût, conclut Benoît Hopquin. (1) 

    « Il y a quelque chose de très fort dans cette affaire. Je me souviens d’un jésuite, le père Starcky, très érudit, qui a d’ailleurs travaillé sur les manuscrits de la Mer Morte. Nous avions été faits Compagnons ensemble. Il me disait « nous avons brûlé notre meilleur charbon là-bas ». Et c’est vrai. Nous avions donné le meilleur de nous-même mais nous avons touché à quelque chose d’essentiel, à la signification de nos efforts, à notre signification humaine, la valeur de toutes les choses essentielles ; pouvoir se conduire soi-même, se dire ne jamais suivre de traces dans le désert mais se créer son propre chemin ;  c’est-à-dire assumer ses propres responsabilités. (2)

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     Ordre de la Libération

    « Dernièrement, à la suite des évènements de Libye, les autorités françaises se sont rendues là-bas. Il n’y en a pas un d’entre eux qui se soit rendu à Bir Hakeim d’un coup d’hélicoptère. Il y a quand même un cimetière là-bas… les ministres des anciens combattants se sont peu préoccupés de ce cimetière ; il est dans un piètre état.

    Regardez à l’heure actuelle, nous sommes devant un vide sidéral. On est obligés de remettre l’histoire sur le tapis, de rechercher des témoignages… 

    Vous savez, je suis très philosophe. Prendre conscience, c’est déjà difficile pour les Français. Les faits nous appartiennent à nous ; je vous en livre un peu, c’est de la mémoire, c’est de la chronique, parce que je ne suis pas le seul, je vous donne mon point de vue, c’est le temps des chroniqueurs… Après ça il y a la prétention des historiens qui veulent expliquer la bataille, en importance, en l’exaltant ou en la diminuant. Ils prennent parti, c’est pas bon. Mais derrière les historiens va venir le temps de la légende. Et je crois que c’est la légende qui est importante.

    A la Légion nous marchons sur la légende des combats de Camerone, vous ne pouvez pas imaginer ce que ça représente. D’ailleurs le 30 avril prochain, la Légion étrangère fêtera Bir Hakeim, mais dans la soumission à l’évangile de Camerone. L’officier qui a été tué à Camerone avec tous ses hommes avait une main artificielle, que l’on a récupérée. Et chaque année le 30 avril, le bois du capitaine Danjou est sorti et porté. Et c’est à moi que revient cet honneur, pas du tout par mes mérites, mais parce que je suis le dernier officier de la 13. Et c’est quelque chose de terrible, vous ne pouvez pas imaginer… Le gamin de Bir Hakeim, c’est toi qui es là, alors tâche de bien te tenir parce qu’ils sont tous là à te surveiller (rire). Ça m’impressionne…

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

    Aubagne, Camerone 2012 . Photo Arnaud Beynat

     

    Je voudrais bien dire une dernière chose : Bir Hakeim a été déterminant pour la France au Combat : s’il n’y avait pas eu Bir Hakeim, c’était rapé… (2)

     

    Hubert Germain est Grand Croix de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération et titulaire de plusieurs décorations étrangères .

     

    Sources des extraits de cet article :

    (1)  "Nous n'étions pas des héros". Benoit Hopquin, Calmann-Lévy, 2014

    (2) Entretien audio avec Hubert Germain pour le documentaire « Bir Hakeim, ici était l’âme de la France Libre », réalisé par Frédéric Roumeguère. ADFL/ Fondation de la France Libre, 2012.

    (3) Article du journal Le  Point

    (4) 1061 Compagnons, histoire des Compagnons de la Libération. Jean-Claude Notin, Perrin, 2000

    Vidéo Le Point LIEN

     

    * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     


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  • Extrait du livre de Benjamin Massieu à paraître aux Editions Pierre de Taillac. Publié sur la page Facebook "Le Royal-Voyou , l'épopée des fusiliers marins de la France Libre", diffusé sur le Blog avec l'aimable autorisation de l'auteur.

     

    Il y a 76 ans : la bataille de Bir Hakeim. Pour marquer l'évènement, voici en avant-première un 6e extrait de mon livre à paraître consacré à l'histoire des fusiliers marins de la France Libre. Aujourd'hui, une journée particulière : le 1er juin 1942, marqué par de grandes victoires mais aussi la perte de valeureux fusiliers marins.
    Bonne lecture !

    Benjamin Massieu... 

     

     *****

    Lundi 1er juin. Vers 9 heures, la 1re batterie de Bauche et Le Goffic « appareille » avec le bataillon du Pacifique, direction Rotonda Signali toujours inoccupée et où la brigade doit se regrouper une fois Bir Hakeim évacué. Les deux canons de Bauche doivent se tenir à droite de la colonne et ceux de Le Goffic à gauche. Au total, 34 marins et 4 Bofors.

    Le mouvement sera éclairé par des automitrailleuses britanniques et couvert au nord par une brigade motorisée anglaise en charge de gagner Rotonda Mteifel. À 10 heures, c’est la mitrailleuse quadruple du quartier-maître Audren qui part escorter la colonne du commandant Puchois qui va faire une liaison avec les Britanniques.

    En prévision du départ du reste de la brigade, note Constant Colmay, « on travaille ferme à la pièce Le Borgne. Les pointeurs Guitton et Bertin graissent et astiquent tandis que Choquer et Moniot gréent des lames-chargeur avec les obus calibrés par Daviault et Giorgy. Genovini, le chauffeur, qui a servi le thé matinal, fait tourner le moteur de son camion en chantant à pleine voix. Carnet en main, Le Borgne compte les munitions, les vivres et l’essence et pousse un coup de gueule quand quelque chose ne va pas à son idée. » (1)

    Le quartier-maître Le Borgne est un fusilier marin de l’école de Lorient, rallié de la première heure. « Trapu et solide comme un roc, il est d’un extérieur froid et maussade. » Mais Le Borgne est aussi un remarquable entraîneur d’hommes reconnu comme tel par ses chefs.

    Vers 11 h 40, Daviault appelle ses camarades « à la soupe ». Tout le monde se précipite dans l’abri-popote à l’ombre. Les discussions vont bon train sur le déroulement de la bataille quand Le Borgne interrompt tout le monde d’un « chut » énergique. Il est 11 h 50. Un ronronnement bien connu se fait entendre. « – Alerte ! crie le chef de pièce au moment où, déjà bien convaincus de la chose, les sept marins, bousculant table, sièges et gamelles, foncent à leur poste de combat. »  (2)

    En quelques secondes, tout le monde est sur la pièce. À ce moment, en bordure nord-ouest du camp, la pièce de Bernier et de Charpentier ouvre le feu aux obus traçants afin que les autres pièces repèrent la direction des avions ennemis. Apercevant les petits nuages noirs formés par l’éclatement des obus, Le Borgne fait tourner la plate-forme de sa pièce. Les avions ennemis, 12 Junkers 87, les fameux Stukas, apparaissent, déjà pris à partie par Fremeaux, Canard et Laporte. Ils doivent rompre leur formation serrée. Le Borgne fait ouvrir le feu à sa pièce tout en hurlant des corrections de tir. La pièce tire tout ce qu’elle peut. Le recul génère un nuage de sables qui complique d’autant plus la visée. Les Stukas descendent brutalement en piqué et lâchent leurs bombes à tour de rôle.

    Colmay raconte : « Cet avion qui, dans un hurlement sinistre, pique sur chaque pièce en donnant l’impression qu’il va tout pulvériser, fait trembler les cœurs et courber les épaules mais, debout à leur pièce comme à bord, nus jusqu’à la ceinture et casque plat sur la tête, les marins tirent toujours. À chaque explosion, les torses sont douloureusement cinglés par les jets de gravier. Dans ce décor hallucinant, de nombreux points rouges apparaissent ; ce sont des camions qui brûlent… et qui sautent. Le départ de la batterie Bauche a créé un trou dans la défense D.C.A. et c’est Le Borgne qui en subit déjà les conséquences, plusieurs fois pris à partie. Les bombes ont explosé tout près et, malgré les secours que lui prêtent Le Sant et la batterie anglaise, les Stuka s’acharnent sur lui. Sans arrêt, le chargeur alimente sa pièce qui tire à cadence accélérée, et il va bientôt falloir changer le tube rougi. Les corrections de tir sont inutiles et Le Borgne pare au plus pressé en virant lui-même pièce et pointeurs du côté de l’assaillant le plus dangereux. » (3)

    Soudain, un des Stukas pique droit sur la pièce Le Borgne.

    « Le Borgne a vu, et il va se défendre : – Feu !… Feu ! hurle-t-il… Moniot écrase la pédale sous son pied et, les yeux exorbités, enfile les chargeurs dans le Bofor surchauffé… Les obus de 40, en un trait de feu continu, filent en direction du Stuka qui ne dévie pas d’un pouce. Déjà, dans un vrombissement du tonnerre, l’engin de mort remonte en chandelle car il a largué ses trois bombes et toutes trois explosent en plein centre de l’emplacement où tout est balayé. La pièce est tordue et culbutée, les sacs de sable éventrés et volatilisés, les corps déchiquetés et broyés… » (1)

    Les quartiers-maîtres Le Borgne, Genton, Bertin et les matelots Monniot, Georgy et Genovini sont morts. Seul le quartier-maître Daviault s’en sort miraculeusement avec des éclats dans la jambe. Leurs camarades observent, sans pouvoir intervenir car les munitions sont en train d’exploser dans le camion de Genovini. Le tube tordu, le canon est hors-service alors que son affût et ses quatre roues, situés en-dessous du niveau du sol, sont intacts.

    Pendant ce temps, à la colonne en direction de Rotonda Signali, Bauche note : « Le train est rapide et nos canons "Bofors" avec leurs tracteurs trop bas ont du mal à suivre. À chaque alerte aérienne il faut stopper, mettre les pièces en batterie, et repartir ensuite pour rejoindre la colonne. Après avoir fait cinquante fois de suite cet exercice sous le soleil implacable, les hommes sont rompus. Cap, Pontillon. Joudrier, Lebail, malgré leurs muscles imposants sont complètement fourbus. » (4)

    Enfin, à 19 h 30, la colonne arrive sur son objectif, ancien camp italien à l’abandon situé en plein désert.

    « Les marins fourbus étaient couverts de poussière. Rotonda Signali ressemblait sur la carte à un petit pain posé à côté d’un croissant sur la grande nappe de sable plat. Les unités se disposèrent pour le mieux dans les alentours désolés de ce paysage aride. » (5)

    À 20 heures, alors que le bivouac s’établit, c’est l’alerte aérienne. Les fusiliers marins vont avoir du travail : quatre Messerschmitts 110 piquent en rase-motte et mitraillent la colonne. Bauche et son chauffeur se jettent hors de leur pick-up pour s’abriter derrière les roues. La mitraille tombe tout autour. La voiture est touchée et immobilisée avec ses deux roues tordues et crevée et le moteur atteint.

    Au même moment, d’autres fusiliers marins s’affairent sur leur pièce et ouvrent le feu mais sans résultat. Les avions s’éloignent, puis virent et reviennent à l’attaque à seulement 30 m d’altitude. Soudain, l’un d’eux explose en deux : la première pièce de la 2e section, commandée par Malesieux, vient d’abattre son premier avion. Il y a maintenant six Messerschmitts 110 et trois Messerschmitts 109 au-dessus des Français. La deuxième pièce de la 2e section est touchée par la mitraille d’un avion ennemi au moment d’ouvrir le feu. Le tracteur est transpercé et le moteur démoli. Le chef de pièce, Fiémaux, est indemne, mais Monville, Pouvrasseau et Miremont sont blessés, ainsi que la pauvre chienne de la section qui reçoit trois éclats. Aucun de ces blessés ne l’est toutefois grièvement et tous pourront être évacués en ambulances.

    Il est à peine 20 h 05 quand une nouvelle attaque en rase-motte survient. Six avions en deux groupes piquent pour se croiser au-dessus de la pièce du quartier-maître Rey qui va parvenir à en abattre deux en un seul coup comme le raconte l’enseigne de vaisseau Bauche : « La mitraille commence ; l'armement de la pièce, sans sourciller, continue à tirer. Le bruit des moteurs à vingt mètres, celui des mitrailleuses et du canon qui tire deux coups par seconde, sont noyés dans un tonnerre assourdissant, des flammes, une fumée noire, de l'huile chaude qui gicle partout autour de nous, des explosions dans tous les coins, des morceaux de tôle gros comme une armoire, tombent en sifflant. Nous sommes tous couchés par terre, suffoqués par la fumée... Que s'est-il donc passé ? Lorsqu'on y voit plus clair, je me relève pour constater que l'un des avions touché par un obus a perdu l'équilibre et en a accroché un autre; le tout est tombé sur nous dans une belle salade. » (6)

    Le quartier-maître Henri Bohuon, un des servants de cette pièce, note dans son carnet : « Encore une fois j’ai eu chaud. Un des avions abattus est tombé à coté de mon tracteur et lui a arraché le moteur qui vole à 20 m de là, juste le temps de me coucher et un bout d’aile d’avion de 2 mètres me défonce mon casque, me blesse superficiellement à l’avant-bras et au côté droit. Je suis assommé sur le coup mais réalise vite que c’est par miracle que je ne suis pas tué. J’aurai levé la tête, j’étais décapité. » (7) 

    Un des camions a été coupé en deux et le feu s’y déclare. Miraculeusement, tout le monde est indemne. « La pièce est avariée et il faut la mettre à l'abri d'une nouvelle attaque et des munitions du camion incendié qui commencent à sauter. » (8)

    À peine dix minutes de répit sont laissées aux marins qui en profitent pour s’abriter et abriter leur matériel quand survient une nouvelle vague à 20 h 15 : trois Messerschmitts 109, douze Stukas et deux Messerschmitts 110 reviennent à l’assaut. 24 bombes de 250 kg tombent à l’endroit même où se trouvait la pièce de Bauche quelques minutes plus tôt. Le choc de l’explosion secoue tout le monde, la terre vibre plusieurs secondes, les éclats sifflent aux oreilles et des pierres volent dans tous les sens. Encore une fois, les marins ont de la chance : personne n’est touché. Un avion passe si près de la quatrième pièce qu’il manque de la toucher avec son aile. Mais les fusiliers marins qui servent ce canon ne manquent pas, eux, leur coup : d’un obus en plein moteur, ils envoient l’avions ennemi s’écraser contre la falaise. Un des camions de munitions est atteint par des balles incendiaires et explose à son tour. Ce combat intense entre l’aviation ennemie et la D.C.A. des fusiliers marins a à peine duré vingt minutes. Quatre Messerschmitts 110 ont été abattu. Les avions ont pour leur part réussi à détruire deux camions, un tracteur, un pick-up, à avarier une pièce et à faire trois blessés. Les deux compagnies du bataillon du Pacifique qui font parties de la colonne comptent pour leur part trois tués et quatre blessés.

    « La nuit est complètement venue maintenant et la lueur des incendies va durer jusqu'à l'aube. Dans l'obscurité, les matelots réparent les avaries et préparent des munitions, en vue d'une prochaine alerte. » (9)  Avant de s’endormir, le chauffeur de Bauche va visiter les restes des appareils abattus. « Au milieu de l’aluminium tordu il ne put trouver qu’un canot pneumatique qui s’était gonflé automatiquement et sur lequel adhéraient encore des morceaux de cuir chevelu. Ironie du sort : il avait perdu son véhicule en plein désert et il trouvait en échange ce bateau en caoutchouc ». (10)

    Pendant les exploits de la section Bauche à Rotonda Signali, Bir Hakeim a encore été la cible d’attaques aériennes. Après le passage de quatre Junker 88 à 13h, une délégation de chaque batterie est envoyée à 15 h à l’enterrement des morts de la pièce Le Borgne, près du groupe sanitaire divisionnaire. Koenig et de Larminat viennent saluer les corps. Deux autres attaques ont lieu, à 18h (par 12 Junker 87) et à 18h45 (4 Junker 88) mais elles n’ont pas des conséquences aussi funestes.

    Dans la soirée, Hubert Amyot d’Inville diffuse l’ordre du jour suivant:

    « Fusiliers marins,

    Sept des vôtres ont été tués ce matin à leur poste de combat. Le coup est rude, mais nous ne devons pas faiblir une seconde. L’aviation ennemie fait tout ce qu’elle peut pour dégager son armée qui sait la bataille perdue pour elle. Ces diversions ne changent en rien l’avance des forces amies. Le moment n’est pas de s’attendrir, mais de combattre.

    Vos camarades sont morts pour la France Libre.

    Vive la France. »  

     

    (1,2,3) Les fusiliers marins à Bir Hakeim, Extrait de la Revue de la France Libre, n° 62, novembre 1953.

    (4) Jacques Bauche,  À force de vaincre, p. 190-191.

    (5) Jacques Bauche, Jean Marie de l’île de Sein.

    (6) Jacques Bauche,  À force de vaincre, p. 191-192

    (7) Carnet inédit d’Henri Bohuon – Notes en date du 1er juin 1942

    [8] Jacques Bauche, À force de vaincre, p. 192.

    [9] Jacques Bauche, À force de vaincre, p. 192

    [10] Jacques Bauche, Jean Marie de l’île de Sein

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    Retrouvez 20 pages de photographies des fusiliers marins dans notre Album RFM


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    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

     

    II. LA VIE A BIR HAKEIM  AVANT LE  SIEGE (Février-Mai 1942)

     

    "A la guerre de mouvement va se substituer une guerre de position. Evidemment Bir Hakim n'est pas un camp retranché, comme il a été dit de trop nombreuses fois, tout n'est pas parfait mais, dans les conditions qui nous étaient faites, on ne pouvait faire mieux pour nous protéger.

    Pour ne pas s'encrouter et conserver à nos troupes le mordant nécessaire, en plus d'un entraînement quotidien, une lutte active d'escarmouches et de patrouilles fut entreprise dans le no man's land profond qui nous séparait du gros de l'ennemi.

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

     Artilleurs en Jock columns (patrouilles)

     

    Libye 42-43 Piece 25 pounders de la 3e batterie dans le désert de Cyrénaique

     

    Il arriva même qu'une fois (et ceci est un souvenir personnel), une patrouille chanceuse rapporta de ces incursions chez l'ennemi une caisse de cognac, réservée à la Wehrmacht disait l'étiquette, que les gosiers français absorbèrent en connaisseurs pour dire qu'on s'était bien foutu de la gueule des frisés. J'y goutai moi-même un jour et déclarai que c'était de l'honnête Brandy mais pas du " Cognac". Il y avait aussi chez nos voisins un excellent savon qu'on pouvait utiliser avec l'eau de mer. Cette marchandise était la bienvenue tout autant que le moyen de se la procurer était considéré comme hautement méritoire.

    La ligne de défense Gazala - Bir Hakim constituée par des nids de résistance autonomes, garnis d'infanterie et d'artillerie, reliés entre eux par des champs de mines continus semblait assez sérieuse pour nous mettre à l'abri des surprises. Du moins c'est ce que nous pensions.

    La vie matérielle à l'époque où j'arrivais n'était pas trop pénible. Ce qui était le plus désagréable, c'était le soleil et les mouches.

    La défense contre le soleil, on ne pouvait rien y faire. Les mouches c'était autre chose, mais je dois dire que notre indiscipline sanitaire était responsable de ce fléau. La Légion se conformait, ainsi que les Fusiliers Marins, aux prescriptions d'hygiène et je dois dire qu'un séjour chez eux était moins pénible qu'un séjour dans les autres unités. Je n'insisterai pas sur ce point, ceux qui ont été soldats me comprendront. Il s'agit des lieux dits d'aisance. L'homme est un animal, comme les animaux, les uns sont sales, les autres sont propres. Pourrait-il se faire qu'ils fussent tous propres... Les Américains et les Anglais, d'après mon expérience personnelle, sont en avance d'une ère de civilisation sur nous latins et celtes indisciplinés.

    Notre ravitaillement comportait évidemment beaucoup trop de corned beef et de légumes en conserve, du bacon, du spam (sorte de pâté de viande) du lait condensé, des oignons que nous mangions crû à cause des vitamines lesquelles nous étaient distribués en comprimés pas les services sanitaires. Je dois dire que nos soldats se rendirent très vite compte que notre vie les rendait indispensables. L'intendance nous envoyait parfois du vin, mais, la plupart du temps ce vin était imbuvable parce qu'il avait été entreposé dans des " Jerricans" ayant contenu de l'essence. Comme les British nous nous étions mis au thé. Le thé tiède et légèrement sucré désaltérait mieux que tout autre boisson.

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

     Avant le siège : déjeuner "en plein air" chez  les Légionnaires

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

    Avant le siège : déjeuner  "en plein air "  chez les Artilleurs - Archives J. Roumeguère

     

    L'eau, nous en recevions un gallon par jour tous usages, cela laissait à chacun pour son usage personnel un petit bidon d'un litre pour les soins corporels. Cela suffisait pour se raser, se brosser les dents. J'avais avec moi toujours assez d'eau de Cologne et de coton pour me nettoyer après une bonne sudation. Les nuits étaient plutôt fraîches et j'étendais une serviette de toilette le soir devant ma tente pour qu'elle absorbe l'humidité de l'air et j'arrivais ainsi à obtenir une serviette assez humide le matin pour me décrasser. Pas question de lessive. Quand nos effets étaient vraiment trop sales, nous les nettoyions à l'essence bien que ce fut interdit.

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

    Le  "selfie" du Docteur Bernasse  avec son quart d'eau 

    Nous souffrions également d'une autre calamité, les plaies du désert. Si on avait la malchance de s'écorcher, les plaies mettaient longtemps à se cicatriser surtout que le sable ou plutôt cette terre jaune du désert s'infiltrait partout.

    On se levait tôt, on se couchait tôt, il y avait de longues heures de "farniente " où chacun pouvait se livrer à son hobby favori. Le mien c'était la lecture. En passant par Alexandrie j'avais retrouvé mes vieux livres d'allemand. C'est à l'aide de Heine, de Goethe, de Schiller que je me remettais à l'étude de cette langue que je ne pratiquais que par intermittence.

    Je m'étais trouvé également un manuel de conversation à usage militaire assez complet méritant chaque jour quelques heures d'étude pour ne pas avoir l'air trop " pion " si j'avais un jour à interroger un prisonnier.

    Il faut dire que je n'avais pas eu le moindre contact avec un Allemand en uniforme depuis le début de la guerre et j'étais très curieux de connaître les réactions d'un nazi.

    Un vieux sous-officier d'origine autrichienne, à la Légion depuis 10 ans, venait de temps en temps contrôler mes progrès. Il prenait d'autant plus de plaisir à bavarder avec moi qu'il trouvait toujours chez moi une boite de bière, quelques gouttes de whisky ou d'araki que je conservai précieusement.

    De plus j'occupais un trou profond, très confortable : en plus de mon lit de camp j'avais un fauteuil de toile. On pouvait facilement se réunir à quatre sous mon toit. En guise de toit, une toile de tente bien tendue en forme de "V" renversé permettait de se tenir debout, les murs du côté de mon lit étaient recouverts de toile caoutchoutée. La lumière à l'intérieur était magnifiquement camouflée. J'avais réussi pour ma part à conditionner ma lampe tempête de telle façon qu'elle éclairait seulement la page quand je voulais lire. Le toit avait été recouvert de tout ce qu'il était possible de trouver pour que la lumière ne filtre pas.

    Pratiquement, nos tentes étant si bien enterrées et camouflées qu'il fallait bien se repérer pour retrouver la sienne, si par hasard on rendait visite le soir à un ami.

     

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

    Sous tente

     

    Avant le siège, nous avions la possibilité de nous procurer un certain nombre de ces choses somptuaires que pouvaient nous procurer les N. A. A. F. I. (Navy Army and Air Force Institutes) avoisinantes. Mais j'en usais avec parcimonie. Des cigarettes et du tabac pour la pipe, j'en ai toujours eu à satiété et s'il m'est arrivé de manquer de nourriture et d'avoir soif, j'ai toujours eu à fumer.

    En dehors de vieux camarades retrouvés à l'Etat-major de Koenig et avec qui j'avais pendant la journée des conversations intéressantes, le soir je me trouvais souvent seul dans ma tente avec mes bouquins. Les jeunes aspirants de la 3ème Batterie, mes plus proches voisins étaient tous des jeunes gens échappés de France formant une bande à part depuis l'Angleterre et leurs conversations prennent souvent un tour trop politique, de plus ils étaient trop bruyants. Ils avaient entre 19 et 22 ans, j'en avais trente.

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

    Un jeune Evadé de France de la 3e Batterie : Jean-Mathieu BORIS

     

    Mes points de vue étaient différents des leurs. Pour eux, j'étais déjà un vieux. Je ne parlais plus comme eux de refaire le monde, je ne savais pas jouer aux cartes.

    Chez nous toutes les opinions étaient représentées, il y avait tout aussi bien des hommes de droite, d'extrême droite, que des fervents de gauche et de l'extrême gauche. En regard des questions de confession, nous rencontrions de fervents catholiques à côté de libre -penseurs et de francs-maçons, des juifs, presque tous des intellectuels très souvent encore étudiants que les lois nouvelles avaient éloignés des grandes écoles. En fait un mélange très cosmopolite où l'ingénieur côtoyait le professeur, l'ecclésiastique le contre maître d'usine, le militaire de carrière l'engagé volontaire. Dans l'ensemble de la Division néanmoins, l'élément de carrière dominait.

     

    RA- 1942- Bir Hakeim - pièce de 75 mm de la 3e Batterie en position de tir dans son alvéole

    Hommes de la 3e Batterie devant leur pièce

    Parmi nous aussi quelques aventuriers recherchaient des sensations nouvelles, des rebelles à la société bourgeoise qui nous avait conduits à la défaite. Un dénominateur commun cependant, le " refus " de collaborer ou de céder à l'ordre fasciste ou hitlérien. C'était notre " Crédo ".

    Comment les hommes passaient -ils leur temps en dehors des exercices collectifs ? Ils jouaient aux cartes et racontaient les péripéties de leurs évasions ; ceci pour ceux qui échappés de France avaient déjà connu les rigueurs de l'occupation.

    Les indigènes étaient également nombreux chez nous. Nous avions des Malgaches, des Africains d'Afrique Equatoriale, des Indochinois ralliés à Beyrouth. Ceux-ci se réunissaient par régions d'origine au gré d'affinités électives. De la même façon se constituaient des groupes formés de ceux venus des lointaines possessions du Pacifique : Néo-Calédoniens, Tahitiens. On les entendait le soir chanter dans leur langue. Cela nous faisait rêver nous les plus de trente ans qui avions du mal à nous intégrer à un groupe.

     

     

    * 76e Anniversaire de Bir Hakeim - Extraits (2) de la conférence de Claude J. CORNUEL " Souvenir d'un vétéran de Bir Hakeim et d'El Alamein

     Les Tahitiens ou " les gratteurs de guitare" - La France Renaissante, François Broche

     

    Les jeunes Européens entre 17 et 25 ans (oui, il y en avait parmi nous qui n'avaient pas plus de 17 ans !) parlaient de leur dernière permission, des coups fumants réalisés au cours de celles-ci ou inventés pour épater des copains des familles d'Ismaïlia, du Caire, d’Alexandrie, du Liban, d'Afrique du Sud qui les avaient invités et reçus. D'une façon générale je n'ai jamais entendu de conversations licencieuses ni parmi mes camarades ni parmi les hommes de troupe, pas de gaudrioles comme dans les casernes. Cette population était chaste et réfléchie et dans ce polygone de Bir Hakim de 16 kilomètres carré était représentée la France métropolitaine et coloniale dans toute sa diversité.

    Nous étions " 5.500 combattants portant chacun sa peur et son espoir " [1], volontairement venus de France, d'Afrique, du Levant, du Pacifique, du monde entier enfin, rassemblés à travers tant de difficultés. Nous étions décidés de faire tout ce qu'on pourrait exiger de nous pour nous montrer dignes de la confiance que nos chefs avaient placé en nous et réciproquement de la confiance que nous avions en eux"


    [1] Citation du Général de Gaulle. Le nombre des combattants de Bir Hakeim avoisinait plutôt 3 700, selon les estimations des historiens.

     

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  • Extrait de la conférence de François Broche, historien, sur les généraux de la DFL. 

     

     

    KŒNIG, LA FIGURE EMBLÉMATIQUE

     

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

     

    De Kœnig, je dirais volontiers qu’il est davantage l’homme de Bir Hakeim que de la DFL à proprement parler, et c’est, je crois, à ce titre, qu’il en demeure la figure emblématique.

     

    Né à Caen le 10 octobre 1898, d’un père facteur d’orgues d’origine alsacienne, il effectue ses études secondaires au collège Sainte-Marie et au lycée Malherbe de Caen, avant de s’engager en avril 1917 au 36e régiment d’infanterie, avec, pour tout viatique, ces mots de sa mère, qui a refusé de l’accompagner à la gare pour ne pas s’attendrir : J’aimerais mieux te savoir mort que vaincu !

     

    Promu aspirant en février 1918 – à 19 ans et demi – il est envoyé au front quelques semaines plus tard. Sa conduite lui vaut d’être cité et décoré de la Médaille militaire ; sous-lieutenant en septembre 1918, il choisit de rester dans l’armée. Il sera, vingt-trois ans plus tard, l’un des rares généraux sortis du rang de l’armée française. Affecté au 15e bataillon de chasseurs alpins, il sert ensuite, successivement, en Silésie, dans les Alpes puis en Rhénanie, dans les troupes françaises d’occupation (1919-1929). Lieutenant, versé dans la Légion, il prendra part, dans les rangs du 4e régiment étranger, aux opérations de pacification du Maroc (1930-1934), avant d’être affecté à l’état-major du général Catroux, alors chef de la région militaire de Marrakech (1934-1940).

     

    En février 1940, le capitaine Kœnig quitte le Maroc et rejoint la 13e Demi-brigade de Légion, avec laquelle il s’embarque pour la campagne de Norvège. Promu commandant pendant la traversée, il joue un rôle important dans la prise de Namsos et résiste avec détermination aux violentes contre-attaques allemandes.

    Rapatriée en France dans les premiers jours de juin, la 13 débarque à Brest le 16 juin, le jour même où les troupes allemandes occupent Rennes. Quatre jours plus tard, en compagnie d’une dizaine d’officiers de Légion – parmi lesquels le colonel Magrin-Vernerey, le futur général Monclar – Kœnig gagne l’Angleterre et se rallie au général de Gaulle. La débâcle nous avait submergés peu après notre débarquement en Bretagne, écrira-t-il. Nous avions quitté la France avec la résolution de continuer la lutte jusqu’au bout, quelle qu’en fût l’issue.

     

    Il n’a rencontré de Gaulle, alors commandant le 19e bataillon de chasseurs à pied en Allemagne occupée, qu’une ou deux fois, à la fin des années 20.

    Il a, en particulier, assisté à une de ses conférences devant les officiers de la garnison de Coblence et conserve le souvenir d’un homme très mince, très grand, plutôt distant, parlant une langue châtiée, sans aucune note – d’une personnalité très forte. Il le retrouve quinze ans plus tard, en compagnie de Magrin-Vernerey, et tous deux apportent au chef d’une France Libre encore très pauvre en effectifs un cadeau de poids : le ralliement de la plus grande partie des légionnaires de la 13. De Gaulle leur explique le sens de son action et leur dit sa certitude de la victoire finale.

    Après avoir pris congé, Kœnig et Monclar éprouvent la même impression : Nous venions de rencontrer un génie clairvoyant, écrira Kœnig. Il nous dépassait sans peine de toute la hauteur de ses vues prophétiques et je le sentis bien vite avec certitude. Quelques jours plus tard, il est chargé de préparer, dans le plus grand secret, les plans de l’expédition de Dakar, en concertation avec l’état-major allié. Après l’accablant échec de l’opération Menace (septembre 1940), il prend une part décisive à la campagne du Gabon (novembre 1940), avant d’être nommé lieutenant-colonel et commandant militaire du Cameroun (décembre 1940).

     

    Au début de 1941, nommé colonel, il est envoyé au Levant comme chef d’état-major du général Legentilhomme.

    Après la campagne de Syrie, il est nommé général de brigade (août 1941) : en moins d’un an, il est passé de trois barrettes à deux étoiles - spectaculaire progression pour quelqu’un qui n’est même pas breveté de l’École de Guerre ! À la fin de 1941, il devient donc le chef de la 1e Brigade française libre, où il retrouve ses anciens compagnons de la 13. C’est à ce poste qu’il organise la riposte française à l’avancée de l’Afrika Korps vers l’Egypte, successivement à Halfaya, à Mechili, puis à Bir Hakeim. Retracer son rôle dans l’héroïque siège de Bir Hakeim par les armées de l’Axe, commandées par le plus brillant général du IIIe Reich, nous entraînerait évidemment trop loin.

     

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

    A Fuka (Egypte) après la Sortie - Col. Claude Raoul-Duval

     

    Je me contenterai de rappeler ce qu’écrira Pierre Messmer, ancien capitaine à la 13e DBLE, au lendemain de la mort de son ancien chef :

    "Pour les Français, Kœnig a été et restera le héros de Bir Hakeim. C’est lui qui avait organisé la position et entraîné la brigade chargée de la défendre. C’est lui qui commandait quand l’assaut allemand se déchaîna. C’est lui qui rejeta l’ultimatum de Rommel, et, après quinze jours, ayant presque épuisé ses réserves d’eau et de munitions, décida une sortie de vive force qui brisa l’encerclement ennemi.

     

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, Commandant la Brigade Française Libre en 1942 

    Dessin de Chaunu

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, " la figure emblématique" par François Broche

     

    Et tout le monde a en mémoire le texte du télégramme que, de Londres, le 10 juin 1942, le général de Gaulle envoyait au chef de la BFL : Général Kœnig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil.

    Quinze jours plus tard, le vainqueur de Bir Hakeim devient Compagnon de la Libération.

    Avec Leclerc, Kœnig devient, du jour au lendemain, l’une des plus illustres incarnations militaires de la France Libre.

    Après Bir Hakeim, il participe à la bataille d’El Alamein, puis à la campagne de Tunisie, à l’issue de laquelle il sera promu général de division.

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

     

    Le 1er août 1943, il est nommé chef d’état-major adjoint, à Alger, avec la délicate mission d’opérer l’amalgame entre l’armée d’Afrique et les Forces françaises libres ; dans cette mission, écrit le général Jean Delmas, il révèle une grande largeur de vues qui freine les ardeurs épuratives de certains FFL et les aigreurs de fidèles maréchalistes.

     

    En mars 1944, il devient, à Londres, délégué du GPRF auprès du général Eisenhower, commandant suprême interallié ; à la même date, il est également nommé commandant supérieur des troupes françaises de Grande-Bretagne et surtout commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

     

    On peut s’interroger sur la réalité de ce commandement : l’état-major des FFI était-il en mesure d’exercer efficacement la moindre autorité en territoire occupé ?

    Il est permis d’en douter, surtout lorsque l’on songe au déclenchement prématuré d’insurrections encouragées par les messages radiodiffusés, comme celle du Vercors, le 6 juin 1944, dont Kœnig s’efforcera d’atténuer les effets dans un ordre adressé à l’ensemble des FFI le 10 juin :

    Freiner au maximum activité guérilla stop Impossible actuellement vous ravitailler en armes et en munitions en quantité suffisante stop Rompre partout contact dans la mesure du possible pour permettre phase réorganisation stop éviter gros rassemblements stop Constituer petits groupes isolés stop

    Directives impossibles à appliquer sur un plateau déjà submergé par de jeunes volontaires bien décidés à se battre jusqu’à la mort contre les troupes d’occupation.

     

     

    Général de corps d’armée en juin 1944, il devient gouverneur militaire de Paris le 25 août suivant – poste qu’il occupera jusqu’à la fin de la guerre : Sa simplicité, son dégoût de toute publicité, de toute exhibition, sa franchise directe, brutale même, écrit son biographe, Louis-Gabriel Robinet, consacrèrent sa popularité. Modeste, fidèle à ses amis, généreux envers ceux qui lui paraissaient les plus malheureux, incapable de tricher avec l’honneur, il garde, dans sa charge éminente, toutes les qualités de l’homme privé.

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

     

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, " la figure emblématique" par François Broche

    1944 - Avec Churchill et de Gaulle

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

    Avec Eseinhower à Paris, 1944

     

    En avril 1945, il sera chargé par de Gaulle de la délicate mission de procéder à l’arrestation du maréchal Pétain, remis par la Suisse aux autorités françaises. On lui reprochera d’avoir refusé de serrer la main du Maréchal ; il s’en expliquera plus tard franchement avec son avocat, Jacques Isorni, qui confiera à Louis-Gabriel Robinet : Il lui paraissait déplacé de serrer publiquement la main tendue d’un homme qu’il allait arrêter. Après une demi-seconde d’hésitation, il prit la seule attitude qui lui parût convenable : il claqua les talons, se mit au garde-à-vous, et, la main au képi, salua le Maréchal. Il pensait que c’était l’attitude la plus convenable et la plus déférente. C’était également l’avis d’Isorni…

     

    Il sera ensuite commandant en chef des forces françaises d’occupation en Allemagne, poste où il mettra en application le vieux précepte dominer sans humilier : Son but, écrit Louis-Gabriel Robinet, était de créer un climat dans lequel les Allemands se rendraient compte eux-mêmes de l’intérêt qu’ils avaient à repousser toute nouvelle tentative d’hégémonie et de rechercher plutôt les moyens de rassurer la France et les pays occidentaux pour coopérer avec eux à la consolidation de la paix en Europe.

    On lui reprochera parfois son goût de la pompe et des fastes, mais ils étaient sans doute nécessaires pour faire subir au peuple allemand le choc psychologique qui l’inciterait à oublier la fausse grandeur promise par le régime hitlérien.

     

    Dans les années qui suivent, il cumule honneurs et responsabilités, mais aussi déceptions et, sans doute, amertume. Le récit de cette partie de sa vie excéderait largement le sujet qui m’a été fixé.

    Je me contenterai donc de rappeler qu’après avoir quitté l’armée, où sa fidélité au général de Gaulle le rendait suspect, il entre en politique à la demande même du Général – mais non sans hésitation. Elu député du Bas-Rhin lors des législatives de 1951 – au lendemain de son élection à l’Académie des Sciences morales et politiques -, il fut ensuite, à deux reprises, ministre de la Défense dans les cabinets Mendès France et Edgar Faure en 1954-1955. Parlementaire apprécié, président de la commission de la Défense nationale, champion de la lutte contre la CED, il se porte un instant candidat à la succession de Vincent Auriol à la présidence de la République (décembre 1953). Mais, au fond, il n’était pas fait pour la carrière politique et il avait peu de goût pour les honneurs. Il n’était ni intrigant ni ambitieux : J’ai quitté la Grande Muette pour dire la vérité au pays , avait-il déclaré lors de sa première campagne électorale. Mais l’expérience montre que les Français sont rarement prêts à entendre la vérité.

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, " la figure emblématique" par François Broche

    Pèlerinage  en 1955 à  Bir Hakeim avec le général Saint Hillier

     

    Paradoxalement, le retour au pouvoir de Charles de Gaulle accentue son effacement : Kœnig n’est pas d’accord avec le Général sur l’Algérie et le fait savoir. D’autres points de litige aggraveront le fossé : la politique israélienne et aussi la présence de Kœnig dans de nombreux conseils d’administration. La rupture entre les deux hommes ne sera jamais publique, mais elle se manifestera par le froid qui s’installe entre eux. En décembre 1965, seuls les intimes seront informés que Kœnig votera pour François Mitterrand, qui s’était engagé à amnistier les hommes de l’OAS. Quatre ans plus tard, il mènera une campagne active – et publique, cette fois - pour Alain Poher contre Georges Pompidou, héritier du Général.

     

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

     

    En 1966, il rédigera un brouillon de testament dont son biographe cite ce passage significatif : Je pars dépouillé de toute tristesse terrestre, de tout vain désir, de tout appétit ; non que je n’eusse pas eu d’appétit – mais j’en avais trop vu, j’étais trop chrétien (donc trop humble) pour ne pas savoir que les égards, les prébendes, les marques d’honneur terrestres sont sans grande valeur.

    Quatre ans plus tard, à l’annonce de la mort de son ancien compagnon devenu un adversaire politique, le général de Gaulle fera connaître à sa veuve sa peine en des termes d’une admirable élévation :

    Rien n’a jamais valu, ne vaudra rien, quant à l’amitié et à l’estime qui me lient au général Kœnig, en comparaison de ce fait immense qu’il fut, pendant les plus grandes épreuves de notre histoire, mon très cher, précieux et glorieux compagnon.

    C’est dire que, sa mort dissipant le reste, comme le vent balaie la poussière, je lui garderai jusqu’à mon dernier jour l’attachement et le souvenir les plus émus et les plus fidèles.

    Je suis d’ailleurs convaincu qu’à mesure du temps, les insignes services qu’il a rendus à la France paraîtront plus purs et plus beaux.

     

    Une fois de plus, de Gaulle voyait loin et ne se trompait pas : quatorze ans après sa mort, enfin, le général Kœnig se verra, en effet, attribuer par le gouvernement de Pierre Mauroy la plus haute distinction militaire. Le biffin du 36e RI de 1917 ne se doutait sûrement pas que, tout au fond de sa musette, il y avait un bâton de maréchal…

     

     François Broche

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

    2017 - Inauguration de la plaque en mémoire du Maréchal Koenig - FSALE

     

    A l’occasion du 100ème anniversaire de l’engagement de Marie-Pierre Koenig au 36ème RI le 7 avril 1917, les Anciens Légionnaires pensionnaires des Invalides, le général Gausserès, président de la FSALE et le porte-drapeau de la FSALE ont participé le vendredi 7 avril à l’inauguration de la plaque en mémoire du Maréchal Koenig en la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

    En présence du général Le Ray, Gouverneur militaire de Paris, la cérémonie était co-présidée par Monsieur Jean-Claude Mallet, conseiller du Ministre de la Défense, du général Bresse président de la France Libre et du général Ract-Madoux Gouverneur des Invalides.

    Les légionnaires du GRLE, clairon et porteurs de gerbe, ont pu saluer Monsieur Hubert GERMAIN, ancien ministre, Grand officier de la Légion d’Honneur, ancien chef de section de la 13ème DBLE à Bir-Hakeim sous les ordres du général Koenig. Etait aussi présent le général Cuche, président de la Fondation Maréchal Leclerc de Hautecloque.

     

    * 76e anniversaire de Bir Hakeim - Pierre-Marie KOENIG, la figure emblématique, par François Broche

    Le Compagnon Hubert Germain (assis) à gauche du Compagnon  Yves de Daruvar (Leclerc)

     

     Album Pierre-Marie Koenig sur le Blog

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