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    Marc Monkowiki est né en 1926 à Paris et décédé en 2010

    Ancien élève de l’Ecole nationale des beaux-Arts de Paris et de Nancy, Marc a rejoint les Forces Françaises Libres, en Afrique du Nord en 1943, après avoir franchi les Pyrénées et avoir été incarcéré en Espagne.

    Il s’est engagé au Bataillon de Marche n°11 de la première Division Française Libre. Il a fait la campagne d’Italie et le Monte Cassino. Il a participé au débarquement de Provence et à la libération de la France, jusqu’en Alsace.

    Après la guerre, il exerce tous les métiers, tout en ne cessant pas de peindre, et décide en 1972, de se consacrer uniquement à la peinture.

    Peintre Officiel de la Marine : 1981 - Peintre Officiel de l’Armée : 1994

    Distingué par de nombreux prix en France et à l’étranger

    Chevalier de la Légion d’honneur

    Officier de l’ordre National du Mérite

     

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    LES FUSILIERS MARINS vus PAR UN "MARSOUIN" ou  L'HOMMAGE D'UN "BIFFIN" AUX FUSILIERS MARINS (illustrations de l'auteur) - Paru en 1994 dans Bir Hakim l'Authion

    Italie, Juin 44.

    En bordure de la route de Montefiascone, en Italie, marche d'approche harassante sous un soleil implacable.

    Encore une explosion, sur la droite un geyser de gravats et de fumées retombe sur une "jeep" soulevée de terre, vite estompée par l'opacité de la poussière. Encore quelques pas, des silhouettes s'agitent, courent, des éclats de voix me parviennent : "C'est le commandant... c'est l'Astuce (surnom d'AMYOT D’INVILLE)...".

     

    * Marc MONKOWICKI (1926-2010), ancien du BM XI, peintre de marine rend hommage aux Fusiliers-marins

     

    Ainsi, le hasard me fait assister à la fin tragique d'Amyot d'Inville, "Pacha" du 1er Régiment de Fusiliers Marins, unité de reconnaissance prestigieuse de la 1ère Division Française Libre.

    Au cours d'un déjeuner récent, auquel j'ai eu le privilège d'être invité en présence du Commandant de Cofusma (Commandement des Fusiliers Marins) et du Commandant de l'Ecole des Fusiliers Marins, ce dernier ne s'est pas douté de l'émotion qu'il m'a procurée en annonçant à la tablée avoir donné pour nom à son chien, le même patronyme qu'Amyot d'Inville employait pour le sien.

    Cette attention ancre, s'il fallait le prouver, le lien existant entre le 1er RFM et l'Ecole des Fusiliers Marins, détentrice du glorieux drapeau de ce Régiment. Il ne m'en fallait pas plus pour déduire que le temps n'a pas prise sur les générations de soldats.

    Avant de continuer, je crois utile d'expliquer l'attirance, voire l'affection que je porte aux Fusiliers Marins.

    Après un séjour forcé dans les geôles espagnoles, un des passages obligés pour apporter sa contribution à ceux qui ont su maintenir l'honneur depuis juin 40, mon engagement au 2ème Régiment de Parachutistes à Manchester a été contrecarré par les remous du conflit Giraud-de Gaulle qui secouaient ave passion l'Afrique du Nord de cette époque.

     

     Espagne. Marc Monkowicki

     

    Par répercussion, je fus affecté pour mes 17 ans à la 6ème Compagnie du BM XI (Bataillon de marche n° 11) de la 1ère Division Française Libre, division au passé glorieux, qui avait pour singularité, entre autres, d'être composée de volontaires rassemblés sous le signe de la Croix de Lorraine.

    J'appris alors l'existence au sein de la Division d'un régiment de Fusiliers Marins en formation (1) à Bou Ficha puis près de Nabeul (2) où nous bivouaquions. Ayant pris contact avec les marins, avec lesquels je m'étais fait de nombreux amis, notamment au Sème Escadron, j'ai posé plusieurs demandes de mutation restées sans effet.

    Quelques mois plus tard, les combats meurtriers des lignes Gustav et Hitler en Italie ont été suffisamment absorbants pour me faire une raison et m'intégrer au cadre qui était dorénavant le mien ; par contre, j'appréciais l'apport moral et pratique dispensé par ceux que j'avais espéré rejoindre et auxquels je dois d'être sorti plusieurs fois d'un mauvais pas.

    J'en reviens à mon sujet.

    Pour nous, qui nous confondions avec la terre, l'apparition des blindés légers, piquetés de pompons rouges, était le plus souvent synonyme d'offensive et, de fait, nous étions vite plongés dans le vacarme des armes mêlé aux rugissements des moteurs emballés. C'est dans le fracas des explosions, environnés de fumées d'où émergeaient d'élégantes arabesques de traceuses que nous nous sentions (en ce qui me concerne) le plus confiant et ragaillardis pour un nouveau bond en avant.

     

    Jusqu'à flanc de coteau, malgré un barrage d'artillerie, les ordres et les imprécations tonitruantes de l'E.V. MILLET juché hors de la tourelle, nous parviennent distinctement, haranguant et entraînant comme un beau diable le peloton, droit devant. Il ne saura jamais combien sa voix était réconfortante.

    Une fois, étant à court d'eau, ce qui était fréquent, l'équipage d'un tank destroyer est arrivé à point pour remplir nos gourdes d'un délicieux vin blanc de Frascati, encore tout frais et pétillant !

    Sous l'effet conjugué de la chaleur et de la fatigue, il ne m'a pas fallu longtemps pour en ressentir les effets ; si bien qu'étant occupé aux opérations de pointage d'un mortier de 60, je sentis inconsciemment à quelques mètres sur le côté une présence se profiler et avant même de réaliser le danger et pouvoir esquisser un geste, l'Allemand vidait son chargeur de MP 40 en ma direction.

    Malgré le vacarme, j'enregistrais simultanément le tintement clair des impacts sur l'affût du mortier et les détails de la face blême de mon agresseur ; au même instant, un violent coup porté à la tête illuminait l'engourdissement dans lequel j'étais plongé. Je crus pendant ces fractions de seconde qu'il n'était pas si désagréable de passer de vie à trépas. Puis, en images saccadées, j'ai vu les braves Fusiliers Marins riposter de leur char et abattre le téméraire adversaire qui tentait de s'enfuir. Je m'en tirais tout de même avec une imposante ecchymose sur le front, une balle ayant endommagé et fait pivoter le casque sur le côté.

     

    Il y eut aussi cette montée sur le sol argileux, dans la semi-pénombre du petit matin, l'apparition d'un scout-car achevant de brûler : les pneus léchés de flammèches et le métal chauffé à blanc dégageaient une odeur âcre et nauséabonde devenue hélas familière. A l'intérieur, la forme d'un corps affalé sur le volant, attisée par les souffles d'air printanier, se consumait lentement.

    Des toiles de tente servent de linceul collectif aux équipages de chars, dont seules les chaussures identiques aux nôtres, émergent alignées comme pour une parade. C'était encore des Fusiliers Marins après l'attaque du 13 mal.

    Alentour  de MONTEFIASCONE, peu après la disparition d'Amyot d'Inville, la vision au débouché d'un cheminement : un tank destroyer déchenillé avec un trou dans la tourelle, des hommes en treillis vert en jaillissent, le visage noirci, les mains levées par la douleur des brûlures, se dirigent vers nous, ils sont pris pour cible par nos tirailleurs...

    Les anciens qui lisent "Le Lien" n'ont probablement pas oublié les cantonnements anglais de Calabre où nous étions regroupés pour le débarquement : c'était un vaste terrain désertique, plat et cahoteux, cuit par le soleil, ressemblant davantage à la Tripolitaine qu'à l'Europe. Après les combats, il était courant de s'enquérir sur le sort des camarades des bataillons voisins. C'est en m'engageant au bivouac des Fusiliers Marins que je fus témoin d'un accident regrettable : le chuintement caractéristique d'une balle contrariée, perçu par tout le camp, m'accueillit ; puis, quelques minutes plus tard, je croisais, porté par deux camarades un matelot blafard se vidant de son sang. La balle oubliée dans le canon de la carabine qu'il nettoyait lui a été fatale ; incident navrant survenu deux semaines avant le débarquement tant espéré.

    Et puis, à TARENTE  où la population nous était franchement hostile, cette marche vengeresse et spontanée, après l'assassinat de 4 Fusiliers Marins, stoppée in extremis à l'entrée de la ville par notre Général BROSSET qui avait, comme nous tous, un faible pour nos "Sakhos". Sa seule présence et sa détermination ont évité des drames aux conséquences désastreuses (constatation non perçue sur le moment).

    Cavalaire, jour J+1.  Encore trempés après notre passage sur un LCI, nous avons savouré notre première nuit en France couchés dans un champ de vigne (j'ai appris par la suite qu'il était miné).

    Tôt le matin, regroupement pour notre première "promenade allégée" munis d'armes individuelles, nos sacs sont restés sur le bateau avec le gros du matériel ; c'est alors qu'apparaissent comme pour nous narguer de fringants officiers de marine juchés sur de magnifiques chevaux, caracolant le long de notre colonne pédestre, la remontant et descendant au galop avec force gestes amicaux. Ah ces marins ! Mais attention, les nôtre seulement !

    Massif des MAURES, La CRAU, HYERES, La VALETTE, La GARDE... pris à parti par les 88 (3)  les obus visant les véhicules miaulent et rugissent affreusement à hauteur d'homme.

    Croisons des scouts cars immobilisés.

    Sous le soleil d'août, avance par saccades, sur les bas-côtés de la route, une colonne de half track4 nous dépasse. L'un d'eux s'arrête à notre hauteur et les marins nous distribuent, plaisir suprême, des canettes de bière anglaise chaudes mais délicieuses.

     

    L'entrée dans Lyon.  Marc Monkowicki

     

    A l'orée des Vosges, automne lumineux ponctué de brouillards matinaux avant les pluies persistantes ; au moulin de LOMONTOT, du haut de la tourelle d'un tank destroyer, un OM (5) harangue dans leur langue avec un haut-parleur, les Allemands disséminés et cachés dans les fourrés.

    Comme rien ne bouge, il arrose à la 12,7, faisant jaillir quelques vert de gris hébétés, aussitôt fait prisonniers sans ménagement par nos tirailleurs sénégalais.

    Pour conclure. Ils, nos Fusiliers Marins du 1er RFM, ont été à la pointe de tous les combats, rien ne semblait arrêter leurs véhicules, ni les terrains jugés impraticables, ni la boue et la neige des Vosges, ni la glace et le blizzard d'Alsace, ni les pistes juchées à plus de 2000 mètres comme ce fut le cas dans les contreforts des Alpes, témoins des tout derniers et meurtriers combats. Combats qui ont fixé la 1 ère DFL dans ce secteur, la frustrant de son entrée en Allemagne et qui plus est, ont coûté fort cher pour beaucoup de rescapés de Bir-Hakeim.

    Le "Biffin" intimement lié à ces campagnes salue en ces lignes ses camarades "Sakhos" avec lesquels il a partagé maintes fois les peines, l'adversité, parfois les joies, sur un fond d'idéal commun.

    Qu'ils veuillent bien accepter l'hommage à leur bravoure.

    Quarante ans après à Lorient, j'ai eu la surprise et le plaisir de retrouver chez les Fusiliers Marins le même esprit, les mêmes gens et, lorsque maintenant je franchis l'enceinte de l'école, un dédoublement se produit, le temps est aboli, je suis avec mes camarades...

    MONKOWICKI Peintre des Armées - Section Marine.

    Les rapports qui sont évidents pour nous étalent à l'origine adressés aux jeunes FM qui sont notre relève.

    1.            Par formation, j'entends familiarisation avec le nouveau matériel américain en remplacement de l'équipement anglais dont la Division était dotée au sein de la ème Armée Britannique.

    2.            Bou Ficha et Nabeul situés au Cap Bon en Tunisie.

    3.            83 : canon à tout faire, redoutable.

    4.            Half track : véhicule blindé demi-chenille.

    5.            Officier marinier.

     

    * Marc MONKOWICKI (1929-2010), ancien du BM XI, peintre de marine rend hommage aux Fusiliers-marins

    le telegramme.fr

    * Marc Monckowiki


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    Délégation Var de la Fondation de la France Libre 

    Marie Hélène Châtel
    Fondation de la France Libre
    Déléguée thématique « Mémoire de la 1èreDivision Française Libre»
    tel: 06 22 71 68 35 marie-helene.chatel@wanadoo.fr


    "La“Mémoire de la 1ère D.F.L.’ sous l’égide de la Fondation de la France Libre, organise un ‘pèlerinage Vosges-Alsace’, du 14 au 17 novembre 2019. 

    Veuillez trouver en attaché le programme, accompagné des modalités d’inscription au plus tard le 20 octobre 2019.

    Vous serait il possible de faire part de ce voyage aux membres de vos délégations, soit par mail soit par courrier afin que nous soyons nombreux à vivre ce 75ème anniversaire ?

    Restant à votre disposition et en vous remerciant chaleureusement,

    Amicalement

     

    Marie Hélène Châtel

    déléguée “Mémoire de la 1ère D.F.L.”

    Programme 

    Bulletin d'inscription


    [Photo  : collection Délégation Var de la Fondation de la France Libre du 75ème Anniversaire de la Libération du Débarquement et de la Libération de la Provence avec la Délégation mémoire de la 1ère DFL de la Fondation de la France Libre ]


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    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre compagnon de la Libération de Toulon à l'honneur....


    Témoignage posthume d'un fusilier-marin de Colmay

    Lien  

    Je suis le fils de Jean Candelot, engagé volontaire à 17 ans, blessé et fait prisonnier à Dunkerque à 18 ans, quartier-maître fusilier-marin rallié en 1943 en Tunisie où il fut affecté après un interrogatoire mené par Colmay (dont c'était sa première rencontre) au 1er peloton du 2ème escadron (escadron Savary) du 1er régiment de Fusiliers-marins de la 1ère DFL. Ce peloton commandé directement par Colmay en Italie, Toulon, Lyon et Alsace était de trente hommes à l'origine. Dans un manuscrit non-publié de mon père, dont il a tenu à laisser une copie à chacun de ses enfants "pour que ne disparaisse sa trace auprès de ses petits-enfants", il précise que ce peloton eût seize tués à l'ennemi, sept grièvement blessés, sept dont lui-même revinrent indemnes. Je sais que mon père et Colmay eurent quelques correspondances épisodiques et se sont revus en Indochine me semble-t-il. Toujours est-il que, dans mes souvenirs d'enfance où je l'entendais narrer ses campagnes, le nom de Colmay revenait souvent et que mon père paraissait porter une véritable vénération à cet homme. J'ai, depuis 1980, lu et relu son journal et le hasard des "zappings" sur Internet m'ayant amené à en connaître d'avantage sur la 1ère DFL (à ce sujet je précise avoir été élève de l'Ecole militaire technique d'Issoire de 1963 à 1966, et que jamais durant ces trois années je n'y ai entendu évoquer lors des cours d'histoire militaire le rôle, sinon l'existence de la 1ère DFL ; il n'y en avait que pour la 2ème DB) je suis tombé sur ce site où une petite-nièce de Colmay lui rend hommage ce qui est un bel acte de respect sinon de courage en cette époque où les valeurs patriotiques paraissent désuètes.

     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

    JEAN CANDELOT

    (Photo : Amicale de 1ere DFL)


    Toujours est-il que j'aimerais citer quelques extraits du journal de mon père qui éclaireront peut être, s'il est encore possible, la personnalité de l'officier des équipages et compagnon de la Libération Constant Colmay.

    "Quatre jours plus tard nous montions relever les Tabors sur les crêtes bordant le Garigliano... Étant du 1er peloton, notre commandant était l'officier des équipages Colmay, un dur et un baroudeur, il avait donc choisi le poste le plus dangereux tandis que les autres pelotons se trouvaient installés dans des bâtiments, nous, nous nous tenions en plein découvert, avec des tranchées en cercle. Chaque poste était livré à lui-même..."

    (Traversée du Tibre): " Nous traversâmes le Tibre avec huit heures d'avance sur les prévisions... Les chars allemands contre-attaquaient, Colmay nous désigne à trois avec une musette de grenades et nous donne pour mission de nous installer sur un talus boisé et de balancer nos musettes de grenades sur les chars. Après un quart d'heure d'attente, le bruit des chenilles se fait entendre, le coeur monte dans la gorge, il est difficile de déglutir, trois chars Tigre s'amènent, le premier s'arrête juste à notre hauteur. Le chef de char a le buste qui sort de la tourelle, il inspecte aux jumelles... Nous nous regardons : il y a environ 10 mètres entre nous et le char, impossible de balancer une musette : elles sont trop lourdes. On a l'impression d'être repérés, le canon se tourne vers nous. La guerre, c'est bien, mais il ne s'agit pas de se faire tuer pour rien : on recule un peu... Nous trouvons une dénivellation de terrain et... à toutes jambes direction le peloton alors que le char tire là où nous étions auparavant. Il m'arrivera deux autres fois d'être en face d'un char Tigre. La première fois...
    La seconde fois, les chars contre attaquant sur notre reconnaissance, le peloton s'arrêta avant un virage, Colmay me fit prendre un bazooka et m'emmena à cent cinquante mètres de là, dans un fossé en bordure de la route dans un second virage et me dit : "Tu as la médaille militaire à la main, tâche de t'en tirer". J'étais sacrifié. Le bruit des chenilles se fit entendre, les chars montaient, au bruit ils se trouvaient environ à 60 mètres et ils s'arrêtent... Quelle attente, j'entends les battements de mon coeur dans les oreilles, dix minutes, dix siècles passent, rien... Un bruit de moteur, des grincements, les chars font demi-tour. J'ai loupé la médaille militaire mais j'ai sauvé ma peau, j'en suis aussi content.

    Dix-huit juin 1944, attaque de Radicofoni.

    ...Le peloton qui est engagé subi un feu meurtrier de mortiers, mitrailleuses et artillerie, certains camarades ont pu se replier avec plusieurs morts mais des véhicules sont atteints, il y a des blessés, l'ordre vient de Colmay de foncer. Notre scout-car et une jeep tentent de passer : c'est un feu d'enfer, nous faisons demi-tour. Colmay rapporte que c'est terrible et au moment où il transmet, on voit des larmes qui coulent sur ses joues... Nous y retournons et cette fois passons.

    Débarquement de Cavalaire le 16 aout 1944 au matin.

    Cette fois nous sommes sur la terre de France et si auparavant nous n'avions pas trop peur d'être tués, cette fois nous le craignons tous. La reconnaissance commence, c'est le peloton de Durand qui est devant ; on nous appelle au secours, près d'un pont, une vigne, une maisonnette, une autre maison à cinquante mètres sur la gauche. Un marin a été blessé au coude par balle explosive. Colmay tente de parvenir à la maisonnette à travers vigne, nous avons avec nous des tirailleurs noirs... Colmay demande du secours par signes, j'ai le fusil-mitrailleur et j'accours auprès de lui, il est repéré et les Allemands lui tirent dessus à chaque mouvement qu'il commence. Je lâche quelques rafales et j'arrive en rampant au pied d'une murette surmontée de treillage ; avec le poignard je descelle un piquet, couche le tout et passe par-dessus. Colmay suit ainsi que trois tirailleurs. Nous trouverons dans cette maison qui se révèle être une boulangerie un homme et sa femme, ainsi qu'un enfant qui s'étaient camouflés dans le four.

    J'ai cité ici quelques extraits du journal de mon père, il y en a bien d'autres qui concernent son commandant Colmay qui attestent combien il fut constamment un exemple à la pointe et à l'écoute de ses fusiliers-marins.

    Jean-Louis Candelot

    D'une famille de marins pêcheurs de Saint-Pierre-et-Miquelon, il est élevé à Pleurthuis, près de Saint-Malo. Il s'engage tout jeune dans la Marine Nationale, comme matelot, grand amateur de football et de courses de vélo le dimanche, il devient radio et quitte la Royale pour embarquer sur les chalutiers qui font la pêche à la morue sur l'Atlantique Nord. Ils séjournent sur les bancs de Terre-Neuve, puis reviennent à Saint-Malo pour vendre le poisson.

    Colmay reste donc des mois entiers en mer, accroché à l'écoute par tous les temps. C'était le début et la période héroïque de la radio. Sa réputation commençait à grandir, et il fut choisi pour tenir le poste de radio d'une des premières traversées aériennes de l'Atlantique. Ce projet ne s'est pas réalisé par suite de circonstances adverses.

    Mobilisé en 1939, il embarque comme Second Maître radio; en juin 1940, il rallie l'Angleterre et s'engage aussitôt dans les Forces Françaises Libres, que le Général de Gaulle vient de créer, après l'Appel du 18 Juin. Il est affecté au camp de Camberley puis à Aldershot, où commencent à arriver les premiers volontaires. Eugène Jestin et Marcel Bernier, venus de Brest, rejoignent à leur tour, et forment avec Colmay un trio d'inséparables amis qui ne devaient plus se quitter au cours de toutes les campagnes des Fusiliers Marins.
    Après l'entraînement, en juillet 1940, le Batallion de Fusiliers Marins embarque à Liverpool sur le «Western-Land», en vue de rallier Dakar à la France Libre. Ils tentent un débarquement sur la plage de Rufisque, à quelques kilomètres de Dakar, sans succès, et font alors le tour de l'Afrique par Le Cap, pour participer à la campagne de Syrie.

    En effet, les Allemands ont commencé, avec l'accord du gouvernement de Vichy, à utiliser les bases et installations françaises de Syrie, pour soutenir l'aide qu'ils apportent à la révolte de l'Irak contre la Grande-Bretagne.
    Colmay raconte que, peu avant la prise de Damas, il se trouvait à côté du Capitaine de Corvette Détroyat, commandant des Fusiliers Marins - et cousin de l'as de la chasse aérienne française de 1938 :

    « Nous étions dans les jardins de Mezzé, qui dominent Damas, et nous faisons prisonnier un Commandant des troupes de Vichy. Détroyat lui laisse son arme, pour ne pas l'humilier et comptant sur sa parole, mais il est tué par cet officier quelques instants après.»

    Après Beyrouth, le Bataillon est transformé en unité de défense contre avions, et équipé de mitrailleuses et canons Bofors de 40 et 75 mm. Le convoi s'ébranle, depuis la Syrie jusqu'à l'Egypte, où Rommel attaque et Montgomery a besoin de renforts.

    La guerre du Désert commence pour les Fusiliers Marins, et les armées blindées s'affrontent, formées en «Joke Columns »t brusquement en contact, au détour d'une dune ou d'un nuage de sable. Colmay aimait à raconter les pièges, les fausses colonnes de camions en carton-pâte, sur lesquels les Stukas déversaient leurs bombes, et aussi ces joutes brutales, au canon, d'une colonne contre l'autre.

    Il évoquait aussi le thé, cette boisson qu'il avait découverte dans le Désert, au contact des Britanniques, ainsi que le Père Lacoin. Ce Trappiste, responsable des fromages à La Trappe, était devenu l'Aumônier du Bataillon et avait été chargé de la Coopérative, où l'équipage venait s'approvisionner en ravitaillement et articles divers; il y déployait des prodiges d'astuces pour maintenir ses provisions bien achalandées.

    Puis, c'est l'encerclement de Bir Hakeim, ce poste tenu pat la Brigade des Français Libres, envers et contre toutes les attaques allemandes et italiennes pilonnant le camp et bombardant les tranchées creusées dans le sable, pendant d'interminables jours et nuits (27 mai-ll juin 1942).

    Les Fusiliers Marins attaquent au canon Bofors les avions Stukas qui piquent sur leurs positions, et en descendent un grand nombre, car ils continuent à tirer lorsque les avions se rapprochent dangereusement.

    Enfin, à bout de vivres, d'eau et de munitions, le Général Kœnig décide ia sortie en masse de nuit; les Français Libres réussissent à rompre l'encerclement et rejoignent les lignes anglaises (nuit du 10-11 juin 1942).

    «Tous ceux qui ont participé à Bir Hakeim sont des amis intimes pour la vie, ajoutait Colmay, le Général Kœnig en tête.»

    Après Bir Hakeim et le repos bien mérité, la guerre du Désert reprend en Cyrénaïque et en Tripolitaine, pour atteindre enfin la Tunisie. La 8" Armée de Montgomery - dont les Français Libres font partie - porte en elle tout l'enthousiasme du succès et de la grande victoire chèrement acquise sur l'Axe. Le cran, l'organisation et le défi britanniques l'ont emporté sur les Nazis.

    C'est le grand tournant de la guerre.
                                                                              Andre Lafargue 

     

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    CONSTANT COLMAY

    (Photo Ordre de la Libération)

     

    Un peu d’histoire...

    Né le 14 octobre 1903 à Saint Pierre et Miquelon, Constant Colmay s'engage dans la marine en 1922.

    Il sert trois ans dans l'aéronautique navale et termine quartier-maître volant. Cette spécialité lui ouvre les portes de la marine marchande où il navigue comme radio jusqu'en 1939.

    Il est alors mobilisé comme officier marinier radio à bord du chalutier militarisé Tarana. Déjà à Londres le 18 juin 1940, il rallie la France libre dès les premières heures.

    Incorporé au groupe expéditionnaire envoyé devant Dakar fin septembre 1940, il assure les transmissions pour l'amiral commandant l'opération. Le groupe dispersé, Constant Colmay est débarqué au Cameroun, à Douala, avec son service. Il est ensuite affecté au 1er Bataillon de fusiliers marins (1er BFM) qu'il rejoint en plein désert de Libye au début de 1942.

    Le commandant Amyot d'Inville, qui décèle chez lui des qualités d'entraîneur d'hommes, lui confie le commandement d'une section de DCA puis, à Bir-Hakeim, en mai-juin 1942, d'une batterie.

    Après El-Alamein en octobre 1942, le Bataillon, qui est chargé de la protection aérienne de la 1ère Division française libre, prend part à la poursuite de l'ennemi jusqu'en Tunisie. Alors que le 1er BFM se transforme en 1er Régiment de fusiliers marins (1er RFM) en septembre 1943, Constant Colmay est promu officier en second du 2e escadron du Régiment, devenant l'adjoint du lieutenant de vaisseau Alain Savary.

    Pendant la campagne d'Italie de 1944, il se distingue dans les plaines marécageuses de Pontecorvo où, malgré les difficultés, il parvient à faire passer ses équipages. Après la bataille de San Andrea, il est nommé officier des équipages de deuxième classe. Lors du débarquement en Provence et de la libération de Toulon, Constant Colmay est chef d'une batterie de DCA et se montre d'un courage éprouvé.

    A l'automne et l'hiver 1944-1945, il est engagé dans les Vosges et enlève le pont de Marckolsheim, participant brillamment à la libération de Colmar.

    Promu officier des équipages de première classe à la fin de la guerre, il est nommé, après la dissolution du Régiment à la tête d'un escadron de tradition des fusiliers marins. Il est immédiatement envoyé en Indochine où il se distingue, le 26 janvier 1946, lors d'un combat contre les forces adverses qui dure onze heures, à Tan Uyen, en Cochinchine.

    De retour en Métropole, il est affecté à l'école des Fusiliers marins de Sirocco aux environs d'Alger. Il en profite pour passer le certificat de commando et de parachutiste.

    En 1954, il part à nouveau pour l'Indochine et rentre en France deux ans plus tard. Il reçoit alors le commandement de la compagnie de garde de Toulon où il reste jusqu'à sa mise à la retraite. Il est enfin conservateur du musée du Mont-Faron où il rassemble les souvenirs du débarquement de Provence.

    Constant Colmay est décédé le 25 novembre 1965 à Toulon où il est inhumé.

    • Commandeur de la Légion d'Honneur
    • Compagnon de la Libération - décret du 20 novembre 1944
    • Médaille Militaire
    • Croix de Guerre 39/45 (9 citations)
    • Croix de Guerre des TOE
    • Médaille de la Résistance avec rosette
    • Croix du Combattant 39/45
    • Croix du Combattant Volontaire 39/45
    • Médaille de l'Aéronautique

     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

    Le centre de préparation militaire marine de Toulon est baptisé "Officier en Chef des Equipages Constant Colmay"

     

    Fondation B.M.24 Obenheim     

    * Trésor d'archives - Constant Colmay un Français libre, compagnon de la Libération de Toulon, à l'honneur....

     

     

     

     


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  • Mme Blandine Bongrand Saint Hillier, nous fait part du décès de 

     

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

    Madame Arlette CHANFREAU

    épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL.

     

    Les obsèques religieuses ont eu lieu le vendredi 20 septembre 2019, à 14 heures, en l'église Sainte-Bernadette, suivies de l'inhumation au cimetière d'Anan, Haute-Garonne.

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim
    présente ses très sincères condoléances à sa famille.

     

     

    Fondation B.M.24 Obenheim  

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

     

     


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  • Mme Blandine Bongrand Saint Hillier, nous fait part du décès de 

     

    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

    Madame Arlette CHANFREAU

    épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL.

     

    Les obsèques religieuses ont eu lieu le vendredi 20 septembre 2019, à 14 heures, en l'église Sainte-Bernadette, suivies de l'inhumation au cimetière d'Anan, Haute-Garonne.

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim
    présente ses très sincères condoléances à sa famille.

     

     

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    * Faire part de décès - Madame Arlette CHANFREAU épouse de Mr Joseph Chanfreau ancien de la Première DFL

     

     

     


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