• L'Est Républicain  75e anniversaire : le débarquement en Provence en six questions

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    Dix semaines après le débarquement du 6 juin en Normandie, une seconde armada monte à l’assaut de la Provence. Elle débarque à partir du 15 août 1944 entre Toulon et Cannes.

    L'opération de débarquement en Provence s’est d’abord appelée Anvil puis Dragoon. Pourquoi ce changement de nom ?

    Le changement de nom de code en dit long sur le différend opposant les Alliés. D’abord appelée « Anvil » (enclume), l’opération de débarquement en Provence devient « Dragoon », mot qui signifie « dragon » mais aussi « forcer quelqu’un ». En l’occurrence Churchill, qui préfère privilégier une attaque de l’Autriche ou les Balkans par l’Italie afin de prendre en tenaille l’armée allemande en Europe centrale et d’arriver à Berlin avant les Soviétiques.

    Réalité ou pas ? Une certitude, l’attaque alliée dans le sud de la France fait, bel et bien, l’objet de nombreux débats. D’abord conçu comme une diversion pour attirer des forces allemandes loin de la Normandie, le projet est transformé par les Américains, avec le soutien des Soviétiques, lors des conférences interalliées du Caire et de Téhéran (novembre-décembre 1943), en un débarquement de grande envergure. Mécontents que les armées alliées engagées en Italie aient à fournir une partie des troupes destinées à cette opération et soient donc affaiblies, Churchill et ses chefs d’état-major tentent de profiter du débarquement à Anzio (janvier 1944) et de la pression alors exercée sur les forces de Kesselring, ainsi que des difficultés logistiques liées à l’organisation simultanée d’Overlord et de Dragoon, pour imposer leur point de vue.

    Mais Eisenhower ne se laisse pas fléchir. Il veut que les Allemands aient à combattre sur deux fronts en France et il a besoin de Marseille et de Toulon pour acheminer renforts et ravitaillement. Il reçoit le soutien des Joint Chiefs of Staff américains qui considèrent la campagne d’Italie comme secondaire et celui du président Roosevelt qui se méfie des projets de Churchill dans les Balkans.

    Finalement, décalée afin de pallier la pénurie d’engins de débarquement, l’opération Dragoon est programmée pour débuter le 15 août 1944.

    Quelles sont les forces alliées qui débarquent ?

    Le débarquement en Provence est planifié et mis en œuvre par le général américain Devers, sous la supervision du général britannique Wilson, commandant suprême du théâtre d’opérations méditerranéen.

    La VIIe armée américaine, que commande le général Patch, va constituer le corps expéditionnaire. Elle est composée du 6e corps d’armée américain du redoutable général Truscott et d’une division aéroportée (général Frederick). Elle comprend également l’armée B (renommée 1re armée française le 19 septembre) placée sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, officier déjà auréolé d’une légende de fonceur et d’homme de panache. Pour la suite des événements, de Lattre a aussi un avantage : il a conscience du rôle que peuvent jouer les maquisards.

    L’armée B regroupe cinq divisions d’infanterie, deux divisions blindées (la 1re et la 5e), deux groupements de tabors et plusieurs éléments de réserve non endivisionnés. S’y retrouvent les combattants du corps expéditionnaire qui s’est couvert de gloire en Italie et des soldats fraîchement embarqués en Afrique du Nord : Français de souche, soldats musulmans d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, troupes venues d’Afrique Occidentale française, d’Afrique Equatoriale française, etc.

    600 bateaux de transport, 1.270 péniches, vont faire débarquer cette force terrestre sous la protection de 250 navires de guerre (dont 14 français) constituant la "Naval Western Task Force" de l’amiral américain Hewitt, appuyée par les avions de la "Mediterranean Allied Air Force" (2.000 appareils) du général américain Eaker.

    Quelles forces les Allemands opposent-ils aux Alliés ?

    Du côté allemand, les divisions de la XIXe armée, commandée par le général Wiese dont le Q.G. est à Avignon, sont en état d’alerte depuis la deuxième semaine d’août. Mais seules trois sont à proximité des plages varoises situées entre Saint-Raphaël et le Lavandou qui ont été choisies pour le débarquement. Surtout, les appareils de la Luftwaffe luttent à un contre dix. La Méditerranée quant à elle, est tout entière aux navires alliés.

    Comment s’est déroulé le débarquement ?

    Ayant réuni au large de la Corse des navires venus en dix convois, pour des raisons stratégiques, de ports aussi éloignés les uns des autres qu’Oran, Naples ou Tarente, la flotte alliée s’est d’abord dirigée vers Gênes pour tromper l’adversaire. Mais, le 14 au soir, elle met le cap sur la côte provençale. Ce même soir, les Forces Françaises de l’Intérieur reçoivent de Londres trois messages dont le dernier, « le chef est affamé », signifie le lancement des opérations.

    Dans la nuit, des forces spéciales américaines et des commandos français sécurisent les abords ouest et est de la zone de débarquement tandis qu’une division aéroportée est larguée à proximité de Muy dans les terres.

    Le groupe naval d’assaut (commandant Seriot), arrivé à la pointe de l’Esquillon, se heurte aux champs de mines du Trayas. Vers 4 h du matin, 400 avions larguent au-dessus de la vallée de l’Argens plus de 5.000 parachutistes alliés, tandis que des renforts et du matériel arrivent par planeurs (10.000 parachutistes au total seront à pied d’œuvre à la fin de la journée).

    Avec l’aide des résistants locaux, ils vont verrouiller les voies d’accès aux zones de débarquement. À l’aube, un terrible bombardement aérien et naval s’abat sur la côte, écrasant les positions allemandes tenues par la 242e division du général Basler.

    À 8 h du matin, les vagues d’assaut américaines des 3e DIUS (général O’Daniel), 36e DIUS (général Dahlquist) et 45e DIUS (général Eagles) s’élancent des péniches de débarquement pour prendre pied, entre Cavalaire et Saint-Raphaël, sur les plages aux noms de code respectifs d’Alpha, de Camel et de Delta.

    Parmi ces soldats, se trouvent les Français du Combat Command 1 (CC1) du général Sudre. Au soir du 15 août, deux têtes de pont sont assurées de part et d’autre de Fréjus. Sur près de 100.000 hommes débarqués, on compte un millier de tués et disparus dans les rangs alliés. Le lendemain, le gros de l’armée B débarque : la 1re DFL à Cavalaire, la 3e DIA à la Foux... Le 17 août, de Lattre installe son PC à Cogolin.

    Comment sont répartis les rôles entre Américains et Français ?

    La stratégie a été fixée : les troupes américaines avanceront par la haute Provence vers l’Isère et la vallée du Rhône. Les Français prendront les ports de Toulon et de Marseille.

    Leur tâche sera facilitée par une décision d’Hitler. Alors qu’au nord les armées alliées progressent à toute vitesse depuis la Normandie, le Führer doit, en effet, se résoudre à ordonner le retrait des forces qui lui restent dans le sud de la France (17 août). Seules les divisions stationnées dans les deux grands ports devront résister à tout prix.

    La 11e Panzer division, partie le 13 août de la région de Toulouse pour initialement se porter au-devant des troupes débarquées, sera harcelée par les maquisards de l’Hérault et du Gard, attaquée par l’aviation américaine, et, durement éprouvée, remontera vers le nord sans avoir accompli sa mission.

    Le 18 août, la zone occupée par les Alliés atteint 30 km de profondeur. La veille, 130 B26 ont à nouveau bombardé les défenses côtières. La 3e DIUS entre dans Cuers, Castellane... Les Américains poursuivront désormais leur route vers la Durance. Une partie de la "1st Spécial Service Force", aux côtés des FFI, refoulera d’autres unités allemandes vers les Alpes en libérant les villes de la Côte d’Azur. De Lattre veut aller vite : il faut déborder l’ennemi sans lui laisser le temps d’assurer ses positions. Mais la logistique doit aussi être prise en compte : sur les côtes, les navires débitent lentement hommes et matériels. Il décide que le rassemblement se fera en avant, les unités étant envoyées vers la zone des combats au fur et à mesure de leur arrivée.

    Comment sont libérées Marseille et Toulon ?

    La 1re DFL (général Brosset), qui prendra Hyères, progressera par la côte et la 9e DIC (général Magnan) manœuvrera par la montagne. La 3e DIA (général de Monsabert) prendra Toulon à revers et avancera vers Marseille. Les opérations seront soutenues par l’artillerie des navires.

    À Toulon, la garnison allemande s’est renforcée de la 242e division, repliée dans le port : au total, près de 25.000 hommes sous le commandement de l’amiral Ruhfus, commandant de la Kriegsmarine en Provence. Du côté allié, de Lattre ne dispose alors que d’environ 16.000 hommes. Le 19 août, le 3e RTA (colonel de Linarès) est aux abords de la ville. La 9e DIC est progressivement engagée sur un axe Pierrefeu-Toulon, appuyée par des éléments de la 1re DB (général du Vigier).

    Ce même jour, après avoir pris d’assaut la batterie de Maurannes, les commandos d’Afrique s’emparent du Coudon ; les jours suivants, c’est au tour du bataillon de choc (colonel Gambiez) d’enlever le Faron, ces deux forts dominant la rade de Toulon. Les 22 et 23 août, la 9e DIC et la 1re DFL combattent dans la ville : "Marsouins", Algériens, Sénégalais, Français Libres, rivalisent de courage pour progresser.

    De Lattre a prévu l’attaque sur Marseille dès la prise de Toulon, espérée aux alentours des 22-23 août. Mais les combats se poursuivant dans cette dernière ville, il faut brusquer les événements. Le général de Monsabert décide de surprendre l’ennemi. Le 21 août, l’insurrection a éclaté dans Marseille : les FFI affrontent les troupes allemandes.

    Le 22 août, le 7e RTA est au Plan de L’Aigle, tandis que le GTM du colonel Le Blanc ferme la route d’Aix. Aubagne, Géménos, ont été le cadre de violents accrochages. Les Tabors du général Guillaume encerclent Marseille. Le 23, le 7e RTA et les résistants lancent les combats dans la ville insurgée. Une tentative de pourparlers avec le commandement allemand n’aboutit pas. Le 25 août, 3e et 7e RTA, CCI, FFI, avancent vers Notre-Dame de la Garde

    Pus de 900.000 hommes, 4 millions de tonnes de matériel

    Les pertes sont sévères, mais les points d’appuis ennemis tombent peu à peu. Le 27 août, le 1er Tabor marocain s’empare du fort Saint-Nicolas.

    Le 28, le général de Monsabert reçoit du général Schaeffer, commandant la 244e division allemande, l’acte de capitulation

    Ce même jour, à Toulon, l’amiral Ruhfus se rend au commandant de la 9e DIC. La capture des deux grands ports s’est faite avec un mois d’avance sur les prévisions. Marseille et Toulon vont jouer, jusqu’à la victoire, un rôle précieux pour le ravitaillement des armées alliées : plus de 900.000 hommes, 4 millions de tonnes de matériel, y transiteront

    Parallèlement, dans l’arrière-pays, les forces de la Résistance ont pris l’offensive : par des sabotages, des actions de guérilla, les maquisards harcèlent la retraite ennemie. Les Français vont pouvoir rejoindre les Américains et entamer la poursuite de la XIXe armée allemande : dès le 15 août, des éléments de la 1re DB ont atteint Avignon.

    Le 28 août, de Lattre envoie un télégramme au général de Gaulle : « ... aujourd’hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif ».

    La Provence est libérée, à l’exception de quelques poches.

     

    Cf notre hors-série 1944-1945 De la Libération à la Paix (Volume 5) à LER Boutique


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  • Un article de l'Est Républicain, par Jérôme ESTRADA, auteur de  "Les Combattants de l'aube". 

     

    Bernard SAINT HILLIER, un Jurassien chef d’état-major

    Bernard Saint-Hillier, né à Dole en 1911. Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    Bernard Saint-Hillier, né à Dole en 1911. Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    Bernard Saint-Hillier est  né à Dole en 1911Narvik, Dakar, Erythrée, Syrie, Libye, Tunisie, Italie, débarquement en Provence, libération de la Franche-Comté : Bernard Saint-Hillier (né en 1911 à Dôle), fut sur tous les fronts. En récompense de sa bravoure, il reçoit ses galons de chef de bataillon avant d’être nommé chef d’Etat-major de la 1ère  Division française libre sous les ordres du général Brosset (septembre 1943). Il débarque en Italie en avril 1944, puis en France, à Cavalaire, le 16 août 1944.

    Après la remontée de la vallée du Rhône, à la tête de ses légionnaires, il libère Ronchamp. Il reçoit sa troisième blessure – encore un éclat d’obus - devant Belfort (4 octobre). Cela ne l’empêche pas d’assurer le commandement de la 1ère DFL entre la mort du général Brosset à Champagney (Haute-Saône) et la désignation du général Garbay. Promu lieutenant-colonel (5 décembre 1944), neuf fois cité et quatre fois blessé, Bernard Saint-Hillier prend, le 25 mars 1945, le commandement de la 13e DBLE et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l’Authion.

     

    Un Haut-Saônois à la tête de la 1re DFL : Pierre GARBAY

    Pierre Garbay, né à Gray en 1903. Photo Musée de l'Ordre de la Libération 

    Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    Pierre Garbay est  né à Gray en 1903. D’origine modeste, après ses études secondaires, il est admis à Saint-Cyr et en sort sous-lieutenant en 1924. S’ensuit alors une brillante carrière militaire qui le mène du Maroc en Chine. Refusant l’armistice, il s’engage dans les FFL et joue en août 1940, un rôle actif dans le ralliement du Tchad à la France Libre.

    Placé à la tête de la 2e BFI, il débarque en Italie puis en Provence. Après la mort accidentelle, le 20 novembre 1944 dans les Vosges, du général Brosset commandant la 1re DFL, Pierre Garbay est choisi pour le remplacer ; il est alors rapidement promu au grade de général de brigade.

    La Division, sous ses ordres, se distingue à Giromagny, au Ballon d'Alsace, à Sewen et à Gros-Magny, remportant là une éclatante victoire qui la mène en Alsace. Passée en réserve du 6e Groupe d'Armée, la 1ère DFL est dirigée ensuite sur la Poche de Royan.

    Rappelée en Alsace, où elle parvient le 1er janvier 1945, elle remporte, du 7 au 11 janvier, la difficile victoire défensive sur l'Ill. De même, du 23 janvier au 1er février, elle prend une part décisive à la libération définitive de l'Alsace en procédant à la réduction de la Poche de Colmar.

    En avril 1945, le général Garbay emmène la Division dans les Alpes-Maritimes où elle enlève, du 10 au 12 avril, après trois jours de combats acharnés, le massif fortifié de l'Authion, clef de tout le système défensif ennemi dans les Alpes du sud. Pierre Garbay, à la suite d'une audacieuse manœuvre exécutée en haute montagne, franchit la chaîne des Alpes et débouche dans la plaine du Pô à la veille de la capitulation allemande.

    Après-guerre, il finira sa carrière comme général d'armée et Gouverneur militaire de Paris. Pierre Garbay est décédé le 17 juillet 1980 à Montluçon.

     

    Les Compagnons Lorrains de la 1re brigade

    Parmi toutes les formations de la 1re DFL, la 13e DBLE est la seule à avoir combattu sur tous les champs de bataille de la division.

    Trois Lorrains Compagnons de la Libération ont été affectés à la fameuse 13e demi-brigade de Légion étrangère : René Morel chef de bataillon placée à la tête du 2e BLE puis adjoint du commandant de la 13e DBLE, René Briot et André Dammann (avant de rejoindre le BCRA à Londres)

     

    René MOREL

    René Morel, né en 1908 à Granges-sur-Vologne. Photo Musée de l'Ordre de la Libération 

    Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    René Morel est  né en 1908 à Granges-sur-Vologne (Vosges) où il viendra mourir en 1974. Son père était directeur commercial dans le textile. Affecté à la 13e demi-brigade légère de montagne, le lieutenant Morel prend part à la campagne de Norvège (Narvik) en mai et juin 1940. Après s’être engagé dans les Forces françaises libres, il se bat en Erythrée, en Syrie et en Afrique du  Nord. À la tête de sa compagnie à Bir-Hakeim (de la 13e DBLE), il inflige de lourdes pertes à la division blindée Ariete lors de la première offensive du 27 mai 1942. Il y est blessé de nouveau à trois reprises par éclats de mortier et par balle les 10 et 11 juin 1942. René Morel est encore une fois blessé par éclats d'obus à l'Himeimat (El Alamein) le 24 octobre 1942.

    En mai 1943, à l'issue des opérations de Tunisie, il est affecté au 2e BLE dont il prend le commandement avec le grade de chef de bataillon, le mois suivant. Il se bat ensuite en Italie où il est encore blessé. Il débarque en Provence le 29 août 1944. Quittant son commandement, René Morel devient adjoint du commandant de la 13e DBLE en octobre 1944 avant d'être détaché, en novembre, au cabinet militaire du ministre de la Guerre. Il termine la guerre avec 6 blessures et autant de citations.

     

    René BRIOT

    René Briot, né en 1913 à Saint-Maurice-sur-Moselle. Photo collection particulière François Parmentier

    Photo collection particulière François Parmentier

    René Briot, est né en 1913 à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges, dans une famille de tisserands. D’abord agriculteur, il décide finalement de s’engager (1935) au 21e régiment de tirailleurs algériens. En 1940, alors qu’il est en Palestine, il rejoint avec d’autres volontaires français les Britanniques (1er  BIM). Affecté à partir de 1941 à la fameuse 13e DBLE, il prend part aux opérations de Syrie puis aux campagnes de Libye, d'Egypte et de Tunisie. Promu au grade d'adjudant en juillet 1943, il combat ensuite en Italie avec le Corps expéditionnaire français. Débarqué en Provence en août 1944, René Briot prend part ensuite à la campagne de France avant d'être nommé adjudant-chef au lendemain de la capitulation de l'Allemagne.

     

    André DAMMANN

    André Dammann, né le 12 décembre 1901 à Nancy. Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    André Dammann est né le 12 décembre 1901 à Nancy, il  s'établit au Cameroun dès 1926 et il introduit, en pays Bamoun, la culture du café Arabica. A l'été 1940, il est au premier rang de ceux qui refusent la capitulation. Il sert lui aussi à la 13e DBLE. Affecté à la Compagnie lourde n°3 (CL 3) puis à la CL 2, il se distingue au combat en Erythrée en mars et avril 1941, à Keren et à Massaoua, puis en Syrie en juin 1941. Le 3 juin 1942, au cours d'un bombardement d'aviation à Bir-Hakeim lors de la campagne de Libye, il est blessé au bras et refuse de se faire évacuer. Le 8 juin au cours d'une violente attaque de chars appuyée par de l'artillerie, ayant reçu de nombreux éclats de 155 dans la circulaire de sa pièce le blessant à la main, il continue à servir sa pièce après s'être fait faire un garrot, détruisant deux chars qui menaçaient de pénétrer dans la position. Dans la nuit du 10 au 11 juin, lors de la sortie de la position, cherchant à franchir à pied un barrage d'armes automatiques, il est blessé une troisième fois aux deux jambes.

    Promu caporal, sa conduite particulièrement brillante lui vaut de recevoir la Croix de la Libération des mains mêmes du Général, au centre de convalescence de Sofar en Syrie. Après une convalescence au Cameroun, il rallie Londres où il réclame l'honneur d'être parachuté en France aux premiers jours des opérations de la libération du Territoire. André Dammann est promu adjudant en février 1944 puis sous-lieutenant au mois d'avril suivant. Affecté au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) il reçoit la mission d'assurer la liaison avec les hommes du maquis de Savoie, qui depuis longtemps déjà, interdisent aux Allemands l'accès de leurs montagnes. Parachuté en juillet 1944 le lieutenant Dammann participe à leur action. La libération de la région accomplie, il prend part à la reformation du 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) en octobre 1944.

    A partir de novembre 1944, il est activement engagé dans la campagne des Alpes. Après avoir participé au nettoyage de la Maurienne et de la Tarentaise, l'armistice le trouve au col du Petit Saint-Bernard.

    Rendu à la vie civile, capitaine de réserve, il regagne le Cameroun au début de 1946 pour y entreprendre une exploitation forestière. Il fonde un foyer en novembre 1946 et devient Président de l'U.F.A.C. pour le Cameroun.

    André Dammann est décédé dans un accident d'avion le 3 février 1951 au Mont Cameroun près de Douala.

     

    Un Vosgien commandement du BM 5 : Roger GARDET

    Roger Gardet, né en 1900 à Epinal. Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    Photo Musée de l'Ordre de la Libération

    On trouve deux Lorrains Compagnons de la Libération affectés à la 2e brigade : le Vosgien Henri Karcher (mais affecté en 1944 à la 2e DB, il débarquera en Normandie) et Roger Gardet (né en 1900 à Épinal. Son père, officier, est mort pour la France en 1914).

    Militaire de carrière, il a participé à plusieurs missions de prospection géographique au Tonkin, en Tunisie, au Levant, à Madagascar, en AEF et au Maroc jusqu'en 1937. Spécialiste de la géodésie, il sert ensuite à la mission de délimitation franco-britannique du Cameroun-Nigeria. Il est à Yaoundé lorsqu'il entend l'Appel du général de Gaulle et participe au ralliement de la capitale du Cameroun à la France Libre. En septembre, il est promu chef de bataillon du Régiment de tirailleurs camerounais (RTC), régiment crée par le colonel Leclerc à la place des forces de police.

    Fin 1940, le commandant Gardet propose la création d'un bataillon de marche, le 3e Bataillon du Régiment de tirailleurs du Cameroun (3e BRTC), qui voit le jour en mai 1941 et est placé sous son commandement.

    En mars 1942, le 3e BRTC devient le bataillon de marche n° 5. Il rejoint la 2e BFL de la 1re  division française libre en juillet, en Egypte. Au Levant, le BM 5 participe à l'exécution de la ceinture défensive de Beyrouth, puis, en Egypte, à la Bataille d'El Alamein en octobre 1942.

    Le lieutenant-colonel Gardet s'illustre en Tunisie, le 11 mai 1943, dans la région de Takrouna, aux Djebillat, Le 13 mai, il reçoit personnellement la reddition du général italien Orlando et de son corps d'armée. Il est fait Compagnon de la Libération.

    Après la campagne de Tunisie, il quitte le commandement du BM 5 et participe à celle d'Italie en étant adjoint opérationnel du colonel Garbay, commandant la 2e BFL. Il se distingue à plusieurs reprises. Il débarque en Provence en août 1944 et participe à la libération de Toulon, aux durs combats d'Hyères et de la Garde.

    Promu colonel en septembre 1944, il prend le commandement de la 2e brigade française libre.

    Il se distingue devant Belfort en s'emparant de 2 villages fortement défendus et en progressant de plusieurs kilomètres au milieu des lignes adverses, celles-ci étant complètement désorganisées par la rapidité de son action.

    Après l’Alsace, Roger Gardet participe, dans les Alpes, aux combats pour la libération de La Brigue et de La Tende.

    Après-guerre, il poursuit une brillante carrière. Général de corps d'armée en 1958, Roger Gardet termine sa carrière comme commandant supérieur en AOF (1958-1960).

    De 1962 à 1966 il est rappelé à l'activité et est nommé président de la Cour militaire de Justice, en particulier lors du procès des auteurs de l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Roger Gardet est décédé le 27 février 1989 à Fréjus. Il est inhumé à Chevigny, dans le Jura.

     

    Jérôme ESTRADA et le service documentation de l'Est Républicain

    Les combattants de l'Aube


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    * Deux grands anniversaire du mois d'août - Hubert Germain et Daniel Cordier


     

    Respectivement né le 06 août 1920 à Paris et le 10 août 1920 à Bordeaux les deux compagnons de la Libération 

    Hubert GERMAIN et Daniel CORDIER
    fêtent ce mois ci leur 99ème anniversaire.

     

    * Deux grands anniversaires du mois d'août - Hubert Germain et Daniel Cordier * Deux grands anniversaires du mois d'août - Hubert Germain et Daniel Cordier


     La Fondation B.M.24 Obenheim leur souhaite un très heureux anniversaire .

    * Deux grands anniversaires du mois d'août - Hubert Germain et Daniel Cordier

     

     

     


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  • *  Wladislas PICUIRA ancien du B.M.11 de la 1ère DFL nous a quitté.


    Mr Alain PICUIRA

    vient de nous faire part du décès de 

    son papa, Mr Wladislas PICUIRA.

    *  Wladislas PICUIRA ancien du B.M.11 de la 1ère DFL nous a quitté.

    Mr Wladislas PICUIRA lors de sa nomination au grade de 
    Chevalier de la Légion d'Honneur

     (Lien) 
    (Lien)

    " ....De tous nos camarades de combat, la seule chose dont je me souvienne c’est notre soutien des uns aux autres, nous étions tous pareils, nous ne regardions pas notre couleur de peau ou notre religion. Nous ne formions qu’un seul idéal,
    LA LIBERATION DE LA FRANCE".

    ( W. PICUIRA, avril 2012 )

     

    Médaillé Militaire

    Chevalier de la Légion d'Honneur


    *  Wladislas PICUIRA ancien du B.M.11 de la 1ère DFL nous a quitté.

     Wladislas est né le 15 juin 1926 à Saint Etienne
    et décédé le 29 juillet 2019


     La cérémonie religieuse aura lieu le jeudi 1er Août
    à 15h en  l'Église Sainte Marguerite du Vésinet.  

     

     

    La Fondation B.M.24 Obenheim 

    présente ses très sincères condoléances à sa famille.

     

     

    (Fondation B.M.24 Obenheim)  

    *  Wladislas PICUIRA ancien du B.M.11 de la 1ère DFL nous a quitté.


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  • Nos vifs remerciements à Eric Minocchi

    * Trésor d'archives : extraits du journal de Maruice MEUNIER (BIMP) durant la Campage d'Italie

    Maurice Meunier à la fin de la guerre (collection Maurice Meunier)

    Monsieur Eric MINOCCHI vous propose de découvrir un extrait du témoignage de Maurice MEUNIER (enregistré puis retranscrit) concernant la partie la plus importante pour lui des combats en Italie, celle qu'il avait bien en mémoire : la bataille du Mont Girofano dans la nuit du 11 au 12 Mai 1944.

    Témoignage de Maurice MEUNIER, infirmier

    à la compagnie de commandement du BIMP

     

    A la suite de notre débarquement à quai au port de Naples, nous nous sommes installés à 40 Kms de Naples, dans un petit village appelé Ducenta qui produisait du vin et faisait de l’élevage. Nous y sommes restés un ou deux mois.

     

    Ce qui m’a marqué, c’est que tous les soirs, nous avions du spectacle. Et c’était du spectacle aérien. Parce que où nous étions logés c’était une grande ferme avec une grande terrasse dessus, et vers 8h00 – 9h00, ou même plus tard dans la nuit, on en entendait les bourdonnements, et c’étaient les bombardiers allemands qui venaient pour bombarder toute la flotte qui était dans la baie de Naples, où il y avait des bateaux civils, des bateaux de guerre, des porte-avions, toute la flotte alliée était là.

     

    Donc tous les soirs, ils venaient, et tous les projecteurs s’allumaient, balayaient le ciel de leurs faisceaux cherchant les avions. Il y avait également les ballons de protection de tous les navires qui étaient éclairés par les projecteurs et brillaient, ainsi que leurs câbles. Avec en plus les obus et balles traçantes, les explosions, les bombardiers qui se faisaient descendre cela devenait un réel spectacle. Et nous entendions aussi tous les bruits de la bataille. Cela durait environ trois quarts d’heure – 1 heure presque tous les soirs.

    Pour moi qui étais un jeune qui n’avait pas connu la guerre, c’était la première fois que j’entendais les bruits de canons.

     

    Nous y avons passé un bon séjour, nous allions à la mer régulièrement, comme des touristes. Puis un jour, il a fallu partir au front.

     

    Au Girofano, nous avons pris la place des Marocains qui avaient été en place tout l’hiver. De chaque côté, il y avait des alliés ; à côté les Canadiens, plus loin les Américains. Les obus passaient au-dessus de nous toute la nuit avec un sifflement qui se concluait par une explosion, le but étant de bombarder à l’aveuglette le fleuve derrière nous et les américains qui s’y trouvaient.

     

    Je m’étais fait un petit abri près d’un gros rocher. A côté, une petite grotte où était installée l’infirmerie qui se composait du docteur (le lieutenant ESCALE), de brancardiers et de trois infirmiers en plus de moi-même, sachant qu’il n’y avait qu’un seul infirmier par compagnie.

     

    Un matin, le docteur m’annonce qu’il est appelé au PC, à 50 mètre au-dessus de nous. A son retour, il me dit « MEUNIER, c’est pour ce soir », je lui demande « quoi ? », il me répond :

    « Oui, ce soir on attaque ! ».

    Alors moi, jeune combattant, je me dis « ça y est, l’heure arrive, c’est à mon tour ! ».

    Ceux qui avaient fait Bir-Hakeim, c’étaient déjà des durs, mais moi, j’étais encore un petit jeune… Le docteur me prévient que mon équipe de brancardier doit être prête, avec tout le nécessaire, des pansements en quantité suffisante. Alors je réunis mes gars, je leur explique. Et tout en parlant, je vois un jeune mec assis au pied d’un arbre en train d’écrire. C’était un brancardier, un jeune métro. Je lui demande ce qu’il fait et il me répond :

    « accordez-moi encore 10 minutes, j’écris une lettre à ma mère ». Je lui dis OK. Puis, il me la tend et me la confie en me demandant de la faire suivre en cas de problème. Je la glisse dans ma musette.

    A la tombée de la nuit, je rejoins le PC avec mon équipe de brancardier. Il y avait aussi le transmetteur qui était un copain, Willy NICHOLLS, qui avait comme indicatif « Joseph 1 ». Nous sommes donc tous réunis à 7 ou 8  dans le petit réduit du PC lorsque le commandant (Henri MAGNY*) regardant sa montre, dit :

     

    « Messieurs, si vous voulez assister à un beau feu d’artifice, je vous invite à mon balcon ». 

     

    * Trésor d'archives : extraits du journal de Maruice MEUNIER (BIMP) durant la Campage d'Italie

    Henri MAGNY, Compagnon de la Libération

     

    Alors nous nous mettons tous sur le bord tu petit talus qui donne vers l’ennemi, et je revois toujours le compte à rebours « 4, 3, 2, 1 »…  j’avais l’impression qu’il avait appuyé sur un bouton ! Tout s’est allumé en même temps, tout le front d’Italie s’est embrasé. Et ça partait de tous les bords et dans la même direction… un vrai feu d’artifice !

    Je pensais qu’il n’y avait plus d’Allemands en face, mais ils se sont mis à riposter…

     

    Le commandant indique qu’il faut partir et descendre en file indienne et ça pétait de toute part autour de nous.

    A un moment donné, nous avons dû être repérés car une pluie de mortiers s’abat sur nous, et nous avons des blessés.

    Je fais signe pour le signaler et demande où était le docteur. Celui-ci n’était pas là. Etant myope, il s’était perdu après avoir perdu ses lunettes, et comme il fallait garder le silence, il n’avait pas pu prévenir les autres.

    J’ai dû donc seul m’occuper de mes tout premiers blessés qui étaient au nombre de 3.

     

    Après avoir fait un point radio avec les autres compagnies, le commandant indique que nous repartons pour effectuer la jonction avec les autres unités. Je lui dis que le docteur a disparu et qu’il faut quelqu’un pour s’occuper des blessés.

    Il me tape sur l’épaule et me dit « Meunier, je ne vous dis pas Adieu, mais Courage », et il disparaît dans la nuit.

    Une fois m’être occupé de mes blessés, pansements compressifs, morphine, fiche de blessés autour du cou, avec heure des garrots, etc… j’entendais au loin des cris : « au secours », « au secours », « Maman », etc… il y a un pauvre blessé qui appelait sa mère… je confie donc mes blessés au plus vaillant d’entre eux en lui expliquant ce qu’il devait faire régulièrement avec le garrot. 

     

    Et là, j’ai passé toute la nuit à chercher et m’occuper des blessés. J’étais là, tout seul… je me suis trouvé je ne sais où, je ne sais comment, il y avait des cadavres partout, des blessés pour qui je ne pouvais plus rien faire, je faisais ce que je pouvais.

     

    Au matin, une patrouille passe près de moi, et je me manifeste auprès d’eux en criant « Pacifique, Pacifique », tandis qu’au lointain j’entendais encore quelqu’un appeler au secours, mais ça me paraissait bien loin. Mais il fallait faire attention, car j’avais aussi échappé à des patrouilles allemandes, tout le monde circulait dans cette zone.

    Le chef de la patrouille me demande ce que je fais là et je lui explique que j’ai des blessés qu’il faut ramener. Mais il m’indique qu’on a perdu le bénéfice de notre attaque et que nous sommes revenus sur nos positions. La patrouille me ramène sur nos positions vers 8 heures du matin, où je me signale, car j’avais été porté disparu.

     

    J’explique que j’avais des blessés à ramener. Nous redescendons donc avec les brancardiers dans le ravin, en plein jour. Les Allemands n’avaient pas décroché, mais comme nous arborions la Croix rouge sur nos casques, brassards et sur un drapeau, nous avons pu retrouver nos blessés sans problème. 

    Et là j’ai pu retrouver mon docteur qui était blessé, à 2-300 mètres de la position de départ, avec fracture ouverte.

    Heureusement qu’il était médecin, il s’était soigné lui-même. Il était là, assis avec le pantalon baissé, les médicaments éparpillés autour de lui. Nous l’avons ramené sur la position. Nous sommes ensuite retournés chercher les autres blessés".

     

    Cet « épisode » du Girofano va déboucher, pour Maurice MEUNIER, sur une citation à l’ordre du corps d’Armée en date du 16 juin 1944 :

     

    «  Infirmier d’un dévouement absolu et d’un moral élevé a, sans arrêt durant l’attaque du Mont Girofano dans la nuit du 11 au 12 mai, donné des soins aux blessés sous un violent feu de mortier ennemis. Après le combat est retourné en avant de nos lignes et a ramené un sous-officier gravement blessé qui était porté disparu. »  

     

    Il recevra, pour cet acte, la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

     

    En fait, il ne s’agissait pas d’un sous-officier qu’il avait ramené, mais d’un officier, le lieutenant ESCALE (Erreur de retranscription à l’époque sans doute)

     

    * Nota : Quatre jours plus tard, le 16 mai, disparaissait le Commandant Magny, dans les conditions relatées dans son journal par Maurice Mehaut (BIMP).

     

     

     PHOTOGRAPHIES COMMUNIQUEES PAR ERIC MINOCCHI

     

    Jour du départ du 2ème contingent de volontaires calédoniens de Nouméa en mars 1943.

     Une croix au stylo indique Maurice. (Collection Maurice Meunier)

     

    * Trésor d'archives : extraits du journal de Maruice MEUNIER (BIMP) durant la Campage d'Italie

    La photo ci-dessous est prise en mars 1943 à Randwick (Sydney) quelques jours après le départ de Nouvelle-Calédonie. Maurice est au centre. (Collection Yvon DUBOIS) 

     

    * Trésor d'archives : extraits du journal de Maruice MEUNIER (BIMP) durant la Campage d'Italie

     

    Maurice, à la fin de la guerre. (Collection Maurice Meunier)

     

    * Trésor d'archives : extraits du journal de Maruice MEUNIER (BIMP) durant la Campage d'Italie

     

     

    Nos précédents article relatifs à Eric Minocchi et à Maurice Meunier (décédé le 2 mai 2018) 

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