• * Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     

    Nos derniers Compagnons -  HUBERT GERMAIN, portrait et paroles sensibles...

     

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    Hubert Germain, 13ème Demi Brigade de Légion Etrangère -  EM

    Ancien de Bir Hakeim

    Hubert Germain est né dans les beaux quartiers de Paris, le 6 août 1920. Mais ses grand-parents étaient originaires de la Drôme et le petit citadin, comme le souligne Benoit Hopquin dans son livre « Nous n’étions pas des Héros », en gardait une âme rurale : « Ce n’était pas l’amour de la patrie, mot bien trop abstrait. Non, c’était vraiment l’amour de la France… Entendez-vous dans nos campagnes mugir ces féroces soldats…, Hubert Germain n’eut pas à se poser de questions pour prendre la décision en juin 1940 de rejoindre Londres, c’était le bon sens".

    Son père Maxime Germain, polytechnicien, officier général issu des troupes coloniales, avait poursuivi sa carrière dans les colonies. A 17 ans, Hubert avait déjà fait le tour du bassin méditerranéen, vécu à Damas et passé son bac à Hanoï. La carrière de son père le ramenait sporadiquement à Paris, milieu dans lequel se révèle son caractère révolté, affranchi des conventions. Son insolence le fait exclure des grandes écoles de Janson de Sailly et Louis le Grand.

    En 1934, son père appartenait au cabinet de Philippe Pétain, ministre de la guerre. Hubert apprend à connaître le personnage dans le sillage de son père et mesure le fossé qui sépare l’homme de sa légende… Maxime Germain s’installe à Bordeaux en 1937 et Hubert apprécie pour la première fois le retour en métropole. Il est désormais admis à la table où son père invite d’autres officiers :  il écoute les dissertations sur l’Anschluss en Autriche, le coup de force en Tchécoslovaquie, l’accord de Munich…. et il s’inquiète de la mollesse de ces officiers supérieurs qui n’ont aucune envie de se battre.

    En 1939, la guerre déclarée, le général Germain rejoint la frontière avec sa division. Hubert est inscrit au Lycée Montaigne et prépare les examens pour entrer à l’école navale de Bordeaux. Le jour des examens, il ne parvient pas à se concentrer sur ce devoir qui lui semble inepte : Paris venait de tomber, la France se noyait…  Devenir officier de marine d’un Etat qui sera aux ordres de l’Allemagne nazie ? Impensable. Il se lève, rend copie blanche et sort. Le 17 juin le discours du Maréchal achève de le dégoûter.

    Il songe alors à se rendre au Maroc pour poursuivre le combat et il soumet son projet au général Bührer, arrivé à Bordeaux avec le gouvernement. Celui-ci lui répond que l’Afrique du Nord va à son tour arrêter le combat. Et : « Tu serais prêt à abandonner le sol français ? Sors d’ici ! - Mon général je vais faire la guerre que vous avez abandonnée - Voyou ! », lui lança le général tandis qu’il s’éloignait. (1)

    Le Royaume-Uni se battait encore, c’est là qu’il fallait se rendre. Le 21 juin, il fait ses adieux à sa mère et à sa sœur et parvient à Saint-Jean-de-Luz le 23 en compagnie de quatre copains de promo. Là, l’Arandora Star embarque des troupes polonaises pour l’Angleterre.

    Hubert Germain prend les choses en main. Pourquoi s’entêter à chercher la faille dans le cordon des policiers ? Autant s’adresser directement aux officiers supérieurs. Germain a donc repéré un général polonais et l’a abordé simplement : « Mon général, je suis moi-même fils de général de l’armée française. Nous serions honorés, avec mes compagnons, de nous joindre à vos hommes ». Et ils obtiennent satisfaction ! des morceaux d’uniforme leur ont été distribués et les étudiants ont embarqué sur l’Arandora Star sous la bannière de l’aigle polonais, le 24 juin . (4)

     

    Hubert signe son engagement dans la France Libre à l’Olympia Hall, et se retrouve au milieu de 2000 hommes, pour beaucoup aussi jeunes et aussi perdus que lui. Ils se regroupent selon des affinités instinctives, dans un brassage à l’aveugle avec pour seuls points communs l’enthousiasme de se battre, et l’insensée certitude de vaincre. « Nous étions des braises, la flamme était en nous, elle a jailli ».

    En formation à la caserne d’Aldershot, il rencontre et se présente à de Gaulle venu en inspection, il est conquis. « Je vais vous envoyer dans une école d’officier militaire ».  Il est affecté sur le cuirassé Courbet où il suit les cours d'élève officier de marine. Alors qu'il étudie pendant la journée entre les alertes, Hubert Germain participe la nuit en tant que télémétreur à la défense antiaérienne contre les raids allemands. A bord, se trouvent des bretons venus de l’Ile de Sein, qui ont quitté leur bout de terre et rejoint l’Angleterre sur des bateaux de pêche. Le plus jeune a 14 ans, le plus vieux 60. Une éducation à la dure sous la direction des plus vieux…

    Mais la formation s’éternise et Hubert Germain se morfond dans l’attente de se battre. Fin 1940, il se rend au QG des FFL à Carlton Gardens et y croise un ami de son père, le général Paul Legentilhomme qui est aussi son parrain : il avait déclaré sa naissance à la mairie du 16e arrondissement avec son père !

    En 1939, Legentilhomme était commandant supérieur de la Côte française des Somalis. Il avait refusé l’armistice et tenté de convaincre le territoire, aidé du colonel de Larminat, de poursuivre la guerre aux côtés de l’Empire britannique. Sitôt installé, le gouvernement de Pétain avait envoyé un émissaire pour convaincre l’insurgé de se rallier au gouvernement de Vichy. Cet émissaire n’était autre que le général Germain ! On imagine, écrit Benoit Hopquin, le déchirement de l’homme et du militaire tenaillé entre l’obéissance aux ordres et la fidélité à l’amitié. La situation n’était pas mure, prêchait le général Germain, il fallait patienter avant de reprendre les armes. Finalement, Paul Legentilhomme fut destitué par Vichy en juillet et Maxime Germain le remplaça avec les plein pouvoirs… mais pour peu de temps. Jugé trop tiède, par le régime, il fut rapatrié et bientôt, deviendra suspect aux yeux des collaborationnistes. Legentilhomme, lui, le commandant déchu, avait alors fui le territoire et rejoint Londres fin octobre 1940.

     

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    Koenig et Legentilhomme en Syrie

    Paul Legentilhomme ne pouvait oublier que c’est le propre père d’Hubert qui avait précipité sa chute à Djibouti, cependant, il est tout heureux de revoir Hubert Germain auquel il propose de l’intégrer à son état-major et de l’emmener avec lui au Moyen-Orient. Au printemps 1941, ils parviennent au camp de Qastina où le général Legentilhomme devient le commandant en Palestine de la 1ère Division légère française libre destinée à intervenir au Levant.

    Hubert Germain participe à la campagne de Syrie et devant Damas qu’il avait connu enfant, il sert de guide et renseigne sur les défenses que son père avait en partie mises en place. Puis il intègre l’école officier de Damas dont il sort, à sa grande fierté, promu aspirant en septembre 1941..

    En Syrie, il rencontre aussi Pierre Koenig, le chef d’état-major de Legentilhomme, d’origine modeste comme l’était le général Germain. L’apprenti soldat est conquis par son esprit à la fois sympathique et sarcastique : « Petit con, tu t’imagines que tu vas rentrer en France comme ça ? La guerre va durer longtemps. Tu finiras sur un champ de bataille. - Ça me va », répondit Hubert Germain.

    Alors Koenig l’affecta au 2e Bureau de son Etat-major, celui de la 1ère Brigade française libre et Hubert Germain le suivit au Caire. En février 1942, il rejoignait les rangs du 2e Bataillon à la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère (13e DBLE).

    « … il se trouve que, engagé dans la France Libre, soutenu par un de mes parrains qui était là, le général Legentilhomme, très proche de moi, j’ai pu, à la suite d’un cours d’officier, accéder à la Légion Etrangère. J’y tenais beaucoup. Ayant un père colonial, bien sûr, comme dirait l’autre, j’ai voulu rompre avec Papa (rire), j’aimais beaucoup la Légion, déjà, elle me fascinait.

    Enfin, comme jeune aspirant à l’époque, lorsque je me suis retrouvé en Libye, par un matin très grisâtre, il pleuvait en début de février (1942), il faisait froid – on peut parler du désert de cette façon-là, j’étais au bord d’une piste parce qu’un officier devait venir me prendre et m’emmener, et je me suis dit pendant quelques instants : « mais qu’est-ce que tu es venu foutre là ? ». Et puis, cet officier est arrivé, le Capitaine de Sairigné, il m’a embarqué, ça y est, c’était un commencement…»

     

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    Le général, de Sairigné, Hubert Germain

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     Gabriel de Sairigné

    Hubert Germain participe dès lors à la campagne de Libye au sein de la 1ère Brigade.

    « A la Légion, j’avais des chefs comme le capitaine de Sairigné qui a été un cerveau dans la bataille…, le capitaine Arnaud, Simon, Messmer, Baudenom de Lamaze tué dans les prémices de la bataille. Quand vous êtes là vous vous sentez fort, quand vous avez des hommes déterminés, vous formez un bloc, et ce bloc-là était impénétrable. » (2)

    Aux côtés du Capitaine de Sairigné, Hubert fait l’apprentissage des patrouilles solitaires, des Jocks colonnes ensablées de la Légion.

    « Nous sommes en Libye. On s’imagine -  le public, qu’il y a une ligne de part et d'autre, et puis on joue un mauvais tennis si vous voulez, à se détruire, mais on s’imagine que l’on est face à face. Dans le désert, on n’est pas face à face, dans le désert on est comme sur un océan. La conception même de la bataille n’est pas du tout la même. Oui, il y a le sable, il y a de vagues repères, c’est une affaire entendue, mais quant à l’ennemi, il est partout. Il est devant vous, il est à gauche, il est à droite, il est derrière vous, et en l’air dans la mesure où des bombardiers viennent (perturber ?) votre propre évolution. Il était aussi au sol même… il y avait une profusion d’installation de mines, qui fait que malgré tout, il fallait regarder partout où on mettait les pieds.

    Quand vous êtes dans le désert, vous avez des valeurs essentielles qui reviennent : la valeur de l’eau, la valeur de l’ombre, la valeur de vos armements qu’il fallait toujours, chaque jour, nettoyer, de façon à ce que le sable ne s’incorpore pas dans l’élément de frottement des armes. Avoir conscience de la valeur des choses… vous ne savez pas ce que c’est après le désert que de prendre votre première douche, vous avez honte… vous avez honte parce que vous gâchez de l’eau.  

     

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    La nécessité de naviguer au soleil, au compas solaire… il fallait aussi la nuit pouvoir connaître certaines constellations, car les cieux là-bas étaient sensationnels, il y avait des millions d’étoiles, un ciel d’une pureté extraordinaire. A une heure donnée, on pouvait en déduire le lendemain, sans regarder nos montres :  telle constellation est à tel endroit, il doit être telle heure à ce moment… » (2)

     ***

    Mais saurait-il se battre se demandait Hubert ? Le 27 mai 1942, lorsque pendant deux heures, les vagues de chars de la division Ariete se brisent sur les défenses de Bir Hakeim, ses derniers doutes s’estompent : il reçoit l’ordre de se rendre vers une pièce d’artillerie située à 400 mètres de son trou et se force à marcher à pas lents sous la mitraille. « Est-ce que vous allez vous décider à courir, bon sang ! ». Il se mit alors à filer à toutes jambes et arriva à la batterie vivant et heureux : il avait gagné le respect des autres et de soi-même. (1) « Je dois dire que les officiers de Légion n’avaient aucune morgue. Quand je suis arrivé à la Légion, j’ai été très bien reçu, mais à partir du moment où j’ai fait mes preuves, c’était fini, je faisais partie du clan ». (2)

    Le 27 mai, il est détaché de la compagnie de Sairigné en appui de la compagnie d’Arnaud, comme chef d’une section antichars d’une trentaine d’hommes, à la compagnie lourde de la Légion (la seule compagnie équipée de d’antichars et de mortiers).

     

    « Quelle était l’importance des français de métropole dans cette affaire ? elle était relativement réduite. Vous aviez deux bataillons de Légion étrangère, vous aviez le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique, les gratteurs de guitare… quand ils lâchaient leurs guitares, vous n’aviez pas intérêt à vous trouver en face d’eux !   Il y avait des éléments nord-africains, un bataillon d’Oubangui-Chari…

    Les fusiliers marins, qui étaient un rassemblement d’hommes courageux, déterminés, gueulards comme il n’est pas permis, ont été fantastiques, on les aimait vraiment bien !  Au point de vue antiaérien, ils ont été absolument remarquables. Pour eux, ça a été très très dur.  J’ai vu devant moi un des stukas foncer et les fusiliers marins arriver à stopper le stuka dans sa descente et éclater presque sous mes yeux, il ne restait plus rien et le pilote était en morceaux.

    La mission était pour nous de tenir huit jours en cas d’opération. Donc si l’on veut regarder les évènements de Bir Hakeim dans le cadre de l’opération d’offensive menée par les Allemands, il faut bien considérer que la mission dévolue aux Français : huit jours, on en a fait quinze… » (2)

    Au cours de la Sortie de vive force de Bir Hakeim le 11 juin, apprécié pour ses dons d’orientation, il avait été inclus dans les tous premiers groupes. Quand le couloir s’est embrasé, il a eu l’immédiat sentiment que sa vie était finie… Et il fonça. Si vite et si efficacement que ses hommes, maintenant sauvés, lui témoignent : « C’était pas difficile. A la lueur des fusées, comme vous êtes grand, on n’a eu qu’à vous suivre ! ».

    La borne B. 837 atteinte, sa section défile sous les yeux du chef de la brigade. « Merci Germain ! » lui lance Koenig sous les yeux des hommes ébahis. (4)

    « Quand nous sommes sortis de Bir Hakeim, nous avons vu les journaux… tous les journaux du Caire d’Alexandrie étaient remplis jour par jour des combats que nous menions : -  Ah ils sont là, ils se battent, ils tiennent, ils tiennent encore, ils tiennent toujours !  Nous avons vu des spectacles étonnants avec nos véhicules -  il ne nous en restait pas beaucoup, criblés d’éclats d’obus, je l’ai vu devant moi parce que nous avons été obligés de freiner : la colonie grecque française ou libanaise qui était là, dans une démarche quelque peu ostentatoire mais propre à l’Orient – embrassait la trace de nos pneus…

    Nous nous sommes retrouvés ensuite quelques jours près du Caire, et le général de gaulle est venu nous voir… c’était le jour où il a remis la croix de la libération au général Koenig, à Amilakvari et au capitaine de Sairigné …  il est venu et il s’imaginait trouver des gens traumatisés… il s’est retrouvé alors sous une tente où nous étions. Les jeunes sous-lieutenants, c’est à dire nous autres… dans un réflexe de gamins, on avait préparé un coup et on s’est dit on va dire au général : « Bir Hakeim, c’est pas une mince affaire,  il faut qu’il y ait quelque chose de commémoratif de la bataille, une médaille, un titre… on voudrait bien qu’il y ait quand même quelque chose qui nous distingue des autres… » « oui, je vais y penser, faire un arrêté… « , et il s’attendrissait le général… « C’est tout vu : voilà le texte de l’arrêté ! il a été surpris : « J’ai pas de stylo… » « en voilà un mon général », il était de plus en plus coincé (rires) - « où voulez-vous que je me mette ? » un sous-lieutenant s’est penché : « tenez mon général, vous pouvez signer ». A ce moment-là, on n’avait pas le général en face de nous, on avait un père. Il a signé. Il y fait allusion dans ses mémoires, il avait passé une journée sympathique, épatante à la Légion.  Quand il est reparti, il a été salué par le grand salut de la Légion, le salut au Caïd.. Si je vous ai dit ça, c’est pour vous montrer dans quel état d’esprit nous étions… pas des vaincus, mais des demandeurs, nous voulions retourner à la Bataille. C’est pour ça que quand il a fallu repartir à El Alamein, on était très très contents d’y retourner… ». (2)

    Hubert Germain est cité à l’ordre de l’armée pour les combats de Bir-Hakeim et promu sous-lieutenant en septembre 1942. Il prend part ensuite aux combats de la 1ère Division française libre (1ère DFL) à l'Himeimat (El Alamein) en Egypte en octobre 1942 puis en Tunisie jusqu'en mai 1943.

    « Il n’y avait pas que la bataille, il y avait aussi la grandeur des hommes, et un combat spirituel pour certains d’entre nous. Lorsque le colonel Amilakvari a été tué à El Alamein, ça a été un choc à travers la Légion. Nous l’avons enterré, et sous les ridelles d’un camion, la messe a été dite, et le Père Malec, Yougoslave a célébré la messe, et au moment de l’homélie, il s’est adressé à Dieu : « Mais comment peux-tu nous laisser comme ça ? Nous sommes dans un combat pour la Paix, rétablir la Liberté, et tu prends les meilleurs de nous-mêmes ! » C’était un cri de révolte et qui n’était possible de la part du Père Malec - c’était mon opinion personnelle, que parce que nous avions fait tout ce qu’il fallait faire, nous n’avions rien à nous reprocher… Mais ce qui nous a fait mal au cœur, c’est de voir qu’à Alexandrie, il y avait une flotte française qui était là et qui ne participait pas aux combats… cela nous a fait mal, cela nous a fait très mal et je dirais, un peu honte pour eux ». (2)

    En Italie, le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, alors qu’il commande une section antichars en appui du 1er BLE, le lieutenant Germain dirige le tir des mitrailleuses lourdes de sa section pour continuer à appuyer le bataillon qui attaque le long du Liri. Avançant trop vite, il se retrouve isolé et à découvert. Il est cueilli par un obus de char qui le blesse à la hanche et doit être évacué sur Naples.

    Un mois après sa blessure, fin juin 1944, Hubert Germain retrouvait sa division et la guerre. La fatigue l‘accabla aussitôt. Un ami venait d’être tué. Il avait le moral à zéro, remâchait des idées noires, quand un motard est arrivé. « Lieutenant Germain ? – Oui, c’est moi. – Message de la division. Il lut : « Ordre est donné au Lieutenant Germain de se présenter au terrain d’aviation à Caserta, demain à onze heures. Le général de Gaulle le recevra dans l’ordre de la Libération » Jour dit, heure dite, le général s’approcha et prononça la formule rituelle : « Nous vous reconnaissons comme notre Compagnon dans la Libération de la France dans l’honneur et par la victoire ». (1)

    Hubert participe ensuite au débarquement de Provence en août 1944, qui lui inspira en 2012 ce souvenir et cette réflexion :

    « Si vous demandez une définition de la Patrie, personne ne vous la donnera. Nous avons chacun une définition de la Patrie. Je suis allé il y a deux ans à une promotion à Saint Cyr de Pierre Messmer, les jeunes étaient là ainsi que leurs parents. On sentait bien qu’ils ne savaient plus ce que c’était. J’ai été amené à intervenir et je leur ai dit  : " je vais vous donner ce qu’est ma définition de la Patrie :  lorsque nous avons débarqué sur les côtes de Provence, j’étais là en attente sur un bateau hollandais … au moment de débarquer, nous avons plongé dans les landing-craft, et nous nous sommes dirigés vers la côte, moi-même j’étais en tête du bateau. La trappe s’abaisse, l’officier de marine qui commandait le landing-craft nous dit « Go ! », nous nous sommes précipités et tout d’un coup je me suis dit mais qu’est ce qui se passe ? Mes jambes ont fléchi, je suis tombé à genoux. Il y avait l’odeur des pins, le bruit des cigales… un peu affolées les cigales, quand même, et j’ai pleuré. La Patrie, c’était une odeur retrouvée, la Patrie à ce moment-là, c’était aussi une chanson, le chant des cigales ». (2)

    Hubert Germain participe ensuite à la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon. Il prend part ensuite aux campagnes des Vosges, d'Alsace et termine la guerre en avril 1945 dans les Alpes Maritimes.

     « Le 30 avril 1945, j’ai reçu un télégramme, mon père serait le lendemain à la gare de Cannes. Il avait servi pour Pétain à Djibouti, puis avait quitté le Maréchal, avait été arrêté par la Gestapo et déporté. Quand il est descendu du train, je l’ai à peine reconnu. Nous avons fait quelques pas, puis je me suis tourné vers lui : « mon général, la compagnie de légionnaires est là pour vous rendre les honneurs ». (3)

    Appelé comme aide de camp auprès du général Koenig commandant les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Hubert Germain est démobilisé en 1946.

    « Début 1946, deux gendarmes ont sonné à ma porte. Devenu l’aide de camp du général Koenig, j’étais en uniforme et ils m’ont salué. « On cherche Hubert Germain. – Qu’est-ce qu’il a fait ? – Il était de la classe 40, second semestre. Il a déserté. » Je leur ai expliqué mes états de service et je les ai sentis gênés. Les républiques ont beau passer, l’administration reste, avec toute sa connerie ». (3)

    En 1946, Hubert Germain avait 25 ans, venait de se marier et avait la vie devant lui. Que faire désormais ? Continuer une carrière militaire ? Il aurait pu. Mais il fallait se colleter avec les officiers qui rentraient de captivité et les capitulards qui sortaient de leur trou. Ils n’avaient pas perdu de leur morgue, bien au contraire, elle était augmentée de leurs jalousies et de leurs rancoeurs. Le Français libre savait qu’il ne pourrait les supporter. Il quitta donc l’Armée.

    Hubert Germain a fait de la politique… Il est devenu marie de Saint-Chéron en Essonne puis député de Paris, gaulliste bien sur… Premier Ministre, Pierre Messmer qui l’avait déjà fait entrer dans son cabinet quand il était ministre des Armées lui proposa les PTT puis les relations avec le Parlement.

    Malgré tout cela, les honneurs, les distinctions, les combinaisons politiques, il ne parvenait pas à y prendre réellement goût, conclut Benoît Hopquin. (1) 

    « Il y a quelque chose de très fort dans cette affaire. Je me souviens d’un jésuite, le père Starcky, très érudit, qui a d’ailleurs travaillé sur les manuscrits de la Mer Morte. Nous avions été faits Compagnons ensemble. Il me disait « nous avons brûlé notre meilleur charbon là-bas ». Et c’est vrai. Nous avions donné le meilleur de nous-même mais nous avons touché à quelque chose d’essentiel, à la signification de nos efforts, à notre signification humaine, la valeur de toutes les choses essentielles ; pouvoir se conduire soi-même, se dire ne jamais suivre de traces dans le désert mais se créer son propre chemin ;  c’est-à-dire assumer ses propres responsabilités. (2)

     

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     Ordre de la Libération

    « Dernièrement, à la suite des évènements de Libye, les autorités françaises se sont rendues là-bas. Il n’y en a pas un d’entre eux qui se soit rendu à Bir Hakeim d’un coup d’hélicoptère. Il y a quand même un cimetière là-bas… les ministres des anciens combattants se sont peu préoccupés de ce cimetière ; il est dans un piètre état.

    Regardez à l’heure actuelle, nous sommes devant un vide sidéral. On est obligés de remettre l’histoire sur le tapis, de rechercher des témoignages… 

    Vous savez, je suis très philosophe. Prendre conscience, c’est déjà difficile pour les Français. Les faits nous appartiennent à nous ; je vous en livre un peu, c’est de la mémoire, c’est de la chronique, parce que je ne suis pas le seul, je vous donne mon point de vue, c’est le temps des chroniqueurs… Après ça il y a la prétention des historiens qui veulent expliquer la bataille, en importance, en l’exaltant ou en la diminuant. Ils prennent parti, c’est pas bon. Mais derrière les historiens va venir le temps de la légende. Et je crois que c’est la légende qui est importante.

    A la Légion nous marchons sur la légende des combats de Camerone, vous ne pouvez pas imaginer ce que ça représente. D’ailleurs le 30 avril prochain, la Légion étrangère fêtera Bir Hakeim, mais dans la soumission à l’évangile de Camerone. L’officier qui a été tué à Camerone avec tous ses hommes avait une main artificielle, que l’on a récupérée. Et chaque année le 30 avril, le bois du capitaine Danjou est sorti et porté. Et c’est à moi que revient cet honneur, pas du tout par mes mérites, mais parce que je suis le dernier officier de la 13. Et c’est quelque chose de terrible, vous ne pouvez pas imaginer… Le gamin de Bir Hakeim, c’est toi qui es là, alors tâche de bien te tenir parce qu’ils sont tous là à te surveiller (rire). Ça m’impressionne…

     

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    Aubagne, Camerone 2012 . Photo Arnaud Beynat

     

    Je voudrais bien dire une dernière chose : Bir Hakeim a été déterminant pour la France au Combat : s’il n’y avait pas eu Bir Hakeim, c’était rapé… (2)

     

    Hubert Germain est Grand Croix de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération et titulaire de plusieurs décorations étrangères .

     

    Sources des extraits de cet article :

    (1)  "Nous n'étions pas des héros". Benoit Hopquin, Calmann-Lévy, 2014

    (2) Entretien audio avec Hubert Germain pour le documentaire « Bir Hakeim, ici était l’âme de la France Libre », réalisé par Frédéric Roumeguère. ADFL/ Fondation de la France Libre, 2012.

    (3) Article du journal Le  Point

    (4) 1061 Compagnons, histoire des Compagnons de la Libération. Jean-Claude Notin, Perrin, 2000

    Vidéo Le Point LIEN

     

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  • Commentaires

    1
    Blandine
    Mercredi 6 Juin 2018 à 19:28

    Le 11 juin, date symbolique pour Hubert (Bir Hakeim) il sera  décoré de la Grand Croix de la Légion d'Honneur aux Invalides, j'ai le grand honneur d'être invitée et bien évidemment j'y serai

    2
    Durand
    Mercredi 13 Juin 2018 à 16:34

    ,Honneur,Respect,Admiration,et merci pour vos reportages!!

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