• Immense tristesse.... Disparition d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération

    Henri Beaugé nous a quittés. C'est avec une immense tristesse que nous apprenons cette nouvelle. Ses obsèques seront célébrées à Paris, en la cathédrale Saint-Louis des Invalides, le mercredi 21 janvier à 10h.
    Dans un communiqué, l'Elysée a salué la mémoire d'un « grand Français », « héros de la libération de la France ». Nous nous associons à la peine de son épouse, de ses enfants, de ses proches.

    Tous ceux qui l'ont approché se souviendront de sa gentillesse, de sa discrétion et  de son élégance ;  tous ceux qui ont eu la chance de lire ses Mémoires, rééditées l'année dernière, ont été marqués par la reconnaissance envers l'accueil des britanniques lors de son engagement,  et surtout  l'esprit de fraternité qu'il exprime envers ses frères d'armes -  particulièrement les tirailleurs africains et asiatiques- qui servirent à ses côtés au sein du BM 3 et du Train de la 1ère Division Française Libre.

     

    Immense tristesse.... La mort d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération

    Henri BEAUGE et son épouse, lors d'un 18 Juin à la Mairie de Paris

    Nous nous souviendrons également qu'en poste à la Délégation à l'aménagement du territoire (Datar) il présida à la création des parcs naturels régionaux (1963-1971). Il avait entretemps quitté l'armée en 1965 avec le grade de lieutenant-colonel de réserve.

    Henri Beaugé-Bérubé était fidèle à l'Ordre de la Libération dont il était membre du Conseil depuis septembre 2005.

    Immense tristesse.... La mort d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération

    Au Mont Valérien -  De gauche à droite : Fred Moore, chancelier de l’Ordre de la Libération, Paul Ibos, Jacques Hébert, Jean-Pierre Mallet (dans le fauteuil), Louis Cortot, Henri Beaugé-Berubé, Edgard Tupët-Thomé, Yves de Daruvar et Daniel Cordier. Crédit photo : Michel Pourny

    Il était notamment Commandeur de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45 avec palme, titulaire de la médaille de la Résistance, mais aussi Chevalier des arts et lettres et chevalier du mérite agricole.

    F.R.

    Biographie établie par le journal "L'Opinion"

    "On apprend la disparition d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération, à l'âge de 94 ans. Son décès porte à dix-sept le nombre de Compagnons vivants, qui seront mis à l'honneur, cette année, à l'occasion du 70ème anniversaire de l'Ordre, de la rénovation de son musée et du défilé du 14 juillet. Né à Brest le 6 septembre 1920, fils d'un officier de marine océanographe, il intègre l’École nationale des Arts et Métiers lorsque la seconde guerre mondiale éclate. En juin 1940, il quitte la France et s'engage dans les Forces françaises libres le 1er juillet, aux côtés de son frère Jacques. Affecté au bataillon de marche n°3 au Moyen-Orient, il prend part à la campagne de Libye en 1942 et 1943, puis aux campagnes de Tunisie et d’Italie comme chef de section antichars au bataillon de marche n°4.

    Immense tristesse.... La mort d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération 

    Le Lieutenant Henri Beaugé durant la Campagne d'Italie

    Henri Beaugé est alors blessé au bras, près du lac de Bolsena, le 12 juin 1944 alors qu'il effectue une reconnaissance sous un violent bombardement. Promu lieutenant, il débarque à Cavalaire, en Provence, le 16 août 1944. Il se distingue ensuite le 23 septembre 1944 devant Lomontot où il détruit des nids de mitrailleuses après une manœuvre audacieuse de ses canons. Le lieutenant Beaugé s'illustre encore le 10 avril 1945 au Fort de Brouis où il exécute des tirs extrêmement précis sur les tourelles et dans les embrasures, aidant de façon continuelle les éléments d'assaut. Au lendemain de la guerre, Henri Beaugé devient aide de camp du général Koenig en Allemagne puis officier des affaires indigènes au Maroc avant de devenir directeur du centre pétrolier d’Hassi Messaoud. Il quitte l’armée en 1965. Dans les années 1970, Henri Beaugé devient alors directeur du centre culturel d’Arc-et-Senans (Doubs) puis directeur du centre culturel de l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire)".

    Source : L'opinion.fr

     

    Immense tristesse.... La mort d'Henri Beaugé, Compagnon de la Libération

    (Éditions du Cerf, 297 p., 20 €).

    Extraits

    Le camp de Delville :  Jacques et moi signons notre engagement

    5 juillet. Le lieutenant Julitte est revenu comme il l'avait annoncé. En uniforme bien de chez nous : képi, culotte de cheval et bandes molletières, il tient cependant sous le bras un stick à la manière britannique.

    Il est monté sur une table et s'est aventuré péniblement dans un discours patriotique qui ne déchaîne pas l'enthousiasme...

    À ses pieds, une secrétaire enregistre les signatures :

    -   "Engagez-vous, précise-t-il, et vous aurez dimanche une séance de cinéma!"

    -   "Fallait le dire !" crie Le Berre, qui signe.

    Mais les arguments de ceux qui refusent sont infiniment plus pénibles à entendre.

    -    "Je n'ai pas traversé la Manche pour m'engager dans une armée de politiciens. Blum, qu'en ferez-vous dans votre armée, un général ?"

    -     "Blum n'a rien à voir dans cette affaire, affirme le lieutenant ; il est d'ailleurs toujours en  France."

    D'autres se croient devant une commission de réfrome et se tâtent le ventre, le cœur et l'estomac pour se convaincre qu'ils sont inaptes au service armé.

    Un sergent-chef veut épuiser ses droits en permissions avant de signer et demande au lieutenant de lui faciliter son retour en France pour cela !

    Quelle attitude auraient ces gens devant le feu de leur propre maison ? Nous voilà replongés dans un monde de fous, un monde irréel.

    Sur les 2 500 personnes du camp, il y aurait, dit-on, 400 signatures.

    Nous avons quitté les lieux dans un mauvais défilé, sales, mal rasés, braillant affreusement La Marseillaise !

    Il faut se fermer les yeux et les oreilles, ne rien voir et ne rien entendre, s'accrocher à l'essentiel, et croire au miracle qui nous sortira de cette infinie tristesse.

    Nous sommes arrivés à Delville sous une pluie torrentielle, mais la surprise est totale.

    Delville est un camp de baraques spacieuses dispersées dans la campagne anglaise.

    Chambrées, lavabos, salles de bain, eau chaude... séchoirs à linge, réfectoires, cuisines, foyers. Est-il possible qu'il existe dans le monde des casernes aussi bien conçues et confortables !

    Inattendu : des chiottes de 44 places dans la même salle. Jamais vu ça... Faut se faire à tout.

    Même à la biffe !

    Dès notre arrivée au camp, mes espoirs d'aviation française au Canada sont déçus : il faut avoir déjà piloté. Quelques prouesses en planeur au-dessus des clochers de Guipavas sont jugées insuffisantes.

    J'ai alors demandé la Marine.

    -  "Êtes-vous inscrit maritime ?"

    -   "Évidemment non."

    Je me suis alors souvenu que j'avais un grand-père artilleur. Demandé l'Artillerie...

    On a en vain cherché le colonel commandant l'artillerie du camp ! Il est parti pour trois jours.

    8 La France Libre recherchait alors des marins confirmés pour effectuer clandestinement des missions d'information en France occupée. (NdE)

    5 juillet 1940

    - "Il faut vous décider maintenant."

    -"Et que reste-t-il ?"

    -"L'Infanterie."

    Ayant eu, comme bien d'autres, deux grands-pères, je me suis rappelé que mon grand-père paternel avait été biffin, commandant le régiment d'Infanterie de Beauvais avant la Guerre de 1914.

    C'est ainsi que naissent les vocations. Cependant ! Faire un biffin quand on est né à Brest ! C'est vouloir être chasseur alpin dans les monts d'Arrée !

    Les camarades qui ont abandonné leurs papiers d'identité au consul général de France sont inquiets : et si ces papiers parviennent en France ?

    On nous suggère, sans trop insister, de changer de nom. Les mariolles s'en donnent à cœur joie... L'un veut s'appeler "Absent", ça fera rigoler la chambrée quand l'adjudant fera l'appel... Pas mort, le soldat Bidasse ! L'autre, qui veut un nom à consonance anglaise, pour mieux tromper l'ennemi, demande à s'appeler "Harry Cover".

    Un troisième se présente : "Handy Capet" rien de moins ! Une branche anglaise des Capétiens, sans doute ?

    Certains, enfin, plus sérieux, ne laissent pas passer l'occasion : "Assassin" devient "Alain" ; "Lévy" devient "Ferry".

    N'ayant laissé aucun papier au consul général, Jacques et moi conservons nos noms".

     

    Qui parlera de Bolbaye ?

     

    "Les Français seront-ils jamais capables d'apprécier ce que nous devons tous à ces gars-là ?...

    Dans cinquante ou soixante ans, quand les derniers témoins, à leur tour, disparaitront, qui se souviendra de la bataille de Kub-Kub, qui parlera des Canaques de Bir Hakeim, des Sarahs et des Cambodgiens de Libye, des Goumiers et des Tirailleurs marocains du Garigliano, des Mossis, des Bambaras, des Camerounais aux pieds gelés dans les Vosges ?

    Des milliers d'hommes sont morts pour notre liberté.

    Tous ont, avec nous, risqué leur vie pour que les Français n'aient pas la honte d'avoir attendu l'arme au pied que les Américains, les Russes ou les Anglais les libèrent de l'occupation allemande. Dans soixante ans, qui se souviendra de cette dette ?

    Qui parlera de  Bolbaye ? ».

     

    Henri Beaugé

     

    Plusieurs articles de notre projet de mémoire en cours sur le parcours France de la DFL  1944-1945 reprennent des extraits des Mémoires de Henri Beaugé.

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :