• * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

    2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

     

    Naissance du 1er Régiment de marche de spahis marocains

     

    Par décision du général Catroux en date du 24 septembre 1942, le 1er RMSM succède officiellement au GRCA. En effet, il est constitué aux Forces françaises libres du Western Desert un régiment de cavalerie mécanisée, placé sous les ordres de Jean REMY qui succède à Paul JOURDIER. Il prend la dénomination de 1er Régiment de marche de spahis marocains (1er R.M.S.M.), dénomination glorieusement portée par son unité d’origine durant la première guerre mondiale.

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942) 

    Lieutenant-colonel Jean Rémy - CP : Ordre de la Libération

     

    Constitué de quatre escadrons, le R.M.S.M. va former, avec la 1ère Compagnie de chars du 501e R.C.C., deux groupes de reconnaissance sur le modèle des « colonnes volantes » britanniques (Flying Columns), sous les ordres des commandants REMY et de KERSAUZON.

    Renforcé par la 1ère compagnie de chars de la France Libre, Le G.R.2 Kersauzon, équipé le premier d'automitrailleuses et de canons portés, est poussé dès fin août 1942 avec la compagnie de Chars Divry sur EL AMRIA d’abord, sur SAMAKET EL GUEBALLA (ou gabalia) ensuite, où il rejoint la 7e division blindée britannique (surnommée les « Rats du Désert) au sud du front de la VIIIe armée britannique et effectue des raids en profondeur dans le désert de Libye.

     

     

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     Char crusader de la 1ère Cie de chars Divry

     

    Il constitue la Fighting French Flying Column ou Colonne volante, rattachée en septembre à la 1ère Bridage française Libre du général Koenig, qui vient prolonger jusqu’à la dépression de Qatarra le dispositif britannique de la VIIIe armée britannique. Le GR 1 de son côté étant dirigé sur Fayoum.

    C'est la période de patrouilles soit dans le no man's land, large dans cette zone de quelque huit à dix kilomètres, soit sur les flancs du dispositif ennemi. Des patrouilles se glissent par la dépression de Quattara et remontent sur le plateau d'El Taqa derrière les lignes germano-italiennes pour renseigner sur les déplacements des éléments ennemis et sur leur activité.

    Chacun sent proche la grande bagarre qui une fois de plus opposera la VIIIe armée à l'Afrika-Korps et remettra en marche la pendule qui a déjà oscillé si souvent dans le désert. La force imprimée au balancier sera-t-elle assez grande cette fois pour lui permettre de franchir le goulot fatidique d'El Agheila ? Chacun l'espère et la vue des effectifs et du matériel qui s'accumulent entre le Nil et la position d'El-Alamein est propre à augmenter cet optimisme.

     

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      Itinéaire de la Colonne Volante de l'Egypte à la Tunisie

     

     

    24 octobre 1942 : dans la Bataille d’El Alamein 

     

    Le 20 octobre, le général Koenig, communique à ses subordonnés les ordres relatifs au rôle que les Français auront à jouer dans l'offensive prochaine.

    La 1ère brigade française libre et la Colonne Volante ont pour mission dans la nuit du 23 au 24 octobre de s’emparer du piton d'EI Himeimat et du rebord Est du plateau du Nagb El Rahla qui dominent toute la partie Sud du futur champ de bataille depuis la dépression de Quattara jusqu'à la crête de Ruweisat.

    La Colonne volante pour sa part doit couvrir la marche d'approche de la 13e Demi-Brigade de la Légion Étrangère, entrer dans le dernier champ de mines ami en protégeant le travail des sapeurs qui créeront une brèche, et se déployer entre le premier et le second champ de mines pour appuyer l’attaque de l’infanterie sur les premiers contreforts du plateau : une marche de 8 kms de nuit dans un terrain difficile. Elle devra appuyer de ses feux l’action de l’infanterie amie au moment où elle abordera la position de de résistance ennemie et arrêter éventuellement toute contre-attaque blindée ennemie.

    Le dernier champ de mines est franchi par les premières AM à 21 heures. La marche d’approche s’effectue normalement et des passages sont créés dans les champs de mine ennemis malgré les vives réactions de l’artillerie adverse.

     

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    La bataille d'El Alamein. Source : MINDEF/SGA/DMPA

     

    A 5 heures, au moment où les premières vagues de la 13e DBLE occupent le rebord du plateau d’El Taqqa, l’ennemi lance une contre-attaque blindée

     

    UN CALOT ROUGE : « Le 23 octobre, à 21 heures, les premières A.M. franchissent silencieusement le dernier champ de mines ami. La pleine lune vient de se lever. Éclairée dans le dos, chaque A.M. projette une longue ombre couronnée par celles du tireur et du chef de voiture assis sur les volets supérieurs de la tourelle. Le déplacement doit donner l'impression d'une marche de quelques troupeaux de bêtes antédiluviennes. Les oscillations que les aspérités du terrain impriment aux véhicules, les grognements des moteurs qui s'emballent et peinent par moments dans le sablé ou le fech-fech renforcent encore cette impression.

    Voici le rocher en meule de foin de la Quaret-ez-Zugaline. Les A.M. et les Conus-Gun se remettent en colonne pour traverser l'étroit col qui livre un passage au Sud de Quaret. Bientôt on commence à distinguer les poteaux télégraphiques de la ligne qui longe le Trig El Barrel qui d'EI Dabaa conduit à la dépression de Maghra.

     

    Tout d'un coup, à notre droite, le ciel s'embrase et un tonnerre éclate. Il est 21 h 40. Les 800 pièces de l'artillerie de la VII Ie armée ouvrent simultanément le feu sur les positions des batteries de la Deutsche-ltalienische Panzer Armée Afrika. Le coup d'œil est magnifique. À notre droite, et en arrière, c'est le scintillement incessant des coups de départs, devant nous le vacarme et le feu d'artifice des arrivées, ponctués par des gerbes de flammes qui indiquent les dépôts de munitions ennemis qui sautent.

    Soudain, de nouveau un silence qui paraît encore plus oppressant après le déchaînement qui l'a précédé. La première phase de préparation est terminée. Les artilleurs changent de positions. Très loin derrière nous, deux colonnes lumineuses s'allument dans le ciel. Ce sont deux projecteurs dont les faisceaux verticaux permettront aux artilleurs de déterminer exactement leurs nouvelles positions.

    De nouveau, au Nord, une série d'éclairs, suivie du tonnerre des départs. Le silence n'a duré que dix minutes. Les 25 pounders commencent à pilonner les positions de l'infanterie ennemie.

    En face de nous, sur le ciel de plus en plus éclairé par la lune qui monte et par les arrivées des obus, le pain de sucre d'El Himeimat et la dentelle de Nagb El Rahla, commencent à se découper de plus en plus. Tout est encore silencieux chez l'ennemi.  

     

     

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     Char Stuart light devant l'Himeimat CP : HystorynCharofwar.org

     

     

    Un ronronnement régulier des moteurs se perçoit derrière nous, s'enfle en passant au-dessus de nos têtes et s'atténue vers l'Ouest. C'est la Western Désert R.A.F. qui va dire son mot dans la bataille qui s'engage. 

     

    Les squadrons de bombardiers se dirigent sur El Himeimat. Quelques instants plus tard, un pandémonium se déchaîne devant nous. Aux éclatements des bombes à terre répond un violent tir des armes antiaériennes. Des points de suspension verts, blancs, rouges montent dans le ciel, donnant l'impression d'un magnifique feu d'artifice. 

     

    Cependant les A.M. de tête s'arrêtent. Le premier champ de mines est atteint. Les sapeurs nous rejoignent, et à la baïonnette commencent à fouiller le terrain. Bientôt les premières mines sont déterrées et la tresse blanche est déroulée pour marquer les limites de la brèche en voie de création. Tous travaillent en silence. Soudain, le miaulement des arrivées d'obus. Une salve s'abat sur le champ de mines à quelques 200 mètres au nord de la brèche. Un poste de surveillance a signalé notre présence à l'artillerie ennemie. Le travail continue et vers minuit l'escadron Morel Deville et un peloton d'autocanons franchissent la brèche. Ils sont suivis par les légionnaires et leurs camions tractant les pièces anti-chars. Le P.C. de la Colonne Volante et un peloton d'auto-canons restent à proximité de la brèche pour empêcher toute manoeuvre éventuelle de l'ennemi.

     

     

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     Automitrailleuse du 1er RMSM Marmon Herrington mark III A. Epagliffl

     

     

    Le deuxième champ de mines est bientôt atteint et les blindés restent entre les deux champs de mines à patrouiller entre le piton d'El Himeimat et le bord de la dépression de Quattara, déjà surveillée par la compagnie Divry.

     

    La 13e demi-brigade continue seule sa progression en direction de Nagb El Rahla. Retardée par les difficultés du terrain, elle n'atteint le haut de l'escarpement que vers 4 h 30 alors que le jour commence à poindre. Ses armes antichars, sont incapables de franchir la pente raide qui donne accès au plateau, et au moment où l'infanterie débouche sur celui-ci, l'ennemi lance une contre-attaque du Panzer Groupe Kiel. La 13e demi-brigade est rejetée au bas de la pente, poursuivie par les tirs des blindés allemands.

     

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

    Panzerdivision sur le Front d'El Alamein

    Heureusement ceux-ci sont arrêtés par l'escarpement et il leur faut un certain temps avant de descendre, dans la plaine par quelques rares passages aménagés. Aussi les spahis ont-ils le temps d'intervenir au 25 et au 75 et couvrir le repli de la Légion.

     

    Cependant au Sud, d'autres éléments allemands tentent de remonter de Quattara pour couper la retraite des légionnaires. Ils se heurtent au détachement Divry et à la gauche de l'escadron Morel Deville. Une série de duels s'engage entre les deux adversaires. Une A.M. prend à partie avec son canon de 25 mm un char Grant que les Allemands ont dû récupérer lors de la bataille de Knighstbridge. À 600 mètres, on voit ses obus ricocher sur le blindage du char qui s'arrête et riposte avec son 75 mm sous casemate. Au dix-septième obus, une légère fumée, sort de la tourelle du char qui fait demi-tour et va se cacher dans un creux du terrain.

     

    L'ordre de repli est donné à la Légion. Les spahis doivent couvrir le mouvement.

    Les conus-guns, pour qui c'est la première épreuve du feu , font merveille. L'ennemi, surpris par cet engin nouveau n'ose pas s'y frotter et se contente de pousuvire l'infanterie par des tirs de plus en plus lontains. Des véhicules amis et ennemis flambent un peu partout. La fumée noire de l'essence se mêle aux éclatements blancs des obus. 

     

     

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    Un conus gun 

     

    Des camions à munitions sautent. Des blessés sont ramenés en arrière sur Jeeps. Un char rapporte le corps du lieutenant-colonel Amilakvari, atteint d'un éclat d'obus à la tête. Le chef prestigieux de la 13e demi-brigade, devait rendre le dernier soupir au P.C. de la Colonne volante au moment même où il était chargé dans une ambulance pour être évacué.

     

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

     

    Lieutenant-colonel Dimitri Amilakvari  CP:  Ordre de la Libération

     

    Même dans la mort, le visage racé de ce prince georgien a gardé son demi-sourire désabusé, ce sourire qui voulait dire qu’une vie ne vaut d’être vécue que si l’on est prêt à la donner pour un idéal. Cet idéal pour lui, c’était l’honneur de son pays d’adoption : la France ».  (1)

     

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

     

    Vers Midi le combat est fini. L’ennemi, préoccupé par ce qui se passe plus au nord, ne cherche pas à poursuivre l’avantage acquis : d’ailleurs l’attitude résolue des spahis et des chars de Divry, l’incite à la prudence.

    Malgré les pertes subies - 9 AM et 2 chars -, la Colonne volante a réussi à enrayer la contre-attaque ennemie et reste maîtresse du terrain sur lequel elle patrouille jusqu’à 17 h, recueillant les blessés et les soldats de la 13e Demi-Brigade.  

    Progressivement, les spahis et les chars se replient vers l’Est. Le gros de la Colonne volante se rassemble derrière la crête de la côte 151, à l’abri des tirs de l’artillerie italienne. De là, il est possible de surveiller toute la plaine entre El Himeimat et Qattara.

     

    A la poursuite de l’ennemi

    Après la première journée de la bataille d'El-Alamein, le général Montgomery remania son dispositif. La 1ère Brigade Française Libre glisse légèrement vers le Nord pour grignoter avec la 2e brigade grecque les positions de la division Folgore devant Deir Menassîb. La 7e division blindée remonte au Nord de la crête de Ruweysat où doit se jouer la partie décisive de la bataille.

    Après une période de repos dans la région d'El Alamein, la Colonne volante participe ensuite à la poursuite de l'ennemi en fuite, faisant de nombreux prisonniers jusqu'au 8 novembre 1942.

     

    UN CALOT ROUGE : « La Colonne Volante reste seule au contact de l'ennemi à l'extrême Sud du dispositif allié avec mission de protéger l'aile gauche de la VIIIe armée « depuis le parallèle d'EI Himeimat jusqu'au « Cap ». La dépression de Quattara limite heureusement l'espace à une dizaine de kilomètres.

    L'action de la Colonne Volante est étayée d'ailleurs par la présence à 6 kilomètres à l'Est d'une brigade de chars en carton et toile qui remplace les blindés de la 7e division blindée. Vue à la jumelle d'EI Himeimat, ou observée d'avion, cette « dummy brigade » doit produire son petit effet. Certaines nuits, une camionnette munie d'un phonographe et d'un haut-parleur vient passer quelques disques qui reproduisent les bruits d'une colonne de chars en marche. Toutes ces déceptions ont pour but de maintenir le commandement  allemand dans l'incertitude et de l'inciter à garder des réserves dans le Sud, loin de la zone où se déroule l'attaque principale.

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

     Dummy tank at the Middle East School of Camouflage at Helwan, near Cairo,

    photo by Captain Gerald Leet, 1942

     

    Pour la colonne volante ce sont des journées d'inaction dont la monotonie n'est rompue que par un déplacement rapide dans la dépression de Maghra, royaume de moustiques et de vipères à cornes et par des patrouilles quotidiennes ayant pour but de reconnaître mieux les champs de mines ennemis.

    Cependant les nouvelles du Nord deviennent de plus en plus optimistes. À coups de bélier, le 30e corps d'armée britannique se fraie son chemin à travers les positions de Rommel. Toutes les contre-attaques des Panier sont repoussées.

    Le 4 novembre enfin, sonne l'hallali et la Colonne Volante reçoit l'ordre de se porter en avant et de monter sur le plateau d'EI Taqqa. Une section de sapeurs britanniques est mise à sa disposition pour créer les brèches dans les champs de mines. Il faut en traverser sept avant de déboucher sur le plateau. À chaque champ de mines, dès que les travaux sont terminés, le lieutenant S..., commandant la section, rend compte en disant : « Le travail est fini, je crois. Je vais essayer ». Et il part dans son camion non blindé pour traverser le premier. 

    C'est la première fois que les spahis et les chasseurs ont l'occasion de voir de près leurs camarades anglais au combat. Ce qui les frappe le plus c'est certainement l'atmosphère de calme, d'ordre et de méthode qui se dégage de l'action de ces sapeurs. Dès qu'un champ de mines est signalé, les équipes mettent pied à terre. Sans cris, sans gestes, ni paroles inutiles chacun se met à son travail et accomplit tranquillement son «job» avec la même simplicité et ponctualité qu'il mettait à l'effectuer dans son « Office » londonien ou son atelier à Manchester ou à Birmingham. Cela donnait l'impression d'une force calme, lente mais inexorable. 

    Le plateau de Nagb El Rahla est trouvé vide. Quelques pancartes indiquent bien qu'il était occupé par la division Pavia, mais les seuls vestiges de cette occupation consistent en tas d'ordures qui parsèment le terrain et en essaims de mouches qui les survolent. Spectacle étonnant pour nos hommes habitués à la stricte discipline sanitaire de la VIIIe armée. 

    Ce n'est que dans l'après-midi du lendemain que l'escadron Morel Deville, qui constitue l'avant-garde de la Colonne Volante, rejoint l'ennemi et engage un combat qui se solde par la capture de quelques 200 prisonniers. Parmi eux se trouvent le colonel commandant l'artillerie de la division Pavia et une cinquantaine de parachutistes allemands de la brigade Ramke.

     

    * Histoire des SPAHIS de la France Libre - 2/4 : Le 1er RMSM et la Colonne volante en Egypte (Automne 1942)

    Afrika Korps- Ramcke Brigade. Histomil.com

     

    En même temps l'escadron prend liaison sur le versant nord du plateau d'EI Taqqa avec les Royal Dragoons, un beau régiment de reconnaissance britannique. 

    Le 6, la marche vers l'Ouest se poursuit mais le contact n'est pas rétabli.

     

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    Morel Deville et spahis RMSM CP : cavaliers.blindes.free.fr

    Le 7, un groupe de motocyclistes de la brigade Ramke est capturé par le peloton de commandement de la colonne volante, alors qu'il s'était glissé entre l'avant-garde et le gros de la colonne. Les traces relevées sont toutes fraîches. On ramasse quelques traînards, italiens ou allemands. Certains font de l’auto-stop et supplient de ne pas les abandonner dans le désert. Il semble que l’ennemi va âtre rattrapé à la prochaine crête.

    Hélas, l’essence baisse dans les réservoirs. Le ravitaillement n’a pu rejoindre la colonne depuis deux jours. Le commandant de la colonne donne l’ordre d’arrêter la poursuite alors qu’il ne reste dans les véhicules que la quantité d’essence suffisante à peine pour faire une cinquantaine de kilomètres. Le leager est formé pour la nuit. Chacun espère que le ravitaillement en essence rejoindra le lendemain. Peut-être nous désignera-t-on pour aller réoccuper Siouah ou Djeraboud, ces oasis mystérieuses qui hantent les esprits de ceux qui sont attachés au désert.

     

    Les espoirs du Débarquement en AFN

     

    Le lendemain 8 novembre, dès les premières lueurs du jour, le camp est en effervescence. La radio de Londres annonce le débarquement allié en Afrique du Nord et répète inlassablement les appels du général Eisenhower et du général Giraud, un enthousiasme fou s’empare de tous.

    Enfin l'Afrique du Nord va reprendre les armes contre l'ennemi. Enfin nous, la poignée de traîtres et de dissidents, ne seront plus seuls dans le combat. Nous allons retrouver des camarades qu'on a bien enguirlandé un peu au moment où ils prenaient le bateau pour rentrer en France après l'affaire de Syrie, mais que l'on aime bien et que l'on sera heureux de revoir à ses côtés. Mais plus la journée avance, plus les nouvelles sont mauvaises. Les Américains ont été reçus partout à coups de fusil. La marine se bat héroïquement contre les Alliés de la France.

    A Casablanca le Primauguet est coulé, le Jean Bart endommagé. Darlan est à Alger et prend la direction de la résistance « contre tout envahisseur d’où qu’il vienne » et nous savons ce que cela veut dire.

    Chacun est découragé. Les plus exaltés ne ménagent pas leurs injures à ceux qui, esclaves d’une discipline passive, se battent au Maroc et en Algérie contre les intérêts du pays et contre la voix de leur conscience. 

    Le fossé qui sépare les Français libres des Français tout court s'élargit encore. Il faudra beaucoup de temps, il faudra des combats en commun en Tunisie, en Italie, en France, il faudra la résistance intérieure, il faudra des sacrifices et des deuils pour se comprendre et s'unir. 

     

    Cette journée du 8 novembre 1942 est bien mauvaise pour la colonne volante. Le ravitaillement en essence arrive au début de l'après-midi et avec lui les premiers éléments de l'escadron Troquereau. Mais avant que les pleins d'essence soient terminés, parvient un message du 13e C.A. prescrivant à la colonne volante d'abandonner la poursuite et de se replier sur Deir El Raghil à sa position de départ ou à peu près. Pendant près d'un mois la Colonne volante stationne à Deir El Raghil d'abord, à Bourg El Arab ensuite. Le matériel est remis en état.

    L'organisation du R.M.S.M. est remaniée par le regroupement de tous les pelotons, d'autocanons qui formeront désormais le 3e escadron capitaine de Courcel. L'escadron Morel Deville, dont le matériel fut fortement éprouvé par trois mois de séjour dans le désert, et les combats qu'il a livrés, est dirigé sur les ateliers de Tel El Kébir pour révision, et modernisation de ses véhicules de combat.

    Malgré la proximité d'Alexandrie et l'envoi quotidien de permissionnaires dans cette ville, le moral baisse. Chacun s'inquiète de voir la colonne volante stationner près du Delta.

    Pendant le stationnement à El Adem, un pèlerinage est fait à Bir Hakeim au cours duquel les honneurs sont rendus à ceux qui donnèrent six mois plus tôt, leur vie pour « accrocher un nouveau rayon de gloire au drapeau de la France »(2)

     

    (1)  Revue de la France Libre n° 55 Février 1953

    (2)   Revue de la France Libre n° 56  Mars 1953

     


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  • Commentaires

    1
    durand
    Mardi 10 Avril 2018 à 09:59

    Honneur et respect...

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