• * Fin de la campagne d'Alsace (27-31 janvier 1945) : 1ère DFL et 2e DB unis dans les combats de Grussenheim

     

    Les combats de Grussenheim sont particulièrement représentatifs des opérations conjointes de la D.F.L et de  la 2e D.B. au sein du Groupement VEZINET durant la campagne d'Alsace. 

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les combats de Grussenheim

    Après l'abandon du Bois d'Elsenheim par les Allemands le 27 janvier 1945, le général du Vigier, venu à Scherwiller au P.C. du général Garbay (commandant de la 1ère DFL), lui prescrit de pousser en direction de Grussenheim .

    Il fallait prendre GRUSSENHEIM pour couvrir l'action principale de la 3ème D.I. américaine à Jebsheim et  permettre de foncer sur le RHIN pour isoler les Allemands encore au Nord, jusqu'à Strasbourg. 

    Le général Garbay détache alors au 2ème sous groupement du G.T. Vésinet du Lieutenant-colonel PUTZ le seul bataillon disponible : le 1er Bataillon de Légion Etrangère, qui tient Illhaeusern depuis le 24. Les deux détachements mixtes formés par PUTZ démarrent leur attaque le 27 depuis le carrefour 177...

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

     

    Le 27, ouvrir la voie, la mission du Génie

    Il fut assigné aux Sapeurs du Génie la mission suivante :  "franchir la BLIND de vive force devant GRUSSENHEIM... ; nous disposerons d'un important matériel Treadway que la division américaine voisine doit mettre à notre disposition. La 1ère section, commandée par le Lieutenant  ARNAUD, est chargée d'assurer  à l'infanterie le  passage de la rivière sur bateaux pneumatiques".

    Le Génie de la D.F.L. commence à travailler et, brutalement, à 22h30 un déluge de fer et de feu s'abat sur leur chantier. Les tirs d'automoteurs, de mortiers et d'une batterie d'obusiers ainsi que ceux des mitrailleuses lourdes convergent vers le pont.

    Dès les premières rafales, la section du GENIE est anéantie. 10 tués dont le Lieutenant ARNAUD,  mort dans les bras du « toubib », le Dr LEVY-LEROY, l'Adjudant-chef LELONG et le Sergent BRUT, 30 blessés, 2 Sapeurs indemnes dont notre camarade et ami Louis GIRAUD.(...)

    ... Mal protégés par leur parapet de neige, nos fantassins sont durement touchés et, pour mettre un comble à la confusion, des Allemands restés terrés, dissimulés dans les buissons le long de la berge, se relèvent et tirant dans le dos des hommes de la Légion et du Tchad en poussant des hurlements pouvant faire croire à un assaut, créent un début de panique enrayée à peine née.

    Pendant près d'une heure le tir allemand continue causant aux Compagnies de lourdes pertes en hommes et en matériel. L'antenne médicale est en effervescence, les médecins du  13ème Bataillon médical (2ème D.B.) et ceux de la 1ère D.F.L. se multiplient sans le moindre souci du danger et nos ambulances vont rouler toute la nuit  pour évacuer les blessés. Puis, le silence revient...

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

     

    Le 28, le jour se lève, une autre section du Génie de la D.F.L. assure le lancement d'un pont TREADWAY au cours d'une manoeuvre rapide qui a lieu dans les meilleures conditions, sans aucune réaction de l'ennemi. 

    Vers 10h le Lieutenant-Colonel PUTZ donne ses ordres. L'attaque de GRUSSSENHEIM se fera par l'Ouest. La C.A. 3 (Capitaine DUAULT) du III/R.M.T. renforcée de 2 chars de la 1ère Section de la 2ème Cie du 501 R.C.C. fera, sur l'axe JEBSHEIM-GRUSSENHEIM, une attaque de diversion.

    L'action principale sera commandée par le Commandant DEBRAY qui disposera de deux colonnes.

    AU NORD : aux ordres du Commandant de SAIRIGNE, la 1ère Cie de Légion (Capitaine LANGLOIS) renforcée d'une section de mitrailleuses lourdes de la Légion, de la 11ème Cie du R.M.T. (Lieutenant BACHY) et la 3ème section de la 2ème Cie du 501 R.C.C. (Lieutenant LA BOURDONNAYE), qui n’a plus que 3 chars.

    AU SUD : aux ordres du Capitaine de WITASSE, la 2ème Cie de Légion (Capitaine LANGLOIS), la 12ème Cie du R.M.T. (Capitaine de CASTELLANE) et la 2ème Section (2 chars) du 501ème R.C.C. (Aspirant RICHARDEAU). - La 3ème Compagnie de Légion (Capitaine MATTEI) gardera le pont. - Les Tanks-Destroyers du 2ème Peloton du 2ème Escadron du R.B.F.M. de l'Aspirant MAYMIL (qui sera mortellement blessé peu après) - appuieront l'opération principale.

    L'Artillerie doit effectuer un tir de 155 sur objectif et préparer l'attaque de 12h30 à 13h. L'heure du débouché est fixée à 13 heures....

     

    Le récit de Pierre DEBRAY, 501e RCC

    " L'un et l'autre, SAIRIGNE comme WITASSE n'avaient plus à donner des preuves de leur bravoure, et comme moi ils devaient méditer sur notre mission .....

    vers 12h40 n'y tenant plus, sans avoir pu se concerter ils venaient me trouver pour me dire "ce n'est pas possible, personne n'arrivera à Grussenheim" et tous les trois nous allâmes trouver   PUTZ   que    nous  ébranlâmes.

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

    Lieutenant colonel Putz, Compagnon de la Libération

     

    Mais sur ces entrefaites arriva le chef État-major du G.T.V., le commandant PUIG, un artilleur colonial frais émoulu du cours d'E.M. et, bien sûr, sans expérience du combat rapproché.

    PUTZ se tourna vers lui pour lui faire part de nos objections qu'il balaya catégoriquement "La mission c'est la mission, ça n'a déjà que trop traîné". Il nous prévint cependant qu'on signalait vers ELSENHEIM une forte concentration de chars allemands qui probablement nous contre-attaqueraient, et pour y parer nous allions recevoir un escadron de T.D (Tank Destroyers) du 8ème  Régiment de Chasseurs d'Afrique, commandé par le Capitaine PERIQUET qui d'ailleurs se présentait au moment où SAIRIGNE, WITASSE et moi, n'ayant plus rien à apprendre, saluions et repartions.

    Ma Jeep n'avait pas parcouru 200m que ma radio grésillait « ici MAUNOURY (c'était l'officier de transmission du III/R.M.T.) le colonel PUTZ tué revenez tout de suite ».

    Je bondis pour trouver trois cadavres : un obus tombé en plein milieu de leur petit groupe avait tué PUTZ, PUIG, PERIQUET...

    Je saluai et sans tarder suspendis l'attaque des fantassins tant de SAIRIGNE que de WITASSE. 

    Presque tout de suite un message de DUAULT rendait compte que, « sans coup férir, il était arrivé au carrefour Sud de Grussenheim ».

    C'était capital et immédiatement je donnai l'ordre à la 11ème Compagnie de remonter sur ses half-tracks, à WITASSE de les prendre sous ses ordres et avec ses chars de rejoindre DUAULT en passant par JEBSHEIM.

    Pendant que ce mouvement se préparait, mais c'était forcément long, je cherchai à faire préciser par DUAULT s'il était parvenu au carrefour Sud de GRUSSENHEIM, c'est à dire à l'extérieur, ou au carrefour Sud, c'est à dire dans GRUSSENHEIM.

    WITASSE par son chef de peloton, le Lieutenant MICHARD, qui était avec DUAULT, eut confirmation que le détachement avait bien pénétré dans GRUSSENHEIM.

    Pendant tout ce temps et sans que j'y prisse bien garde le scout-car radio du G.T.V. qui avait accompagné PUIG avait envoyé au P.C. un message annonçant que nous avions atteint notre objectif. C'est GUILLEBON, rentré de Paris, et reprenant son commandement qui reçut le message ; et suivant sa bonne habitude il sauta dans son command-car pour venir sur place.

    Il arriva rayonnant, surpris de voir que je faisais pâle figure. En effet je venais de recevoir un message de WITASSE demandant des instructions car, au moment où il débouchait de JEBSHEIM, il se heurta au petit détachement DUAULT bousculé et rejeté de GRUSSENHEIM par les blindés et fantassins allemands.

    Il était près de 16h - sous peu ce serait la nuit - et déjà le jour tombait. GUILLEBON - et je lui en garde une grande reconnaissance - me dit « mon cher DEBRAY, quelle que soit la décision si ça tombe juste vous n'en aurez pas forcément la gloire, mais si ça foire c'est bien à vous qu'on le reprochera, alors je vous laisse décider » - et il s'éloigna. Ma réflexion fut brève, c'était tout le sous- groupement qui était à pied d'œuvre et j'ordonnai à WITASSE de poursuivre la mission « prendre Grussenheim » - ce qui fit dire à GUILLEBON, en me quittant « vous avez un sacré culot ».

    En fait j'eus raison. Le Colonel ROBLIN qui commandait un sous-groupement de la 5e D.B. tenant le pont du Moulin de JEBSHEIM fit exécuter par ses chars un tir de fumigènes protégeant WITASSE des coups que, sur sa droite, les Allemands en lisière de bois auraient pu lui porter.

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

    Jacques DE WITASSE, à gauche sur le char

     

    Et vers 16h30 par l'artilleur THIOLLIERE qui le sut par son D.L.O., je sus que la 11ème Compagnie était dans GRUSSENHEIM.

    Dans la Jeep avec THIOLLIERE,  je fonçai vers le village. Il faisait nuit noire quand nous parvînmes au fameux carrefour au Sud dans le village - il faut bien dire que c'était assez pagailleux - comme toujours en pareil cas.

    Ça tiraillait un peu dans tous les azimuts et au centre du carrefour, le grand BACHY, le Lieutenant commandant la 11e, essayait de mettre de l'ordre. Je l'orientai vers un quartier, CASTELLANE et sa 12e vers un autre. Je leur fixai l'emplacement provisoire de mon P.C. et leur prescrivis de me tenir informé au fur et à mesure qu'ils auraient atteint les lisières extérieures et nettoyé les bâtiments des Allemands pouvant y être réfugiés.

    C'est vers 19h qu'il me fut rendu compte que tout était fini, et que le Bataillon SAIRIGNE lui aussi avait rejoint d'Ouest en Est.

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

    Gabriel Brunet de Sairigné, 13 DBLE, Compagnon de la Libération

     

    Je réunis alors les divers commandants d'unité leur donnant à chacun, y compris à la section du Génie, un morceau de lisière à défendre et renforçant certains points d'appui d'un char ou d'un T.D. puis avec les artilleurs nous mîmes au point un plan de feux et ... je changeai de P.C. pour m'installer à peu près au centre du village dans le bâtiment qui paraissait le moins abîmé et assez vaste pour abriter mon P.C. et celui de l'artilleur.

    Vers minuit ... Roulés dans nos couvertures, à même le sol, notre entassement nous tenant chaud, nous dormîmes malgré les bruits extérieurs des camions ravitaillant toute la nuit les unités en carburant, vivres et munitions - avec en accompagnement, un ou deux obus fritz de temps en temps.

     

    Brusquement, à 6h la cadence s'accéléra brutalement, me réveillant, et je secouai les autres prévoyant que ce devait être le signal d'une attaque. En effet presque aussitôt un, puis deux, puis tous les points d'appui, signalèrent qu'ils étaient tâtés et bientôt ce fut l'attaque générale, et même l'assaut.

    Vers 8h30 le Colonel ROBLIN me fit savoir qu'il arrivait et déjà ses premiers éléments, l'Escadron de chars de St Germain, sa Compagnie d'Infanterie, venaient appuyer les nôtres que protégeaient admirablement, comme six semaines plus tôt à WITTERNHEIM, les feux des artilleurs.

    Outre son groupe, TRANIE disposait des feux de sept groupes tant français qu'américains et il les appliqua avec sa maîtrise habituelle, au point qu'on entendit les fantassins, à la radio, crier leur admiration « bravo les artilleurs ».

    Les Allemands attaquaient avec la rage du désespoir - beaucoup tombaient quelques-uns passaient - à la porte arrière de notre ferme P.C. Nos chauffeurs et même les radios durent faire le coup de feu et CASTELLANE devait plus tard me montrer les Allemands tués à la baïonnette alors qu'ils escaladaient des appuis de fenêtre.

    Cet acharnement rendit plus étonnant le silence qui d'un coup, à 10h30 tomba comme une chape ...... les Allemands cessaient le combat : plus d'obus - plus de blindés - et dans les hangars à moins de 100m des lisières Est, 250 prisonniers furent ramassés qui un quart d'heure plus tôt donnaient l'assaut en hurlant.

    Il me paraît probable que l'évacuation de leur poche vers STRASBOURG terminée, les Allemands jugèrent inutile de continuer les frais.

    Pour nous aussi le prix était élevé.

    Nous avions gagné, mais comment ne pas pleurer tous ceux tombés pendant ces trois jours, au R.M.T., au 501e et au XI/64, à la 13e 1/2 de SAIRIGNE et au sous-groupement ROBLIN de la 5 e D.B.

    Vers midi la relève par le colonel ROBLIN était terminée et nous reprenions en sens inverse la route vers SELESTAT. Au passage du Moulin de JEBSHEIM je fus touché d'être invité par le lieutenant-colonel RENAUDEAU D'ARC, de la 5 ème D.B. à me restaurer, touché surtout de ses compliments pour ce que nous avions réussi ».

    Commandant Pierre DEBRAY

    Extraits des Souvenirs de Pierre Debray, libérateur de Grussenheim, combattant de la 2 ème D.B., Colonel de Cavalerie, Commandeur de la Légion d'Honneur (né le 15 octobre 1907 à Charenton, décédé le 25 Janvier 1995 à Senlis, Inhumé à Cure (Yonne).

    Souvenirs publiés dans l'ouvrage de Jean-Philippe STRAUEL « La bataille de Grussenheim"

     

     

    La fin de l'Enfer pour les habitants de Grussenheim, par Jeanne HETZLER

    29 Janvier 1945

    « La nuit passée au Bunker du 28 au 29 janvier 1945 avait été relativement calme, et n'étant plus du tout habitués à ce calme, nous nous sommes hasardés hors du Bunker. Et ce n'est qu'à ce moment-là, que nous avons pleinement réalisé que nous étions libérés. Il y avait des Français et des Américains partout, qui tous après cette terrible bataille, avaient peine à croire qu'il pouvait y avoir encore des êtres humains dans ces tas de ruines. Ce n'est qu'à ce moment-là, que nous leur avons parlé vraiment, les touchant pour voir s'ils étaient bien réels, en pleurant et bafouillant, tellement l'émotion était grande, nos nerfs mis à rude épreuve pendant tous ces jours de tirs d'obus, de fracas, de hurlements, de peur, nos maisons en ruines, les bêtes brûlées ou tuées, nos morts. Et surtout la vue de tous ces militaires tués ou morts de froid, qui jonchaient les abords de la Blind, car il ne faut pas oublier que GRUSSENHEIM était une tête de pont pour la traversée du Rhin. On ne trouve pas de mots pour décrire ce carnage, cet enchevêtrement de corps, de bras, de jambes, d'éclats d'obus, de blessures ouvertes où le sang était figé, ces visages rigides, souvent les yeux encore ouverts sur l'horreur.

    Les militaires nous donnèrent du ravitaillement et nous pouvions enfin une fois manger à notre faim.(...) 

     

    LE RETOUR  DU GENIE A GRUSSENHEIM  LE JOUR DE LA FETE DE LA LIBERATION (1946)

     

    * Fin de la campagne d'Alsace (27-31 janvier 1945)  : 1ère DFL et 2e DB unis dans les combats de Grussenheim

     

    Col. Marcel PARTOUCHE

    * Fin de la campagne d'Alsace (27-31 janvier 1945)  : 1ère DFL et 2e DB unis dans les combats de Grussenheim

     

     POUR ALLER PLUS LOINTOUS LES TEMOIGNAGES RELATIFS A LA BATAILLE DE GRUSSENHEIM

     

    * Fin de la campagne d'Alsace : 1ère DFL et 2e DB unis dans les rudes combats de Grussenheim

     *****

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Gilles Méhaut
    Vendredi 31 Janvier à 23:27

    Merci pour ce magnifique  " reportage" de la campagne d'Alsace

    Quelle somme de souffrances, de courage et d'espoir !

    Heureusement, il reste le témoignage

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