• * Etape n° 48 - Alpes Maritimes - 13-18 Avril 1945 - La Secca (B.M. XI) - La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Après la prise de l’Authion, le 13 avril, le général Lieb commandant l’état-major  de la 34e division allemande décide d’effectuer un repli sur la ligne de défense des fortifications italiennes et de tenir fermement la région de Saorge-Fontan. Le 14 avril, sur ordre d’Hitler est intimé l'ordre de défendre « chaque pouce de terrain » sur le front d’Italie : pour les troupes allemandes  présentes dans les Alpes Maritimes aucune retraite n’est envisagée. 

    Entre le 13 et le 17 avril, le massif est fortement tenu par les troupes françaises mais l’action de la D.F.L. va se limiter à la réduction des fortins allemands sur la ligne de crête de l’Authion au Mont Mangiabo, afin de maintenir une ligne défensive continue. En effet, contre l’avis d’une partie de l’Etat-major de la D.F.L., la poursuite des troupes allemandes en déroute n’a pas lieu,  le général Garbay appliquant des ordres non écrits du général Doyen de suspendre l’offensive....

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes - 13-18 Avril 1945 - La Secca (B.M. XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Carte Christian MARTEL

    Après la prise de l’Authion, les opérations prennent un caractère local :  il s’agit la plupart du temps de la conquête d’une crête. Un reporter du journal de l’Espoir de Nice, présent sur le front relate la physionomie des combats : «  la guerre ici, n’est pas spectaculaire. Pas d’avance sensationnelle, mais chaque jour la progression continue. Une crête  est prise, combien a-t-elle coûté de vies humaines ? Un bois est nettoyé, combien de soldats tombés sous ses sapins et ses mélèzes où le Boche se cache, dépose ses mines et ses pièges. » Le bilan des combats le 17 avril au soir fit état de 185 tués et 666 blessés.

     

    • LE B.M. XI A LA TÊTE DE LA SECCA 

    13 Avril

     Le B.M. XI est envoyé sur la Tête de la Secca

     

    Récit de Jean TREMEAU (B.M. XI)

     "Sans que nous nous en rendions compte le nuage s'est étendu sur nous, nous ne voyons plus la tête de la SECCA, notre commandement va s'en servir et en profiter pour surprendre les Allemands. On a demandé à la section qui est à notre droite des volontaires pour s'insinuer jusqu'aux lignes boches par la grande pente découverte visible de partout sauf par temps nuageux, inaccessible dans ce cas. Ils sont partis chargés de grenades, pourvu que la brume tienne, elle n'a pas l'air d'être solide. Nous nous sommes postés prêts à tirer à la première alerte.

    La fusillade commence, les grenades explosent, c'est le moment d'avancer car, surpris du côté ou ils ne s'attendaient pas, les Allemands doivent être déroutés. A toute allure nous dévalons dans le brouillard les prairies à découvert qui nous ont arrêtés si longtemps, nous courons tant que nous pouvons pour essayer d'accrocher les éléments en replis. Les sapins sont atteints sans que nous n'ayons vu rien d'insolite si ce n'est des tellermines en tas sur le bord d'un chemin. Il est préférable de croire qu'il n'y en a pas de piégées. Nous nous déployons en ligne pour fouiller le bois mais sans résultat et remontons sur la crête occupée par la section qui vient de s'en emparer et qui n'est pas peu fière : six volontaires ont réussi ce que nous avons raté avec trois sections ; ils nous le font sentir et j'en suis mortifié". (...)

     

    •  OPERATIONS DE LA LEGION ET DU 1er R.F.M.

    14 Avril

    13 D.B.L.E. La 13 relève la 4e Brigade sur l'Authion excepté le B.M. 21 demeurant au col de Raus.

    Le 2/D.B.L.E (cdt Simon) doit se porter sur la route de l'Arbouin (1.000 m au-dessus de Breil)

    Le 3/D.B.L.E. (cdt Lalande) se porte sur la ligne de crêtes de la Tête de la Secca à la cime de Colla Bassa, surplombant la forêt et le vallon de Cairos. Il relève le B.M. XI à la Secca.

     Récits du Colonel Henri BERAUD et de Jean TREMEAU (B.M. XI)

     

    Jean TREMEAU- "J'ai à peine fini de parler que nous percevons quatre départs, les habitués du coin ont tout de suite saisi et transmettent l'alerte en plongeant dans leurs abris.

    Deux Légionnaires m'ont gagné de vitesse et s'emparent de mon trou creusé ce matin et que je n'ai pu achever à cause des rochers, il est inutile que je fasse valoir mon droit de propriétaire, je n'ai pas le temps, et plonge sous ma souche. Les quatre explosions sont en plein sur nous : un obus percute l'arbre voisin du mien, les trois autres à trente mètres alentour. Les fumées se dispersent encore au vent répandant une odeur âcre qui prend à la gorge. Il y a du dégât. Des cris et des gémissements fusent de partout.

    Les brancardiers sont appelés de dix points à la fois, et arrivent en courant du poste tout à côté. Les deux Légionnaires de mon trou sont atteints tous les deux dont un gravement. CHAVANIS, serré contre sa racine, a été protégé par le Légionnaire avec lequel il parlait et qui a reçu l'éclat à sa place.

    Il s'agit de faire vite, il ne faut pas les laisser sur place sans soins et à la merci de la prochaine rafale. J'empoigne par-dessous le bras un jeune de  17 ans bien atteint et démoralisé, il ne veut pas rester là et je lui fais descendre un peu la pente à l'écart de la zone dangereuse ou je pourrai le panser plus facilement ; son bras droit pend tout sanguinolent, j'essaye de lui arracher sa capote et sa chemise à moitié déchiquetées, les mains gluantes je dois terminer avec mon couteau qui coupe mal.(...)  Il faudrait l'évacuer immédiatement. Je ne peux que le remonter au poste de secours où je l'étends sur une couverture. Qu'est-il advenu de ce presque enfant qui me recommandait lorsque je le pansais que  je ne lui perde pas son peigne et son stylo ?".

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Portrait de Toros TOPALIAN, Légionnaire engagé à 19 ans à la "13" en 1943 - Col. Marc Topalian

    R.F.M. - vers 10h, les chars se positionnent devant la Dea et ouvrent le feu... sans réaction. Les blindés décident d’attendre le 2/D.B.L.E.)

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Progression des Fusiliers Marins vers  la Dea - source : le front oublié des Alpes Maritimes, Henri Kingbeil

    13 D.B.L.E./R.F.M.

    Vers midi -  la 6e cie (2/D.B.L.E.) avec les chars de l'Enseigne de Vaisseau  de Carpentier sont devant la Baisse de la Dea mais la 13 perd son capitaine et la moitié de son effectif et de Carpentier est tué.

     

    Lieutenant BOULNOIS  « Aux rafales de M.G. s'ajoutent quelques obus, heureusement imprécis. Crachant le sang à chaque respi­ration, je rends compte de la situation au lieutenant MANTEL et reste couché le long d'un bloc de béton sur la route. Il y a plusieurs Légionnaires blessés par "Schuhmine", tibias arrachés jusqu'au genou. Le lieutenant MANTEL se lève et donne l'ordre : " En avant ! ".  Il faut un grand courage pour tenter ce geste. Mais il doit s'arrêter et l'attaque avec lui. En faisant un bond d'un bloc de béton à l'autre, je suis blessé une seconde fois (fracture du tiers supérieur du fémur). Le lieutenant de vaisseau de CARPENTIER ayant sorti le buste du tourelleau de son char est mortellement blessé. Après différentes péripé­ties, je suis évacué à l'abri de son char vers l'arrière, au milieu des pots fumigènes».

     

    Après-midi - le cdt Simon confie à  la 5e cie (2/D.B.L.E.) au sous-lieutenant Geoffroy la mission de reprendre l'attaque à l'Est du Ventabren et d'attaquer  les pentes de la Gonella avec l'appui des chars de Coelenbier. Pertes allemandes  12 tués et 6 prisonniers. Pertes du  2/D.B.L.E : 20 tués et 70 blessés

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Attaque de la Dea - au fond, la cime de la Gonella où étaient embusqués les tireurs allemands -Fonds François Engelbach

    La Gonella - Récits du Général Jean SIMON et de Hugo GEOFFREY (13 D.B.L.E.)

     

    Hugo GEOFFREY - "Nous arrivons alors au pied de la  GONELLA et au fort de la DEA. Le commandant SIMON donne l'ordre à nos compagnies de voltige d'attaquer cette position et d'occuper la GONELLA. L'une après l'autre, ces compagnies sont rejetées. N'ayant plus d'autre compagnie que la mienne, la 5ème compagnie, l'ensemble de mes supérieurs ayant été blessés et évacués, le commandant s'adresse à moi qui occupe provisoirement le commandement de la 5ème compagnie pour lancer l'attaque sur cet objectif. (...) je me souviens d'un de ces hommes très âgé qui me disait s'adressant à moi « mon petit ».(...)

    L'ennemi lance alors une contre-attaque, le bois est truffé de mines antipersonnel. A quelques mètres devant moi, pour protéger « son petit »,  le « pépé », arrivé sur la crête, est atteint par un tir ennemi et s'écroule, touché mortellement. J'ai la conviction, encore aujourd'hui, que cet homme voulait terminer sa vie par un acte totalement désintéressé. Nous rejetons donc cette contre-attaque ennemie grâce à nos cadres très aguerris, et en particulier à l'aspirant LAURENS et à sa volonté farouche de résister. (...)

    Quelques jours après, sur proposition de notre chef de corps, le colonel Bernard Saint HILLIER,  je suis fait chevalier de la Légion d'honneur comme sous-lieutenant et mon chef de bataillon, commandeur du même ordre. Je me souviens très bien avoir dit, au cours d'une réception, qu'en recevant cette décoration, la plus haute de la nation, la Légion d'honneur, je me considérais réellement accepté par la France et les Français. J'ai vu dans les yeux du commandant SIMON que cette remarque l'étonnait. C'est qu'hélas, j'étais toujours de nationalité autrichienne, servant à titre étranger ; je considérais donc ce geste me concernant comme particulièrement significatif ».

     

    La Dea - Récits du Colonel Henri BERAUD, de Jean ROSSI (13 D.B.L.E.) et de Roger BARBEROT (R.F.M.)

    Roger BARBEROT- De CARPENTIER attend l'infanterie. Mais elle vient par la montagne et ne sera pas là avant deux heures. Tout est calme. Quelques coups de mortier et de canon.

    Au moment où la Légion débouche et s'engage sur la pente, un feu d'enfer se déchaîne. Installés dans la montagne, abrités et invisibles, les troupes alpines allemandes font du tir au lapin. De plus la pente où s'est engagée la Légion est minée. Pour comble de malheur, les balles ont mis le feu aux buissons et les blessés sont menacés par les flammes. Les hommes qui ont pu atteindre la route s'abritent derrière les chars ou derrière les créneaux de la murette qui borde la route. L'ennemi domine la situation. Son tir s'ajuste sur tout ce qui bouge, sur la main qui tient l'appareil de radio portatif qui dépasse des créneaux, sur les périscopes des chars qui brillent au soleil. (...) DE CARPENTIER sort de son char pour voir la situation. Quelques minutes plus tard, il est atteint par une balle en plein ventre. Couverts par des fumigènes, l'aumônier, le père DUHAUTOY, et le médecin réussissent à ramener son corps à l'arrière. On décide de recommencer l'attaque à quatre heures avec la compagnie fraîche de GEOFFREY".

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Enseigne de vaisseau de CARPENTIER quelques instants  avant d'être tué à la baisse de la Dea - source : A bras le coeur, Roger Barberot

     

    15 Avril

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Ouvrage de la Béole - source : Journal Roya-Bevera, 2005

    13 D.B.L.E. - Aube - 1 patrouille de la 3/D.B.L.E. teste la résistance de l'ouvrage de La Béole. Les Légionnaires tuent le chef de la compagnie allemande du G.R. 80. Les grenadiers abandonnent la position au cours de la nuit. Après-midi : reprise de la progression et occupation de l'Arbouin par la 2/D.B.L.E. Nombreux blessés par mines et explosifs.

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Légionnaires et Fusiliers-Marins dans leur progression vers l'Arbouin
    Source : le front oublié des Alpes Maritimes, Henri Kingbeil

    Le lieutenant Bourdis (7ème compagnie) nettoie le ravin de la Maglia, puis s'installe sur la crête avec des armes lourdes de la compagnie Bourgoin et la C.C.I.

    R.F.M./13D.B.L.E. - Au soir : appui du R.F.M. au 3/B.L.E. dans l'attaque le long de la crête de la Beole. Le 3/B.L.E. en lève les pitons 1662 et 1649 au-dessus de la Beole. L'ennemi décroche.

     

    Récits  du Colonel Henri BERAUD et de  Roger BARBEROT (R.F.M.)

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Descente du RFM vers la Beole - Fonds François Engelbach

     

    17 Avril

    13 D.B.L.E. - Tentative de la 11e cie  de s'emparer de la cime de Colla Bassa juste au-dessus de Saorge, sans succès.

     Récit de Christophe COUTTENIER

     

    •   OPERATIONS DU BATAILLON DE MARCHE 21

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

     

    13 Avril

     Prise de Saint-Véran

    Journal de René MARTEL, récits de Yves GRAS et du sous-lieutenant Raymond SAUTREAU (B.M. 21)

     

    René MARTEL 

     « A 11h30 , le Col de St Véran est pris.

    On se bat à 2.400m d'altitude, il y a de la neige.

    Mais pas d'eau, rien pour faire du feu, ce n'est que de la roche.

    Un type est obligé de prendre son fusil pour avoir son quart d'eau qu'il a eu après 4 heures d'attente.

    On redescend aux Granges du Colonel.

    Le lendemain, on remonte, on prend la Cime du diable.

    Là, ça claque aussi. On continue.

    Plus d'eau à boire, les mulets tombent dans les ravins.

    Tous les jours, on travaille jusque 2 ou 3h du matin pour faire les emplacements.

    Maintenant, on compte de 6 à 7 heures de marche pour évacuer les blessés.

    Toujours en montagne.

    Les obus tombent toujours.

    Enfin pour l'eau, il y a une mare d'eau toute trouble à 1km.

    On casse la glace pour l'avoir.

    Il y a 10 cm d'eau toute jaune ».

     

    14 Avril

    Au Nord, le B.M. 21 doit pousser en direction de Fontan par la zone montagneuse entre le vallon de Cairos et la frontière.

     

    15  Avril

     Isolé du reste de la Division, le B.M. 21 progresse vers la  Roya en deux colonnes.

    La 3e cie Muller dans l'axe du vallon de Cairos.

    Récit de Yves GRAS (B.M. 21)

     

    Le gros du Bataillon plus au Nord sur les crêtes, précédé par la cie Montel du 3e R.I.A.

    Malgré les énormes difficultés du terrain, tous les obstacles sont surmontés, les défenses allemandes manœuvrées et contraintes au repli.

    Le 3e R.I.A. atteint le signal de la Caussega et chasse l'ennemi du Scandaïl.

    Récits du colonel Henri BERAUD et du sous lieutenant Raymond SAUTREAU (B.M. 21)

     

    16 Avril

     Atteinte du plateau de la Ceva et de la cime du Coss après un vif combat sur le piton 1655.

    Récits du colonel Henri BERAUD et du sous lieutenant Raymond SAUTREAU (B.M. 21)

     

    17 Avril

    La 2e cie Lafaurie s'empare de la cime de Pezurbe.

    Une partie de la cie Muller attaque la position de face tandis que deux sections escaladent la cime de l'Orme, débordent la résistance et descendent dans le vallon vers Maurion sur les arrières de l'ennemi. Prise de Maurion  : 17 prisonniers.

    Récit de Yves GRAS (B.M. 21)

     

    La Cie Muller est arrêtée au fond du vallon de Caïros par une forte résistance au Pont du Diable.

    Récit de Yves GRAS (B.M. 21)

     

    La section Sautreau est à la Cime du diable.

    Récit du sous lieutenant Raymond SAUTREAU (B.M. 21)

     

    * Etape n° 48 - Alpes Maritimes- 13-18 Avril 1945 - La Secca (BM XI) -  La Dea et la Beole (Légionnaires et Fusiliers Marins) - Maurion (B.M. 21)

    Crédit photo : Pascal Vanotti

     

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