• *Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P. et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'Herbsheim

    Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'Herbsheim

    La Mairie d'Herbsheim, P.C. du Capitaine Roudaut puis de la Légion

    Le 4 Janvier 1945, dans le cadre de l'opération ennemie Sonnenwend, le Poste Avancé du Bataillon d'Infanterie de Marine et du Pacifique à Neunkirch a été attaqué de nuit et les Allemands envoient leurs premiers tracts : "Nous allons attaquer en force, rendez-vous, vous serez bien traités, etc.». L'offensive se déclenche sur HERBSHEIM à l'aube du 7. Toute la nuit, les préparatifs de l'adversaire ont été décelés par une activité inaccoutumée, notamment les bruits de chenilles. Mais le poste d'HERBSHEIM est sur ses gardes, la surprise ne joue pas...

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    Capitaine Constant Roudaut (B.I.M.P.)

    Le Commandant et Capitaine Constant ROUDAUT (Compagnon de la Libération) va se distinguer dans la préparation et l'organisation de la Défense d'Herbsheim du 7 au 12 janvier 1945. L'extrait ci-dessous du décret l'élevant au grande d'officier de la Légion d'honneur résume à lui seul la chronologie des évènements :

    Extrait du Décret du 18 novembre 1945
    « Commandant le point d'appui d'Herbsheim, trois fois attaqué vigoureusement du 7 au 11 janvier par l'infanterie ennemie appuyée de chars, a repoussé tous les assauts et maintenu intacte la position lors de la poussée allemande au sud de STRASBOURG.
    Le 7, a infligé des pertes considérables à l'ennemi en hommes et matériel et rejeté de nuit par une contre-attaque d'infanterie et avec l'appui de chars légers les éléments ennemis qui s'étaient emparés du sud du village.
    Le 8, a stoppé avec un seul canon et ses armes automatiques l'infanterie allemande qui, ayant franchi la ZEMBS, attaquait le village sur la face Est.
    Le 9, la garnison renforcée depuis la nuit du 7 au 8 d'une section de Forces Terrestres Antiaériennes, d'une section du 22ème Bataillon de Marche Nord-Africain, de 3 Tank-Destroyers et 3 chars légers du Régiment de Fusiliers Marins, a contenu pendant toute la journée l'attaque débouchant du Nord, détruit 4 chars et fait 10 prisonniers au cours d'une contre-attaque qui reprit les premières maisons au Nord du village et infligea à l'ennemi des pertes lourdes et constatées.
    En dépit des pertes dont 5 chefs de section et 60 hommes, a su, par sa calme volonté et son énergique ténacité maintenir parmi les éléments disparates de la garnison une confiance entière alors qu'ils étaient encerclés depuis trois jours, remettant la position intacte à l'élément qui le releva le 11 janvier ».
    Signé Charles DE GAULLE

    Nous remercions la Société d'Histoire des Quatre Cantons (Benfeld) qui nous a autorisés à reproduire de large extraits de l'unique et remarquable ouvrage relatant les combats d'Herbsheim : il comporte la bande dessinée d'un Ancien du 1er Régiment d'Artillerie, Xavier ZICCHINA, complété de l'historique des combats par le Capitaine ROUDAUT, ainsi que de nombreux témoignages.

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    TEMOIGNAGES

    Les témoignages rassemblés dans ce nouvel article illustrent la présence et le rôle de très nombreuses unités de la D.F.L. dans ces combats : Les TRANSMISSIONS,  pour lesquelles nous découvrons le portrait du jeune tahitien Pierre GANELON, grièvement blessé à Herbsheim ; le GENIE, dont le Lieutenant MONIER nous rappelle l'engagement sur le terrain : "Je me présente au Capitaine commandant la Compagnie du B.I.M.P. Notre mission est la même pour tous : défendre ce point d'appui par tous nos moyens. Pendant les jours qui suivent, nous reconnaissons les lieux, déminant ici, minant là, aidant à l'implantation de postes de tir (mitrailleuses, bazookas) de réseaux de barbelés, installant des pièges, en particulier en lisière du cimetière bordant le village à l'Est".

    • LES COMBATS DU  1er R.A. ET DU 21e GROUPE ANTILLAIS DE D.C.A.

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    Capitaine Laurent RAVIX, 3ème batterie du 1er R.A.

    Laurent RAVIX, ORDRE DE LA LIBERATION :  "Dans le village d’HERBSHEIM,  la batterie du Capitaine RAVIX perd trois de ses pièces au début de l'attaque (4 tués, 17 blessés), mais sous son énergique impulsion, elle détruit un char allemand, des transports d'infanterie chenillés à 80 mètres, combat avec ses armes portatives dans les rangs des fantassins tandis que la section antichars du Régiment se distingue en stoppant net par des tirs à vue, toutes les attaques allemandes de blindés".

    Laurent RAVIX "7 Janvier, 7h du matin : des infiltrations ennemies se sont produites du côté Ouest du canal du Rhône au Rhin, bientôt on aperçoit les blindés au Nord-Est de notre position ; nous sommes donc déjà coupés du point d'appui à notre gauche, tenu par le Bataillon de Marche n° 24.
    Les chars sont au nombre de 13, du type "Tigre", ou "Panther", c'est-à-dire tous armés de canon de 88 ou de 76,2.
    Ils foncent sur la batterie. L'aspirant CANY règle sur eux lorsqu'ils sont à environ 1.000 mètres ... ; il s'est perché sur une grange pour mieux observer, le tir de la première pièce ralentit leur avance mais ils attaquent tout de même, se disposent en éventail et balayent la position de leurs mitrailleuses et de leurs obus.

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    Illustration : Xavier Zicchina

    Nos canons bien enterrés ne sont pas pour eux des cibles faciles, mais les hommes, qui pourvoient aux munitions, les deux chefs de section sans cesse entre leurs pièces et le P.C. du Lieutenant de tir, les chefs des pièces sont tous très exposés.
    Au bout d'une demi-heure, 2 de nos pièces sont mises hors de combat, les munitions sautent en deux endroits. En une demi-heure nous avons 5 tués, dont les deux chefs de section, les Adjudants HUGUEN et JACQUET et 15 blessés que, heureusement, nous pouvons évacuer immédiatement.

    Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'HerbsheimL'adjudant Jean HUGUEN, vétéran de toutes les campagnes de la
    1ère D.F.L, mortellement blessé à Herbsheim le 7 janvier 1945
    Le sous-lieutenant LOUBOUTIN, observateur de la 3ème Batterie qui était installé dans le clocher de Rossfeld et L'aspirant S. CANY, pointeur à la 3ème Batterie
     


    ...L'Aspirant CANY est parti à la 1ère pièce où il pointe lui-même le char le plus dangereux.
    C'est un duel entre la pièce et le « Tigre » ; à 150 mètres, il reçoit un obus percutant de 105 sur son masque, mais le blindage est tel qu'il continue d'avancer et de tirer.
    Il ne fait pas cinq mètres qu'un nouvel obus l'atteint. Cette fois il est bien touché, il flambe et il est certain que les occupants sont tués"....

    Le Colonel Etienne FLORENT (21e G.A. DE D.C.A.) témoigne des âpres combats des Antillais dans l'un des (trop) rares récits concernant cette unité dans le parcours France de la D.F.L. Il rend hommage au courage de ces hommes et aux Adjudants GRAND et VALBON,, morts au combat.

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    L'Adjudant GRAND : " Arrivé dans la nuit, ce Sous-officier reçoit entre autre mission d'interdire le carrefour... Au petit jour, il procède à la reconnaissance des lieux. D'abord il place le F.M. puis ayant achevé sa reconnaissance il se ravise. S'étant rendu compte que l'arme installée aurait une action plus efficace, il la fait déplacer, c'est alors qu'il est touché par un gros éclat de mortier qui l'atteint au coeur...
    Les hommes aux ordres du Maréchal des Logis BOURG, les canonniers DRACIN, MINA et SABATIER se précipitent vers leur chef et emportent le corps dans la grange.... Héroïque simplicité d'un vieux Sous-officier français pour qui le travail et le devoir sont un, les déplacements de l'Adjudant GRAND se sont effectués sous un violent bombardement. En effet, quand il se porte de la grange au carrefour, puis d'un emplacement de tir à l'autre, chef de section et chefs de groupes sont à trois reprises couverts par les gravats et les débris de tuiles qui tombent des murs et des toits. Nul ne s'en soucie. Quand les hommes emportent leur chef, le tir des mortiers ennemis est intense. Quand le canonnier JURAVER va rendre compte de l'événement à l'adjudant VALBON, les coups tombent sans arrêt. Rien n'empêche l'un ou l'autre d'accomplir sa mission".

    • LA RELEVE DU B.I.M.P et du R.A. , le 11 JANVIER 1945

    COMMANDANT ROUDAUT : « A 22h, un Lieutenant d'une unité parachutiste se présente au P.C. et m'apporte les ordres de relève. En effet, une opération a été déclenchée vers 18h par le Groupement Blindé DE MORSIER et un bataillon de parachutistes. But : ouvrir un couloir de sécurité entre la ferme Zoll et HERBSHEIM d'une part, et ROSSFELD d'autre part, pour permettre la relève de ces deux garnisons par le 1er Bataillon de Légion Etrangère".

    LAURENT RAVIX : " Ce n'est que la nuit du 10 au 11, à 3h du matin que l'on évacuera en ordre la position ...
    Cette nuit fut une « sortie de Bir-Hakeim » en réduction, faite d'ailleurs par des vétérans de la sortie mémorable, sous des tirs d'artillerie et de mitrailleuses, au milieu d'incendies qui nous éclairaient sur la neige comme en plein jour".

    Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'Herbsheim

    Illustration : Xavier ZICCHINA

    Claude ELGHOZI (1er R.A.) de son côté nous relate la relève et le repli de son unité à ROSSFELD.

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    Insigne du R.F.M.

    Roger BARBEROT (R.F.M.)  " VASSEUR entre en scène. (...) Il calcule, pèse, réfléchit. La liaison que je lui demande de faire avec HERBSHEIM est pleine de risques... S'il n'y a pas de mines, il reste encore les chars allemands qui doivent être quelque part à l'affût. Mais on peut courir le risque en jouant sur la vitesse et sur la surprise. C'est donc oui pour l'opération. Celle-ci est montée avec précision... Finalement nous décidons que l'artillerie va matraquer brutalement la route et ses abords. Nous avons fixé le nombre des coups : trois cents exactement.   ... C'est au trois centième obus explosif que la colonne de VASSEUR démarrera. Elle comprend quelques chars, quelques jeep et quelques scout-cars... Chaque équipage reçoit des grenades incendiaires pour détruire son véhicule s'il est immobilisé. (...) Tout est en ordre. Tourelles ou mitrailleuses sont dès le départ pointées, les unes à droite, les autres à gauche. On compte les coups de notre artillerie. Avant d'arriver au trois centième, le convoi s'est déjà élancé. Quelques instants plus tard, j'apprends qu'il est arrivé à HERBSHEIM où il décharge munitions et approvisionnements. En échange, le convoi embarque les blessés et en plus quelques cochons et volailles qui traînent dans le village. Le train blindé refait de la même façon le trajet de retour. Les scout-cars s'arrêtent au passage pour embarquer des groupes d'Allemands éberlués qui lèvent les bras sur les bords de la route".

    • LA SORTIE DES LEGIONNAIRES LE 12 JANVIER 1945

    DOCTEUR CHASQUELLE-SCHTAKLEFF : "... Il (Sairigné) m'a fait un croquis de notre position et la direction à prendre pour la sortie de la garnison d'HERBSHEIM, 300 officiers, sous-officiers et soldats, sortie que nous ferons cette nuit ! (...).
    J'entends la voix de stentor du Commandant de SAIRIGNE : « Planquez-vous, face au tir, les Allemands nous tirent dessus ».
    En effet, mon casque anglais m'a protégé des balles qui crépitaient sur mon casque-paravent, puisque plat.
    Ensuite, le Commandant : « Debout ! Faites un bond en avant vers le pont ». J'étais mu comme par un computer, je voulais m'en sortir !
    Arrivé à ce pont détruit, je me suis mis à plat ventre sur les pontons gelés en m'agrippant pour me retrouver de l'autre côté. Mes Légionnaires qui suivaient avec leurs brancards ont été sublimes : les blessés tombaient dans l'eau glacée de l'ILL, ils les rattrapaient et les remettaient sur les brancards. Quel héroïsme ! De l'autre côté, j'ai trouvé devant moi le Commandant qui m'a dit :
    « Toubib, Merci. Tous nos blessés sont là, vous avez fait du bon boulot ».

    LIEUTENANT-COLONEL Gabriel BRUNET DE SAIRIGNE (Légion Etrangère) : 

    Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'Herbsheim

    « Je vous ai déjà parlé de quelques histoires de fous. Mais celle que je viens de vivre les 10, 11 et 12 janvier 1945 dépasse de loin toutes les autres.
    Imaginez un village encerclé, à 4 km à l'intérieur des lignes ennemies. Vous montez une belle opération de nuit qui, après un assez dur baroud, vous permet de délivrer la garnison assiégée. Vous prenez sa place. Tous les amis rentrent chez eux et vous êtes assiégés à votre tour. Le lendemain, vous essayez, tant bien que mal, de vous garer dans les rares caves encore intactes. Le soir, un autre monte la même opération que vous aviez monté la veille ; il échoue, car le Boche s'est nettement renforcé. On vous demande alors de sortir tout seul.
    Bien qu'on m'ait déjà fait deux fois le coup, petit frisson. A 3 heures du matin, sur l'extrême pointe des pieds, tout le monde s'en va, colonne par un, à la grâce de Dieu. Vous imaginez l'émotion que vous procure l'arrivée à la lisière d'un bois, ou la traversée d'une route, ou le bruit d'un char boche qui roule sur la route que vous venez de laisser sur votre droite.
    Finalement, la Providence est avec nous : nous traversons sans encombre la ligne qui nous entoure et, deux kilomètres plus loin, nous tombons par derrière sur la ligne qui fait face aux camarades..."

    Au total, le bataillon perd dans cette affaire 4 tués, 45 blessés et 34 disparus. 

    Arthur ANDLAUER, habitant du village : « S'Schmittels Lucel, un ancien Légionnaire qui s'était battu en Lybie, a fait sortir du village encerclé des Légionnaires français par un petit sentier qui traverse la forêt de Benfeld, la route de Rossfeld et le Heidestressel pour se retrouver sur la passerelle métallique du Dr Sieffermann enjambant l'Ill. Ce sentier était garanti sans risques car il n'était sur aucune carte d'état-major ni française ni allemande ».

    Depuis des décennies, Madame le Maire d'HERBSHEIM, Esther SITTLER, honore la mémoire des combats et de la 3ème batterie du 1er R.A. dans la défense du village.

    Etape n° 36 - du 7 au 12 Janvier 1945 - B.I.M.P et 1er R.A. dans la Défense de Rossfeld et d'Herbsheim

    Entre temps, le 11 Janvier 1945, est intervenu le drame d'OBENHEIM et  la reddition du B.M. 24 qui aura résisté jusqu'au bout, les armes à la main, encerclé, coupé des autres unités de la D.F.L.... notre prochain article.

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