• * Etape n° 27- Libérations de Vescemont et de Rougegoutte par les Fusiliers Marins, les Cuirassiers et le B.M. 24

    * Etape n° 27- Libérations de Vescemont et de Rougegoutte par les Fusiliers Marins, les Cuirassiers et le B.M. 24

    ROUGEGOUTTE - C.P. Serge Robert

    Aussitôt Giromagny enlevé, le 22 novembre 1944, le colonel RAYNAL relance ses troupes en avant, à la poursuite de l’ennemi. Dès 9h, les T.D. du 8e R.C.A arrosent les retranchements allemands de la colline du Marandé et de la forêt de la Vaivre à Rougegoutte, et ceux de la côte à Vescemont. Après une approche difficile au contact de l’ennemi protégé dans un réseau de tranchées, les lights du Commandant Barberot entrent à Rougegoutte, précédant le Bataillon de Marche 24 qui à 16 heures achèvera de  « nettoyer » Vescemont et Rougegoutte ...

    Depuis le mois de septembre, les hommes du village de Vescemont et de Rougegoutte sont réquisitionnés pour participer au dispositif d’arrêt des S.S. : creuser des tranchées, construire des blockhaus...

    * Etape n° 27-

    Quelques jours avant l’attaque française,  les troupes ennemies en pleine débandade investissent le village et les maisons de Rougegoutte ; le 21, les Allemands font sauter le pont de la Rosemontoise à Vescemont, puis le 22 les combats se déchaînent et des centaines d’obus se déversent sur Rougegoutte. Les maisons brûlent, mais malgré la mitraille, la fumée, la chaleur, la pluie même, les solidarités villageoises sont à l’œuvre. (récits de Jean-Marie Pourchet et de Paul Courbot ). A midi le 22 Paul Courbot voit les Français faire irruption dans sa maison encore occupée par quelques Allemands." Ces premiers soldats français apprécieront une bonne soupe de pommes de terre, un régal pour eux, comparé aux boîtes de beans qui constituaient leur principale nourriture depuis des semaines ».  

    Heure par heure, l’historien François Liebelin nous délivre la chronologie des opérations du 22 novembre, dans lesquelles les Chars lights du 1er R.F.M et leurs soutiens-portés du 11ème Cuir précèdent ou appuient les soldats du B.M. 24...

    Deux chars légers du peloton Lucas du 1er R.F.M. s'avancent à la lisière Est de Vescemont et vont se heurter à une tranchée où s’est réfugié l'ennemi. Gérard GALLAND (11 Cuir) témoigne d'une véritable embuscade tendue par leurs éléments retardateurs.  « Ce 22 novembre, la famille Perrod voit passer devant sa cour des groupes de fantassins allemands et des éléments isolés. Ils semblent harassés, sales et à bout de force. Ils se dirigent à travers champs vers la carrière, la contournant afin de pénétrer dans les bois de ROUGEGOUTTE. Ils essaient de se soustraire à la vue des éléments français de reconnaissance en descendant dans la tranchée. De leur côté, les deux « light  131 et 132 », après s'être arrêtés un moment devant la mairie, viennent se positionner derrière la ferme des Perrod, juste devant le hangar".

    C'est en voulant exécuter leur mission de protection de leur blindé que deux Cuirassiers, Luc DEVILLON  et Paul FRECON s'avancent au-delà de la ferme dans les prés où ils sont touchés par les tireurs d'élites allemands.  L’opération de sauvetage des deux blessés  va se révéler catastrophique pour les attaquants.

    * Etape n° 27- Libérations de Vescemont et de Rougegoutte par les Fusiliers Marins, les Cuirassiers et le B.M. 24

    Luc DEVILLON

    Deux Cuirassiers se sont en effet lancés au secours de leur camarade, bravant le feu nourri des Allemands. L’un deux, le cavalier AUGER en reviendra en loques, ses habits hachés par les balles et couvert de sang  : « Il faut vraiment du cœur au ventre pour bondir dans la cour de la ferme poursuivis par le feu intense de l'ennemi. Les balles ricochaient avec un miaulement caractéristique qu'ils avaient déjà connu auparavant ; ils sentaient plus qu'ils ne voyaient les pierres qui volaient sous l'impact des balles et projetaient sable, terre et cailloux sur leurs talons. Ils avaient l'impression désagréable que leur vie ne tenait qu'à un fil, mais dans l'action, ils dépassaient leur peur. Haletants, après avoir traversé la route goudronnée, ils ont poursuivi leur sprint sur le chemin de terre jusqu'à la position où se trouvait Paul FRECON. Arrivés à la hauteur du corps allongé de ce dernier, ils constatent qu'il est en vie. Il est très salement touché. Une tâche de sang s'agrandit sur la jambe droite de son treillis, au niveau de la cuisse droite... ». Ils se servent d'une couverture pour envelopper Paul FRECON et le porter jusqu'au char sur lequel il est alors hissé avec l'aide des Fusiliers COELEMBIER et Yves LE BRAS.

    Le Quartier Maître Marcel GUAFFI entraîne alors derrière lui l'escouade du Maréchal-des-Logis THIEULLE dit « 36 » pour aller secourir Luc DEVILLON. « ... Après avoir envoyé l'ensemble des hommes du groupe ; c'est à dire « Trente-Six », son tireur au « F.M.», Calandry, Sève, P. Lecomte et M. Gatignol, "Ben-Hur" lui, grimpe dans le char « 132 » et, s'aidant du périscope, de l'intérieur de la tourelle, il essaie de tirer sur l'ennemi à l'aide de la mitrailleuse lourde 13,2 de D.C.A. « Trente-Six », en avant, se fait tuer de deux balles dans la poitrine ; Calandry est foudroyé à son  F.M, Sève est blessé au pied droit et Pierre Lecomte est touché au nez ».

    * Etape n° 27-

    Marcel GUAFFI - C.P. Ordre de la Libération

    « Etait-ce à nous d'aller récupérer les blessés ou devions-nous attendre le renfort de l'arrière ? se demande Yves Le BRAS. Je n'ai pas de réponse. Il est vrai que dans le feu de l'action, on agit souvent d'avantage par reflexe que par raisonnement ».

    Au cours de ce tragique épisode, Yves LE BRAS lui-même sera grièvement blessé à l’œil. Evacué à l'hôpital de Lure, puis à Besançon, le lendemain matin quelqu'un se propose d'écrire à sa famille : « j'ai décliné et attendu que je sois en état de le faire moi-même. Je crois me souvenir que j'ai signé ma lettre « Yves le cyclope ». Ce n'était sans doute pas très malin ! Quelques jours plus tard il est  évacué sur l'hôpital Desgenettes à Lyon, puis partira en convalescence à Ouessant ».

    * Etape n° 27-

    Yves LE BRAS, Tunis 1943

    Michel BOKANOWSKI (1er R.F.M.), de son côté, nous relate l’avancée de son peloton de Giromagny à l’antichar de Rougegoutte, avec le light 123 de POUVRASSEAU. A la sortie de Giromagny, ils sont cueillis par l’artillerie  : « Dispositif de combat : POPAUL et POSTOLLE, l'aide chauffeur, s'enferment à leur poste, les trois mitrailleuses et le canon sont armés et voici une dégelée d'obus explosifs qui, de toute évidence, nous sont destinés ».

    C’est à ce moment que l'aspirant VASSEUR, du bord de la route lui indique que Georges LE SANT est en difficulté. « Pas  question de laisser tomber LE SANT, un vieux de 40 et un fantastique baroudeur et  qui commande un peloton de scouts-cars . Mais où est-il ? L'ennemi, à en juger par nos tirs d'artillerie, est déjà loin derrière nous. Prochain village : ROUGEGOUTTE, encore deux kilomètres. Allons à la recherche de LE SANT. Voici un civil qui met timidement le nez à la fenêtre. « Vous avez vu passer des marins français ?  - Non, mais beaucoup d'Allemands - Il y a combien de temps de cela ?  -  Dix minutes ». Bigre,  les  Boches ont dû passer sur la route après Le Sant ! A moins que le civil  soit bigle.   On continue.  « Allez, à  toute allure, le plus loin possible ».  On le trouvera bien,  ce Le Sant de malheur ! »

    * Etape n° 27-

    Georges Le SANT

    Ils le retrouvent en effet et l’épopée continue avec Pouvrasseau, Przybilski ... et les soldats du B.M. 24 :  « Sur la grand'route, cent mètres plus loin, le fossé anti-char, pas sympathique. Les biffins commencent à tirailler sur la ferme. C'est embêtant, mais il faut l'incendier si on veut être tranquille. Pas question de la prendre d'assaut, ce doit être une véritable casemate et il faut que nous ayons les mains libres à ce carrefour,  clef de la défense du village".

    * Etape n° 27- Libérations de Vescemont et de Rougegoutte par les Fusiliers Marins, les Cuirassiers et le B.M. 24

    « Je mets tout le monde en place et j'attends l'infanterie. Voici la première section, traînant les pieds. Ils ont l'air de se croire en manœuvre, ne prenant guère de précautions. Ils sont, du reste, abrutis de fatigue ; quarante-cinq jours en ligne et puis l'avance, les attaques, la neige et la boue. Ce sont, pour la majorité, de jeunes recrues. Beaucoup ont dû tricher sur leur âge. A certains, l'on ne donne pas dix-sept ans. Ils ont toute notre affection, à nous, les anciens, parce que l'on sent en eux cette volonté constante d'être à la hauteur de la gloire de la Division et qu'à force de serrer les dents, ils y parviennent ».

    * Etape n° 27-

    * Etape n° 27-

    « Derrière moi, POUVRASSEAU s'en donne également à cœur joie et les «Boches» qui ont l'intention de tenir le village proche, doivent  commencer  à sentir  leur courage   s'amollir. Déjà le feu de leurs armes automatiques est beaucoup moins violent.

    Pouvrasseau passe en tête et, tout doucement, prenant avantage des buissons, des arbres, des hangars, arrive à cinquante mètres de l'obstacle. C'est un plaisir de regarder travailler ce type-là.

    Vlan ! Un obus anti-char vient de se planter à deux mètres de lui, dans un mur ; il recule de quelques centimètres et observe. Un second obus va se perdre au diable, c'est qu'il n'est plus vu. Mais lui a observé la provenance du coup. Je vois son canonnier sortir de la tourelle et suivre les explications qu'il donne, le doigt tendu. Vu, il a compris. Le char débouche brusquement et envoie rageusement cinq coups de 37 mm. Au loin, une explosion. Il a tapé en plein dans les munitions du Boche. C'est du beau travail et la chance est  pour nous ».

    Le présent article doit beaucoup à la Revue « La Vôge » de l'Association pour l'Histoire et le Patrimoine Sous-Vosgien dont sont extraits certains des  témoignages  et des photographies anciennes. Remerciements à Serge Robert pour ses clichés 2014 de Rougegoutte.

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