• * Etape n° 21- Octobre-Novembre 1944 - La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Notre relation des combats le long du parcours de la 1ère D.F.L. marque une pause pour s'intéresser à un évènement majeur survenu dans l'histoire de la Division : la relève des soldats de l'Empire à l'automne 1944 dans les Vosges.

    En effet, comme le souligne le général Yves Gras, le remplacement des Tirailleurs africains par de jeunes Français à la fin du mois d'octobre 1944 va modifier profondément la physionomie de la 1ère D.F.L. Il concerne 5 Bataillons de marche coloniaux ainsi que des éléments de l‘Artillerie, du Train et du Bataillon médical : 6.000 hommes en tout, auxquels s'ajoutent les 275 Tahitiens et Calédoniens du Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique qui ont survécu aux combats du Bataillon depuis 1941. La relève quant à elle  est réalisée par des engagements individuels et l'intégration d'unités F.F.I. ayant valeur d'une compagnie ou d'un bataillon.

    La publication récente de l'ouvrage de l'historien Eric Jennings "La France Libre fut africaine" (éditions Perrin/ministère de la Défense) nous incite à revisiter le rôle essentiel tenu par l'Afrique dans la vision politique et stratégique du général de Gaulle, incarnée par la France Libre et  la résistance extérieure. Sans l'engagement de ces territoires, le recrutements des soldats africains, et la contribution à l'effort de guerre de leurs populations civiles, la marche de l'histoire et particulièrement la place de la France dans la victoire aux côtés des Alliés n'eussent pu être à la hauteur de cette ambition.

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Comment honorer la mémoire de ces combattants africains qui n'ont laissé que rarement de témoignages écrits de leur épopée ? Le parcours de quelques uns d'entre eux au sein de la D.F.L., de ceux qui furent faits Compagnons de la libération par le général de Gaulle, mérite à cet égard d'être rappelé. Originaires du Tchad, du Mali, de l'Oubangui-Chari, et du Cameroun, Dominique KOSSEYO, Georges KOUDOUKOU, Yorgui KOLI et leurs camarades furent des premiers combats et des premières victoires, au Gabon, en Erythrée, en Syrie et en Libye...

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Journal du cameroun.com

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Yorgui KOLI - Ordre de la Libération

    Au moment où s'effectue la relève au sein des Bataillons de Marche, certains de leurs compagnons d'armes français témoignent, comme  Alexis le GALL (B.M.5)  : "  Brusquement, en ce jour de séparation, le B.M.5 perdait toute son âme et tout ce qui en avait fait, jusque-là, une unité si profondément africaine, mais aussi si unie et si familiale. Avec eux disparaissaient ces trois années et demie de vie commune : le camp d'Ornano, Alamein, la Libye, Takrouna mais aussi tous ces souvenirs des assauts d'Italie, du Mont Redon etc... dans lesquels ils avaient représenté l'essence même de notre ardeur et les raisons de nos réussites et de nos succès. Ce fut un jour d'enterrement et de cafard ». 

    Ou encore Henri BEAUGE, à travers l'évocation de la  figure symbolique  de son ordonnance BOLBAYE : "Dans soixante ans, qui se souviendra de cette dette ? Qui parlera de  Bolbaye ? ».

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Jean COQUIL (B.M. 5)

    La relève des volontaires du Pacifique, Tahitiens et Néo-calédoniens, évoquée à travers les témoignages recueillis par Jean-Christophe Teva Shigetomi dans son ouvrage Tamari'i volontaires (à paraître au cours de l'été 2014)  , s'effectue dans des conditions singulièrement différentes :  les Tamari'i sont dirigés sur la capitale en octobre 1944 afin d’assurer la garde du gouverneur militaire de Paris, le général KOENIG, qui fut  leur chef de guerre de Libye et de Bir Hakeim.

    Dans un régime "de  permission permanente", ils  vont  s’installer plus de dix mois à la caserne de la Tour-Maubourg, seront accueillis par  les parisiens, un comité d’accueil océanien s'étant même créé. Les volontaires qui ont abandonné  les armes renouent avec les guitares qui ont fait leur légende... et se font remarquer par un certain Django Reinhardt...  

     

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

    Fonds Jean Tranape

     

    Le défilé du 18 septembre 1945 à l'Arc de triomphe marque l'adieu du Bataillon à Paris. Les Pacifiens embarqués à bord du Sagittaire arrivent en héros  à Tahiti le 6 mai 1946, 5 ans jour pour jour  après leur départ !

    Roger Ludeau : «… dans le lagon où nous venions d’entrer, des dizaines de pirogues et de vedettes, plus fleuries les unes que les autres, nous font escorte. Sur les quais, c’est la foule des grandes circonstances ».

     

    Etape n° 21- La relève des Tirailleurs africains et des Pacifiens par les F.F.I.

     Fonds Jean Tranape

     

     Ainsi se tourne l'une des grandes pages de l'histoire de la France Libre, tandis que la guerre va s’intensifier dans les Vosges et que déjà s'effectue non sans difficultés la relève des soldats de l'Empire  " ce sont des combattants du Maquis et des F.F.I. et de jeunes engagés de toutes nos provinces de France qui vont donner un nouvel aspect à la Division, lui permettant de vaincre et d'être présente à la  Victoire".

     

    Le général Saint Hillier dresse un aperçu des forces combattantes F.F.I. intégrées à la D.F.L., et parmi elles :   le 11ème Cuirassiers issu du Maquis du Vercors, pour partie versé en soutien porté des Fusiliers Marins et des T.D. des chasseurs d'Afrique, et pour partie aux Bataillons de Marche 21 et 24. Le Bataillon de Chambarand (Maquis de l'Isère) va quant à lui constituer la Compagnie Chambarand au sein du Bataillon de Marche n° 4.

     

    Comment va s'effectuer cette "synthèse" - ou cet "amalgame" - entre combattants de l'intérieur et de l'extérieur, au sein d'une Division farouchement attachée à son passé et à son identité ?

     

    De l'aveu même de Pierre DEVEAUX (Chambarand) : "ces vieux briscards venus d'Afrique se méfient un peu. Ils savent que nous sommes d'anciens F.F.I. qui ont pratiqué la guérilla avec courage, certes, mais qui ne sont pas encore de vrais soldats ". 

    Ce que confirme Alexis Le GALL (B.M. 5)  :" Il leur manquait d'abord, c'était évident, le minimum de connaissances militaires indispensables au bon déroulement des combats. Mais il leur manquait également la force physique et la résistance nécessaires à cette dure vie de plein air. L'instruction, nous allions nous en charger mais la résistance physique n'allait pouvoir venir que petit à petit, alors qu'il nous était impossible d'attendre".

     

    Peu à peu, la méfiance se lève, les nouveaux combattants font leurs preuves et les liens d'amitié et d'estime réciproques se nouent,  comme le souligne Gérard GALLAND (11ème Cuir), rapportant les propos élogieux du Commandant BARBEROT (R.F.M.) à l'égard des anciens du Vercors ...

     

    Mais si la Division change ainsi de physionomie pour la troisième fois de son histoire, elle n'en conserve pas moins  son caractère, affirme le général Saint Hillier...

     

    Le combat pouvait continuer, il était loin d'être terminé à l'aube de cet hiver 1944-1945....

    Nous retrouverons la semaine prochaine la 13 D.B.L.E dans "l'enfer" des combats autour de Rochesson du 3 au 7 Novembre 1944...

     

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