• 8 Mai 1945 - 75e Anniversaire de la Victoire... dans le ressenti d'Alexis LE GALL (BM5)

    8 Mai 1945 - 75e Anniversaire de la Victoire.. dans le ressenti d'Alexis LE GALL (BM5)

     
    « Le 7 Mai, la fin s'annonce... Je pars à Paris chez les Masselot, de façon à être dans la capitale le jour de la Victoire, qui devrait être officielle le lendemain.
    On annonce un grand discours de de Gaulle le 8 à 15 h et je me retrouve avec ma cousine Renée Masselot sur les Champs-Elysées pour y entendre cette annonce, attendue depuis 40 et qui va enfin annuler l'horrible discours de Pétain du 17 Juin 40.
    C'est noir de monde et, à 15 heures, s'élève des haut-parleurs la voix du Grand Charles, bientôt couverte par les hourras et les bravos. Des groupes se forment, chantent, dansent, hurlent, s'embrassent et je me trouve subitement loin, si loin d'eux.
    Je m'étais fait une fête de ce moment mais je ne participerai pas à la liesse générale.
    Je ne veux pas me mêler à tous ces jeunes en folie.
    Je les regarde tristement et mes pensées vont vers les autres, mes amis, les vrais vainqueurs.
    Cela aussi je l'aurai manqué : notre victoire au milieu d'eux.
    Et repasse alors devant mes yeux tout ce chemin que nous avons parcouru ensemble: l'Angleterre, le Cameroun, le Western Désert, l'Italie, la Provence, les Vosges, l'Alsace.
    Et viennent s'y superposer les visages de tous les copains disparus, tous ceux qui ont été ma famille durant ces années : P'tit Jean Jestin, Franch Arzel, Jaffret « la coterie », Robin l'ami juif, le petit Seité, Le Bastard notre « moujik » du Camp d'Ornano, Jaillet le « cureton », Delrieu notre capitaine de football, Javanaud à la mèche blanche, mais aussi Antoni, le petit corse qui est mort à ma place, Douard le Marseillais tué à Takrouna et Dupin et mes deux petits gars morts et gelés à leur mitrailleuse dans l'Illwald et tous les autres, tous les autres...
    J'en ai assez des braillards qui nous entourent et dont la plupart n'ont rien fait, se sont laissés vivre ou même ont profité ? Je n'ai rien de commun avec eux, on n'est pas du même monde. Je dis à ma cousine : « J'en ai assez, on rentre.. ».
    L'aventure est finie, cette merveilleuse et tragique aventure que nous avons vécue et dont les images sont ancrées pour longtemps dans mon cerveau.
    Il faut maintenant tourner la page mais ne pas oublier ».
    Alexis LE GALL

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  • Commentaires

    1
    Gilles Méhaut
    Jeudi 7 Mai à 22:45

    Très belle évocation...

     

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