• Paris le 12 novembre 2017


    A l'aube du 20 novembre 1944, le général Brosset lançait son célèbre ordre général, objectif «Giromagny et le Rhin ».

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris


    Vers 7 heures, il quitte son P.C. de Melisey pensant que la Division atteindra Giromagny le soir même. Mais lui ne l'atteindra jamais, victime d'un tragique accident. Stupeur et consternation... tout un chacun à la Division apprend en fin de soirée la mort de son chef.

    Ainsi, cette journée d'avancées et de victoires (cf. notre dernier article sur les libérations d'Auxelles-Bas, Plancher-Bas, Plancher les Mines et Auxelles-Haut...) se termine dans le deuil.

    La D.F.L. perd le chef charismatique et si proche de ses hommes qui la menait au combat depuis la Tunisie.

    Lien vers la page du blog  (Etape n° 25)
      Livret mémoire du général Diégo Brosset

     

    Le Général Charles Diégo BROSSET (1898-1944) 
    (Musée d’Histoire Militaire)


    Ses attaches familiales se situent à Rillieux-la-Pape au nord de Lyon, mais il est né à Buenos Aires, d’où ses parents reviennent en 1900. Brosset s’engage en 1916 et sert au 27° BCA : il termine la Grande Guerre sergent titulaire de 3 citations. Il entre ensuite à l’école d ’officiers de Saint-Maixant. À sa sortie en 1921, le sous-lieutenant Brosset choisit l’Infanterie Colonialeet le 5° RIC de Lyon, où il restera peu, faisant un stage d’éducation physique à l’école de Joinville...

     

    Les anciens se sont souvenus de ce chef charismatique et si proche de ses hommes 

     

    au monument Brosset...

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

    (Photo internet)

     


    (Crédit photos : Blandine Bongrand Saint Hillier)

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     


    ...Au pont de Bir Hakeim

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

    Le pont de Bir-Hakeim

    (Photo ©paris-promeneurs)

    En 1942, le viaduc de Passy a été rebaptisé pont de Bir-Hakeim, en souvenir de la victoire des troupes françaises remportée en Libye en 1942. C’est l’un des plus beaux ponts de Paris.

     

    (Crédit photos : Blandine Bongrand Saint Hillier)

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

    Le général Laurent Demolins (fils de Bernard Demolins)
    a déposé la gerbe au pont de Bir Hakeim

      

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

     

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

     

    Fondation B.M 24 Obenheim    

    * Commémoration et dépot de gerbes au monument  Brosset  et de la 1ère DFL  au pont de Bir Hakeim à Paris

     

     

     

     


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    Les anciens combattants de l'île ont commémoré, hier matin, l'arrivée du contre-torpilleur "Léopard" à La Réunion le 28 novembre 1942 et rendu hommage "à tous ceux qui ont offert leur vie et fait don de leur jeunesse pour la liberté."

    * La Réunion a commémoré sa Libération en novembre 1942

    photo Ludovic Lai -Yu

    De 1939 à 1942, La Réunion vit sous la contrainte. "Le 29 juin 1940, le gouverneur Aubert réunit les principaux notables de la colonie et leur impose de se soumettre au gouvernement du maréchal Pétain. Ce choix va avoir des conséquences sur la vie locale. La population est encadrée ; à Saint-Denis le Barachois prend le nom du maréchal ; la presse est censurée ; les francs-maçons et les étrangers sont pris pour boucs émissaires ; le blocus anglais entraîne la pénurie alimentaire ; l'île manque cruellement de produits de première nécessité." Tel est le tableau brossé par les élèves de la terminale ES du lycée Georges-Brassens (du Moufia), présents à la cérémonie sous la direction de leur professeur d'histoire.

    L'arrivée du Léopard, le 28 novembre 1942 va tout changer. "Ce jour-là, les Dionysiens ont accueilli à bras ouverts, les fusiliers marins des Forces Françaises Libres, à bord duquel se trouvait le gouverneur André Capagory, chargé par le général de Gaulle de remplacer le gouverneur Aubert," rappelle Camille Bourrhis, délégué de la Fondation de la France Libre, organisatrice de la cérémonie aux côtés de l'Association des anciens combattants.

    * La Réunion a commémoré sa Libération en novembre 1942

    Le contre-torpilleur Léopard

    Les Réunionnaises et Réunionnais ont été nombreux à rejoindre les Forces Françaises Libres, contribuant ainsi à l'amplification de cet élan patriotique tant attendu et trop longtemps réprimé. Certains noms sont entrés dans l'histoire : Marguerite Jauzelon, Jean Joly, Paul Vergès, Bruny Payet ! Nombre de ces valeureux guerriers sont restés dans l'anonymat et un contingent considérable est passé de vie à trépas : ils sont morts au champ d'honneur ou accablés par le poids des ans. "En ce jour, nous les associons tous à nos pensées," a souligné Paule Gervais-Delmas au moment de la sonnerie aux morts, précédant la minute de silence.

    La petite assemblée présente au Barachois - où l'événement est scellé dans notre basalte originel - a remonté le temps, tout en appelant à la vigilance face aux dangers du présent. "N'oublions pas non plus tous ceux qui sont tombés depuis janvier 2015 sous les balles d'un ennemi qui se cache, un ennemi qui attaque nos valeurs républicaines et nous a déclaré une drôle de guerre depuis cette date."

    Voilà pourquoi il importe de sensibiliser la jeunesse, "de lui inculquer le sens du devoir, les valeurs patriotiques, les obligations envers la patrie." Tâche bien délicate, en vérité, depuis que le service militaire a été supprimé. Toutefois, les enseignants restent de précieux relais en la matière tandis que l'État entretient la flamme par le biais des commémorations et concours, à l'image de celui dédié à la Résistance. Cette année, les jeunes sont invités à plancher sur le thème : "S'engager pour libérer la France." Paule Gervais-Delmas a encouragé les professeurs à mobiliser massivement leurs troupes et à puiser dans les itinéraires frappés du sceau de la vaillance et de la générosité des Français Libres de La Réunion. "Les associations sont présentes sur le terrain. Nous devons nous entraider et nous faisons confiance à notre jeunesse."

    Source : Clicanoo.re

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    Le témoignage de Raymond DELOOF, ancien du contre-torpilleur LEOPARD

    En novembre 1942, le contre-torpilleur Léopard reçoit pour mission de débarquer à la Réunion qui était demeurée sous le régime de Vichy. Le 20, il est accueilli par la batterie de défense de la Pointe des Galets à quelques kilomètres de la capitale de Saint-Denis, comme le relate le Havrais Raymond DELOOF : « La réplique ne se fait pas attendre : nous les attaquons à l’artillerie en passant au 30 mm. Dans l’après-midi,nous débarquons et faisons prisonnier le gouverneur et son secrétaire. Tous se rendent sauf un lieutenant d’artillerie assez grièvement blessé à un bras. Nous l’enverrons quelques jours plus tard à l’île Maurice, ainsi que le gouverneur.

    J’étais permissionnaire et en rentrant dans notre poste, il y avait une marmite de punch vraiment bon ! Enfin tout l'équipage  y a goûté et il y eut un seul puni pour le principe … Puis ce fut le départ pour Mombasa où nous attendions le général Legentilhomme pour partir sur Madagascar, qui était encore sous le régime de Vichy".

    L'Odyssée France Libre du Havre, AAFL, 2017


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  •  28-11-1947 / 28-11-2017

     

    * COMMÉMORATION DU 70ÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DU MARÉCHAL LECLERC

    ( 1902 -1947 )

    Photo internet

    Nous commémorons cette année le 70ème anniversaire de la disparition de Philippe de Hautecloque, dit « Leclerc », Maréchal de France, mort dans un accident d’avion dans le Djebel Aïssa, en Algérie, le 28 novembre 1947.  Plusieurs événements sont organisés ce week-end dans la Somme, à Glisy, Camon, Amiens et Tailly.

     

    Cette commémoration revêt une importance particulière dans la Somme, département de naissance de Leclerc, le 22 novembre 1902 à Belloy-Saint-Léonard. Nous n’oublions pas qu’il fût, avant de rejoindre l’école de formation des officiers de Saint-Cyr (dont il sortira major), un élève brillant de La Providence, à Amiens

    * COMMÉMORATION DU 70ÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DU MARÉCHAL LECLERC


      Leclerc fait partie de ces héros associés à jamais à la Libération.

     Philippe Leclerc de Hauteclocque - Histoire du Monde
    Lien

    Fils d’Adrien, comte de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), il grandit au sein d’une famille de la noblesse picarde

    . Il passe la plupart de ses vacances en famille dans le village de pêcheurs d’Audresselles. En 1922, il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion de Metz et de Strasbourg, dont il sort deux ans plus tard en tant que major de la cavalerie. Il entre alors à l’École d’application de la cavalerie de Saumur, dont il sort en 1925, la encore, en étant major.

    Il se marie la même année avec Marie-Thérèse de Gargan (marié le 10 août 1925) dont il aura ses six enfants (quatre garçons et deux filles)...

    (Texte biographique HistoireDuMonde.net)


    Fondation B.M 24 Obenheim    

    * COMMÉMORATION DU 70ÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DU MARÉCHAL LECLERC

     

     

     


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  • A partir du 25 Mai 1942....

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 - Bir Hakeim

     

    Nous nous dirigeâmes vers Bir Hakeim comme renfort des troupes qui y étaient cantonnées. L'offensive allemande était dans toute son apogée et les troupes anglaises se retiraient devant le rouleau compresseur de l'Afrika Korps.

    Peu avant d'arriver à Alexandrie nous fûmes surpris par une tourmente de sable qui laissait à peine avancer les camions car elle empêchait presque totalement la visibilité des chauffeurs. Le convoi se composait d'une trentaine de camions transportant 8000 obus de canon de 75 et plus ou moins 100 (1000 ?) hommes. Cette nuit-là, nous la passâmes à Alexandrie et, aux premières lueurs de l'aube nous continuâmes pour arriver à Bir Hakeim à midi passé.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Colonel Amilakvari

    Nous fûmes mis en présence du chef de la Légion, le Colonel AMILAKVARI, qui en un instant nous affecta aux compagnies dont nous devions faire partie.

    Avec ZERPA et BOLANI nous fûmes désignés pour la. C L. 3 (cie lourde n°3), SALAVERRI, et l'argentin PARDO et d’autres pour la C.L. 2 et SEQUEIRA pour la 5 a. d'infanterie légère, restant de cette manière tous dans le même Bataillon n° 2 de la Légion Etrangère,

    Il n'était pas besoin d'appeler notre attention sur l'activité qui régnait ici. Tous les soldats creusaient de profonds trous, mettant dessus des morceaux de bois, des pierres ou des morceaux de fer qu'ils trouvaient, laissant une petite entrée.  

    Nous restions à regarder tous ce mouvement, lorsque nous fûmes appelés de nouveau, cette fois pour être présentés au Capitaine Commandant de compagnie.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Capitaine Jean Simon

    Celui-ci était un homme de haute stature, blond, et qui parlait d'une voix de fausset qui nous causa une mauvaise impression. Il n'était pas beaucoup plus vieux que nous et était borgne : en Syrie une balle était entrée derrière son oreille lui emportant l'oeil droit.

    Il nous demanda nos noms et notre pays d'origine et nous dit ensuite : « Vous êtes volontaires, vous venez de loin pour lutter pour ma Patrie et je vous en suis reconnaissant ; sans doute êtes-vous pleins de bonne volonté. Maintenant vous devez savoir que la guerre n'est pas une fête, ici on meurt et on tue, par ailleurs, vous le verrez bientôt". C'est tout. Un moment après un sous-officier nous emmena aux pièces de 75 anti-chars que nous devions servir. Comme chef de pièce nous avions un basque nommé Luis ARTOLA, et comme compagnons, un belge, un polonais, deux espagnols et un tchèque.

    «Vous arrivez en un mauvais moment», nous dit le belge. « Pourquoi ? », demandâmes-nous.

    Un des espagnols entra dans la conversation. « Vous parlez espagnol ? »  Nous lui dîmes que oui. « D'où venez-vous ? ». D'Uruguay. "Et d'Amérique, tu viens mettre le nez dans un pareil enfer, idiot ? " Il était andalou, et quand il parlait il n'était pas difficile de s'en rendre compte. Comme nous restions à le regarder il continua à déverser un torrent de paroles, duquel nous comprîmes à peu près ceci :

    Ce matin il y avait en vue de puissantes colonnes allemandes qui avançaient en direction de la position. Le choc maintenant était inévitable, et voici pourquoi tout le monde se préparait avec tant de hâte. L'Espagnol nous invita à partager le trou, chose que nous acceptâmes avec reconnaissance parce que cela nous évitait d'en creuser un.

    Notre canon était dans un puits circulaire de 50 cm de profondeur et de deux mètres de diamètre. Disséminés à 10 ou 15 mètres de la pièce, les abris individuels.

    Bir Hakeim signifiait en espagnol « Puits du diable ». Pensez si le nom allait bien lui aller.

    L'endroit avait environ 5 kilomètres carrés, et pas une seule défense naturelle. Seul, un antique fort de pierres à demi détruit et qui devait en d'autres temps être un dépôt d'eau. Là étaient placés nos mortiers. Le champ était complètement miné, avec de petits sentiers que seuls connaissaient ceux qui étaient là ; ils aidèrent grandement à la défense que nous fîmes de ce lopin de désert. 

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Les forces concentrées en ce lieu représentaient environ 4.500 hommes (3700 ndlr).

    Le second et le troisième bataillon de la Légion un Bataillon de Tahitiens, les fusiliers-marins français avec des canons anti-aériens, quelques anglais avec la môme mission et l'artillerie coloniale avec des canons de 75 de longue portée.

    La nuit de ce 26 Mai arriva. L'air paraissait imprégné de nervosité, les sentinelles avaient été doublées et tous éveillés pour une quelconque éventualité. Nous fumions et pensions. Notre pensée s'envolait loin... loin... Que se passait-il à la maison ? Maman ne devait pas savoir que nous étions ici, sûrement pas, nous n'avions pas encore eu le courage de le lui dire…

    Revenons à la situation actuelle. Nous fumions en silence. « Halte-là ! Le cri de la sentinelle rompit le calme. L'autre donna le signal et le renseignement, ils échangèrent quelques paroles et de nouveau le silence nous entoura, l'énorme silence du désert. Il faisait froid.  Nous avions peur sur le moment de nous voir pour la première fois aux prises avec l'ennemi. Nous ne le croyions pas, nous l'avions tant désiré. Un officier faisait sa ronde ; la sentinelle refit entendre sa voix. « Rien à signaler ? », demanda l'officier. « Rien, mon lieutenant ».

    « Faites très attention, nous dit le lieutenant, parce que ça peut commencer d'un instant à l'autre".

    Nous nous endormîmes en pensant à ces paroles. D'un moment à l'autre ... d'un moment à l'autre...

     

    BIR HAKEIM - 16 JOURS D’ENFER

    Le jour du 27 Mai arriva. Avec les premières lueurs de l'aube arriva jusqu'à nous le bruit d'une forte canonnade en direction du sud.

    A 9 heures du matin se présentèrent en face de notre bataillon un certain nombre de tanks de la division italienne « Ariete » et le combat commença.

    Comme premiers servants nous devions apporter s obus au chargeur.

    La peur que nous sentions au début de la lutte était si grande que nous ne nous risquions pas à nous montrer loin de la tranchée qui nous était destinée ;

    Nous n'aurions pas aimé regarder ce qui se passait devant parce que nous pressentions que la panique nous aurait saisi. Nous faisions des efforts incroyables pour rester calmes et cacher aux autres que nous étions effrayés.

    Rapidement un cri angoissé arriva à nos oreilles et ensuite une main me toucha à l'épaule : « Occupe le poste du chargeur qui a l'air d’être mort » m’ordonna ARTOLA. Mais comme Je n'avais pas d'expérience, je m'excusai piteusement.

    Le chargeur qui devait être toujours debout était exposé aux éclats des grenades allemandes et je voulais éviter ce péril par cette honteuse esquive. Et penser qu'une heure avant je me croyais courageux et qu'avant, rien ne me faisait reculer.

    La cruelle réalité de cet enfer me convainquit du contraire, ma valeur était surfaite.

    « Allons, hors du trou et charge le canon, il n’y a pas de temps à perdre », disait ARTOLA impatient.

    En tremblant je sortis du trou qui m'offrait une sécurité relative. Avec difficulté - dominer ses nerfs étant chose peu facile, ce dont je manquais en ce moment, je commençai à introduire l'obus dans la chambre, me jetant rapidement à terre.

    Le départ sonna ; je sentis un rude coup sur les côtes et criai « je suis blessé ! ».

    Il est indiscutable que les moments les plus tragiques de la vie ont leur côté comique. En tenant le côté douloureux ; je me relevai, les compagnons rirent. Ce qui s’était passé était, qu'en se jetant au sol, je l'avais fait derrière la roue du canon qui, en revenant, me frappa avec violence. En me rendant compte du ridicule dans lequel je m'étais mis, mes yeux se brouillèrent de larmes de rage et de honte C'était ce qu'il me fallait ; je serrai les dents et pris une farouche résolution. De moi personne ne pourra plus rire, jamais. Peu à peu, j'arrivai, non pas à perdre, mais à dominer la peur. Maintenant nous n'entendions plus le fracas du combat parce que nous étions assourdis. Le canon chargé, et prêt à introduire un autre obus, nous regardions alentour avec une espèce d'ivresse.

    Des nuages de fumée et de sable empêchaient de voir très loin, chose que les tanks mettaient à profit pour s'approcher ; ils venaient en zig-zag, cracher le feu, puis reculaient, ces masses d'acier se déplaçaient vite, cherchant le côté faible pour rompre nos lignes.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Rapidement une explosion d'un bruit terrible interrompit sa route. Il avait sauté sur une mine. Si les occupants descendaient, les armes automatiques de nos fantassins se chargeaient d'eux et les canons achevaient le travail de la mine. Pendant une courte trêve au cours de laquelle le coeur de l'offensive se porta sur un autre point, nous pûmes enlever le cadavre de notre compagnon. Le belge le prit par les pieds, et nous par les bras et nous le portâmes un peu plus loin pour essayer de l'enterrer au cours de la nuit. Un éclat de grenade lui avait ouvert le ventre. Les tanks ennemis faisaient un grand effort pour anéantir notre résistance. Jusqu'à ce que six d'entre eux parviennent à faire irruption dans la position.

    Ensuite on vit des actes d'héroïsme. Avec des bombes à la main les légionnaires se lancèrent à l'assaut des tanks les détruisant et faisant des prisonniers ou tuant les occupants. Peu à peu, l'ennemi perdit ses forces, relâcha sa pression. Au milieu de l'après-midi il commença à se retirer laissant sur le champ beaucoup de tanks détruits et, par conséquent, quelques morts.

    La tranquillité revint, mais nous savions que ceci n’était pas le principal et pensions avec angoisse que ça y était cette fois, la première et la dernière occasion de combattre. Ici nous ne voyions que deux possibilités :  tomber en combattant ou lever les bras pour se sauver la vie, terminant la guerre entre les grillages d'un camp de concentration, car nous savions que nous étions assiégés.

    La majorité des légionnaires était des espagnols républicains qui Jamais un instant ne pensèrent à se rendre, car, entre être envoyés à Franco ou mourir en combattant, ils préféraient la seconde hypothèse.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

     

    Le 28 commença le rationnement de l'eau à raison d'un litre par homme.

    Avec une température de plus de 40° et le sable qui nous fouettait sans cesse, la soif était notre désespoir, un supplice ; quand la souffrance était intolérable nous nous rafraîchissions la gorge avec un trait que nous prenions avec beaucoup de soin, comme s'il s'agissait d'or liquide.

    Ce jour-là, nous ne fûmes pas attaqués, mais les Stukas nous visitèrent et l'artillerie et les mortiers ne nous laissèrent pas en repos. Seulement pendant la nuit nous eûmes un peu de répit et pûmes manger, prendre un peu de thé chaud, préparé dans les profondeurs de quelque trou. Nous profitâmes aussi de l'obscurité pour approvisionner en munitions les troupes.

    Le 29, le troisième bataillon de la Légion organisa quelques contre-attaques qui n'avaient pas l’intention, nous le supposions, de faire reculer l'ennemi, dix fois supérieur en nombre et possédant un matériel que nous ne pouvions pas concurrencer. Elles n'avaient d'autre but, nous pensions, que d'éprouver la résistance des lignes ennemies, parce qu'elles se succédaient sans aucun résultat positif pour améliorer notre situation.

    Ce jour aussi prit fin et pendant ce temps nous entendions siffler sur nos têtes les obus qui ne faisaient pas de victimes, car nous étions tous cachés sous la terre comme des taupes. Nos 75 répondaient de leur coup sec et on entendait faiblement le bégaiement d'une mitrailleuse.

    La souffrance était intense et l'angoisse de nous sentir à peu près perdus irrémédiablement nous opprimait, mais notre moral était loin d'être affaiblis.

    Rien ni personne ne pouvait plus nous démoraliser, que la soif. Pourquoi en ces moments pensions-nous aux brasseries de Montevideo ? De la musique, de la gaîté, et de bonnes chopes. Nous aurions aimé nous débarrasser de ces pensées, mais y revenions sans cesse… de la bière, ... des rafraîchissements... quelle soif l .... Nous prenions le bidon, et... hop… une gorgée, assez ; assez ou fini la ration, et après ? bière fraîche, rafraîchissements.... Maudite guerre !

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Une autre journée passa, une autre nuit arriva… Nous entrâmes dans le trou et nous mîmes à parler avec l'andalou FLORES. Tout en fumant nous parlions de l'Uruguay, de la famille, en fermant les yeux, nous continuions à nous rappeler ; de temps en temps, il nous interrompait et disait : « Ecoute, qu'est-ce que tu fais ici ? et pourquoi ? Si au moins nous sauvions notre peau ». Surement, répondions-nous, si nous sortons d'ici nous croirons aux miracles, parce que ça va être difficile. Enfin la fatigue nous prit et nous nous endormîmes ».

    « Allons, debout, c'est ton tour de prendre la garde », dit quelqu'un en me réveillant.

    La garde, la garde… j'étais si bien à dormir. En maugréant, je me levai et prenant la mitraillette j'allai m’installer devant le canon. Les yeux et les oreilles bien ouverts et les nerfs sous pression. Les minutes passaient ; le silence nous entourait et parfois le a, allemands tiraient quelques rafales, ou en entendait le bruit d'un coup de canon ou le roulement bruyant d'un tank ; après, rien, rien.

    Je consultai ma montre. Une heure et demie du matin. Dans une demi-heure la garde serait terminée. Il faisait froid… dans les villes, on devait danser, s'amuser, il y avait des femmes et de la lumière... qu'on était bien à la ville, mais ici... Je regardai à nouveau la montre, deux heures moins le quart... encore quinze minutes.

    Je trouvais la vie, bien amère. Une mitrailleuse aboya et devant moi passèrent les balles traçantes comme des points lumineux, des points lumineux qui anéantissaient des vies.

    Je me dirigeais vers le trou d’INVERNON et le réveillai. « INVERNON, INVERNON, réveille-toi, c'est ton tour d'être de faction, et mets ta capote car il fait un froid terrible ».« Je viens... », me répondit une voix ensommeillée au fond du trou.

    Je revins rapidement à mon poste, "Rien de nouveau ?", demanda le camarade. Rien de nouveau, la consigne habituelle.

    Avant de me coucher, j'allumais une cigarette ça détend les nerfs. Cela nous fatiguait de penser à nous. Pourquoi cette tête voulait-elle le faire quand je désirais dormir ? et je pensais, je rêvais éveillé à la maison, la famille, pendant que je m'enfonçai dans une demie inconscience ; si nous réchappions d'ici… si nous réchappions. Cela tournait dans ma tête comme un leitmotiv.

    Avant l’aube, nous étions debout. C’était l'heure redoutable des attaques. Depuis que nous avions repoussé leur offensive, ils n'étaient plus venus, mais nous les attendions, et l'attente est terrible, elle détruit les nerfs. Une, deux heures, pour qu'il fasse jour ; maintenant nous n'avions plus peur d'être surpris, en pleine lumière, mais nous continuons à attendre et à redouter ce que nous savions inévitable :  une autre attaque. Nous nous demandions si nous serions capables de résister à un autre choc de la violence du premier.

    Dès le jour levé, notre artillerie commença à cracher au plomb sur l'ennemi, Nous courrions vite aux abris, qu'il répondait immédiatement. Pourquoi tirions-nous alors que nous recevions vingt canonnades pour une, Nous maudissions de toute notre âme la témérité des artilleurs français.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Dans les trous nous nous faisions petits…, petits…; nous attendions, les muscles crispés, les obus allemands qui traversaient l'espace en sifflant très fort, éclatant derrière, à droite, à gauche.  On entendait des cris de douleurs, des gémissements, et par-dessus tout, les Stukas commençaient à décrire des cercles au-dessus de nos têtes tels des oiseaux de proie, et ensuite déchargeaient des centaines de bombes en piquant les uns après les autres, dans un rugissement infernal. Le camp s'obscurcissait à cause de la fumée et du sable que soulevaient les explosions. Après cette vague en venait une autre, et encore une autre, ; les fusiliers marins et les Anglais tiraient et tiraient avec leurs pièces anti-aériennes.

    Nos yeux suivaient atterrés les rapides évolutions des appareils : « encore un qui pique ! », criait quelqu'un, et nous nous réfugions au plus profond de notre trou, enfonçant le casque sur la tête, et en se bouchant les oreilles pour ne pas entendre le rugissement des moteurs. Nous n'en pouvons plus, nous n'en pouvons plus ! pensions-nous, jusqu'à ce que revienne le calme. Nous nous retrouvions, assourdis, nous nous rafraîchissions la bouche et la gorge desséchées, avec une gorgée d'eau et allumions une cigarette... rien de tel pour calmer les nerfs.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    « A vos postes », ordonna le chef de pièce. Nous sortîmes en courant pour les occuper, mais il ne se passa rien, seulement c’était dangereux, après un bombardement d'être surpris dans les trous. Une demi-heure d'attente... maintenant, oui, nous allions fumer, mais... « les avions ! » criâmes-nous, « ils reviennent ! » : de nouveau dans le trou, comme des taupes. En rugissant ils se précipitèrent sur nous en nous mitraillant. Sauvages ! si nous pouvions…, mais quoi, personne ne peut rien. Les batteries de D.C.A. tiraient, tiraient., ils s'éloignaient de nouveau, mais ... jusqu'à quand ?

    LA SITUATION DEVIENT DESESPEREE

    Les jours passaient et nos chances d'en réchapper étaient chaque jour plus minces ;  les bombardements de l'artillerie et de l'aviation étalent chaque jour plus violents.

    La résistance qu'ils rencontraient exaspérait sûrement les italo- allemands et le troisième bataillon de la Légion continuait ses contre-attaques.

    Parfois la nuit nous entendions les tanks allemands se déplacer pendant que nous ne pouvions les voir, à cause de l'obscurité ; nous savions qu'ils travaillaient à retirer des mines pour se faire un passage. Le lendemain nos hommes les remettaient de nouveau.

    Les premières lueurs du 31 Mai montèrent à l'horizon. Dans le camp ennemi il y avait une grande agitation, dénoncée par la poussière que soulevaient les tanks et les autres véhicules. « Que veulent-ils faire ? », nous demandions-nous avec préoccupation. Avec soin nous huilâmes le canon en retirant le sable et nous postâmes à côté de lui. Ce mouvement de l'autre côté ne nous disait rien de bon. Les vétérans nerveux semblaient flairer le danger dans l'air.

    Pour notre part, si nous étions tranquilles, nous n'en étions pas moins nerveux, pendant qu'ils bougeaient au loin.

    « Ce calme m'énerve », dit ARTOLA, scrutant le désert avec ses jumelles.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Cela ne nous plaisait pas. Ils n'avaient pas tiré un coup de canon et nous n'avions pas vu ces saletés de Stukas. « Regarde, pour moi c'est très rare de voir nos canons tirer et pas les leurs ! » "Allons, allons ...  les Allemands ... maudite soit la mère qui les a mis au monde... ils ne nous auront pas, jamais", dit FLORES, dans son jargon andalou.

    Et ainsi, chacun donnait son opinion, exprimait sa pensée, mais tous comprenaient ce que nous ne disions pas. "Regardez, regardez ce qui vient  ! ", cria quelqu'un.

    Tous tournèrent la tête vers le point indiqué. Une petite automobile italienne, arborant une bande blanche, venait jusqu'à nos lignes. Ils firent signe au chauffeur, la voiture s'approcha et un officier sortit à la rencontre du parlementaire, le saluant militairement.

    Cette scène se déroulait à 500 mètres du lieu où nous étions et nous en perdions le détail. C'est un officier italien, dit ARTOLA, qui regardait avec ses jumelles. « Et que diable veut-il ? », demanda un autre ? Et un troisième :  « ce n'est pas difficile à deviner, il vient sûrement demander la reddition !"

    Entre temps, on bandait les yeux de l'italien le conduire au poste de commandement. Une minute après il repartait par où il était venu. Qu’est-il venu faire ? C’était la question que nous nous posions. Bien vite on nous donna la réponse.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    A 10 heures du matin, le capitaine SIMON, personnellement, vint nous annoncer la nouvelle, le général Koenig avait reçu le message suivant : « Aux troupes de Bir-Hakeim toute nouvelle résistance ne ferait que verser du sang inutile. Vous subirez le même sort que les deux brigades anglaises nous avons rencontrées à Got el Oualeb et qui ont été exterminées avant hier. Nous cesserons le combat dès que vous hisserez le drapeau blanc et viendrez à nous sans armes ».

    « Comme vous l'imaginez, continua le capitaine avec sa voix de fausset, mais sereine, l'ultimatum a été repoussé et le général me charge de vous dire ceci" :  1° Nous devons nous attendre à une attaque sérieuse avec tous les moyens combinés (aviation, tanks, artillerie et infanterie). ELLE sera puissante. 2° Je répète mes ordres et la certitude que chacun fera son devoir sans faiblir, et à son poste, séparé ou non des autres ; 3° Notre mission est de résister coûte que coûte jusqu'à notre complète victoire ; 4° Bien expliquer ceci aux gradés et aux soldats de 2e classe. 5° Bonne chance à tous. Signé  KOENIG.

    Quand le capitaine termina la lecture de cet ordre du jour signé du général, et où il nous expliquait claire ment que notre devoir était de mourir aux postes de combat, nous crûmes que notre coeur cessait de battre et nous crûmes aussi que le capitaine, malgré la barbe de plusieurs jours et la saleté qui nous couvraient le visage, nous vit pâlir, car nous regardant fixement, il nous dit « Il ne faut pas croire que tout est perdu », et il s'en alla. Maintenant nous aurions dû être plus alertes que jamais, mais il semblait que la première attaque n'avait été qu'un jeu d'enfants comparée à ce qui nous attendait à ce moment ; Rommel l'avait dit clairement ! la reddition ou l'extermination totale.

    Nous pénétrâmes dans l'abri pour être moins seuls nous n'aurions pas aimé que quelqu’un dise que le manque de moral avait fait pression sur notre être, et que le moral fondrait comme un édifice auquel manque les fondations ; l'idée de la mort ne nous était jamais venue comme à ce moment et sans doute étions-nous venus ici disposés à mourir pour la cause que nous défendions. En cet instant, nous nous rendîmes compte qu'il est très facile d'être disposé à mourir pour défendre un idéal quand on a 24 ans et seulement une vague idée de la mort, mais quand on entre en contact direct avec elle, nous la palpons et quand nous la voyons matérialisée par des corps disloqués, des membres arrachés et des ventres d'hommes qui s'étaient aussi nourris d'idéal et qui mourraient sans doute avec une grimace atroce de peur et de souffrance, quand pénètre dans notre nez l'odeur putride de la mort, nous n'avons plus envie de mourir, nous ne voulons plus mourir. Un sanglot éclatait dans notre poitrine, pourquoi ! nous ne voulions pas mourir et maudissions la démocratie, le nazisme et toutes ces causes et ces hommes qui nous ont menée à la tuerie.

    Un soldat en arrière-garde est un homme avec des idées, qui pense et raisonne, enfin c'est un homme normal. Sur le front ou il risque sa vie, c'est une bête en instinct de conservation, il oublie ses sentiments et ne pense qu'à lui, il ne se rappelle pas ce qui est beau, divin ; donner sa vie pour que ses semblables profitent de son sacrifice suprême, jouissant de leur droit sacré à la liberté.

    Nous restâmes un long moment dans le fond de ce trou, oppressés par la plus horrible désespérance, jusqu'à ce qu'enfin le calme nous revint. Nous sortîmes pour rejoindre les camarades. Tous évitaient de parler de ce qui se préparait, entretenant la conversation sur des thèmes certainement dictés par leur subconscient : ils se rappelaient leur famille, leur foyer, et l'andalou FLORES, avec une tristesse qu'il essayait de dissimuler mais qui se lisait dans ses yeux sombres noyés de larmes rebelles, se rappelait sa femme et ses deux enfants qu’il n'avait pas vu depuis 8 ans.

    On dit que les agonisants, comme en un film, voient défiler devant leurs yeux les plus belles choses de leur vie. N'en étions-nous pas, nous des hommes destinés fatalement à mourir, agonisants pourrions-nous dire, bien que dans toute la vigueur de leur santé ? Les Stukas interrompirent la réunion. Maintenant ils venaient cinq et six fois par jour en vagues de cinquante, soixante et jusqu'à cent. Nous courûmes aux refuges dans le sifflement aigu des bombes et des explosions qui nous étourdissaient. A chaque éclatement nous étions soulevés du sol, la terre tremblait. Tranquilles, tranquilles, il ne fallait pas bouger... et les minutes devenaient des heures... le bombardement continuait implacablement.

    Quand les bombes ne tombèrent plus, et que le sable et la fumée furent dissipés, ils nous mitraillèrent, incendiant quelques camions.

     

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

     A la fin, ils se retirèrent. Les brancardiers passèrent en courant, nous n'avions pas tous eu la même chance.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Nous aurions mieux aimé qu'ils attaquent, plutôt que de rester tout le jour sans pouvoir esquisser un geste pendant qu'ils nous assassinaient de loin avec l'artillerie et les mortiers, et du haut du ciel avec leurs avions. Au moins, en combattant, on se réchauffait le sang, et l'odeur âcre la poussière troublait notre cerveau comme une ivresse.

    Ainsi, sous cette tourmente quotidienne qui commençait à nous rendre fous, qui nous faisait attendre la nuit avec angoisse afin de pouvoir jouir d'un peu de calme, voyant arriver le jour avec une véritable angoisse et de la peur, ainsi arriva le 6 Juin.

     A peine faisait-il clair que l'artillerie allemande commençait à pilonner vigoureusement nos positions de tous les points de l'horizon. Jamais on n'avait déchargé sur nos têtes une telle quantité d'obus et les avions contribuaient à persécuter l'objectif qui, cette fois, vu la furie destructive dont étaient possédés nos ennemis, devaient transformer les cinq kilomètres carrés de notre camp en un énorme puits qui nous servirait de fosse commune.

    Sous la pluie de mitraille qui traversait l’air dans un sifflement de serpent, nous attendions immobiles, étendus à terre. Quand ce fût fini, nous courûmes vers nos postes, mais il était clair qu'il se préparait quelque chose. En effet, les tanks étaient déjà en vue, ils nous attaquaient au même endroit que la première fois, mais ils le faisaient directement sur le fort, le combat était engagé.

    Nous avions atteint à une certaine sérénité pensant que la chance qui jusqu'à présent nous avait aidés, ne nous abandonnerait pas.

    Le pointeur, genou à terre et les mains crispées sur les volants de direction, l'oeil fixé sur la mire, guettait un tank qui entrait dans son champ de tir, le visage tendu et le regard fixe, nous attendions. INVERNON serrait fortement dans sa main le cordon qui faisait partir le coup de feu. La lumière se fit violente avec les pièces voisines de la nôtre, les explosions se succédaient rapides, sèches, et la poussière et la fumée se faisaient plus denses. Nous continuions à attendre. Un tank s'approcha. « Distance mille mètres sur l'objectif à droite ! » ; le pointeur répéta « distance mille mètres ! ». La voix de commandement est une question : "Vu ? » « Vu » « Prêt ?» « Prêt ! », répondit le tireur d'une voix sèche. « Feu" ! »,  le bras se plia... Une secousse,  une explosion et une nuée de sable se leva devant le tank. « Trop court », s'écria ARTOLA. « Tire un peu plus haut, plus haut ! ».

    La fumée et le sable soulevés par le premier coup de feu dissipés, ferme   et calme, notre pointeur manoeuvra les volants, et petit à petit, lentement, il ajusta : zigzaguant avec rapidité, le tank s’approchait en tirant. Il était placé obliquement à nous et ses obus passaient loin. Il était difficile de nous dire où il fallait viser dans sa course, mais s’il s'arrêtait, il était perdu. "Feu ! "En hurlant, plusieurs kilos d'acier partirent en direction de leur proie. Un éclair, une explosion et le tank commença à brûler. "Bénie soit ta mère !" s'écria FLORES et nous pensions aussi « bravo ! » Enthousiastes, nous nous dirigeâmes vers le pointeur.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    « Distance 2000 mètres, objectif en face, une dérive à gauche », dit le chef de pièce. « Vu ? » « Vu » répondit RIMBAUD, « Une fois prêts, feu à volonté ! », recommanda ARTOLA sans cesser de regarder avec ses jumelles. « Attention ! Feu ! Trop court, Feu !  A droite, à gauche", indiquait ARTOLA... "Plus haut le feu ! "et ensuite : « Il est servi, il saute sur une mine » ; les mortiers aussi faisaient leur travail, tirant sur l'infanterie allemande qui attaquait. Les armes automatiques entrèrent en action et nous attendions les tanks avec des obus perforants et quand nous en avions le loisir, nous dirigions notre bouche à feu sur l'infanterie, envoyant des grenades explosives.

    Quand l'une d'entre elles éclatait au milieu des italo-allemands, il y avait plusieurs hommes de déchiquetés. L'attaque s'arrêta, les avions revinrent et l'artillerie nous cracha dessus une pluie d'obus de tous calibres ; nous savions qu'après cela, ils se lanceraient de nouveau sur nous parce qu'ils faisaient de terribles efforts pour annihiler la résistance.

    Ils revinrent, mais nous les repoussâmes à nouveau, jusqu'à ce que revienne le calme. Eux aussi étaient épuisés et devaient avoir subis de lourdes pertes en hommes et en matériel. Nous nous rendîmes compte que l'ennemi avait gagné du terrain, et nous prîmes des précautions pour éviter toute surprise. La nuit arriva obscure, froide. Je pris la première heure de garde avec INVERNON. C'était un bon camarade et bavard, il me parlait de faits et de choses d'Espagne, son espoir de voir tomber le dictateur de son pays "Paco le sourd", comme il l'appelait. Oubliant notre situation, nous nous laissâmes emporter par le courant suave de nos illusions.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    C'était la première fois que j'avais une longue conversation avec ce gamin de 25 ans à peu près, et qui guerroyait depuis sept ans. Les hommes, dans de semblables situations, ont besoin d'ouvrir leur ooeur et ils le font avec le premier qui les écoute, et lui le fit avec moi.

    La conversation se poursuivait à voix basse, presque en secret. « Nous fumons  ? ». Bon. J'essayais d'allumer ma cigarette à l'abri de ma capote lorsque je vis mon camarade près de l'emplacement du canon, étendu à terre, qui empoignait le fusil-mitrailleur. Je m’étendis près de lui, préparant une grenade dans la main.  

    « Que se passe-il ? » demandai-je, presque à son oreille. Il me fit signe de garder le silence. Je prêtai l'oreille... quelqu'un traçait avec un outil à gratter le sable, sûrement les boches enlevaient les mines. « Ecoute" murmura-t-il. « Oui », et je continuai à attendre, tendu… immobile…, les muscles prêts à l’action.

    De la position voisine ils avaient aussi entendu bruit, parce que rapidement le silence fut rompu par le crépitement d'une mitrailleuse et les balles traçantes se dirigeaient vers le point où se produisait le bruit, puis une autre rafale, une autre, et encore une autre. Nos cigarettes étaient éteintes. INVERNON se rendit à l'abri pour les allumer de nouveau. Nous fumâmes en couvrant la lueur avec nos casques. Nos mains tremblaient un peu. « Quelle heure est-il ? », interrogea INVERNON.

    Il est onze heures moins le quart, et nous continuâmes à attendre en silence. Une mitrailleuse crépitait, et une allemande lui répondit avec son bruit de scie entrant dans du bois. A onze heures nous appelâmes ceux qui devaient nous relever. Avant que le jour ne se lève, je me réveillai et au lever me débarbouillai, c'est-à-dire que je mouillai le coin d'un mouchoir pour le passer sur mes yeux, et je me lavais la bouche avec une gorgée d'eau, l'avalant ensuite pour réconforter la gorge, j'étais prêt pour commencer le travail.

    L'horizon prenait des reflets d'incendie au ras du sol. Deux heures plus tard, il commençait à nous griller. Ceux d'en face devaient avoir mal dormi et être de mauvaise humeur, parce qu'à peine fit-il jour, qu'ils commencèrent leur symphonie pour canons. Ils se rappelèrent qu’il y avait d'autres endroits où attaquer, puisqu'ils le firent au nord de la position et que le fracas du combat venait jusqu'à nous.

    * Survivant de Bir Hakeim, par Domingo LOPEZ - 3 -

    Le calme du jour précédent était surement dû à ce qui se préparait.

    La citerne vint jusqu'à nous pour nous donner l'eau et on nous dit que, désormais, la ration serait d'un demi-litre par jour et par homme. On pouvait dire que nous en étions à la dernière extrémité.

    Est-ce que ces quelques kilomètres de désert sont si importants, qu'il nous faille résister jusqu'à mourir de soif ? à moins que nous n'ayons la chance d'être tués par les Allemands

    Peu à peu nous nous soumettions, non pas devant la puissance de l'ennemi maintenu à distance pendant tant de jours avec un courage que le monde entier admirerait plus tard (remarquez que nous parlons pour toutes les troupes qui défendaient Bir-Hakeim,  où ceux qui avaient le plus peur prenaient exemple sur les plus courageux qui les guidaient), nous nous soumettions devant les éléments de la nature : le sable qui s’élevait en nuage , pénétrait dans notre nez, notre bouche, nos yeux, augmentant la soif qui nous tourmentait, qui enflammait notre gorge desséchée, nous faisant enfler la langue, et craquant nos lèvres qui se couvraient d'une croûte dure... le tourment de la soif était peut-être notre plus terrible adversaire ; et si les choses ne changeaient pas nous serions obligés de déposer les armes pour une gorgée d'eau. De l'eau... oui, de l'eau !

    Dans le désespoir, le doute minait notre esprit, des murmures se firent entendre, le fantôme du mécontentement flottait dans l'air et notre imagination excitée travaillait .... Les officiers avaient de l'eau en abondance, ils espéraient s’en échapper et nous abandonner, et d'autres extravagances encore.

    Le jour passa... les attaques allemandes avaient été repoussées comme les précédentes, le drapeau tricolore à croix de lorraine continuait de flotter victorieusement, mais.... pour combien de temps encore ? Combien de camarades dormaient sous les sables calcinés de ce coin de désert libyen, et combien resterions-nous ? le destin devait répondre en temps utile et il était inutile de l'interroger...

     

     


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    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

     

    Le samedi 18 novembre a eu lieu dans un tout petit Village de Gironde à Romagne, une céremonie pour inaugurer un Espace Jean Vialard-Goudou (médecin-colonel) en présence des habitants, de la famille et de personnalités locales.

    Guy le fils de Jean a lu un texte sur son père.

    Cet Espace construit à côté de l'école primaire est un bâtiment en pin, écologique destiné aux temps périscolaires des écoliers .

    Françoise Basteau, déléguée AFCL en Gironde

     

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

     

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

     

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

     

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     Jean VIALARD-GOUDOU

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

    Crédit photo : Ordre de la Libération

     

    Fils de médecin de campagne, Jean Vialard-Goudou est né le 30 avril 1902 à Frontenac en Gironde.

    Il suit la voie paternelle en se destinant à la Médecine et entreprend des études à l'Ecole de Santé navale de Bordeaux de 1922 à 1926 ; il en sort avec le grade de médecin lieutenant.

    Il choisit de faire carrière dans les Troupes coloniales : il sert en AEF comme aide-major et séjourne à Brazzaville (Moyen-Congo).

    En 1932 le médecin capitaine Vialard-Goudou est dirigé vers l'Indochine où il passe trois ans.

    En 1938, promu médecin commandant, il rejoint à nouveau l'AEF et exerce à l'hôpital de Pointe-Noire.

    C'est là qu'il se trouve au moment de l'armistice et qu'il décide de rallier les Forces françaises libres dès août 1940.

    En décembre 1940, il est nommé médecin chef à l'Hôpital de campagne des FFL (Hôpital Spears). Après un long voyage en bateau, via Durban et Suez, il rejoint les FFL en Palestine en avril 1941. Au moment de la campagne de Syrie en juin 1941, il est médecin-chef de la 1ère Division légère française libre sous les ordres du général Legentilhomme.

    Après la dissolution de la 1ère DLFL (août 1941), le médecin lieutenant-colonel Vialard-Goudou est affecté comme médecin-chef à la 1ère Brigade française libre sous les ordres du général Koenig.

    Il participe à ce titre à la défense de Bir-Hakeim (27 mai-11 juin 1942) où il s'illustre par son courage et son dévouement à secourir les blessés. Il réussit à sauver la totalité de ses 250 blessés au cours de la sortie de vive force de la nuit du 10 au 11 juin, faisant charger et décharger les blessés au fur et à mesure de la destruction des véhicules.

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

    De dos, à Bir Hakeim

    Il prend part ensuite aux opérations d'El Alamein en octobre 1942 puis à la campagne de Tunisie en mai-juin 1943. Accidenté, il reste six mois dans le plâtre de l'été 1943 jusqu'au début de 1944 avant de reprendre du service à l'hôpital Maillot à Alger.

    Promu médecin colonel en mars 1944, il rejoint trois mois plus tard la 1ère Armée à Naples pour le débarquement de Provence et devient médecin-chef des "unités non endivisionnées" de la 1ère Armée française.

    Fin novembre 1944, il est désigné pour réorganiser et remettre sur pied l'Ecole d'Application du Service de Santé des Troupes de Marine du Pharo à Marseille.

    En 1947 il part pour l'Indochine d'où il est rapatrié sanitaire au bout d'un an.

    En 1950 il repart pour Saigon ; de nouveau rapatrié, il est affecté à l'hôpital Robert Picqué à Bordeaux.

    En octobre 1959, il fait valoir ses droits à la retraite.

    Jean Vialard-Goudou est décédé le 30 novembre 1970 dans un accident de voiture à Castillon-la-Bataille. Il a été inhumé à Bellefond en Gironde.

    • Officier de la Légion d'Honneur
    • Compagnon de la Libération - décret du 9 septembre 1942
    • Croix de Guerre 39/45 (1 citation)
    • Médaille Coloniale avec agrafes

     

    * Inauguration d'un espace Jean VIALARD-GOUDOU en Gironde (Compagnon, service de Santé de la 1ère DFL)

     


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